Début : Trompette sur le bulletin météo
Dans la Savane-qui-Rigole, il n'y avait ni maisons, ni voitures, ni humains. Juste des herbes hautes, des rochers tièdes, des arbres qui chuchotaient, et des animaux qui parlaient comme s'ils avaient toujours eu un micro sous la patte.
Ce matin-là, un éléphant gris perle s'était installé au sommet d'une petite colline. Il s'appelait Édouard, mais tout le monde disait : « Édou la Météo ! » car il adorait annoncer le temps. Pas le temps sérieux, non. Le temps rigolo.
Il avait fabriqué un “studio” avec un vieux tronc creux en guise de pupitre, deux feuilles géantes comme rideaux, et une noix de coco peinte en jaune pour faire “le soleil à l'écran”.
Édouard gonfla sa trompe comme une trompette et lança :
« Bonjour, bonjour ! Ici Édou la Météo ! Aujourd'hui, grande chance de… de… de chatouillis dans l'herbe et de nuages en forme de bananes ! »
Derrière lui, une hyène prenait des notes sur une écorce, très concentrée. Une tortue réglait l'horloge avec un sérieux comique : elle tournait l'aiguille… puis s'endormait dessus. Un groupe de suricates faisait la chorale des “ouuuuh” dès qu'un nuage passait.
Tout allait bien, jusqu'à ce qu'un sifflet retentisse : POUÏÏÏT !
Un flamant rose arriva en trottinant sur ses longues pattes comme sur des échasses. Il portait une petite casquette et un gros badge où était écrit, en lettres très fières : ARBITRE.
« STOP ! » cria le flamant. « Je suis Félix l'Arbitre. Et j'annonce une nouvelle règle ! »
Édouard cligna des yeux. « Une règle ? Pour la météo ? »
Félix hocha la tête. « Oui. À partir de maintenant, un présentateur météo n'a plus le droit de dire “soleil”, “pluie” ou “vent”. Trop facile. Tu dois annoncer le temps avec… des devinettes. »
Les suricates firent “oooh” d'un air ravi, juste parce qu'ils aiment dire “oooh”.
Édouard souffla doucement, ce qui fit voler une plume de Félix. « Mais… c'est mon bulletin ! »
Félix leva son sifflet. « Deuxième règle : tu n'as pas le droit de souffler sur l'arbitre. Sinon, pénalité : trois pas en arrière. »
Édouard recula de trois pas. Le “studio” grinça. La noix de coco-soleil roula et faillit tomber dans un trou.
La hyène leva la patte : « Est-ce qu'on a le droit de rire ? »
Félix répondit : « Bien sûr. Mais seulement à la fin. Nouvelle règle. »
Édouard regarda le ciel, puis ses amis, puis Félix. Il inspira. « Très bien. Nous ferons… la météo-devinette. Mais on la fera ensemble ! »
Milieu : Des règles qui glissent comme une anguille
Édouard se racla la gorge et commença, avec une voix très officielle… et très amusée.
« Alors… euh… Devinez : je suis quelque chose qui tombe du ciel, je fais “ploc”, et je mouille le museau. Qui suis-je ? »
La tortue leva la tête. « Une… soupe ? »
La hyène éclata de rire, mais se rappela la règle. Elle se mordit la langue. Ça fit une drôle de grimace, comme un ballon qui se dégonfle.
Félix siffla : « Non, non ! On ne répond pas “soupe”. Et puis… nouvelle règle : on ne répond pas. On mime. »
Les suricates se mirent à mimer. L'un fit semblant de porter un parapluie invisible. Un autre se roula par terre comme une goutte. Un troisième… se transforma en flaque. Enfin, il essaya : il s'allongea, très fier, et déclara : « Je suis plat ! »
Édouard tenta de garder son sérieux. « D'accord… je vois… Donc… aujourd'hui, il y aura… quelque chose qu'on mime avec un parapluie invisible. »
Félix leva un doigt. « Nouvelle règle : pas le droit de dire “parapluie”. Trop évident. »
Édouard cligna encore. « Alors… on mime un “chapeau de pluie”, voilà ! »
Félix fit mine d'être choqué. « “Chapeau de pluie”, c'est presque un parapluie. Nouvelle règle : pas de mots composés. »
Édouard avala un petit “pfff” de frustration, qui fit trembler son pupitre. La noix de coco-soleil trembla aussi, comme si elle avait le trac.
La hyène, qui n'aimait pas voir Édouard se débattre tout seul, chuchota : « On peut l'aider, Édou ? »
Édouard hocha doucement la tête. « Oui. On va faire la météo en équipe. Quand Félix change une règle, on s'adapte. Ensemble, on est plus malins. »
La tortue s'avança et posa une feuille sur le pupitre. « On peut dessiner ! Si on ne peut pas dire les mots, on les montre. »
Félix siffla très fort : « Nouvelle règle : pas de dessins ! Ça contourne l'arbitre ! »
La tortue soupira, mais elle ne se vexa pas. Elle prit la feuille et la transforma en… éventail. « Alors on fait du vent ! »
Félix eut un petit sourire. Puis il se reprit, important : « Nouvelle règle : le vent doit être annoncé en chanson. »
Les suricates se regardèrent. Chanter ? Ils adorent. Ils se mirent en ligne comme une petite fanfare et chantèrent :
« Fiiiou-fiiiou, ça décoiffe les oreilles,
Fiiiou-fiiiou, ça fait danser les abeilles ! »
Édouard battit doucement des oreilles, comme des rideaux. Il ajouta :
« Merci, chorale. Voilà : aujourd'hui, ça fera… fiiiou-fiiiou. »
Félix acquiesça, puis leva le sifflet : « Nouvelle règle : quand on dit “fiiiou-fiiiou”, il faut tourner sur soi-même. »
Les suricates tournèrent. La hyène tourna. La tortue tourna… très lentement. Édouard essaya de tourner, mais un éléphant qui tourne, c'est comme une grande toupie qui a mangé trop de feuilles : ça tangue.
CRAC !
Le tronc-pupitre se fendit, juste un peu. La noix de coco-soleil tomba, roula, et boum ! Elle se coinça entre deux pierres, comme un œuf dans un nid trop petit.
« Oh non ! » s'écria Édouard. « Mon soleil ! Sans lui, mon bulletin est tout triste. »
Félix siffla d'un air satisfait. « Je rappelle une règle très importante : un présentateur météo doit toujours avoir un soleil. Sinon, c'est hors-jeu. »
Édouard le fixa, les yeux ronds. « Hors-jeu ? C'est la météo, Félix, pas un match de… de… de je-ne-sais-quoi ! »
Félix gonfla le torse. « Arbitre un jour, arbitre toujours. Et… nouvelle règle : on ne conteste pas l'arbitre. »
La hyène se rapprocha d'Édouard. « On va récupérer ton soleil. Ensemble. »
Les suricates formèrent une petite chaîne : un suricate sur les épaules d'un suricate sur les épaules d'un suricate. Ça faisait une tour qui tremblait comme une flûte en gelée.
La tortue, elle, apporta un petit bâton. « Je peux pousser doucement. Très doucement. Très, très doucement. »
Édouard pencha sa trompe et tenta de tirer la noix de coco… mais elle était bien coincée.
« Attention ! » cria la hyène. « Si tu tires trop fort, elle va jaillir comme une boule de bowling ! »
Félix siffla : « Nouvelle règle : pas de bowling. On n'a pas de bowling ici. »
« On a une noix de coco, ça suffit ! » marmonna Édouard.
Ils essayèrent tous en même temps : les suricates tirèrent, la tortue poussa, la hyène guida, Édouard souleva la pierre avec sa trompe.
La noix de coco fit “pop !” et bondit.
Elle vola droit vers Félix.
Félix ouvrit grand les yeux. Il n'eut même pas le temps de siffler une règle. La noix de coco lui atterrit sur la tête… sans faire mal, comme un chapeau rond.
Félix resta figé. Puis il cligna des yeux. La noix de coco glissa un peu et se posa de travers, très élégante.
Les suricates retinrent leur rire si fort qu'on les entendit couiner.
Édouard s'approcha, inquiet. « Ça va, Félix ? »
Félix se toucha le “chapeau-soleil”. Sa voix sortit plus petite : « Je… je crois que ça va. »
La hyène, gentille, dit : « Tu as l'air… très lumineux. »
Félix rougit sous ses plumes. « Bon. Nouvelle règle… euh… » Il regarda la noix de coco sur sa tête. « Nouvelle règle : l'arbitre… peut porter le soleil. »
Édouard éclata enfin de rire. Et cette fois, même Félix ne put pas empêcher le rire de sortir.
Fin : La météo qui réchauffe tout le monde
Comme Félix portait le soleil sur la tête, Édouard ne savait plus où regarder : le ciel ou la coiffure.
« Très bien, » dit Édouard, en reprenant son rôle, « bulletin météo spécial : aujourd'hui, grand soleil… sur la tête de Félix ! »
Félix leva le sifflet, puis hésita. Il semblait fatigué de changer les règles toutes les trois secondes. « D'accord… tu peux dire “soleil”. Exception. Mais… seulement si tu dis aussi quelque chose de gentil. Nouvelle règle. »
Édouard fit une grande révérence. « Alors : soleil, et merci Félix d'être notre… euh… soleil de secours. »
Félix sourit malgré lui. « Ça me va. »
La tortue se glissa près du pupitre cassé. « On peut réparer ton studio. On peut mettre des branches solides. »
Les suricates crièrent : « On peut porter les branches ! On est petits, mais on est beaucoup ! »
La hyène ajouta : « Moi, je peux tenir les feuilles-rideaux. Et je promets de rire au bon moment. »
Édouard sentit son cœur devenir tout chaud, comme un rocher au midi. « On fait ça. Ensemble. »
En moins de temps qu'il n'en faut à une tortue pour dire “vite”, ils reconstruisirent le studio. Les suricates transportaient les brindilles en courant dans tous les sens, comme des moustiques pressés. La hyène nouait les lianes avec des nœuds bizarres mais solides. La tortue vérifiait chaque branche, en hochant la tête très lentement, comme une experte.
Félix, lui, restait au milieu, droit comme un piquet, avec la noix de coco sur la tête. Il avait l'air d'un lampadaire chic.
Quand tout fut prêt, Édouard reprit sa place. Il leva sa trompe comme un micro.
« Ici Édou la Météo ! Grâce à l'équipe super-solidaire, notre studio est de retour ! Alors, le temps d'aujourd'hui : un peu de fiiiou-fiiiou, des nuages qui ressemblent à des oreillers, et peut-être quelques gouttes qui font “ploc”. »
Félix fit mine de siffler une règle… puis il s'arrêta. « Non. Pas de nouvelle règle. Enfin… si : nouvelle règle unique. On s'amuse. »
Les suricates applaudirent avec leurs petites pattes. La tortue applaudit aussi, mais on aurait dit un bruit de chapeau qui tombe sur de la mousse.
Édouard fit un clin d'œil. « Et maintenant, la blague météo du jour ! »
Tout le monde se pencha, impatient.
Édouard désigna Félix et sa noix de coco. « Félix, tu sais pourquoi tu es le meilleur arbitre du monde ? »
Félix redressa le cou. « Pourquoi ? »
Édouard répondit, au moment pile où un rayon de soleil traversa un nuage et illumina la noix de coco :
« Parce que tu changes tellement les règles… que même le soleil a décidé de te suivre pour être sûr de savoir où se mettre ! »
Un silence, juste une seconde. Puis tout explosa en rires : les suricates roulèrent dans l'herbe, la hyène gloussa comme une bouilloire, la tortue rit si lentement qu'on aurait dit un rire en puzzle, et même Félix lâcha un grand “HA !” qui fit tomber son sifflet.
La noix de coco, elle, resta bien sur sa tête, comme si elle avait trouvé sa place.
Et dans la Savane-qui-Rigole, ce jour-là, il fit un temps parfait : un temps de rires partagés, de studio réparé, et de soleil qui tombait exactement… au bon moment.