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Histoire de trésor caché 9 à 10 ans Lecture 26 min.

La clé du cœur du village

Dans le village de Pierreval, une petite fille nommée Camille découvre une statuette en pierre et une clé cachées dans une bibliothèque, ce qui l'entraîne dans une aventure pour restaurer une fontaine oubliée et rassembler les habitants autour d'un projet commun plein de promesses. Ensemble, ils apprendront que les véritables trésors résident dans l'amitié, la créativité et le partage.

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Une fillette de 10 ans, visage rond et taches de rousseur, cheveux bruns en queue de cheval, sourit fièrement en tenant une petite statuette d'oiseau réparée et une clé en laiton tandis qu'elle l'insère dans une plaque au socle d'une fontaine ronde en pierre dont l'eau jaillit en fines gouttes ; à sa gauche un sculpteur d'une quarantaine d'années, salopette poussiéreuse et mains rugueuses, est accroupi en train d'ajuster des tesselles de mosaïque encore humides, derrière elle une bibliothécaire d'environ 60 ans aux cheveux gris en chignon et lunettes tient un vieux carnet en la regardant avec douceur, un chat en papier appelé Filou est posé sur le rebord et semble observer joyeusement, le tout sur la place du village aux pavés irréguliers, kiosque en bois et maisons pastel, mosaïques colorées (bleus, verts, ors) et palette chaude et lumineuse donnant une atmosphère joyeuse et pleine d'espoir tandis que quelques villageois flous applaudissent en arrière-plan. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La fille qui riait plus fort que le vent

Camille avait neuf ans et un rire qui roulait comme un ballon noir dans le ciel. Quand elle riait, tout le monde souriait avec elle. Elle parlait facilement aux passants, aux pigeons, et même aux statues qui semblaient l'écouter d'un air moqueur. Elle vivait à Pierreval, un village où les maisons étaient collées comme des livres sur une étagère, et où la place centrale avait un kiosque et une fontaine qui étaient, hélas, un peu tristes.

La fontaine ne chantait plus. Son bassin était fissuré, les mosaïques s'étaient envolées comme des oiseaux migrateurs, et l'eau n'y coulait plus depuis si longtemps que des enfants avaient inventé un jeu qui s'appelait « L'île sans eau ». Camille passait tous les matins devant la fontaine en faisant des grimaces aux carpes en plastique qui gardaient le bassin vide. Elle rêvait souvent qu'un trésor ancien pourrait suffire à la réparer, pour que les voisins puissent à nouveau s'y asseoir et que les canetons de plastique retrouvent leur maison.

Un jour, en montrant la fontaine à son amie imaginaire — un chat en papier nommé Filou — Camille aperçut la bibliothèque du village. La Bibliothèque des Murmures était une vieille bâtisse avec une porte qui grinçait d'une façon presque comique, comme si elle toussait avant de raconter une histoire. Camille aimait les livres parce qu'ils chuchotaient de nouvelles aventures. Aujourd'hui, elle décida que la bibliothèque devait cacher quelque chose : une carte, une clé, un parchemin. Tout, sauf l'indifférence de la fontaine.

Elle poussa la porte. « Bonjour ! » dit-elle, comme on avoue un secret à un ami. Personne ne la prit par surprise ; la bibliothécaire, Madame Lemoine, sourit avec ses lunettes posées comme deux petites lunes.

« Tu as l'air décidée, petite tornade, » dit Madame Lemoine. « Qu'est-ce qu'on cherche ? Un livre ? Une histoire ? Un trésor peut-être ? »

Camille fit une grimace sérieuse. « Un trésor pour la fontaine. »

Madame Lemoine l'aida à fouiller entre des atlas qui sentaient la craie et des albums de dessins jaunis. Les rayons formaient des couloirs secrets. Camille se glissa, s'accrocha à une échelle, regarda derrière un globe terrestre. Et c'est là, dans une petite alcôve, qu'elle aperçut quelque chose qui brilla comme un œil de chouette : une statuette en pierre, à moitié cassée, représentant un petit oiseau. Sa tête était fissurée et son bec manquait d'un dixième. Quelqu'un y avait gravé, presque effacé par le temps, trois mots : « Répare, ouvre, souris. »

Camille toucha la statuette. Elle se mit à rire doucement. « Bonjour, oiseau de pierre. Si tu me souris, je te rends la vue. » Elle la tint contre sa poitrine, comme on tient un secret tendre.

Madame Lemoine haussa les épaules avec un air complice. « Il paraît que certaines choses s'animent quand on leur parle. »

« Alors on va lui parler fort ! » dit Camille. Elle courut dehors avec la statuette serrée contre elle. Sur la place, un homme travaillait à une fontaine de pierre plus récente. Il taillait un bloc avec patience, comme un pianiste qui rythme ses doigts sur les touches. Sa barbe était poussiéreuse, ses mains semblaient faites pour apprivoiser la pierre. Camille l'avait déjà aperçu : c'était Hugo, le sculpteur. Il était connu pour ses bancs et ses visages de pierre qui semblaient regarder les passants.

« Monsieur Hugo ! » cria Camille en arrivant. « Regardez ce que j'ai trouvé ! »

Hugo posa son marteau et se pencha pour mieux voir. « Tiens, une oiselle cassée. Elle est belle. On dirait qu'elle a vécu mille tempêtes. »

« Il faut la réparer, » dit Camille. « Et après on trouvera le trésor pour la fontaine ! »

Hugo sourit. « Tu as le courage d'une tempête, petite. Viens, montre-moi. »

Ils partirent ensemble à la lumière douce de l'après-midi. Camille parla sans s'arrêter, lui racontant ses idées, ses blagues, et comment les pigeons de la rue du Moulin jugeaient les passants. Hugo écoutait avec attention, parfois hochant la tête, parfois riant doucement. Il accepta de regarder la statuette sous sa loupe de sculpteur. « On dirait que quelqu'un a essayé de la recoller, mais il manque un morceau. »

« Est-ce que tu peux le réparer ? » demanda Camille, espérant comme on espère devant une boîte de biscuits.

Hugo posa la statuette dans sa paume. « Je peux essayer. Mais pour bien la réparer, il faudra trouver le morceau manquant, si ce morceau existe encore. Ou alors, la réparer avec soin, en faisant apparaître quelque chose d'autre. Parfois, réparer, ce n'est pas remettre tout comme avant ; c'est inventer une nouvelle façon d'être. »

Camille rit. « Inventons. On invente tout le temps ! » Et elle serra la main de Hugo avec la force d'une promesse.

Ce premier pas fut une promesse d'aventure. Quelque chose, dans la pierre, semblait s'éveiller à l'idée d'être regardée avec gentillesse. La statuette était lourde, mais son poids portait une invitation. Camille, avec son rire et sa parole, et Hugo, avec ses outils et sa patience, allaient bientôt découvrir que les trésors ne sont pas toujours ce qu'on croit — mais qu'ils peuvent réparer des cœurs, des fontaines, et des villages entiers.

Chapitre 2 — Les recoins qui chuchotent

La bibliothèque, cette après-midi-là, semblait plus profonde qu'un puits de jardin. Camille et Hugo remontèrent par une petite porte interdite aux lecteurs, menant à des couloirs secrets. Des rayons s'étiraient comme des lianes, et des lampes diffusaient une lumière qui savait raconter les histoires.

« Regarde ça, » murmura Madame Lemoine. « Ici, les livres ont parfois des recoins que l'on appelle "les caches du bibliothécaire". On y trouve des cartes oubliées, des boîtes à secrets... et parfois des petits objets. »

Camille glissa la statuette, désormais protégée dans un chiffon, sous son bras. Ils cherchèrent une table, des outils. Hugo posa la statuette sur un coussin. Il prit une louchette d'une colle spéciale, une poudre fine et un fil d'or qu'il utilisait pour incruster les mosaïques.

« On va d'abord nettoyer doucement, » dit-il. Camille souffla sur la poussière, faisant danser des petites étoiles. Puis, avec des gestes précis, Hugo ajusta les fragments.

Alors qu'il emboîtait les morceaux, un petit bruit métallique retentit, presque comme un rire étouffé. Camille tendit l'oreille. « Tu l'as entendu ? »

Hugo sourit. « Les objets peuvent garder des secrets. Ne t'étonne pas si, en recollant, on ouvre aussi des portes qu'on n'attendait pas. »

En effet, quand ils remirent la dernière pièce, la base de la statuette se détacha légèrement et, dedans, apparut ailleurs : une petite cavité où reposait un objet minuscule et chaud comme un cœur d'étain. C'était une clé en laiton, polie par le temps, ornementée d'un petit oiseau gravé.

Camille sauta sur place. « Une clé ! »

Madame Lemoine regarda par-dessus son épaule. « Les clés ouvrent souvent les chapitres oubliés. »

Hugo prit la clé avec précaution. « Voyons si elle correspond à quelque chose dans la bibliothèque. Les bibliothécaires sont des gardiens d'énigmes, après tout. »

Ils cherchèrent. La clé semblait mener quelque part : à une trappe, à un tiroir caché, ou à un coffre. Camille monta sur une chaise, observa les rayons. L'une des étagères avait une petite rainure en forme d'oiseau. Elle appuya la clé légèrement, et la rainure cliqueta. Le rayon pivota comme une porte, révélant un escalier en colimaçon qui descendait dans l'ombre. Une odeur de terre et d'encre s'éleva, comme un mélange de bibliothèques et de jardins.

« Oh ! » souffla Camille. Son cœur tambourinait comme un petit tambour. « C'est comme dans les histoires. »

Hugo prit sa lanterne. « Aller dans l'inconnu, c'est comme polir une pierre : il faut de la patience et du soin. »

« Et du courage ? » demanda Camille.

« Et du courage. » Hugo sourit.

Ils descendirent, et chaque marche semblait remplir l'air d'images : mosaïques anciennes, dessins d'enfants, plans de la ville griffonnés par des mains d'autrefois. Au bas de l'escalier, une salle s'ouvrit. Ses murs étaient décorés de petites pierres colorées, des tesselles comme des étoiles tombées. Au centre, un pupitre portait un livre relié de cuir. Sa tranche était marquée d'un symbole : une fontaine entourée d'oiseaux.

Madame Lemoine l'ouvrit. À l'intérieur, il y avait des dessins de la place de Pierreval d'autrefois : des bancs fleuris, un kiosque flamboyant, la fontaine avec des mosaïques brillantes. Et, collés entre les pages, des plans, des croquis, et un poème qui disait : « Celui qui rassemble cœur et pierre trouvera en secret la main du village. »

Camille lut à voix haute, ses paroles roulant comme des billes. « La main du village... »

Hugo observa les dessins. « Ces mosaïques... elles ressemblent à celles qui manquent à la fontaine. »

Madame Lemoine caressa le papier. « Et regarde ça : une petite note. "Réparer la clé, et la ville sourira." »

Camille sentit son rire prêt à éclater, mais il était différent, plus sûr. « On a réparé la clé. On a trouvé la porte. On a trouvé les plans. »

Hugo posa une main ferme sur l'épaule de Camille. « Tout cela est bien — mais il nous faudra plus que des plans. Les mosaïques valent de l'or, peut-être; et les matériaux, et du travail. »

Camille se mit à imaginer la place transformée : des mosaïques étincelantes, des enfants courant autour de la fontaine, des voisins qui partagent des tartes. Elle n'avait plus peur de l'effort. « Je peux parler aux gens, » dit-elle. « Je peux les convaincre que ça vaut la peine. »

Et c'était vrai. Camille savait parler, écouter, faire rire et mener. La clé avait ouvert une porte matérielle ; maintenant, il restait à ouvrir la porte des cœurs. Ils remontèrent, les bras chargés du livre et d'un petit paquet avec des tesselles. La première partie de leur découverte était faite. Mais la plus grande partie de l'aventure venait de commencer : transformer ces dessins en réalité, et trouver le trésor qui rendrait la fontaine vivante à nouveau.

Chapitre 3 — Le coffre aux mille petites promesses

Les plans étaient clairs, et ils montraient un lieu dont Camille n'avait jamais entendu parler : « l'atelier souterrain du fondateur », écrit d'une écriture ronde. Sur un croquis, une boîte était dessinée, scellée par une chaîne. Sur la chaîne, un dessin d'oiseau montrait exactement la forme de la clé qu'ils avaient trouvée.

« Il y a peut-être un coffre, » dit Camille, le visage illuminé. « Peut-être qu'il contient de l'or, ou des bijoux, ou... »

« Ou des souvenirs, » corrigea Madame Lemoine en souriant. « Les trésors des villages sont souvent des trésors de mémoire. »

Ils suivirent les indications du livre. Le plan menait à un coin du jardin public qui avait été oublié, derrière le vieux châtaignier. Les racines faisaient des dessins sur la terre. Camille creusa avec une petite pelle que Hugo avait prêtée. Ses mains se couvrèrent de terre, comme si elle prenait une part de la terre du village.

Après un petit effort, la pelle heurta du métal. Une boîte était là, enfouie et protégée par des années. Hugo essuya la boîte. Elle était lourde, ornée de mosaïques en cuivre. Une serrure attendait la clé.

Camille glissa la clé. Elle tourna. Un cliquetis résonna comme un secret répondu. Remplis d'espoir, ils soulevèrent le couvercle. À l'intérieur, il n'y avait pas l'énorme trésor que les films montrent : pas de montagnes de pièces d'or ni de colliers étincelants. Il y avait des choses plus calmes mais précieuses. Des sacs de tesselles colorées, soigneusement entourés, des moules pour faire des mosaïques, un journal intime du fondateur de Pierreval, et une enveloppe scellée.

Camille sortit les tesselles, émerveillée par leurs couleurs. Elles brillaient comme des petits soleils, prêtes à redevenir des images. Hugo sourit en regardant les moules : « Avec ça, on peut refaire des mosaïques. Ces modèles sont anciens et solides. »

Madame Lemoine prit le journal. Elle en lut quelques pages à voix haute. Le fondateur y écrivait l'amour qu'il portait à la place, comment il espérait que les enfants riraient sous le kiosque et que la fontaine chanterait de nouveau. Il parlait aussi d'une somme d'argent cachée dans une banque loin d'ici, qui devait être utilisée « pour restaurer la place lorsqu'un cœur d'enfant le demanderait ».

Camille sentit sa gorge se serrer et son rire devint un souffle. « Il a mis des morceaux de la place dedans, » dit-elle. « Et une note pour nous. »

Ils ouvrirent l'enveloppe. A l'intérieur, un petit dessin montrait un endroit sur lequel était marqué un symbole : « La clé de l'eau. » Ce symbole correspondait au socle de la fontaine elle-même. Hugo se racla la gorge. « Ça veut dire que la clé avait deux fonctions : ouvrir les archives... et... » Il désigna la fontaine. « ...une serrure peut être dans la fontaine. Certainement une plaque. »

Le cœur de Camille battait vite. Tout semblait s'imbriquer. Les tesselles permettraient de refaire les mosaïques, les outils les aideraient, et même la lettre fournissait la justification morale — comme si le village avait été autorisé à prendre ce trésor pour la place. Mais il restait des questions : l'argent de la banque, comment le récupérer ? Et assez de matériel, assez de force pour faire le travail ?

Camille posa la main sur la boîte. « Nous avons déjà un trésor. Regardez. »

Hugo hocha la tête. « Nous avons des matériaux et des modèles, et surtout… des volontaires potentiels. »

Madame Lemoine sourit. « Et une fille qui sait parler aux gens. »

Camille eut une idée. « On peut organiser un atelier mosaïque. On peut demander aux gens d'apporter leurs plaques, leurs mains, leurs sourires. Les mosaïques, ça se fait à plusieurs. Et puis, si on montre au maire le journal et la lettre, peut-être qu'il nous aidera à obtenir l'argent qu'il faut. »

Hugo réfléchit. « Je peux tailler, guider, montrer. Mais il faudra du ciment, des seaux et des bras. »

Camille sauta. « J'appelle tout le monde ! »

Ils avaient trouvé le coffre, plein de promesses. Ce trésor n'était pas une fortune en pièces d'or, mais c'était la promesse d'une place remise en beauté, la promesse de mains qui se rejoignent. Camille se sentit plus légère que si elle tenait mille ballons. Elle prit la boîte, non pas pour la garder, mais pour la partager. Et ce partage allait ouvrir bien plus de choses qu'une simple serrure de fer.

Chapitre 4 — Réparer, partager, recommencer

Les jours qui suivirent furent pleins d'allées et venues. Camille courait dans le village comme un petit messager. Elle distribuait des flyers dessinés à la main : « Atelier mosaïque pour la fontaine ! Apportez vos mains et votre sourire ! » Les voisins, intrigués par la vivacité de son esprit, commencèrent à poser des questions.

« Pourquoi la petite Camille s'agite-t-elle autant ? » demanda le boulanger, en offrant à Camille un petit pain au sucre « pour l'énergie ». « Parce qu'elle veut que la fontaine retrouve ses chansons. »

La nouvelle fit le tour du village comme une chanson. Bientôt, des gens vinrent avec des poignées, d'autres avec des histoires, certains avec des machines. Le maire, surpris, vint écouter. Camille, avec un sérieux qui dépassait son âge, lui tendit le journal du fondateur et la lettre. « Il a laissé des modèles et il voulait que la place soit réparée quand un cœur d'enfant le demanderait. »

Le maire toucha le papier, son visage s'adoucit. « C'est une belle histoire. Nous allons faire ce qu'il faut. »

Hugo organisa les ateliers. Il enseigna comment poser les tesselles, comment calculer les motifs, comment tailler les pièces pour qu'elles s'imbriquent comme des sourires. Les enfants et les grands, les nouveaux venus et les anciens du village, travaillèrent ensemble. Camille courait d'un groupe à l'autre, racontant une blague, donnant un conseil, encourageant un enfant fatigué.

Un matin, alors qu'ils allaient poser la première rangée de mosaïques, quelqu'un remarqua une plaque sur le socle de la fontaine, cachée sous la mousse. Elle portait un petit trou rond, parfaitement à la taille de la clé. Camille plaça la clé dans le trou. Elle tourna. Un petit mécanisme résonna et, avec un léger souffle comme une porte qui s'ouvre, un filet d'eau s'échappa d'un joint. L'eau, d'abord timide, se mit à danser sur la pierre comme une cordée d'amis retrouvés.

Les enfants applaudirent. Les passants s'arrêtèrent. Le bruit de l'eau sembla ponctuer les efforts comme une récompense. Mais il restait beaucoup à faire : le bassin était fissuré, et il fallait cimenter et sceller avant que la fontaine ne tienne toute la journée.

Le coffre avait fourni des tesselles et les modèles ; le maire trouva des fonds pour acheter le ciment grâce à la jolie histoire et au soutien du village. Le reste vint de la générosité des habitants : meubles anciens transformés en seaux, vieux outils retapés, tartes partagées pour les pauses. Petit à petit, la fontaine retrouva sa voix. Hugo sculpta des oiseaux en pierre qui décorèrent le bord du bassin. Des mains petites et grandes posèrent des mosaïques qui racontaient des souvenirs du village : la marelle, le moulin, les feuilles d'automne.

Un jour, alors que le soleil baignait la place, Madame Lemoine prit la parole. « Ce trésor que nous avons trouvé ne vaut pas seulement pour ses tesselles. Il vaut pour ce qu'il nous a amenés à faire ensemble. »

Camille sourit. Elle regarda les visages autour d'elle : des voisins qui, auparavant, ne se parlaient que par politesse, se racontaient des blagues, partageaient des gâteaux, riaient. Le travail avait donné lieu à des histoires, des talents découverts, et des mains qui s'étaient apprivoisées. Le sculpteur et la bibliothécaire avaient appris à danser avec le temps et la patience.

La fontaine fut achevée le jour de la fête de la ville. L'eau jaillit en un arc joyeux, mouillant des rubans et des cheveux d'enfants. Le maire fit un discours qui ressemblait à un poème : il parla de courage, d'intelligence, de résilience, et de la petite fille qui avait ri plus fort que le vent. Il parla de la bonté de ceux qui avaient prêté leurs mains. Il parla aussi du trésor qui avait été trouvé au fond d'une boîte, mais qui avait surtout été trouvé dans les sourires.

Hugo regarda Camille, ses yeux brillant d'une tendresse tranquille. « Tu as bien parlé, petite. Tu as rassemblé les gens, et tu as donné un cadeau au village. »

Camille fit la grimace. « C'est surtout toi qui as taillé ces oiseaux magnifiques. On dirait qu'ils pourraient s'envoler. »

Hugo ricana doucement. « Ils resteront. Mais j'aime l'idée qu'ils regardent la place et se souviennent. »

Le soir, quand la fête se calma et que la place devint un murmure d'ombres, Camille s'assit au bord de la fontaine, les pieds plongeant dans l'eau tiède. Elle sortit la petite statuette d'oiseau, désormais tout réparée et polie. Elle la tint près du visage, comme une amie.

« Merci, » dit-elle, sans savoir à qui elle parlait. À la statuette ? À la bibliothèque ? À Hugo ? À tout le village ? Peut-être à tout cela à la fois.

Et la statuette, sous le clair de lune, semblait briller. Pas parce qu'elle était faite d'un matériau magique, mais parce qu'elle avait été aimée, réparée, et replacée là où elle avait sa place : au milieu d'une ville qui souriait à nouveau.

Chapitre 5 — Les trésors qui restent

Le village reprit ses habitudes, mais avec une musique nouvelle. Les oiseaux de pierre veillaient, la fontaine chantait, et les mosaïques racontaient des histoires aux passants. Camille continuait de courir dans les rues, mais maintenant elle s'arrêtait pour écouter les propos des anciens, goûter les madeleines du boulanger, et chuchoter des devinettes aux enfants.

Un matin, Madame Lemoine vint la voir avec un petit paquet. « Le fondateur avait demandé une chose, dans son journal, que nous n'avions pas encore faite. »

Camille prit le paquet. À l'intérieur, un petit carnet, relié de tissu, contenait des recettes de fêtes, des dessins d'enfants, et un mot : « Quand la place chantera, partagez le festin. »

Camille sourit, et son rire fut comme un chœur. Elle organisa des repas où chacun apportait quelque chose. Les enfants inventèrent des jeux autour de la fontaine. Hugo donna des cours de sculpture pour les curieux. La bibliothèque organisa des lectures au soleil.

Un jour, en passant, Camille appuya sa main sur la statuette d'oiseau qui se trouvait maintenant sur le rebord de la fontaine. Elle se remémora l'aventure : la clé cachée, la salle souterraine, le coffre enfoui sous le châtaignier, et la manière dont le village s'était uni. Elle comprit que le vrai trésor n'était pas seulement les tesselles ou la clé : c'était cette capacité à réparer, à inventer, et à partager. C'était la certitude que si quelque chose cassait — une statue, une amitié, une place — il suffisait parfois d'une main, d'un outil, d'un rire et d'un voisin pour recoller les morceaux.

Hugo, à côté d'elle, planta son dernier oiseau sur le rebord. « Tu sais, Camille, les trésors peuvent être petits, et ils peuvent être grands. On les porte en nous. »

« Moi, je porte mon rire, » dit-elle en lui donnant un petit coup de coude. « Et il est très pratique pour convaincre les gens. »

Ils rirent ensemble, et la fontaine chuta en petites notes comme pour applaudir. Les voisins, passant, se mirent à applaudir aussi, parce que la joie, lorsqu'on la partage, devient plus grande.

La statuette fut remise dans une petite vitrine à la bibliothèque, avec une plaque écrite à la main : « Pour Camille, qui a réparé la clé et le cœur du village. » Les enfants venaient la voir, et leurs yeux brillaient. Ils demandaient à Camille comment elle avait eu le courage d'appeler tout le monde, et elle répondait en souriant : « J'ai juste parlé. Et j'ai écouté. »

La ville de Pierreval avait retrouvé sa place. Les trésors cachés avaient amené autre chose que de l'or : ils avaient rassemblé les gens, fait naître des sourires, et appris à réparer. La petite fille qui souriait au monde avait compris qu'un trésor, c'est aussi une promesse tenue, une mosaïque refaite, et des enfants qui plongent leurs pieds dans une eau qui chante.

Quand venait la nuit, Camille regardait la fontaine qui scintillait sous les lampadaires. Elle se blottissait contre Filou, son chat en papier, et murmurait : « Demain, on invente une autre histoire. » Sa voix était sûre. Elle savait maintenant que, même si des choses se cassent, il existe toujours des mains pour réparer, des outils pour imaginer, et des cœurs prêts à partager.

Et quelque part, dans la bibliothèque, un livre ancien tourna ses pages au vent comme pour dire : « À chaque village son trésor. Et à chaque trésor, son sourire. »

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