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Conte d'aventure 9 à 10 ans Lecture 16 min.

La boussole des chuchotis ou le retour de la voix intérieure

Lina découvre une boussole magique qui la conduit à travers des lieux merveilleux et mystérieux où, confrontée à d’autres et à elle-même, elle doit apprendre à écouter pour retrouver sa voix intérieure.

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Lina, 10 ans, visage rond, cheveux châtain clair en tresse, émotion apaisée, assise sur un banc en bois avec une cape oversize, tend la main pour écouter Maïa, autre fille d'environ 10 ans aux cheveux courts noirs, regard timide mais soulagé, parlant doucement en tenant une feuille ; Ravel, renard anthropomorphe au pelage cuivre et écharpe verte, assis au pied du banc, observe doucement ; scène dans le Jardin des Chuchotis, clairière baignée de lumière dorée, fleurs pastel chuchotantes, petites fontaines et arbres translucides ; atmosphère chaleureuse et calme, palette douce et centrée sur les visages et les mains. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : La boussole qui ne pointait nulle part

Lina avait dix ans et une tête aussi solide qu'un caillou de rivière. Quand elle décidait quelque chose, même le vent devait se pousser pour la laisser passer. Pourtant, au fond d'elle, il y avait un drôle de trou, comme un nid sans oiseau : sa voix intérieure, celle qui chuchote « oui » ou « non » quand personne ne parle, s'était tue.

Ce matin-là, elle traversait le grenier de sa grand-mère, un royaume de poussière dorée où les vieux draps faisaient des fantômes gentils. Entre une malle cabossée et un cerf-volant endormi, elle trouva une petite boussole. Pas une boussole ordinaire : l'aiguille tournait, tournait, comme si elle cherchait une étoile perdue.

Sur le couvercle, gravé à la pointe d'un couteau ancien, on lisait : « Pour retrouver ce qui murmure, suis ce qui écoute. »

— Super. Très clair, se moqua Lina, en fronçant le nez.

Mais quand elle referma ses doigts sur la boussole, elle sentit une chaleur minuscule, comme une luciole au creux de la paume. Et, dans l'air, quelque chose vibra : un appel sans mots. Lina, têtue mais sincère, ne pouvait pas faire comme si elle n'avait rien senti.

Elle descendit quatre à quatre l'escalier, salua sa grand-mère, attrapa une cape trop grande (les aventures aiment les capes) et fila vers la forêt au bout du village. La boussole, elle, ne pointait toujours pas le nord. Elle pointait… l'inconnu.

Chapitre 2 : Le Pont des Soupirs et le renard rieur

La forêt s'ouvrit devant Lina comme un livre dont les feuilles seraient des fougères. Plus elle avançait, plus les arbres semblaient se pencher pour écouter ses pas. Un ruisseau chantait à côté d'elle ; il avait l'air de raconter des blagues aux cailloux, qui brillaient de rire.

Au bout d'un sentier, Lina découvrit un pont de pierres blanches. Sous les arches, au lieu de l'eau, glissait une brume argentée. On l'appelait, gravé sur une stèle : « Le Pont des Soupirs ». Et, justement, on entendait de petits soupirs, comme si la brume avait le cœur lourd.

Sur la rambarde était assis un renard au pelage couleur cuivre. Il portait une écharpe verte et un air insolent.

— Tu veux traverser ? demanda-t-il. Attention, ce pont ne supporte pas les gens qui n'écoutent qu'eux-mêmes.

— Je m'écoute, moi, répondit Lina, un peu trop vite. Enfin… j'essaie.

Le renard pencha la tête.

— Alors écoute ça.

La brume se mit à former des images : une fillette pleurant parce qu'elle avait peur, un garçon grondé injustement, un petit oiseau au nid renversé. Les soupirs venaient de leurs chagrins, gardés là comme des secrets mouillés.

Lina eut un mouvement d'impatience.

— C'est triste, oui, mais moi, je dois retrouver ma voix intérieure. Je n'ai pas le temps.

Le renard fit claquer sa langue.

— Ton temps est une corde. Si tu tires trop dessus, elle te coupe les mains. Traverse, si tu veux… mais le pont sent tout.

Lina posa un pied. La pierre frissonna. Un soupir plus fort monta, comme une vague. Elle sentit son cœur battre, pas seulement pour elle. Elle pensa : « Si c'était moi, là, dans la brume… j'aimerais qu'on s'arrête. »

Elle s'agenouilla, posa sa main sur la rambarde froide et murmura :

— Je vous vois. Je suis désolée. Je ne peux pas tout réparer, mais je ne vous oublie pas.

À cet instant, la brume s'éclaircit, et le pont cessa de gémir. La boussole, dans sa poche, donna un petit coup sec, comme si elle approuvait.

Le renard sourit, dévoilant des dents très blanches.

— Pas mal, Tête-de-Caillou. Je m'appelle Ravel. Si tu veux, je te guide… mais je préviens : je plaisante même quand j'ai peur.

— Moi, je fais semblant de ne pas avoir peur, répondit Lina.

— Oh, parfait, on fera une équipe très honnête.

Ils traversèrent ensemble, et de l'autre côté, la forêt devint plus étrange encore : des champignons lanternes allumaient le chemin, et les ombres dansaient sans musique.

Chapitre 3 : La Bibliothèque des Échos

Après des heures de marche, ils arrivèrent devant une falaise. Une porte y était taillée, immense, couverte de lettres qui bougeaient comme des fourmis.

— La Bibliothèque des Échos, annonça Ravel. Ici, les mots n'oublient rien.

La porte s'ouvrit en soupirant (encore des soupirs, décidément). À l'intérieur, des couloirs de livres s'étiraient comme des rues. Chaque livre avait une oreille dessinée sur sa couverture. Et quand Lina passait, des pages se tournaient toutes seules, chuchotant des phrases qui lui ressemblaient :

« J'aurais dû demander pardon… »

« Je suis sûre que j'ai raison ! »

« Et si je me trompais ? »

Lina serra les dents.

— Je ne suis pas venue pour qu'on me fasse la leçon.

Ravel bondit sur une pile de dictionnaires.

— Ce lieu ne fait pas la leçon. Il fait l'écho. Si ça te dérange, c'est que ça t'appartient.

Au centre de la bibliothèque, un grand pupitre portait un seul livre, fermé par un ruban bleu. Sur la couverture, en lettres dorées : « Le Carnet du Dedans ».

Lina tendit la main, mais une voix grave s'éleva. Pas une voix dans sa tête : une voix dans l'air, comme si les murs parlaient.

— Pour ouvrir, il faut répondre à trois questions. Pas avec la bouche. Avec le cœur.

Une plume apparut et se mit à écrire toute seule sur le pupitre.

Première question : « Quand as-tu été brave ? »

Lina pensa à sa colère, à ses élans, à ses « j'y vais quand même ». Puis elle se souvint d'un moment simple : l'an dernier, elle avait défendu une camarade qu'on se moquait d'elle. Elle avait tremblé, mais elle avait parlé.

La plume écrivit : « Quand j'ai protégé quelqu'un. »

Deuxième question : « Quand as-tu été injuste ? »

Lina voulut répondre : « jamais ». Sa fierté se dressa comme un soldat. Mais la bibliothèque, elle, n'aimait pas les mensonges : les livres se mirent à claquer, comme des ailes d'oiseaux fâchés.

Elle avala sa salive. Elle se revit, la semaine dernière, accuser son petit frère d'avoir cassé un vase, juste parce qu'elle n'avait pas envie d'avouer. Il avait pleuré en silence.

La plume écrivit : « Quand j'ai préféré avoir raison que d'être honnête. »

Troisième question : « Qui as-tu oublié d'écouter ? »

Lina chercha. Les autres ? Oui. Mais plus profond : elle avait oublié… elle-même. Pas sa volonté, non : sa petite voix douce, celle qui sait quand on dépasse la limite.

La plume écrivit : « Ma voix intérieure. »

Le ruban bleu se dénoua. Le livre s'ouvrit, mais les pages étaient blanches.

— C'est vide ! s'exclama Lina.

Ravel eut un petit rire.

— Non. C'est prêt.

Au bas de la première page, une phrase apparut, lente comme l'aube : « Ta voix est cachée là où tu refuses de regarder. »

La boussole vibra. Son aiguille, enfin, se fixa vers une direction précise : une fenêtre au fond de la bibliothèque, ouverte sur un ciel violet.

— Par là, dit Ravel. Vers les Monts Miroirs.

Lina inspira. Son aventure venait de mettre un doigt sur quelque chose qui faisait mal. Mais, étrangement, cette douleur avait le goût d'une vérité.

Chapitre 4 : Les Monts Miroirs et la reine sans reflet

Dehors, le monde s'était changé en légende. Un lac flottait dans le vide comme une goutte suspendue. Des oiseaux bleus écrivaient des arabesques dans le ciel. Au loin, des montagnes brillaient, lisses comme des lames : les Monts Miroirs.

En approchant, Lina comprit pourquoi on les appelait ainsi. La roche reflétait tout : les nuages, la lumière, et même les pensées. Par moments, elle voyait son visage sur la paroi, puis, une seconde plus tard, un autre visage : celui d'une Lina plus petite, plus effrayée, ou plus méchante.

— Beurk… murmura-t-elle. Je n'aime pas ça.

— Les miroirs sont des professeurs sans humour, répondit Ravel. Ils montrent. C'est tout.

Au sommet d'un col, ils trouvèrent un palais transparent, fait d'éclats de glace et de clair de lune. Sur un trône de cristal siégeait une reine. Elle était belle comme un hiver, couronnée d'étoiles, mais… elle n'avait pas de reflet. Dans chaque surface, on voyait le palais, on voyait Lina, on voyait Ravel… mais pas la reine.

— Bienvenue, dit-elle. Je suis la Reine Sans Reflet. Beaucoup viennent ici chercher une réponse. Peu acceptent la question.

Lina se redressa.

— Je cherche ma voix intérieure. Elle s'est perdue. Je veux la récupérer.

La reine inclina la tête.

— Ta voix ne se perd pas. On l'enferme.

— Je ne l'ai pas enfermée ! protesta Lina, fidèle à sa têtute.

La reine tendit un miroir rond. La surface se troubla, puis montra une scène : Lina, dans sa chambre, se bouchant les oreilles pendant que quelqu'un parlait. Sa grand-mère lui disait doucement : « Parfois, tu vas si vite que tu ne t'entends plus. »

La petite Lina du miroir répondit : « Je m'en fiche ! »

Lina sentit une brûlure dans la poitrine.

— Je… je ne voulais pas…

— Tu ne voulais pas entendre, corrigea la reine. Parce que si tu entends, tu dois choisir. Et choisir, c'est parfois renoncer.

Ravel, pour une fois, ne plaisantait pas. Il posa sa patte sur le pied de Lina, comme un ancrage.

La reine reprit :

— Pour retrouver ta voix, tu dois accomplir un acte d'empathie là où tu aurais préféré te défendre. Va au Jardin des Chuchotis, au pied de la montagne. Tu y rencontreras quelqu'un qui a été blessé par ta façon d'être. Tu écouteras jusqu'au bout, sans couper, sans te justifier.

Lina ouvrit la bouche pour protester, puis la referma. La boussole, dans sa main, était chaude. Comme une petite conscience qui brûle quand on ment.

— D'accord, dit-elle enfin. D'accord… même si je n'aime pas ça.

La reine esquissa un sourire si léger qu'on aurait dit un flocon.

— Le courage n'est pas de ne pas trembler. Le courage est de rester quand on tremble.

Chapitre 5 : Le Jardin des Chuchotis et la voix retrouvée

Le Jardin des Chuchotis était un endroit où les fleurs parlaient bas. Des roses murmuraient des compliments aux orties, qui rougissaient. Des fontaines riaient en petites bulles. Et au milieu, assise sur un banc, se tenait une fillette que Lina reconnut tout de suite : Maïa, une camarade de classe.

Maïa faisait tourner une feuille entre ses doigts. Son visage était calme, mais ses yeux avaient la couleur d'un ciel avant l'orage.

— Tu es… vraie ? demanda Lina, confuse.

— Aussi vraie que ce que tu n'as pas voulu entendre, répondit Maïa.

Ravel recula de quelques pas, comme pour leur laisser de l'air.

Lina s'assit, raide comme un piquet.

— La reine a dit que… enfin… que je devais écouter.

Maïa hocha la tête.

— Tu te souviens, quand on a fait le travail de groupe ? Tu as décidé de tout. Tu as dit que mes idées étaient « trop lentes ». Tu as fini par faire ton plan. La maîtresse a dit que c'était bien. Tout le monde t'a félicitée. Et moi… je me suis sentie invisible. Comme si j'étais un décor.

Lina sentit la défense monter : « Mais on n'avait pas le temps ! » Elle la sentit, comme un bouclier automatique. Sa bouche s'ouvrit.

Puis elle se rappela : écouter jusqu'au bout. Elle referma la bouche.

Maïa continua :

— Le pire, ce n'est pas que tu aies pris la place. Le pire, c'est que tu n'as même pas vu que je disparaissais. Je n'ai pas besoin que tu sois parfaite. J'ai juste besoin que tu me regardes quand je parle.

Un long silence tomba. Les fleurs, respectueuses, chuchotaient encore plus doucement.

Lina inspira. Elle sentit des larmes piquer derrière ses paupières, comme des petites aiguilles de vérité.

— Je suis désolée, dit-elle. Vraiment. Je croyais que réussir, c'était courir devant. Je n'ai pas compris que je t'écrasais en passant.

Maïa la regarda.

— Tu peux faire autrement.

Ce n'était pas une accusation. C'était une porte.

Lina posa une main sur son propre cœur. À l'intérieur, très loin, quelque chose remua. Un fil de son, presque inaudible. Comme un oiseau qui rentre au nid.

Elle osa :

— Maïa… si on recommençait, je te demanderais ton avis. Et je te laisserais le temps de le dire. Tu veux… me le dire maintenant, ton plan, celui de l'autre jour ?

Maïa cligna des yeux, surprise, puis un sourire timide apparut.

— Oui.

Maïa parla, et Lina écouta. Pas avec ses oreilles seulement : avec tout son corps, avec sa patience, avec son envie de réparer. Chaque phrase était une petite lampe qui s'allumait.

Et soudain, comme si quelqu'un avait ouvert une fenêtre dans sa poitrine, Lina entendit enfin sa voix intérieure. Pas une voix tonitruante, non. Une voix claire et douce, qui disait : « Voilà. Tu y es. »

La boussole, dans sa main, cessa de trembler. L'aiguille pointa droit… vers Lina elle-même.

Ravel revint en trottinant.

— Alors ? demanda-t-il, comme s'il essayait d'avoir l'air détaché, mais son oreille frémissait.

Lina rit à travers ses larmes.

— Elle est revenue.

Les fleurs du jardin se mirent à bruire comme un public content.

Maïa se leva.

— On rentre ?

Lina hocha la tête. Et, comme si le monde merveilleux avait attendu ce moment, le jardin se transforma en clairière du village. Le soleil était le même, mais Lina ne l'était plus tout à fait.

Chez sa grand-mère, le soir, on mit de la musique. Ravel, qui avait décidé que les règles ne l'empêchaient pas d'exister, se glissa dehors et fit semblant de n'être qu'une ombre de renard.

Lina prit Maïa par la main.

— Danse ? proposa-t-elle.

Et elles dansèrent. La joie tournait autour d'elles comme un ruban, le rire sautait comme un cabri. Lina, pour une fois, ne cherchait pas à mener. Elle suivait, elle proposait, elle s'accordait. Sa voix intérieure battait la mesure, petite chef d'orchestre retrouvée.

Dans le battement des pas et le souffle des chansons, Lina comprit la morale de son aventure : on ne trouve pas sa vraie force en parlant plus fort que les autres, mais en apprenant à écouter—les autres, et soi-même. Et quand on écoute, le monde répond, et même les ponts cessent de soupirer.

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Grenier
Pièce sous le toit où l'on garde des objets vieux ou oubliés.
Malle cabossée
Grande valise en bois froissée ou abîmée par le temps.
Boussole
Petit instrument qui montre la direction du nord pour s'orienter.
Aiguille
Petite tige fine sur la boussole qui indique une direction.
Gravé
Dessiné ou écrit en creux sur une surface dure, comme du métal.
Luciole
Insecte qui brille la nuit comme une petite lampe vivante.
Stèle
Pierre dressée avec une inscription pour marquer un lieu important.
Rambarde
Barre qui sert de protection le long d'un pont ou d'un escalier.
Brume
Nuage bas et léger qui rend l'air un peu blanc et humide.
Insolent
Qui parle ou agit sans respect, parfois de façon provocante.
Pupitre
Meuble où on pose un livre ou un papier pour lire ou écrire.
Empathie
Capacité à comprendre et partager les sentiments d'une autre personne.

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