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Histoire sur la séparation et le divorce 9 à 10 ans Lecture 13 min. (2)

Deux maisons et un même cœur

Lina, une jeune fille de dix ans, doit s'adapter à la séparation de ses parents et à la vie entre deux maisons, tout en apprenant à exprimer ses émotions et à créer des repères. À travers des rituels et des échanges, elle découvre comment naviguer entre ces deux mondes tout en restant entourée de l'amour de ses parents.

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Une fillette de 10 ans au visage rond marqué d’un grain de naissance sur la joue, cheveux châtain clair au carré, serre son doudou tigre usé contre sa poitrine, assise sur un lit simple à couette claire en train d’accrocher une guirlande lumineuse au-dessus d’elle; son père d’environ 38 ans, cheveux courts poivre et sel et t-shirt bleu, se tient près du lit en souriant et lui tend un rouleau de scotch; la mère d’environ 36 ans apparaît en appel vidéo sur le téléphone posé sur la table de chevet, visage chaleureux et mains en signe de réconfort; la petite chambre d’un appartement lumineux a un mur gris pâle, une étagère vide, un tapis beige, une plante en pot en forme de renard sur le rebord de la fenêtre et, au sol, un sac à dos bleu et un carnet violet — première nuit chez Papa après la séparation, scène calme et intime aux lumières chaudes de la guirlande, mélange d’appréhension et d’apaisement sur le visage de la fillette. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La nouvelle au bout de la table

La table de la cuisine avait encore l'odeur des crêpes. Lina, dix ans, faisait tourner sa cuillère dans le chocolat chaud. Maman et Papa se regardaient, les mains serrées autour de leur tasse, comme si elles avaient froid. Maman prit une grande inspiration et dit doucement : « Lina, on doit te parler. » Papa ajouta : « On va se séparer. »

Le mot resta suspendu dans l'air. Lina sentit son ventre se tordre. Elle regarda les quatre chaises, la fenêtre, le chat, comme pour vérifier que tout tenait encore debout. « Ça veut dire quoi, se séparer ? » demanda-t-elle, la voix minuscule. Maman répondit : « On ne sera plus un couple. On ne vivra plus dans la même maison. Mais on restera toujours tes parents. » Papa ajouta, très sérieux : « Ce n'est pas de ta faute. Rien de ce que tu as fait n'a causé ça. On t'aime très fort, tous les deux. »

Des larmes piquèrent les yeux de Lina. Les mots se bousculaient dans sa tête. Une seule chose sortit : « Et Tigre ? » Tigre était son doudou tigré, un peu usé sur la patte. Papa sourit tristement. « Tigre va où tu vas. »

Plus tard, dans sa chambre, Lina serra Tigre. Elle entendait les murmures des adultes dans le salon, comme des vagues. Alors elle fit ce que la maîtresse lui avait appris : inspirer, expirer, compter jusqu'à cinq. Son cœur ralentit. Elle pensa à une petite lumière dans sa poitrine. Elle se dit : « Je suis aimée. Je peux poser des questions. »

Chapitre 2 — La carte des deux maisons

Le dimanche, Maman étala des feutres et des post-it sur la table. « On va faire une carte des semaines, » expliqua-t-elle. « Les lundis, mardis et mercredis, tu seras chez moi. Les jeudis, vendredis et un week-end sur deux, tu seras chez Papa. On écrira tout ici, pour que ce soit clair. » Lina choisit le bleu pour Papa et le jaune pour Maman. Elle dessina aussi un petit cœur rose pour le mercredi, jour de centre de loisirs. Papa arriva avec un grand sac. « On va préparer des affaires en double, » dit-il. « Tu auras une trousse chez moi et une chez Maman, des chaussettes, une brosse à dents dans chaque maison. Comme ça, tu n'auras pas à tout transporter. »

Lina ouvrit le sac. Il y avait une brosse à cheveux neuve, un pyjama doux, un carnet à spirales avec une couverture violette. « C'est quoi, le carnet ? » « C'est ton carnet des petits messages, » dit Maman. « Tu peux y écrire ce que tu penses, des envies, des questions. On peut le lire si tu veux, sinon il reste rien qu'à toi. » Lina traça son prénom sur la première page, en grosses lettres.

Ensemble, ils inventèrent des rituels. « À chaque passage d'une maison à l'autre, » proposa Papa, « on se dira la phrase magique. » Lina réfléchit. « La phrase, ce sera : ‘On se retrouve, c'est sûr, et on s'aime pour toujours.' » Maman applaudit doucement. Ils décidèrent aussi d'une chose importante : si quelque chose la gênait, Lina pourrait le dire, même si c'était difficile. « C'est normal d'avoir des émotions, » répéta Maman. « Tu as le droit d'être triste, fâchée ou contente. »

Lina choisit des photos à coller dans un porte-cartes, une pour chaque maison. Elle glissa Tigre dans son sac. Elle sentait encore un noeud dans la poitrine, mais la carte et les doubles affaires faisaient comme un petit pont entre les deux rives.

Chapitre 3 — La première nuit chez Papa

Le mercredi suivant, Papa vint la chercher à l'école avec un sac à dos bleu et un sourire un peu nerveux. « Prête ? » « Je crois, » répondit Lina. Ils montèrent dans le bus, puis dans un ascenseur qui sentait le savon. L'appartement de Papa était lumineux, plus petit que la maison de Maman, avec un balcon où dansait une plante verte dans un pot en forme de renard. Papa montra une porte. « C'est ta chambre. On l'organisera ensemble. »

Lina posa son sac sur un tapis moelleux. Il y avait un lit, une étagère vide, une guirlande encore dans son emballage. Elle sortit son carnet, ses feutres, Tigre. « Je peux mettre la guirlande là ? » « Bien sûr, » dit Papa, en tendant du scotch. Ils fixèrent la guirlande au-dessus du lit. La lumière était douce. Papa proposa : « Omelette et salade ? » Lina hocha la tête. Pendant qu'ils cuisinaient, elle demanda, la bouche pleine : « Est-ce que je peux appeler Maman ce soir ? » « Oui, à dix-neuf heures, comme on a dit. »

Après le repas, elle regarda la ville par la fenêtre. Des voitures filaient comme des lucioles. La nuit, dans le lit neuf, le plafond lui semblait plus haut que d'habitude. Une petite boule d'inquiétude revint. « Papa ? » « Oui ? » « Le lit, il est trop près de la fenêtre. J'ai l'impression qu'il penche. » Papa réfléchit. « On peut le déplacer. » Ils poussèrent le lit contre le mur. « Et Tigre veut dormir du côté où il voit la porte, » ajouta Lina. Papa sourit. « Tigre a des idées. » Ils s'installèrent, et la chambre parut soudain plus sûre.

À dix-neuf heures, l'écran du téléphone s'alluma. « Coucou, mon coeur, » dit Maman. Lina montra la guirlande, la plante renard, le lit déplacé. « C'est bien, » dit Maman. « Tu as pensé à l'histoire ? » « Oui, » répondit Papa, en brandissant un livre. Lina rit. Quand elle ferma les yeux, elle pensa à la phrase magique. Elle la répéta tout bas. Son corps se détendit. Elle s'endormit avec Tigre, comme une petite ancre qui tient le bateau.

Chapitre 4 — Des mots à l'école

Le lendemain, à l'école, la maîtresse, Madame Dubois, annonça : « Aujourd'hui, vous présenterez un lieu que vous aimez. » Lina sentit son cœur battre plus vite. Elle leva la main. « Je peux présenter mes deux coins de chambre ? » « Bonne idée, » dit Madame Dubois. Lina colla au tableau deux photos imprimées à la maison : le coin lecture chez Maman, avec la grande bibliothèque et le coussin jaune ; le coin chez Papa, avec la guirlande et la plante renard. Les élèves chuchotèrent. « C'est joli, la guirlande, » dit Jade. « Et la plante, elle a un nom ? » « Renardine, » répondit Lina, un peu fière. « C'est moi qui l'ai choisi. »

Après la présentation, Sofiane s'approcha. « Ça fait quoi, d'avoir deux maisons ? » Lina chercha ses mots. « C'est comme avoir deux sacs de sport : il faut vérifier que tout est dedans. Parfois, c'est fatigant. Parfois, c'est chouette, parce que j'ai deux coins préférés, deux chemins pour rentrer. » Sofiane hocha la tête. « Tu peux mettre des stickers de la même couleur dans tes deux chambres, comme ça, tu sais que c'est ton espace. » « Pas bête, » dit Lina, en riant.

À la récréation, Madame Dubois s'assit près d'elle sur le banc. « Si un jour les jours changent, si quelqu'un oublie de venir, tu peux venir me le dire ou aller voir la directrice. On a une liste avec les noms des personnes qui peuvent te récupérer. » Lina sentit une chaleur rassurante l'envahir. Elle nota dans son carnet : « En cas de souci : maîtresse, directrice, appel à Maman ou Papa. » Elle avait des repères, des adultes prêts à l'aider.

Le soir, chez Maman, elle bascula son sac sur le tapis. « J'ai présenté mes deux coins. Et Sofiane m'a donné une idée de stickers. » Maman sourit. « On va en acheter. Et demain, on prépare des doubles étiquettes pour tes cahiers. » Tout devenait un peu plus clair, comme un dessin qui se colorie.

Chapitre 5 — Un anniversaire au parc

Les semaines passèrent. Les routines prirent leur place, comme des galets bien rangés. Un matin, en mordant dans une tartine, Lina eut une idée. « Mon anniversaire approche. Je veux inviter des amis… et que vous soyez là tous les deux. » Maman et Papa se regardèrent. « On peut faire ça au parc, » proposa Papa. « Avec un pique-nique. » Maman ajouta : « On pourra apporter deux gâteaux, si tu veux. » Lina hocha la tête, sérieuse. « Et j'ai des règles. On ne parle pas des papiers d'adultes. On joue au frisbee. Et on fait une photo tous ensemble, mais pas forcée si quelqu'un n'en a pas envie. » Maman mit la main sur son cœur. « D'accord. » Papa fit un signe de pouce, un peu ému.

Le jour venu, le parc sentait l'herbe coupée. Les ballons se balançaient entre deux arbres. Les amis couraient en riant. Papa lança le frisbee trop haut ; il se coinça dans une branche. Tout le monde éclata de rire. Maman grimpa sur le banc et, avec l'aide de Sofiane, fit tomber le frisbee. « But ! » cria Lina. Elle avait une couronne en carton décorée de stickers bleus et jaunes. Les deux gâteaux étaient prêts : un au chocolat, un aux fraises. « Fais un voeu, » dit Papa. Lina ferma les yeux. Elle pensa à ses deux chambres, à Tigre, à la carte des semaines, à la phrase magique, à Renardine qui dansait dans le vent. Elle pensa à la petite lumière dans sa poitrine. « Je souhaite me sentir chez moi dans mes deux maisons, tout le temps. »

Elle souffla les bougies. Les adultes applaudirent. Après les cadeaux, Lina s'approcha de ses parents. « J'ai quelque chose à dire. » Ils se turent, attentifs. « Quand je passe d'une maison à l'autre, j'ai besoin de dix minutes pour me poser. Pas de questions tout de suite. Je range mon sac, je dis bonjour à la plante ou au chat, et après je parle. » Maman acquiesça. « Très bien. » Papa répéta : « Très bien. » Elle ajouta, en souriant : « Et j'aimerais que, le soir, vous me disiez la même phrase. » Maman et Papa la dirent en chœur : « On se retrouve, c'est sûr, et on s'aime pour toujours. » Leurs voix s'unirent comme deux rivières.

Le soir, Lina rentra fatiguée, heureuse. Elle rangea son carnet sur l'étagère, posa Tigre sur l'oreiller. Elle caressa le dos du doudou. Elle regarda autour d'elle : le coin lecture, les étagères, le dessin qu'elle avait fait du parc. Elle savait que demain, ce serait l'autre maison, et que sa place y serait prête aussi. Elle avait appris à dire ce dont elle avait besoin, à poser sa voix comme on pose une valise. Les changements continuaient, parfois faciles, parfois piquants. Mais au centre, il y avait sa lumière, ses repères, ses deux parents qui l'aimaient.

Elle éteignit la lampe. Dans le noir doux, elle murmura : « Je peux aimer mes deux maisons. Je peux aimer mes deux parents. Je peux être la même Lina, partout. » Et, avec un petit sourire, elle s'endormit, sûre qu'au matin, le monde l'attendrait, et qu'elle saurait y trouver sa place.

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Murmures
Des paroles prononcées à voix basse, souvent pour ne pas être entendu par les autres.
Ancre
Un objet lourd qui sert à maintenir un bateau en place dans l'eau.
Piquant
Qui provoque une sensation de douleur ou de gêne, souvent utilisé pour décrire quelque chose qui pique.
Rituels
Des actions répétées de manière régulière, souvent dans un ordre précis ou avec une signification particulière.
Galets
Des petites pierres lisses, souvent trouvées sur les plages ou au bord des rivières.
Carte
Un dessin représentant un lieu, avec des indications pour s'orienter.

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