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Conte du Japon 9 à 10 ans Lecture 25 min. (5)

Daichi et la jarre qui chante

Dans un village paisible, Daichi, un homme qui marche avec soin, aspire à escorter un convoi sacré, tout en apprenant à écouter le monde autour de lui grâce à des rencontres avec un sculpteur de masques et une jarre chantante. À travers son voyage, il découvre l'importance de la patience, de l'humilité et de l'harmonie avec son environnement.

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Un homme nommé Daichi, d'une trentaine d'années, avec des cheveux noirs et courts, porte un kimono bleu clair brodé de motifs de vagues. Son visage exprime une sérénité profonde, accompagné d'un léger sourire et d'yeux pétillants de curiosité. Il marche lentement sur un chemin de terre, pieds nus, en observant attentivement les alentours. À ses côtés, une petite fille de six ans, aux cheveux longs et bruns, porte une robe traditionnelle rose à motifs de fleurs. Elle trottine joyeusement, souriante, admirant Daichi. Leur chemin les mène à une grotte avec un Bouddha assis, entourée de pierres lisses et de verdure. La lumière du soleil filtre à travers les arbres, créant des ombres dansantes. Daichi s'incline respectueusement devant le Bouddha, tandis que la petite fille observe, émerveillée par la beauté du lieu et la paix qui s'en dégage. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Les pas comptés de Daichi

Dans le village de pierre et de paille, au pied des collines où les bambous frémissent comme des plumes vertes, vivait un homme nommé Daichi. Il n'était ni grand ni petit, ni bavard ni muet. On le remarquait surtout à sa façon de marcher. Daichi calculait ses pas sans dureté, comme on compte des graines de riz pour n'en écraser aucune. Son pied cherchait toujours l'endroit où la terre respirait, son regard saluait les cailloux comme de vieux amis. Il marchait en pesant la lumière du matin, en pesant aussi les bruits, du cri des corneilles au ronronnement des cigales.

Depuis qu'il était enfant et qu'il avait regardé un jour la procession du village glisser sur la route comme un serpent de lanternes, Daichi avait un souhait niché au chaud dans sa poitrine: escorter un convoi sacré. Il ne rêvait ni de tambours, ni de hautes coiffes, ni d'applaudissements. Il souhaitait simplement être celui qui marche au rythme juste, celui qui garde l'équilibre du cortège, celui qui, sans faire de bruit, empêche le monde de trébucher.

Chaque matin, il s'entraînait en silence. Il partait au lever du soleil, quand la brume se détachait des rizières comme une couette glissant des épaules d'un enfant. Il descendait le chemin jusqu'au pont de bois, touchait la rambarde, entendait le murmure de la rivière. Il montait ensuite les marches usées qui menaient au sanctuaire, en saluant d'un hochement les petites statues de Jizo, coiffées de bonnets rouges. Entre chaque marche, il glissait un souffle. Il comptait, non comme on compte pour gagner, mais comme on compte pour ne pas se perdre. Un, deux… pause. Trois, quatre… pause. Son cœur battait en cadence avec le vent.

Le village le taquinait parfois gentiment. « Daichi, tu vas encore arriver trop tôt », disait la vieille Satoko, son panier de légumes au bras. « Le matin n'attend pas, mais il n'est jamais pressé », répondait Daichi avec un sourire. Il parlait rarement long, et sa voix était un fil clair au bord de son silence.

Un jour d'automne, l'annonce passa de bouche en bouche: la fête des récoltes approche, et un convoi sacré, portant le mikoshi, la petite demeure du dieu du lieu, traverserait le village jusqu'à la grotte au Bouddha assis, où l'on fait halte pour remercier. Les tambours seraient là, les danseurs, les vieux, les enfants, et les voyageurs de passage. Daichi sentit sa poitrine s'échauffer, comme une théière qui commence à chanter. Ce serait peut-être l'année où on lui confierait une place dans l'escorte. Il ne dit rien. Il alla, comme d'habitude, compter ses pas sur les pierres, et laissa son désir se dissoudre dans l'air frais, pour qu'il ne devienne pas un fardeau.

Le soir, quand la lune posa un bol de lait sur les toits, Daichi s'assit près de la porte, les genoux serrés contre lui. Il écouta les voix de la nuit, les feuilles qui se froissent, les insectes qui grattent, la respiration de la maison. Dans sa poitrine, le souhait brillait doucement, ni trop, ni trop peu, comme une luciole polie par les doigts.

Chapitre 2 — Le sculpteur de masques

Un matin où la rosée piquait les plantes comme des perles fraîches, Daichi prit le sentier qui longe le verger de kakis. Les fruits pendaient lourds, pareils à de petites lunes orange. Au tournant du chemin, il s'arrêta net. Une odeur de bois frais montait d'une clairière. Des copeaux couvraient le sol comme une neige blonde, et au milieu, assis en tailleur, un vieil homme sculptait.

Le vieil homme levait et baissait son ciseau avec la légèreté d'une plume qui va et vient. Sur ses genoux, un bloc de bois de cyprès devenait un visage. Tantôt un sourire s'éveillait, tantôt une ride naissait. À côté, sur un tissu immaculé, dormaient plusieurs masques: un renard au regard futé, une vieille femme au rire doux, un jeune homme au front clair. Daichi, qui connaissait chaque feuille de ce sentier, se demanda comment ce sculpteur avait pu s'installer là sans qu'il le remarque.

« Bonjour », dit Daichi en s'inclinant. Sa voix fit voltiger une libellule. Le vieil homme leva les yeux. Ils étaient très noirs, très tranquilles, avec un éclat de rivière au soleil. « Bonjour à toi qui marches comme si la terre était un tambour », répondit-il, sans cesser de caresser le bois.

Daichi, surpris, sourit. « Je ne veux pas faire de bruit inutile », dit-il. « Le bruit inutile s'accroche aux pas pressés », répondit l'autre. « Je m'appelle Kiyo, et mes mains façonnent des visages pour que les visages des hommes se souviennent de ceux des esprits. »

Il lui montra un masque au front large, avec de petites lèvres. « Celui-ci s'appelle l'Homme Ordinaire. Il sait faire du riz et réparer un toit. Il sait aussi écouter. C'est un masque difficile: il veut plaire, mais il ne doit pas briller. » Kiyo posa le masque contre son ventre, comme on berce un enfant. « Et toi, qui es-tu? »

Daichi se présenta simplement. Il dit son souhait sans se vanter: escorter un convoi sacré. « Je veux marcher à la bonne distance des lanternes, ni trop près, ni trop loin. Je veux que les pas des autres trouvent leur place. Je veux que le dieu qui voyage se sente comme sur une barque sans secousse. » Kiyo hocha la tête, et un petit sourire vint se ranger dans sa barbe.

« Je sculpte des visages, toi tu sculpteras l'espace entre les pas », dit Kiyo. « Nous sommes frères de travail. Tu vois, chaque masque a un caractère, mais il ne sert à rien s'il n'épouse pas le souffle de l'acteur. Le bois se tait si l'homme se croit grand. » Il prit un morceau de tissu posé à sa droite, l'ouvrit, et découvrit deux masques plus petits, presque des jouets: un renardeau et une carpe. « Porte-les à l'oratoire du pont, veux-tu? Dis-leur bonjour de ma part. Ce sont des enfants capricieux: ils aiment qu'on marche lentement. »

Daichi accepta. Il prit le paquet, le posa dans ses mains avec tout le soin du monde. Kiyo le regarda partir, puis lança sa voix comme on lance une graine: « N'oublie pas: si tu veux guider, ne t'avance pas devant ton ombre. Marchez ensemble, toi et ton ombre. Alors les esprits suivront. »

Sur le chemin du retour, Daichi marcha encore plus doucement. Il salua le torii du petit oratoire près du pont. Il déposa les petits masques sur la tablette, à côté d'une coupe de saké et de bâtonnets d'encens qui fumaient. « Bonjour de la part de Kiyo », murmura-t-il. Le courant répondit en jetant un reflet d'argent sur l'eau calme. Daichi se sentit plus léger, comme si ses talons avaient appris à respirer.

Chapitre 3 — La grotte au Bouddha assis et la jarre qui chante

Les préparatifs de la fête faisaient vibrer le village. Les enfants répétaient des danses, les femmes faisaient sécher des herbes sur des paillasses, les hommes graissaient les porteurs du mikoshi avec des plaisanteries. Daichi, lui, montait chaque jour jusqu'à la grotte au Bouddha assis. Il voulait saluer d'avance, apprendre le chemin, connaître les pierres qui glissent, les cailloux qui roulent, les ombres où l'on se tord la cheville. Il comptait ses pas, il pesait les distances. Il s'arrêtait parfois pour regarder un papillon se poser, juste au bord de sa chaussure, comme s'il venait essayer sa marche.

La grotte était une bouche fraîche dans le flanc de la colline. À l'intérieur, un Bouddha assis, les mains jointes en un geste patient, veillait. Son visage était simple, presque ordinaire, avec un sourire qui n'appartenait ni au jour ni à la nuit. Des offrandes reposaient à ses pieds: des biscuits de riz, deux mandarines, une branche de pin. Daichi s'inclina, posa sa paume au sol, sentit la rugosité de la pierre. Il resta là, à respirer, aussi longtemps qu'il faut pour que les pensées s'alignent comme des galets au bord d'un ruisseau.

Ce jour-là, alors qu'il s'apprêtait à repartir, un son serra son oreille. Ce n'était pas une voix, ni un instrument. C'était un chant sans paroles, une note venue d'un pot, d'une jarre, d'une gorge ancienne. Daichi tourna la tête. Au fond de la grotte, à demi cachée derrière une pile de vieilles lanternes, une jarre attendait. Grande, ventrue, avec une fêlure qui la traversait comme une ride au coin d'un œil, elle semblait tenir en elle une petite mer.

Daichi s'approcha. Le chant faiblit. Il se rapprocha encore. Le chant revint, mince comme un fil, puis s'élargit, comme si quelqu'un tirait doucement sur les bords. Il posa ses doigts sur la jarre. Le son se fit plus clair. Il retira sa main. Le son s'envola, puis retomba. Il comprit que la jarre chantait avec son souffle. Chaque fois qu'il expirait, une vibration naissait dans l'argile. Chaque fois qu'il inspirait, le chant changeait, se posait ailleurs. Cela n'avait rien de magique, et pourtant tout l'était.

« Bonjour », dit Daichi, sans savoir s'il s'adressait à la jarre, au Bouddha, ou au silence. Le son prit une petite courbe, comme pour dire « bonjour » à sa manière. Il s'assit en face de la jarre, à la même distance que celle qui lui semblait juste, ni trop près, ni trop loin, comme pour une vieille personne qu'on respecte. Il se mit à respirer doucement, et la jarre chantait. Il essaya d'accélérer. La jarre se taisait presque, puis bégayait. Il ralentit. La jarre soupirait, contente. Daichi sourit. Il avait trouvé un maître pour ses pas.

Il resta longtemps ainsi. Ses pensées, d'abord excitée par l'idée d'escorter le convoi, se firent plus claires. À un moment, il eut une image: lui, marchant devant tout le monde, le regard des gens sur son dos, la fierté qui gonfle comme un tambour. La jarre coupa net son chant. C'était comme si quelqu'un avait posé une main sur sa bouche. Daichi sursauta. Il laissa l'image se dissoudre, et repensa à la petite vieille Satoko, aux enfants qui trottinent, aux lanternes qui dansent au bout des bras, au dieu à l'intérieur du mikoshi qui ne demande qu'un voyage tranquille. La jarre se remit à chanter, ronde comme un bol de soupe.

Il comprit. La jarre lui disait, sans mots: marche pour le chant, pas pour le regard. Marche comme on accompagne un bébé qui dort. Marche pour que la musique existe. Il se pencha, fit glisser ses doigts sur la fêlure. Elle était douce comme une cicatrice qui ne fait plus mal. « Merci », murmura-t-il. Le Bouddha assis, dans sa patience, semblait sourire un peu plus, comme si quelqu'un avait bougé une lumière.

Daichi sortit de la grotte quand la lumière tombait en pièces. Sur le chemin, un renard apparut soudain, léger et sérieux, comme une flamme qui se déplace. Il s'arrêta, regarda Daichi, pencha la tête. Daichi s'inclina. Le renard s'éloigna d'un pas de danse. Dans le lointain, le village sonnait de préparatifs. Le vent emportait une odeur de riz cuit. Daichi marcha, et la jarre chantait encore dans sa poitrine.

Chapitre 4 — Le convoi sacré

Le grand jour arriva. Le matin, le ciel fit sa toilette dans l'eau de la rivière et s'habilla d'un bleu clair. Les lanternes, accrochées depuis l'aube, battaient doucement dans le vent. Les tambours avaient commencé à parler: Don… don… don… Un rythme simple, qui fait avancer les pieds et secoue les épaules. Le mikoshi brillait: des feuilles d'or, des petits clochetons, des cordes tressées. À l'intérieur, le dieu du village préparait son voyage, peut-être en bâillant, peut-être en souriant.

Le chef de la procession, un homme large avec des sourcils qui semblaient tirer le chariot tout seuls, fit signe à Daichi. « Tu marcheras sur la ligne des lanternes », dit-il. « Tu veilleras au rythme et à l'espace. Tes pas sont calmes, c'est ce qu'il nous faut. » Daichi s'inclina. Il sentit une chaleur dans ses doigts, comme la première gorgée de thé.

La procession se mit en route. Les porteurs levaient le mikoshi par un souffle commun. Les lanternes dessinèrent une rivière de lumière qui coulait dans les ruelles. Des enfants agitaient de petits éventails, des chiens se faufilèrent entre les jambes puis revinrent se coucher sur les seuils. Daichi marcha. Il ne conduisait pas; il accompagnait. Il se souvenait de la jarre et de sa façon de chanter quand le souffle était juste. Il comptait, non pas avec ses lèvres, mais avec le monde. Un pas pour chaque feuille, un pas pour chaque pierre. Il faisait de la place. Il était une lisière.

À la première montée, un vent malicieux s'engouffra dans le convoi. Les flammes des lanternes dansèrent, prêtes à flirter avec les rubans de papier. Daichi ralentit d'une demi-semelle. « Tout doux », souffla-t-il. Il fit un signe léger aux porteurs du mikoshi, comme on fait signe à un cheval. Les tambours comprirent, sans savoir qu'ils avaient compris, et leurs mains se firent plus lentes. Le vent passa, déçu que personne ne lui ait donné de spectacle, et s'en fut chatouiller un arbre de l'autre côté du chemin.

Plus loin, au passage du pont, une sandale d'enfant se défit. Daichi se pencha, comme par hasard, pour serrer le lacet de sa propre sandale. Ce geste ralentit la queue du convoi juste assez pour que la mère rattrape sa petite et refasse son nœud. « Merci », souffla-t-elle. Daichi n'entendit pas. Il avait les oreilles pleines de la chanson de la jarre. Après le pont, le sculptur de masques Kiyo attendait, debout derrière un amandier. Il portait l'Homme Ordinaire à sa ceinture. Quand Daichi passa, Kiyo leva un doigt, comme un ciseau, et dessina dans l'air une petite ligne horizontale. Reste à ce niveau, disait le doigt. Daichi haussa à peine les épaules, comme s'il posait sur elles un oiseau invisible.

Sur le chemin qui grimpe vers la grotte, des pierres plates glissaient sous la mousse. Les porteurs du mikoshi soufflaient fort, mais ne perdaient pas le sourire. Daichi posa ses pieds là où la mousse semblait plus sèche. Il savait, à force de venir, où le rocher offre sa poignée, où la racine vous tend sa main. La procession avançait. Un vieux, assis sur une marche, tapotait son genou en rythme. Une fillette à la natte basse se retourna vers Daichi et chuchota: « Est-ce que les dieux s'ennuient dans leur petite maison? » Daichi se pencha un peu sans cesser d'avancer. « Ils aiment quand ça va doucement », répondit-il. « Alors, ils regardent le monde et ne ratent rien. »

Quand ils arrivèrent à la grotte au Bouddha assis, l'air devint plus frais comme un linge trempé. Tout le monde se pencha. On posa le mikoshi sur des tréteaux. Les tambours se turent. On offrit du thé, des gâteaux, des fruits. L'ombre de la grotte couvrit un moment les fronts, et les cœurs battirent moins fort. Daichi resta à la place qu'il avait choisie: ni trop près, ni trop loin. Son souffle allait et venait, et dans son ventre, une jarre invisible chantait une note longue.

À la reprise, le chef de la procession fit un signe à Daichi. « Tu as bon pied », dit-il. C'était peu, mais c'était beaucoup. Les derniers mètres, ceux qui redescendaient vers le village, furent des mètres de coton. Les lanternes reprirent leurs sourires. Les clochettes tintèrent comme des gouttes de pluie. La procession se dénoua sans se rompre, comme une corde savamment liée. Quand le mikoshi franchit l'arc rouge du torii, le soleil du soir posa sa main d'or sur tous les fronts.

Cette nuit-là, quand la lune se leva, Daichi rentra chez lui les jambes fatiguées et l'âme légère. Il pensa au rire de la jarre, à la ride qui la traversait, au renard qui avait penché la tête. Il pensa à Kiyo, à l'Homme Ordinaire qui, s'il marchait, marcherait comme lui. Il pensa à la fillette et à sa question. Les dieux ne s'ennuient pas, se dit-il, quand on marche pour eux comme pour quelqu'un qu'on aime. Il bu un bol d'eau. Il remercia la nuit de l'avoir laissé passer. Il s'endormit avant que ses paupières se ferment complètement, comme un enfant qui oublie qu'il dort.

Chapitre 5 — L'étoffe remise en mains

Le lendemain, le village avait la voix basse de ceux qui ont beaucoup parlé. On rangeait les rubans, on frottait les bols, on balayait les confettis de feuille. Daichi fit sa ronde, comme à l'habitude. Il salua le pont, il salua les statues, il salua le verger de kakis. Ses pieds pesaient un peu, mais son souffle allait et venait, sans effort. Son souhait, qu'il avait laissé grandir comme on laisse grandir une plante sans la tirer, avait fleuri et s'était refermé pour faire une graine nouvelle. Il n'eut pas plus d'orgueil qu'il n'avait eu de tristesse avant. Il sentit la joie pure qu'on éprouve pour une pluie juste, pour un riz bien cuit.

Il monta jusqu'à la grotte au Bouddha assis. La fraîcheur de la pierre l'accueillit une nouvelle fois. Il salua le Bouddha, ce visage ni jour ni nuit. Au fond, la jarre était là, immobile et patiente. Daichi s'assit et respira. Le chant revint, discret, comme si la jarre lui donnait un clin d'œil. « Merci », dit Daichi. « Je comprends mieux où poser mes pieds. »

Il resta là un moment, les mains posées sur ses genoux, à regarder la poussière danser dans la lumière qui entrait par la porte. À un moment, il sentit une présence derrière lui. Ce n'était ni lourd ni léger, c'était comme quand un nuage passe devant le soleil: le monde change un tout petit peu. Daichi se tourna. Le sculpteur Kiyo se tenait à l'entrée de la grotte. Il avait laissé ses outils quelque part; ses mains étaient vides, mais on aurait dit qu'elles gardaient encore la forme d'un visage.

« Tu n'as pas couru », dit Kiyo. « C'est bien. Le convoi a glissé, les gens ont souri, et je n'ai vu ni chute ni fierté. » Daichi s'inclina profondément. « J'ai eu de bons maîtres », répondit-il en glissant un regard vers la jarre et vers le Bouddha.

Kiyo hocha la tête, puis sortit de sa manche un rectangle de tissu. C'était une étoffe simple, ni large ni étroite, tissée de coton clair, avec des motifs discrets: des vagues très petites qui semblaient marcher l'une après l'autre, et entre elles, une ligne de petits points, comme des pas. L'étoffe avait l'odeur du bois de cyprès et du soleil. Kiyo l'ouvrit, la referma, puis la tendit à Daichi sans bruit. Daichi tendit ses mains, et Kiyo y posa l'étoffe, avec ce geste doux qu'ont les gens qui savent ce qu'ils donnent.

« Cela servait à envelopper un masque quand il quittait l'atelier pour aller vivre sur un visage », dit Kiyo. « Aujourd'hui, je te la remets. Tu pourras essuyer la sueur de tes pas ou couvrir un bol pour qu'il reste chaud. N'en fais pas un drapeau. Les motifs te rappelleront ce que sait l'eau: passer, sans se vanter, et polir la pierre. »

Daichi caressa l'étoffe du bout des doigts. Elle était douce sans être molle, solide sans être dure. Il l'approcha de son visage, ferma les yeux. Il y avait dans ce tissu un peu de la chanson de la jarre, un peu de la patience du Bouddha, un peu du regard noir et tranquille de Kiyo. « Je la garderai pour me souvenir de ce que mes pieds ont appris », dit Daichi. « Et je la prêterai si quelqu'un doit couvrir un bol. »

Kiyo eut un de ces sourires qui réparent une fissure. « Prêter est une façon de marcher », dit-il. Il s'assit à côté de Daichi, et les deux hommes restèrent là un moment, à écouter le silence tissé d'insectes, à regarder la lumière plier sur la pierre. La jarre donna une note plus claire, comme un remerciement. À l'entrée, le monde était vivant: un oiseau passa, une feuille tomba, un peu de poussière se leva.

En redescendant au village, l'étoffe roulée dans son obi, Daichi marcha avec la même attention que la veille, que l'avant-veille, que tous les jours. La route était identique et pourtant, à chacun de ses pas, un petit changement se produisait: une fourmi trouvait un abri, un reflet changeait de place. Il croisa la petite fille à la natte basse. Elle trottinait, des miettes de gâteau aux lèvres. « Tu marches encore? » demanda-t-elle, étonnée que cela ne s'arrête jamais.

« Le monde bouge même quand on dort », répondit Daichi. « Alors je l'accompagne un peu. » Elle le regarda, un œil sérieux, l'autre riant. « Tu lui tiens la main? » « Parfois », dit Daichi, « et parfois je fais juste de la place. » Elle repartit, contente de sa réponse.

Le soir, Daichi accrocha l'étoffe au-dessus de la table, à portée de main. Elle ressemblait à un petit morceau de rivière cousu dans l'air. Il la regarda avant de se coucher. Il pensa à la jarre qui chante, au Bouddha assis, à Kiyo et à son ciseau, au renard qui avait penché la tête. Il pensa à la vieille Satoko, aux enfants, au chef aux sourcils épais. Il se dit que l'humilité n'est pas un habit qu'on met, mais une façon de tenir ses pas, de ne pas pousser sa chance, de garder une place à côté de soi pour que la joie puisse marcher.

Il s'endormit avec l'idée simple qu'il avait appris quelque chose qui ne finirait pas. Dans son rêve, les vagues de l'étoffe faisaient la ronde avec les pas du village. La jarre, quelque part, chantait que tout va bien quand on respire à la bonne mesure. Et au matin, quand Daichi ouvrit la porte, le monde était là, prêt à être escorté jusqu'au soir, sans tambours parfois, mais toujours avec une note douce, comme un sourire que personne ne réclame et que tout le monde reçoit.

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Convois sacré
Un groupe de personnes qui transportent quelque chose de très important pour une fête ou une cérémonie religieuse.
Vitrine
Une grande fenêtre où l'on expose des objets à vendre dans un magasin.
Sculpteur
Une personne qui crée des œuvres d'art en taillant ou en modelant des matériaux comme le bois ou la pierre.
Mikoshi
Une petite maison portable où est placé le dieu d'un village pendant une fête.
Vague
Un mouvement d'eau qui monte et descend, comme celles de la mer.
Offrandes
Des choses que l'on donne en signe de respect ou de remerciement, souvent à une divinité.

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