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Histoire d'extraterrestre 11 à 12 ans Lecture 26 min.

Le secret de la serre sur le toit et le marché des étoiles

Trois amies rencontrent de petits extraterrestres curieux dans une serre sur un toit et, ensemble, explorent un marché nocturne où elles découvrent une mystérieuse boîte qui suscite échanges et compréhension entre mondes.

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Sur le toit d’un immeuble la nuit, devant une vieille serre en verre poussiéreux à porte entrouverte, trois filles de 11 ans — Nora, tresse sombre et manteau bleu au centre regardant curieusement une petite sphère lumineuse, Lina à gauche aux cheveux courts et baskets rouges, posture vive, et Jade à droite en fauteuil roulant, main sur un objet rond — rencontrent trois petits extraterrestres : Aïo, perlé aux grands yeux noirs tenant la sphère flottante, Miri, élancé en combinaison étoilée projetant des hologrammes du marché, et Tekk, trapu touchant un pavé soulevé; ambiance calme et magique, lumière bleutée et paillettes flottantes, expressions stupéfaites et bienveillantes, style manga aux couleurs nocturnes contrastées. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Le message dans la buée

Le soir, quand la ville s'éteignait, le toit de l'immeuble devenait un autre monde. Un monde de vent tiède, d'antennes grinçantes et de lumières lointaines, comme des lucioles coincées dans le béton.

C'est là que venait souvent Nora.

Elle avait onze ans, une tresse sombre qui lui battait l'épaule, et une manière de se tenir immobile qui donnait l'impression qu'elle écoutait des choses que personne d'autre n'entendait. Ses camarades disaient qu'elle était « mystérieuse ». Nora, elle, répondait seulement :

— J'aime bien quand ça fait silence.

Ce soir-là, Lina et Jade l'avaient suivie.

Lina avançait vite, avec ses baskets qui couinaient et ses idées qui allaient encore plus vite.

— Tu nous caches un trésor, avoue ! Tu as une cachette secrète ou un portail vers Mars ?

Jade, elle, roulait tranquillement derrière, son fauteuil glissant sur le sol du toit comme sur une mer calme. Elle souriait, les yeux plissés, comme si elle s'amusait de la façon dont Lina s'emballait toujours.

— Si c'est un portail, j'espère qu'il a une rampe, dit-elle.

Nora ne répondit pas. Elle s'était arrêtée près de la vieille serre abandonnée, une boîte de verre et de métal dont les vitres étaient couvertes de poussière. À l'intérieur, on distinguait des pots renversés, des sacs de terre éventrés, un tuyau d'arrosage tordu comme un serpent endormi.

Nora posa sa paume sur une vitre froide.

Et là, quelque chose se produisit.

La vitre se couvrit de buée, comme si quelqu'un respirait de l'autre côté. Dans cette buée apparurent des signes qui se dessinaient tout seuls, des traits lumineux, fins comme des cheveux, qui formaient une phrase en français… mais avec une écriture qui semblait hésiter, comme si la main ne connaissait pas bien notre alphabet.

« BONSOIR TERRE. POUVONS-NOUS APPRENDRE ? »

Lina recula d'un pas.

— Euh… C'est toi, ça ? Tu as un stylo magique ?

Jade approcha, fascinée.

— On dirait que la vitre écrit…

Nora sentit son cœur faire un saut maladroit. Elle n'avait rien fait, elle. Pourtant, les lettres continuaient, et la buée frémissait.

« NOUS SOMMES CURIEUX. NOUS VIENDRONS SANS DANGER. »

Un petit point de lumière apparut au milieu de la serre. Pas un reflet : un vrai point, suspendu dans l'air. Il grandit jusqu'à devenir une bille brillante, puis une sphère de la taille d'une pomme.

Elle cligna, comme un œil.

— Bon, souffla Lina. Là, je vote pour qu'on ne crie pas.

Nora approcha son visage de la vitre.

— Qui êtes-vous ?

La buée répondit, lettre par lettre, comme si elle tapait sur un clavier invisible.

« VISITEURS. NOUS AVONS ÉTUDIÉ VOS ONDES. VOS HISTOIRES. VOS CHANSONS. VOS RÈGLES. NOUS RESPECTERONS. »

Jade éclata de rire, un rire clair.

— Ils ont étudié nos chansons ? S'ils ont entendu celles de mon frère, ils vont repartir tout de suite.

La sphère lumineuse glissa vers la porte de la serre, la traversa sans bruit, et se posa sur le sol poussiéreux. Un petit cercle s'illumina, comme une poignée de porte dessinée au laser.

La serrure cliqueta toute seule.

La porte s'ouvrit.

Un air frais en sortit, avec une odeur étrange… comme la menthe et la pluie.

Nora fit un pas en avant.

— On ne sait pas ce que c'est…

Lina, les yeux ronds :

— Justement. C'est ça, l'aventure.

Jade haussa les épaules.

— Tant qu'on reste ensemble.

Les trois filles entrèrent.

Et la serre, qui semblait morte depuis des années, se mit à respirer doucement, comme si elle se réveillait.

Chapitre 2 : Les curieux qui ne font pas peur

À l'intérieur, la poussière s'éleva en petites spirales, mais au lieu de leur piquer la gorge, elle se transforma en paillettes, puis retomba en silence.

Au centre de la serre, un cercle de lumière était apparu sur le sol. Il tournait lentement, comme un manège très sérieux.

Puis, trois silhouettes se dessinèrent.

Elles n'entrèrent pas par la porte. Elles se formèrent dans l'air, comme des images qu'on assemble.

Les extraterrestres étaient… petits. Pas plus grands qu'un sac d'école. Leur peau avait la couleur des perles, avec des reflets bleus, et ils portaient des combinaisons fines qui semblaient tissées de nuit.

Ils avaient des yeux immenses, oui, mais pas effrayants : des yeux pleins de curiosité, comme ceux des chats quand ils découvrent une boîte en carton.

Le premier fit un petit salut très appliqué.

— Bon… soir… Ter… re.

Sa voix était étrange : un peu chantante, comme si chaque mot avait envie de danser.

Lina murmura :

— Ils ont l'air d'avoir appris le français dans un manuel de politesse.

Le deuxième extraterrestre sortit un objet carré, transparent, qui projetait des images dans l'air : des scènes de la Terre, des forêts, des rues, des enfants qui jouent, et même… un match de foot où quelqu'un ratait un but énorme.

L'extraterrestre inclina la tête, perplexe.

— Pourquoi… vous… ratez… si souvent ?

Jade se mordit la lèvre pour ne pas rire.

— C'est une tradition, répondit Nora très sérieusement. On rate, puis on recommence.

Le troisième extraterrestre s'approcha d'un pot renversé et le remit droit, délicatement, comme si c'était un trésor.

— Nous… aimons… votre… désordre, dit-il. Il… montre… la vie.

Nora sentit une chaleur dans sa poitrine. Ils n'étaient pas venus pour conquérir. Ils n'étaient pas venus pour se moquer. Ils étaient venus comme des visiteurs dans un musée… mais un musée vivant.

— Comment vous appelez-vous ? demanda-t-elle.

Le premier posa une main sur sa poitrine.

— Aïo.

Le deuxième :

— Miri.

Le troisième :

— Tekk.

Lina fit un salut exagéré.

— Lina, reine des questions inutiles.

Jade ajouta, avec un sourire :

— Jade, spécialiste officielle des blagues pas très drôles.

Nora hésita une seconde, puis :

— Nora.

Aïo les observa, puis pointa la serre.

— Ici… bon… pour rencontre. Mais… nous devons… apprendre… votre… lieu… d'échange.

— Un lieu d'échange ? répéta Lina.

Miri projeta une nouvelle image : un marché. Des étals, des fruits, des tissus, des mains qui se tendent, des sourires, des pièces qui tintent.

— Marché, expliqua Tekk. Vous… donnez… vous… recevez. Vous… parlez.

Jade pencha la tête.

— Le marché de la place, en bas ? Il est fermé la nuit.

Aïo cligna des yeux, comme si ce mot était délicieux.

— Fermé… la nuit. Parfait.

Lina ouvrit la bouche.

— Attends, quoi ? Vous voulez visiter un marché éteint ?

Miri hocha la tête avec enthousiasme.

— Éteint… signifie… calme. Nous… sommes… discrets.

Nora regarda la ville par la vitre. Les lampadaires faisaient des halos jaunes. En bas, la place du marché était déjà plongée dans une sorte de sommeil.

Elle sentit un frisson d'aventure, pas celui qui fait peur, mais celui qui donne envie de courir.

— D'accord, dit-elle. Je vous emmène.

Et, comme si c'était la chose la plus normale du monde, les trois extraterrestres se mirent en file derrière elles.

Tekk regarda le fauteuil de Jade, intéressé.

— Votre… siège… roule ?

— Oui, répondit Jade. C'est pratique. Et ça évite de se fatiguer à marcher quand on peut laisser les autres se fatiguer.

Lina protesta :

— Hé !

Aïo émit un petit son qui ressemblait à un rire de cloche.

— Vous… êtes… amusantes. Terre… est… amusante.

Ils sortirent de la serre.

Et l'air de la nuit sembla moins noir, comme s'il avait lui aussi envie de les accompagner.

Chapitre 3 : Le marché éteint et les objets qui chuchotent

La place du marché, la nuit, n'avait rien à voir avec le brouhaha du matin. Les stands étaient repliés comme des parapluies, les bâches dormaient, les caisses empilées formaient des tours en bois. On entendait seulement le bruit d'une fontaine et, de temps en temps, une voiture lointaine.

— Bienvenue dans notre royaume des légumes fantômes, chuchota Lina.

Aïo tourna sur lui-même, émerveillé.

— Tant… d'objets… en pause.

Miri s'approcha d'un étal vide et passa sa main au-dessus. Une fine lumière sortit de ses doigts, et l'air vibra, très doucement.

— Tu fais quoi ? demanda Nora.

— Écoute, répondit Miri.

Et Nora sentit, elle aussi, comme un murmure. Pas des voix humaines. Plutôt une mémoire : l'odeur des fraises, le cri d'un marchand, le rire d'un enfant, le froissement des sacs.

Jade souffla :

— On dirait que le marché garde les souvenirs.

Tekk hocha la tête.

— Les lieux… absorbent… les émotions. Vous… en laissez… beaucoup.

Lina se redressa.

— Attendez, si vous pouvez « écouter » les objets… vous pouvez entendre… quand je me cogne le petit orteil ?

Aïo la fixa, très sérieux.

— Oui. C'est… très… dramatique.

Jade éclata de rire, et même Nora sentit ses lèvres se relever.

Ils avancèrent entre les étals. À chaque pas, les extraterrestres s'arrêtaient pour observer un détail : un cadenas rouillé, une affiche déchirée, un panier de pommes oublié.

Miri souleva une pomme, la renifla, puis la reposa avec respect.

— Vous… cultivez… des étoiles… dans vos fruits.

Lina fit une grimace impressionnée.

— Wow. Moi j'aurais dit « c'est bon avec du sucre ».

Nora remarqua un détail : les trois extraterrestres prenaient soin de ne rien déplacer inutilement. Ils ne laissaient pas de trace. Comme s'ils avaient peur de froisser la Terre.

Au centre de la place, il y avait une vieille halle couverte, éclairée par un lampadaire qui clignotait. Sous la halle, un manège pour enfants était rangé, éteint lui aussi : des petits chevaux en plastique, des voitures miniatures.

Aïo s'arrêta net.

— Ceci… est… un entraînement… pour piloter ?

Lina posa une main sur sa bouche pour ne pas rire.

— Non, c'est… pour tourner en rond en criant très fort.

Tekk observa un cheval.

— Vous… aimez… tourner ?

Jade répondit :

— Quand on est petit, oui. Quand on grandit, on essaie plutôt d'aller quelque part.

Nora s'approcha du manège. Sur une des voitures, quelqu'un avait laissé un petit porte-clés en forme de fusée, tout usé.

Elle le prit et le fit tourner entre ses doigts.

À ce moment-là, un bourdonnement monta dans l'air. Léger, comme un insecte. Le lampadaire clignota plus vite.

Aïo leva la tête.

— Nos… instruments… détectent… une signature… étrange.

— Une signature ? répéta Nora.

Miri projeta une image : une trace lumineuse qui serpentait sous les pavés de la place, comme un fil de comète.

Tekk murmura :

— Quelqu'un… a déjà… regardé… la Terre… avant nous.

Lina se figea.

— Attendez. Vous n'êtes pas les premiers extraterrestres ?

Aïo secoua la tête.

— Nous… ne savons… pas. Mais… ici… il y a… un reste… d'autre… technologie.

Jade observa les pavés.

— Et ça vient d'où ?

La trace semblait aller vers la rangée des stands les plus anciens, ceux qui restaient dehors même la nuit, parce qu'ils étaient trop lourds à ranger.

Nora sentit le porte-clés fusée se réchauffer dans sa main, comme s'il répondait.

— On va voir, dit-elle.

Sa voix était calme, mais ses yeux brillaient.

Et dans le marché éteint, entre les bâches endormies et les souvenirs invisibles, les quatre… non, les six silhouettes avancèrent, comme une petite expédition de lumière.

Chapitre 4 : La boîte sous les pavés

Ils arrivèrent près d'un stand de jouets d'occasion. La bâche était attachée avec une corde, et un coin pendait, laissant voir des peluches entassées et des boîtes en carton.

— Même la nuit, les jouets surveillent, murmura Jade.

Miri s'agenouilla — enfin, sa façon de s'agenouiller, comme si ses articulations hésitaient — et posa sa main sur les pavés. Sa lumière se glissa dans une fente.

Un petit clic résonna.

Un pavé se souleva, doucement, sans qu'on le touche. Comme s'il obéissait à une clé invisible.

Lina se pencha.

— Je retire ce que j'ai dit. Là, c'est officiellement un portail.

Sous le pavé, il y avait une boîte métallique, plate, grande comme un livre. Elle était couverte de symboles qui changeaient de couleur, comme des poissons dans l'eau.

Tekk approcha son visage.

— C'est… ancien. Très… ancien.

Nora sentit sa gorge se serrer.

— Ça veut dire quoi, ancien ?

Aïo fit un geste prudent.

— Avant… notre voyage. Avant… peut-être… le vôtre.

Jade posa une question simple, celle qui empêche la peur de s'installer :

— Est-ce que c'est dangereux ?

Miri secoua la tête.

— Pas… dangereux. Mais… triste.

Lina fronça les sourcils.

— Comment ça, triste ?

Miri tapa doucement sur la boîte. Une image s'alluma au-dessus : une carte du ciel, puis un petit vaisseau, puis… une trajectoire qui s'arrêtait brusquement, comme une phrase coupée.

La boîte émit un son bref. Un message, incomplet.

« …ARRIVÉ… TROP… TARD… »

Nora sentit un frisson, mais pas de terreur. Plutôt une compassion. Quelqu'un avait voulu venir, et quelque chose l'en avait empêché.

Tekk expliqua, avec des mots choisis lentement :

— Un… autre… explorateur… a déposé… ceci. Pour… être… retrouvé.

Aïo tourna son regard immense vers Nora.

— Nous… ne voulons… pas… prendre. Nous… voulons… comprendre. Avec… votre… accord.

Nora regarda Lina, puis Jade. Lina avait l'air sérieuse, pour une fois. Jade acquiesça doucement.

— D'accord, dit Nora. Mais on le fait ensemble.

Miri effleura un symbole. La boîte s'ouvrit en deux, comme une coquille.

À l'intérieur, il n'y avait pas une arme, ni un monstre. Il y avait… un petit objet, rond, avec une surface lisse comme un galet, et un bouton au centre.

— Un… jouet ? souffla Lina, déçue et soulagée en même temps.

Tekk secoua la tête.

— Pas… jouet. Sonde… douce. Pour… apprendre… sans… blesser.

Jade prit l'objet délicatement. Il semblait léger, mais on sentait une énergie tranquille, comme un cœur qui bat très loin.

— Il fait penser à… un bouton de manteau, dit-elle.

Miri sourit — enfin, ses lèvres très fines se relevèrent.

— Les… choses… importantes… se cachent… dans… les petites formes.

Nora observa la boîte vide. Sur le fond, une dernière ligne brillait, en français approximatif, comme écrite par quelqu'un qui avait essayé très fort.

« RESPECTER. ÉCOUTER. PARTAGER. »

Nora murmura ces mots.

— Respecter. Écouter. Partager.

Lina, moins à l'aise avec les émotions, tenta une blague :

— Bon, au moins, ils n'ont pas écrit « envahir »

Aïo la regarda, perplexe.

— Pourquoi… envahir… un lieu… si… beau ?

Lina haussa les épaules, un peu gênée.

— Ben… des fois, les gens ont peur de ce qu'ils ne connaissent pas.

Jade fit rouler doucement son fauteuil pour se rapprocher.

— Et vous, vous n'avez pas peur de nous ?

Tekk répondit simplement :

— Vous… êtes… différents. Donc… intéressants. La peur… est… une… erreur… de calcul.

Ça fit rire Lina, parce que dire « erreur de calcul » pour parler d'émotions, c'était à la fois bizarre et vrai.

Le lampadaire au-dessus d'eux se stabilisa, comme rassuré.

Mais Nora sentait que l'histoire ne s'arrêtait pas là. Le petit objet rond vibrait très légèrement dans la main de Jade, comme s'il attendait qu'on appuie.

— Et si on le déclenche ? demanda Lina, déjà prête à faire une bêtise.

Nora inspira.

— Pas n'importe où. On est au milieu d'un marché. Même éteint, il appartient à des gens. On doit faire attention.

Aïo hocha la tête, très respectueux.

— Bonne… règle.

Alors ils cherchèrent un endroit à l'écart, sous la halle, près du manège endormi. Un lieu où rien ne risquait d'être abîmé.

Jade posa l'objet sur le sol.

Et appuya.

Chapitre 5 : La mini-tempête d'étoiles

Le bouton s'enfonça sans bruit.

Au début, il ne se passa rien. Lina allait ouvrir la bouche pour dire « je savais que c'était juste un bouton de manteau », quand une brise se leva, juste au-dessus de l'objet.

Une brise qui sentait la menthe et la pluie, comme dans la serre.

Des points lumineux apparurent, des milliers, minuscules, qui se mirent à tourner en spirale. On aurait dit une mini-galaxie, tenue dans un cercle d'un mètre.

— C'est… magnifique, souffla Jade.

Les lumières formèrent des images : une mer avec des vagues vertes, un désert violet, une forêt de champignons géants. Des mondes, des vrais, pas des dessins. On voyait même des créatures au loin, qui ressemblaient à des cerfs… mais avec des ailes transparentes.

Lina se frotta les yeux.

— Je veux aller là-bas.

Aïo répondit, très ferme malgré sa voix chantante :

— Non. Ceci… est… pour… regarder. Pas… pour… prendre.

Nora observa les images. Elles n'étaient pas là pour impressionner. Elles étaient là pour partager, comme un album photo interstellaire.

Miri posa une main sur son cœur.

— L'explorateur… qui a laissé… la boîte… voulait… offrir… un souvenir. Comme… un salut.

Tekk pointa une image : un groupe d'êtres semblables à eux, rassemblés autour d'un arbre lumineux.

— Peut-être… sa famille. Peut-être… il… n'est… pas… revenu.

Un silence doux tomba. Le marché éteint semblait écouter.

Nora s'accroupit. Les étoiles en miniature se reflétaient dans ses yeux.

— On ne le connaît pas… mais on peut respecter son message.

Lina, d'une voix plus calme :

— Et on peut éviter que des gens paniquent si on trouve d'autres trucs comme ça.

Jade ajouta :

— On peut aussi… répondre. Si eux ont laissé un souvenir, on peut en laisser un aussi. Quelque chose de simple.

Aïo cligna des yeux.

— Vous… voulez… offrir… à l'univers ?

— Pourquoi pas ? dit Lina. Tant qu'on n'offre pas la chanson de mon frère.

Miri sembla réfléchir, puis projeta une image d'une petite capsule.

— Nous… pouvons… enregistrer… un moment. Une… émotion. Un… rire. Une… promesse.

Nora sentit une certitude tranquille naître en elle.

— Alors on enregistre ce marché. Même éteint, il est plein de vie.

Tekk posa ses mains au-dessus de la spirale d'étoiles. La lumière changea, et on vit la place du marché comme si on la regardait du ciel : les stands endormis, la fontaine, le manège, et les six silhouettes rassemblées.

— Dites quelque chose, souffla Jade. Un message.

Lina inspira très fort.

— Euh… Bonjour, qui que vous soyez ! Ici, c'est la Terre. On a des marchés, des fraises, et des gens bizarres mais… en général sympas.

Jade enchaîna, avec douceur :

— Si vous êtes différent, ça ne veut pas dire que vous êtes dangereux. Ça veut dire que vous avez des choses à nous apprendre.

Nora hésita. Elle n'aimait pas parler pour rien. Mais là, les étoiles attendaient.

Elle dit simplement :

— Venez avec respect. Nous ferons pareil.

Aïo, Miri et Tekk posèrent leurs mains près de la spirale. La mini-galaxie sembla absorber leurs paroles comme une éponge de lumière.

Puis les images se rétractèrent, doucement, comme une fleur qui se ferme au matin.

L'objet rond vibra une dernière fois.

Et s'éteignit.

— Voilà, dit Lina. On vient d'envoyer un message cosmique depuis un marché fermé. Ma mère ne me croira jamais.

Jade sourit.

— La vérité est souvent plus bizarre que les mensonges.

Nora ramassa l'objet et le glissa dans sa poche. Il était tiède, comme un secret bienveillant.

Aïo regarda le ciel.

— Notre… temps… est… presque… fini. Nous… devons… partir… avant… d'être… vus.

Nora sentit une pointe de tristesse, mais elle n'était pas lourde. Plutôt comme quand un livre se termine, et qu'on sait qu'on pourra le relire.

— Vous reviendrez ? demanda Lina, incapable de faire semblant.

Miri répondit :

— Si… la Terre… veut… encore… partager.

Nora hocha la tête.

— La Terre… c'est aussi nous.

Ils retournèrent vers la serre, en silence, avec le marché éteint derrière eux, comme une grande scène qui venait de garder un secret.

Chapitre 6 : Le jouet posé

Sur le toit, l'air était plus frais. La serre semblait les attendre, tranquille, comme si elle avait toujours été un passage.

Aïo, Miri et Tekk se placèrent dans le cercle de lumière. Leurs silhouettes vibraient déjà, prêtes à se dissoudre dans la nuit.

— Avant… de partir, dit Aïo, nous… voulons… laisser… quelque chose. Pas… pour… prendre place. Pour… dire… merci.

Tekk sortit un petit objet de sa combinaison : une figurine minuscule, faite d'un matériau doux, presque comme du bois poli, mais qui brillait à peine. Elle ressemblait à un petit animal imaginaire : un mélange de renard et d'oiseau, avec une queue en spirale.

— Un… jouet, dit Miri. Pour… les… jeunes… explorateurs.

Lina s'approcha, les yeux brillants.

— Il est trop beau…

Nora sentit l'importance du geste. Un jouet, c'était simple. Ça disait : on fait confiance. On veut que vous rêviez.

Jade tendit les mains.

— On le garde. Et on en prendra soin.

Aïo la regarda avec une gravité douce.

— Alors… nous… avons… bien… choisi.

Nora sentit sa gorge se serrer, mais elle ne pleura pas. Elle se contenta de dire :

— Merci d'être venus sans nous faire peur.

Miri répondit :

— Merci… de ne pas… nous… avoir… transformés… en monstres… dans votre tête.

Lina, fidèle à elle-même, lança :

— Franchement, avec vos têtes, vous auriez pu essayer un peu plus d'être effrayants. Genre… des tentacules.

Tekk sembla réfléchir très sérieusement.

— Nous… avons… des… tentacules… dans… l'histoire… numéro… 47. Elle… a… mal… fini. Nous… évitons.

Ça fit rire tout le monde, même Nora.

Le cercle de lumière se mit à tourner plus vite. Les trois extraterrestres levèrent la main dans un salut maladroit, touchant presque leur front.

— Au… revoir, Terre, dit Aïo.

Puis ils disparurent, comme des reflets qu'on efface.

Le toit redevint un toit : des antennes, du béton, un ciel profond. La serre, elle aussi, semblait endormie, sans buée, sans message.

Pendant quelques secondes, Lina resta muette. C'était rare.

Puis elle souffla :

— Bon. On a un jouet extraterrestre. Et un objet-sonde dans ta poche, Nora. Et un message envoyé depuis un marché vide. On est… d'accord que c'est la meilleure nuit de notre vie ?

Jade hocha la tête, paisible.

— Et personne n'a eu besoin d'être un héros. On a juste… été respectueuses.

Nora ne répondit pas tout de suite. Elle regarda l'horizon, là où la ville se mélangeait au ciel.

Puis elle prit doucement la figurine et la posa sur le rebord de la serre, à l'abri du vent, comme on pose une promesse.

Le petit jouet brillait à peine, mais suffisamment pour qu'on le remarque si on savait où regarder.

— On le laisse là ? demanda Lina, surprise.

Nora hocha la tête.

— Oui. Comme eux ont laissé une boîte sous le marché. Un jour, quelqu'un le verra. Et il se demandera… qui l'a posé.

Jade sourit.

— Et peut-être qu'il n'aura pas peur. Peut-être qu'il sera juste curieux.

Les trois filles restèrent un moment, à écouter le silence.

Le jouet posé gardait la nuit, comme un petit gardien d'étoiles.

Et quelque part, très loin, dans un endroit que personne sur Terre ne pouvait imaginer exactement, un autre marché, une autre place, un autre monde, recevait peut-être leur message et souriait.

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Serre
Grande boîte de verre où l'on fait pousser des plantes, souvent chaude et humide.
Buée
Fine vapeur qui couvre une surface froide quand on souffle dessus.
Lucioles
Insectes qui brillent la nuit comme de petites lampes.
Antennes grinçantes
Pièces métalliques sur les toits qui font un petit bruit aigu quand elles bougent.
Paillettes
Petits éclats brillants qui tombent comme des poussières lumineuses.
Lieu d’échange
Endroit où les gens donnent et reçoivent des choses ou des paroles.
Manège
Appareil qui tourne pour amuser les enfants, avec des chevaux ou voitures.
Pavés
Grosses pierres posées pour faire la route ou la place.
Fente
Ouverture étroite entre deux objets, comme une petite fissure.
Coquille
Enveloppe dure qui s'ouvre en deux, comme une huître ou un boîtier.
Sonde
Petit appareil envoyé pour observer ou mesurer sans abîmer.
Mini-galaxie
Petit regroupement d'étoiles ou de lumières tournant comme un système.
Signature
Trace spéciale qui montre l'origine ou l'identité, ici comme une marque.
Bâche
Grande toile couvrant un stand ou un objet pour le protéger.
Halle
Grand bâtiment couvert où l'on vend souvent des produits, comme au marché.

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