Chapitre 1 : La carte qui s'envole
Au temps où les fougères étaient plus hautes que des collines et où le soleil faisait briller les rivières comme des rubans, vivait un jeune diplodocus nommé Lumo. Il avait un long cou pour saluer les nuages et une longue queue pour dessiner des spirales dans la poussière.
Lumo aimait collectionner les choses utiles : une pierre plate pour casser des noix, une feuille géante pour s'abriter de la pluie… et surtout une carte. Pas une carte compliquée, non. Une carte dessinée sur une écorce souple, avec des petits symboles : un volcan souriant, trois palmiers en rang, et un point doré marqué d'une étoile.
« C'est là que poussent les baies de miel ! » disait Lumo en la regardant avec des yeux brillants. « Des baies si douces qu'elles chatouillent la langue. »
Ce matin-là, un vent malicieux se glissa entre les fougères.
« Hou hou ! » fit le vent, comme s'il riait.
Et hop ! La carte se décrocha de la pierre où Lumo l'avait posée. Elle tourna, dansa, s'éloigna en flottant.
« Hé ! Reviens ! » s'écria Lumo en trottinant, son cou oscillant comme un grand pendule.
La carte passa au-dessus d'un bosquet, frôla un nid de ptérosaures (qui bâillèrent, encore endormis), puis disparut derrière une colline verte.
Lumo s'arrêta, le souffle court.
« Je la retrouverai, promis, » murmura-t-il. Puis, pour se donner du courage, il ajouta : « Une carte perdue n'est pas une carte finie. »
En avançant, il entendit un petit rire près des rochers. Un dinosaure aux plaques sur le dos sortit de l'ombre : une stégosaure, un peu plus petite que Lumo, avec des yeux pétillants.
« Tu cours après un morceau d'écorce qui vole ? » demanda-t-elle.
« Oui ! Ma carte ! Je m'appelle Lumo. Et toi ? »
« Moi, c'est Tika. » Elle pencha la tête. « Je peux t'aider. Je suis très forte pour repérer les choses… surtout quand elles se cachent. »
Lumo sourit.
« Merci, Tika. C'est gentil. Allons la chercher ensemble. »
Chapitre 2 : Un groupe joyeux sur la route
Lumo et Tika traversèrent une prairie où l'herbe ondulait comme une mer verte. Tika marchait d'un pas sûr, et Lumo faisait attention à ne pas écraser les petites fleurs.
« Tu sais, » dit Tika, « quand je suis perdue, je me dis : “Je ne suis pas perdue, je suis en exploration.” Ça aide. »
Lumo rit.
« Moi, quand je suis inquiet, je mâchouille une feuille de ginkgo. Ça a un goût de… courage. »
Au détour d'un grand tronc couché, ils tombèrent sur un groupe de dinosaures rassemblés comme pour une fête. Il y avait trois tricératops qui tapaient doucement du pied en rythme, un parasaurolophus qui faisait de la musique avec son long nez, et deux ankylosaures qui roulaient des fruits ronds comme des balles.
« Ohé ! » lança le parasaurolophus. « Deux voyageurs ! Venez donc ! »
Tika leva une patte.
« Bonjour ! On cherche une carte perdue. Elle s'est envolée. »
Un tricératops au regard doux s'approcha.
« Une carte ? Ça se partage, une carte. Enfin… ça se retrouve, surtout ! Où l'avez-vous vue pour la dernière fois ? »
Lumo expliqua en remuant son cou comme un ruban.
« Elle a filé par là, vers la colline. »
Les ankylosaures échangèrent un clin d'œil.
« On a vu passer quelque chose qui tournoyait comme une feuille folle, » dit l'un.
« Ça est allé droit vers le marécage. » ajouta l'autre, en pointant sa queue en massue.
Lumo ouvrit grand les yeux.
« Le marécage ? »
Le parasaurolophus joua une note toute ronde, puis dit gentiment :
« Il a l'air effrayant, mais il n'est pas méchant. Il faut juste avancer doucement et écouter. Et si tu veux, on te donne ceci. »
Il tendit une petite boule de résine brillante, collante comme du miel.
« Pour recoller ta carte si elle s'est déchirée. »
Lumo fut touché.
« Merci… c'est vraiment gentil. »
Le tricératops ajouta :
« Et prends ce conseil : dans un endroit qui fait peur, la gentillesse fait une grande lumière. »
Tika hocha la tête.
« On n'oubliera pas. »
Ils repartirent sous les salutations joyeuses du groupe, avec dans l'air un dernier petit air de musique.
Chapitre 3 : Le marécage effrayant et fascinant
Bientôt, la terre devint plus molle, et l'air sentait la pluie, la boue et les plantes mouillées. De grandes feuilles luisantes pendaient au-dessus de l'eau sombre. Des bulles faisaient « bloup » avec un son rigolo.
Lumo avala sa salive.
« C'est… glissant. »
Tika chuchota :
« On y va doucement. Regarde : là, des pierres plates pour poser les pattes. Comme un chemin secret ! »
Ils avancèrent pas à pas. Une libellule géante passa en bourdonnant, puis se posa sur le museau de Lumo.
« Ça chatouille ! » dit-il, et il loucha pour la regarder.
La libellule s'envola, et un rire aigu retentit. Un petit compsognathus apparut sur une racine, les yeux vifs.
« Vous cherchez quelque chose ? Je sais tout ce qui tombe ici ! »
Lumo se pencha pour être à sa hauteur.
« Bonjour. On cherche une carte, dessinée sur une écorce. Tu l'as vue ? »
Le petit dinosaure se gratta la tête.
« Mmm… peut-être. Mais ici, on échange. Une info contre une gentillesse ! »
Tika s'avança.
« Je peux être gentille. Tiens, prends cette baie. Elle est propre, je l'ai gardée au sec. »
Le compsognathus la renifla, ravi.
« D'accord ! La carte est coincée près du grand arbre aux racines en forme de doigts. Mais attention : elle est collée à la boue. »
« Merci ! » dirent Lumo et Tika en même temps.
Ils arrivèrent près d'un arbre énorme, dont les racines s'étiraient comme des mains. Là, juste au bord de l'eau, l'écorce-carton de Lumo était là, froissée, un coin trempé dans la boue.
« Ma carte ! » souffla Lumo, soulagé.
Il voulut tirer d'un coup, mais Tika le retint.
« Doucement. Sinon elle se déchire. On va l'aider, comme on aiderait un ami. »
Lumo sortit la résine brillante donnée par le groupe joyeux.
« Et on a ça. »
Ensemble, ils dégagèrent la boue avec des feuilles, en parlant calmement.
« Ça va, petite carte, » murmura Lumo. « On te ramène. »
La carte se libéra, un peu abîmée mais entière. Lumo la colla délicatement avec la résine.
À ce moment, un grand bruit de « plouf » fit trembler l'eau. Une tête de spinosaurus sortit, curieuse, mais pas agressive. Elle cligna des yeux.
« Qui marche sur mon marécage en faisant des bruits de chaussettes mouillées ? » demanda-t-elle d'une voix grave… puis elle sourit. « Oh, c'est juste vous. »
Lumo se figea, puis Tika parla avec douceur.
« Bonjour. On récupère une carte perdue. On ne veut déranger personne. »
Le spinosaurus hocha la tête.
« La gentillesse se sent, même dans la boue. Passez par les pierres à gauche, c'est plus sûr. Et si vous voyez une grenouille géante, dites-lui que je ne lui ai pas mangé son chant. Elle boude pour rien ! »
Lumo éclata de rire, et même Tika eut un petit gloussement.
« Promis ! »
Chapitre 4 : Le point doré et la promesse
Hors du marécage, l'air redevint léger. La carte, recollée, brillait un peu grâce à la résine.
Lumo la déplia.
« Regarde, Tika. Le point doré n'est pas loin. »
Ils suivirent les symboles : le volcan souriant au loin, puis trois palmiers alignés comme des gardes. Enfin, ils arrivèrent dans une clairière ronde où la lumière tombait en taches dorées.
Au milieu, un buisson portait des petites baies qui scintillaient comme si elles avaient avalé un rayon de soleil.
Tika renifla.
« Ça sent… la douceur. »
Lumo prit une baie, puis s'arrêta.
Il regarda Tika, puis pensa au groupe joyeux, au petit compsognathus, et même au spinosaurus du marécage.
« On ne garde pas la douceur pour soi, » dit-il.
Il cueillit plusieurs baies et les posa sur une grande feuille.
« On va en apporter à ceux qui nous ont aidés. Et toi, Tika, tu en prends la première. »
Tika rougit presque, si un dinosaure pouvait rougir.
« Merci, Lumo. Tu sais, je suis contente d'avoir marché avec toi. Une carte, c'est bien… mais une amitié, c'est mieux. »
Lumo hocha son long cou, heureux.
« Sans toi, j'aurais tiré trop fort et déchiré la carte. Ta gentillesse l'a sauvée. »
Ils mangèrent une baie chacun. Elle avait le goût d'un rire partagé et d'un secret lumineux.
Sur le chemin du retour, Lumo garda la carte bien attachée, mais il regardait surtout Tika.
« Demain, » dit-il, « on fera une nouvelle carte. Une carte des endroits où les dinosaures sont gentils. »
Tika éclata de rire.
« Alors il faudra une très grande carte ! »