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Conte de princesse et de prince 9 à 10 ans Lecture 15 min.

Althéa et la berceuse du vent

La princesse Althéa part avec Marin-Lune à la recherche d'une berceuse portée par le vent Liro et découvre, au fil de rencontres et de petits gestes, que la générosité et le partage ouvrent le chemin des chansons aux cœurs.

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La princesse Althéa, cheveux verts mousse, s'agenouille sur la plage et tend un petit médaillon d'argent; derrière elle, Marin-Lune, marin d'environ 60 ans à la barbe blanche et à la casquette, tient un petit instrument à cordes; Méri, fille d'environ 7 ans en tresses, pieds nus, tient un oiseau en papier près d'un vieux moulin en bois aux grandes ailes, sable doré et maisons au loin; vent visible en filaments argentés soulevant cheveux et voiles, notes musicales flottantes; lumière de crépuscule chaude, palette pastel et ombres douces, style dessins animés des années 90, plan moyen en légère plongée, atmosphère tendre et magique. signaler un problème avec cette image

Chapitre I — Les Îles aux Phare-Étoiles

Au cœur d'un archipel qui bruissait comme un collier de perles contre la mer, la princesse Althéa vivait dans un palais de pierre blanche, perché sur l'île du Clair-Sel. Les phares, dressés comme des gardiens lumineux, veillaient chaque nuit et chantaient parfois, quand le vent s'insinuait dans leurs meurtrières, une mélodie de maisons lointaines. Les vagues racontaient des histoires aux rochers, et les mouettes semblaient applaudir avec leurs ailes.

Althéa avait les cheveux couleur d'algue au soleil et les yeux couleur de ciel après l'orage. Elle était connue pour sa douceur et sa curiosité; on disait d'elle qu'elle entendait les silences avant qu'ils ne se taisent. Mais elle portait un secret tendre: elle rêvait, depuis toute petite, d'entendre une berceuse véritable, une chanson si douce qu'elle pourrait la suivre jusqu'aux étoiles. Les ménestrels du royaume chantaient volontiers, mais leurs airs étaient rapides comme des bateaux pressés. La berceuse qu'Althéa désirait était lente, comme une barque qui dérive, comme la mer qui respire.

Parfois, la princesse se promenait sur la jetée au crépuscule et parlait aux phares comme à de vieux amis. "Vous qui gardez les routes des marins, peut-être savez-vous où trouver une berceuse?" demandait-elle. Les phares, fidèles et muets,au mieux offraient une lueur plus chaude, comme si leur lumière pouvait consoler la question. Les vents, eux, se penchaient pour écouter ; ils portaient déjà mille histoires dans leurs poches invisibles.

Un soir, tandis qu'une brume légère effleurait les pierres, un vieux marin arriva. Sa barbe était blanche comme l'écume, et ses yeux brillaient d'une curiosité semblable à celle d'Althéa. Il tenait un petit instrument à cordes, poli par des voyages. "Je viens des îles du Nord," dit-il, en avançant avec révérence. "On m'appelle Marin-Lune. On dit que vous cherchez une berceuse, Votre Grâce." Althéa sentit son cœur battre au rythme d'une voile accueillant le vent. Elle invita le marin à parler. Ainsi commença la première goutte d'une aventure que le royaume n'oublierait pas.

Chapitre II — Le Vent des Histoires

Marin-Lune expliqua qu'une berceuse ancienne se cachait dans le souffle d'un vent nommé Liro. "Liro voyage entre les îles," dit-il, ses mains dessinant des cartographies invisibles. "Il porte des chansons que les vagues ont oubliées. Mais Liro ne chante que pour ceux qui donnent sans attendre, qui prêtent une oreille et un cœur."

La princesse sourit. "Donner? Mais je suis princesse. Je donne déjà des pommes dorées et des couvertures aux pêcheurs." Elle caressa une pomme que le marin lui tendait, comme s'il s'agissait d'un morceau de ciel.

"Ce n'est pas des choses seulement," répondit-il. "C'est la façon dont on écoute, la façon dont on partage un peu d'ombre ou une parole quand quelqu'un a froid. Liro aime la générosité qui réchauffe les âmes."

Althéa réfléchit. Elle connaissait le sens de la générosité matérielle, mais l'idée d'offrir des attentions, des temps, des histoires, cela paraissait plus subtil. Alors elle décida de partir avec Marin-Lune pour trouver Liro. Le roi, père d'Althéa, posa sur sa fille une main pleine de fierté et dit: "Va, mais reviens bientôt avec ce que ton cœur cherche. N'oublie pas: la mer est tendre et terrible." Althéa prit une cape légère, un coussin ancien, et un petit carnet où elle grava les chansons qu'on lui confierait.

Les deux voyageurs montèrent à bord d'une barque cousue de lumière. Les îles s'effaçaient comme des perles sur une ficelle, et la mer leur récitait des légendes. Ils croisèrent d'abord l'île des Pêcheurs-orchestres, où les filets pendaient comme des rideaux tissés de notes. Là, Althéa offrit son coussin à une mère fatiguée dont le bébé refusait de dormir. Elle s'assit près d'eux et chanta une comptine que lui avait enseignée sa nourrice. Ce simple don — sa voix calme et son temps — fit dériver le sommeil sur la mère et l'enfant comme une barque sur une mer douce. Marin-Lune sourit. "Liro a entendu," murmura-t-il.

Plus loin, dans la baie aux Lanternes, un vieux phare avait perdu sa lentille; les marins y erraient comme des poissons hors de l'eau. Althéa aida à polir la vieille lentille, offrit des gants, et alla, le soir même, conter une histoire aux veilleurs sans sommeil. Ses paroles furent comme des lanternes qui voletaient autour des têtes alourdies; bientôt, chacun sentit une paix renaître. "Tu vois," dit Marin-Lune, "générosité n'est pas jet d'or, mais partage de soi."

Les jours passaient, ponctués de petites merveilles: un filet réparé, un gâteau partagé sous un tamaris, une vieille chanson recollée à une autre. A chaque geste, le vent semblait devenir plus joueur, plus présent. La barque glissait plus aisément. On eût dit que Liro approchait.

Une nuit, alors qu'une aurore boréale peignait l'horizon de couleurs étranges, la voile de la barque chuchota. Un souffle chaud, parfumé d'embruns, caressa Althéa. "Je suis Liro," dit une voix qui n'était presque que vent. Les cheveux de la princesse dansèrent; ses yeux cherchèrent la source de l'air. "Comment reconnais-tu la générosité?" demanda-t-elle.

"Je suis un collectionneur," répondit Liro avec le timbre des marées. "Je garde des berceuses et les confie à qui sait partager. Pour te chanter une berceuse, il faut que tu me confies quelque chose que tu aimes sans l'attacher à toi. Donne-moi un souvenir, et je le rendrai en chanson." Althéa sentit son cœur se serrer: donner un souvenir, c'était offrir une partie d'elle-même.

Chapitre III — L'Échange des Souvenirs

Althéa pensa d'abord à mille choses: la première étoffe brodée par sa mère, la clé en argent de sa chambre d'enfant, la plume d'un oiseau marin qu'elle avait autrefois conservée. Elle prit finalement un petit médaillon qu'elle portait toujours — une photo de sa grand-mère, celle qui lui avait appris à écouter les silences et à compter les étoiles. Ce médaillon contenait une odeur de tilleul et de livres, et une promesse d'histoires.

"Voici," dit la princesse, ouvrant la paume. Elle tendit le médaillon au vent. Un frisson passa, et la lumière de la barque trembla. Liro prit le souvenir comme on prend une plume et le transforma en un fil d'air qui scintillait. "Je vais t'offrir la berceuse," murmura-t-il. "Mais écoute: la chanson que je t'apporterai sera une récolte des cœurs que tu as touchés."

Le vent entonna d'abord un murmure doux, puis ses notes prirent la forme d'images. Althéa vit le visage du bébé qui avait dormi sur son coussin, la mère qui avait retrouvé un sourire, les veilleurs qui s'étaient endormis au phare. Chaque souvenir prêté avait laissé une couleur dans la mélodie. Le chanteur invisible tissa la berceuse, couture d'airs et d'ombres, et la déposa sur l'épaule d'Althéa comme un manteau léger.

"Chante-la," souffla Liro. "Et partage-la encore." Althéa ouvrit la bouche. Sa voix, au début timide, devint une rivière tranquille. Les notes étaient lentes, chaudes, mielleuses; elles glissaient comme des feuilles sur l'eau. La berceuse parlait de maisons qui ferment leurs volets, de bateaux qui rangent leurs voiles, de rêves qui se tiennent la main pour traverser la nuit. Les iles s'arrêtèrent d'un même mouvement: les mouettes suspendirent leur cri, et les phares inclinèrent leur lumière. Même la mer sembla retenir sa respiration pour écouter.

La chanson n'appartenait déjà plus qu'à elle et au vent. Et ce qu'Althéa n'avait pas prévu, c'est que la berceuse souhaitait voyager. "Je veux que chaque enfant du royaume l'entende," dit-elle, à voix basse. Liro, qui aimait les cœurs qui donnaient sans compter, étira la mélodie en fil d'écume et la laissa flotter vers l'archipel. Les maisons, les quais et les chambres furent visités par la chanson. Les visages se détendirent comme des voiles retrouvant la bonace.

Mais un petit incident se produisit: sur une île lointaine, une petite fille, nommée Méri, n'entendit pas la berceuse. Elle vivait près d'un vieux moulin et son oreille était souvent distraite par le cliquetis des ailes du moulin. Althéa, en apprenant cela, fut peinée. Elle confia alors à Marin-Lune un nouveau dessein: "Allons porter cette berceuse à ceux qui, pour des raisons diverses, ne l'ont pas reçue. Donner, c'est aussi se souvenir de ceux qu'on a pu oublier."

Ils partirent donc vers l'île du Moulin Gris. Là, Méri était assise, pieds nus, tenant un petit oiseau en papier. Althéa s'agenouilla, offrit le médaillon — cette fois en le remettant à la fillette — et chanta la berceuse au creux de son oreille. Méri sourit, et la chanson trouva une nouvelle couleur, plus fragile, plus courageuse. En échange, Méri partagea l'oiseau en papier, qu'elle avait fabriqué pour ses nuits sans lumière. Althéa prit l'oiseau comme un trésor; il serait désormais accroché dans la salle du palais, rappelant à tous qu'un don, même minuscule, peut illuminer un grand cœur.

Chapitre IV — Le Retour et la Brise Fraîche

Après ces voyages, Althéa et Marin-Lune revinrent au palais. Le roi attendait sur la jetée, ses rides éclairées par la dernière lueur du jour. Il étreignit sa fille, les yeux pleins d'un éclat qui ressemblait à de la gratitude. Le royaume tout entier semblait plus doux; les phares brillaient d'une lumière plus tendre, comme s'ils avaient appris à cligner des yeux.

La berceuse s'était répandue: elle s'était faufilée sous les portes, avait caressé les épaules fatiguées des pêcheurs, et avait offert des rêves à ceux qui n'en avaient plus. Les gens venaient au palais pour remercier la princesse, portant parfois des choses étranges: un pot de miel, une branche d'olivier, un dessin d'enfant, ou un morceau de ficelle noué avec soin. Althéa prenait chaque offrande avec un sourire, mais ce n'étaient pas ces présents qui la touchèrent le plus. Ce qui la récompensait, c'était la paix que la berceuse avait semée, la façon dont les veillées devenaient des fêtes de petites lumières, la manière dont les voisins se rapprochaient pour partager des tartes et des histoires.

Un soir, alors que le soleil glissait comme une pièce d'or derrière l'horizon, Liro apparut une dernière fois. Il volait bas, par-dessus les phares, et la mélodie qu'il portait semblait plus claire que jamais. "Althéa," dit-il, d'une voix qui était maintenant un ami, "tu as offert des instants, tu as partagé ta voix et ton temps. La berceuse appartient désormais au royaume. En échange, je te laisse un cadeau: la brise fraîche qui finit toute histoire."

Althéa sentit un souffle nouveau, délicat comme une caresse de soie. Il effleura son visage et fit frissonner les arbres du jardin royal. "Qu'est-ce que cela veut dire?" demanda la princesse.

"Cela signifie," répondit Liro, "que chaque fois que tu écouteras le vent sur tes joues, tu sentiras la paix que tu as semée. La brise réveillera en toi la mémoire des cœurs que tu as touchés. Elle te rappellera de toujours donner sans compter, car la générosité revient, comme la marée vient, infinie."

La princesse ferma les yeux. Elle pensa à chaque main qu'elle avait serrée, chaque veillée où elle avait offert une voix. Un sourire s'étira sur son visage; il était noble et tendre, comme un portrait vivant.

Le roi, témoin de ce moment, s'approcha et dit, en plaisantant avec gravité: "Ma fille, tu as bien gouverné les songes du royaume." Althéa rit doucement, et le palais résonna comme un coquillage tendu à l'oreille.

Les jours suivants, lorsque la brise passait, le peuple savait qu'elle apportait quelque chose d'invisible mais précieux. Les enfants la couraient pour sentir sa fraîcheur; les anciens la saluaient comme un vieux compagnon. Les phares, eux, semblaient cligner de plus en plus affectueusement, envoyant leur lueur comme des baisers aux bateaux qui rentraient au port.

La berceuse restait dans la mémoire collective : on la chantait au bord des lits et au milieu des fêtes, parfois modifiée par des voix diverses, mais toujours reconnaissable par sa douceur. Et la générosité, semée par une princesse qui préféra donner son temps et ses souvenirs, devint une sorte de loi non écrite : on s'offrait plus volontiers des gestes, on écoutait davantage, on partageait davantage.

La dernière nuit du récit, Althéa monta sur la falaise où le vent venait s'asseoir pour lire ses lettres. Elle regarda l'archipel: les phares étaient des piliers de lumière, les îles des notes posées sur une portée d'eau. Elle prit une profonde inspiration: l'air était salé, parfumé de tilleul et d'encore des contes. Une brise fraîche traversa son visage — pas froide comme l'oubli, mais fraîche comme la promesse. Elle pensa aux visages aimés, aux petits dons, aux chansons qui avaient voyagé. Et dans ce souffle, elle sentit la certitude que la bonté, comme la mer, revenait toujours, douce et inépuisable.

"Merci," murmura-t-elle au vent, qui répondit par un frisson qui fit frôler les feuilles et scintiller les étoiles. La berceuse s'éloigna, portée par Liro, pour aller bercer d'autres îles encore inconnues. Mais la brise fraîche resta, compagne fidèle, promesse silencieuse que la générosité, semée avec cœur, transforme le monde en une chaîne de lumières et de chansons.

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Archipel
Groupe d'îles proches les unes des autres, entourées par la mer.
Meurtrières
Ouvertures étroites dans un mur, pour regarder ou défendre sans être vu.
Ménestrels
Musiciens ou chanteurs qui racontaient des histoires en chantant.
Aurore boréale
Lumières colorées que l'on voit parfois dans le ciel nocturne au nord.
Collectionneur
Personne qui rassemble et garde des objets qu'elle aime.
Lentille
Grande pièce de verre qui aide une lumière à mieux briller ou à mieux voir.
Embruns
Très petites gouttes d'eau de mer qui volent avec le vent.
Bonace
Moment où la mer est calme et le vent est presque absent.
Paume
Partie plate de la main, entre les doigts et le poignet.
Veilleurs
Personnes qui restent éveillées pour surveiller ou garder la nuit.
Couture
Action d'assembler des tissus ou de réparer avec du fil et une aiguille.

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