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Histoire de Pilote d'avion 11 à 12 ans Lecture 35 min.

La commandante des nuages

Lina, une jeune pilote de ligne, doit gérer un vol de Paris à Lisbonne tout en naviguant entre les défis techniques du métier et les émotions des passagers, notamment une petite fille qui voyage seule pour la première fois. À travers son expérience, elle rappelle à chacun que le ciel est un espace de partage et d'entraide.

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Une femme pilote, Lina, âgée d'environ 28 ans, se tient dans le cockpit d'un avion, souriante et confiante, avec des cheveux bruns en queue de cheval. Elle porte un uniforme bleu nuit orné de galons dorés. À ses côtés, son copilote Karim, un homme d'une trentaine d'années avec des cheveux courts et des lunettes, regarde les écrans avec concentration. Le cockpit est rempli de boutons colorés et d'instruments de navigation, avec un grand pare-brise offrant une vue sur un ciel bleu et des nuages blancs. En arrière-plan, la ville de Lisbonne scintille au loin. Lina et Karim se préparent au décollage, Lina rassurant les passagers alors que l'avion roule sur la piste, prêt à s'envoler. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — La voix au-dessus des nuages

Le téléphone vibra sur la table de nuit, tout doucement, comme un bourdonnement d'abeille. Lina ouvrit un œil. Sur l'écran, il était écrit : « Débriefing : 6h30 — Vol du jour ».

Elle sourit.

« Bonjour, ciel », murmura-t-elle.

Lina avait vingt-huit ans, et depuis trois ans, elle était pilote de ligne. Les gens disaient souvent « femme pilote » comme s'ils parlaient d'un animal rare, mais pour elle, c'était simplement : « pilote ». Elle avait travaillé dur, très dur, pour en arriver là : des études de sciences, des heures de vols, des simulateurs où tout vibrait, des examens où il fallait connaître chaque bouton comme un pianiste connaît ses touches.

Ce matin-là, elle devait faire un vol Paris–Lisbonne. Un vol pas trop long, parfait pour une journée douce. Elle se leva, enfila son uniforme bleu nuit, repassa rapidement du plat de la main les plis de sa veste, puis accrocha ses galons dorés sur ses épaules. Les deux petites bandes brillaient dans la lumière du matin.

Dans la glace, elle regarda son reflet.

— Prête, commandante des nuages ? chuchota-t-elle en rigolant.

Ses cheveux bruns étaient attachés en queue de cheval, bien nette pour que rien ne gêne sous le casque et le casque audio. Elle prit sa valise à roulettes, son sac avec ses cartes, son manuel d'exploitation et son carnet de vol. En sortant, elle sentit l'air frais lui caresser le visage comme une petite bourrasque de bienvenue.

À l'aéroport, tout était encore un peu endormi. Les lumières blanches éclairaient le hall comme des étoiles rectilignes. Lina entra par la porte réservée au personnel navigant et salua l'agent de sécurité.

— Bonjour, Capitaine Lina ! dit-il, habitué à la voir passer.

— Bonjour, André. Prêt pour une belle journée ?

— Tant que vous nous ramenez le soleil du Portugal, tout va bien !

Elle sourit et continua jusqu'à la salle de briefing. C'était une pièce discrète avec une grande table, des écrans sur les murs et des cartes météo accrochées. Son copilote, Karim, était déjà là, en train de regarder la météo sur un grand écran.

— Salut, Lina !

— Salut, Karim. Alors, que dit le ciel aujourd'hui ?

— Vent calme, quelques nuages au-dessus de Bordeaux, un peu de turbulence légère sur l'océan, mais rien de méchant, répondit-il. On aura presque un tapis d'air.

Le chef de cabine, Paulo, entra à son tour, suivi de deux hôtesses, Manon et Aïcha.

— Bonjour l'équipage, lança Lina, la voix douce mais assurée.

Ils s'assirent et le briefing commença. C'était un moment très important dans le métier de pilote. Avant chaque vol, l'équipage se réunissait pour tout passer en revue : la météo, le nombre de passagers, la quantité de carburant, les consignes particulières.

— On a 168 passagers aujourd'hui, expliqua Paulo. Beaucoup de familles, quelques groupes. Une petite fille qui voyage seule pour la première fois, et un passager à mobilité réduite.

— D'accord, dit Lina. On s'assure qu'il soit bien installé, et on prendra le temps de rassurer la petite. On reste attentifs et patients. Ce vol doit être aussi confortable que possible pour tout le monde.

Elle aimait ce moment où tout se mettait en place. Un vol, ce n'était pas seulement un avion qui ronronne. C'était une chorégraphie d'humains, un ballet d'attention et de précision.

Quand tout fut prêt, Lina conclut :

— Notre priorité, comme toujours : la sécurité. Ensuite, le confort. Et au milieu, beaucoup de sourires. On y va ?

Ils se levèrent ensemble. Dans le couloir qui menait à l'avion, l'air sentait le café, la gomme brûlée et la pluie de la nuit. Au bout, sur le tarmac, l'Airbus blanc et bleu les attendait, immobile comme un grand oiseau endormi.

Lina leva les yeux vers le cockpit, là-haut, et eut la même sensation qu'à ses débuts : une bulle de chaleur dans la poitrine.

« C'est là que je suis à ma place », pensa-t-elle.

Chapitre 2 — Dans le cœur de l'avion

Lina monta l'escalier métallique qui menait à la porte du cockpit. Chaque marche résonnait dans le matin encore gris, et le vent frais s'engouffrait dans sa veste, comme pour la pousser vers le ciel.

Dans le cockpit, tout était calme. Les écrans noirs attendaient qu'on les réveille, les manettes étaient au repos, les leviers brillaient légèrement. C'était comme entrer dans une cabine de navire de l'air.

— Ça sent encore le kérosène froid, dit Karim en entrant à sa suite.

— On va le réchauffer, rit Lina.

Ils posèrent leurs sacs, installèrent leurs casques audio, ajustèrent leurs sièges. Dans le cockpit, chaque chose avait sa place. Lina vérifia les check-lists, ces longues listes de points à contrôler, qui étaient comme des poèmes techniques pour rester en vie.

Elle passa ses doigts sur les commandes, sans les actionner encore, juste pour vérifier qu'elles étaient bien là, sous sa main. Un pilote, c'est quelqu'un qui apprend à se méfier de la mémoire. On ne fait pas confiance au « je crois », on vérifie, on confirme, on re-vérifie.

— On commence la pré-vol ? proposa Karim.

— Allons-y.

Ils déroulèrent ensemble la première check-list :

— Batteries ?

— On.

— APU ?

— En démarrage.

— Systèmes électriques ?

— Vérifiés.

Les mots rythmaient l'air du cockpit comme une chanson sérieuse. Lina aimait ce juste équilibre entre la rigueur et la poésie : chaque bouton avait son rôle, chaque chiffre racontait quelque chose de l'avion, de son poids, de sa puissance, de son voyage à venir.

Pendant ce temps, en cabine, Paulo et son équipe préparaient les rangées de sièges, vérifiaient les gilets de sauvetage sous les assises, regardaient si les masques à oxygène étaient bien en place, s'assuraient que rien ne bloquait les couloirs.

Dans le cockpit, les écrans s'allumèrent les uns après les autres. Les cartes numériques s'affichèrent, avec le trajet du jour : une ligne courbe partait de Paris et descendait vers Lisbonne, comme un fil de lumière.

— Regarde, dit Karim, on va passer au-dessus de la Gironde. S'il fait beau, on la verra briller.

— Comme un serpent d'argent, répondit Lina en souriant.

Ils calculèrent ensuite la quantité de carburant nécessaire. On n'en met jamais « juste assez ». Il faut prévoir des marges, des détours possibles, des attentes au-dessus de l'aéroport si on ne peut pas se poser tout de suite.

— On prend un peu plus, dit Lina. Il y a un léger risque de vent de face plus fort que prévu.

— Comme tu veux, Capitaine, répondit Karim.

Elle aimait qu'il l'appelle ainsi, non par vanité, mais parce que cela lui rappelait la responsabilité qu'elle portait. Comme une cape invisible.

Quand tout fut prêt, on leur signala, par l'interphone, que les passagers commençaient à embarquer.

— On va faire l'annonce ? proposa Karim.

— Je m'en charge, dit Lina.

Elle appuya sur le bouton du micro. La lumière « PA » s'alluma.

— Mesdames et messieurs, bonjour, ici votre commandante de bord, Lina Martin. Je suis ravie de vous accueillir à bord de ce vol à destination de Lisbonne. Aujourd'hui, nous aurons un temps calme, avec peut-être quelques légères secousses, rien d'inquiétant. Nous veillerons à vous offrir un voyage aussi doux qu'un coussin de nuages. Installez-vous confortablement, l'équipage de cabine est là pour vous aider. Je vous souhaite un très agréable vol.

Elle coupa le micro. Karim hocha la tête.

— Ta voix est super rassurante. On dirait une couverture chaude.

— C'est le but, répondit-elle. Un pilote, c'est aussi une voix qui calme les cœurs.

Dehors, par le petit hublot du cockpit, elle aperçut une enfant aux tresses serrées qui montait dans l'avion avec un badge « enfant non accompagné ». La petite leva la tête, comme si elle cherchait la cabine de pilotage à travers la carlingue, et fit un mini-signe de la main à l'ombre du cockpit. Lina sourit, même si elle savait que la fillette ne pouvait pas la voir.

« Peut-être qu'un jour, ce sera toi, là, dans ce siège », pensa-t-elle.

Chapitre 3 — La confusion des sièges

Alors que l'embarquement touchait à sa fin, une petite lumière rouge s'alluma sur le panneau au-dessus de la porte du cockpit. On sonnait depuis la cabine.

— Oui ? dit Lina en appuyant sur le bouton.

La voix de Paulo grésilla légèrement.

— Capitaine, désolé de vous déranger, mais on a un petit souci de sièges en cabine. Rien de grave, mais ça commence à monter en tension. Vous pouvez venir un instant ?

Lina échangea un regard avec Karim.

— Tu gères la fin de la préparation ? demanda-t-elle.

— Bien sûr. Je t'attends pour la check-list avant roulage.

Elle se leva, ouvrit la porte du cockpit et entra dans la cabine. L'air y était plus tiède, rempli de murmures, de sacs qu'on range dans les coffres, de ce parfum spécial des avions mélangeant plastique neuf, café, parfums de passagers et un fond de climatisation.

Vers le milieu de la cabine, quelques voix s'élevaient, un peu plus fortes que les autres. Paulo lui fit un signe discret.

Deux passagers se faisaient face, debout dans l'allée. Un homme d'une cinquantaine d'années, avec une chemise froissée, tenait un billet dans la main. En face de lui, une femme plus jeune, la trentaine, assise à côté de la petite fille aux tresses que Lina avait vue de loin.

— Je suis désolé, mais ce siège est le mien, disait l'homme, la voix impatiente. J'ai payé pour un siège côté hublot !

— Et moi aussi, répondit la femme, les sourcils froncés. Et je dois rester à côté de ma fille, elle a peur de l'avion. Regardez, c'est écrit 17A sur mon billet.

Lina s'approcha en douceur, comme on approche un cheval nerveux.

— Bonjour, dit-elle calmement. Je suis la commandante de bord. Nous allons trouver une solution ensemble.

Les deux adultes la regardèrent, un peu surpris. On ne s'attend pas toujours à voir le pilote sortir de son cockpit.

— Ah, bonjour, Capitaine, dit l'homme, comme si ce mot le calmait déjà un peu. Mais c'est très simple : c'est mon siège.

— Et c'est le mien aussi, ajouta la femme. Comment c'est possible qu'on ait le même numéro ?

Paulo montra à Lina les cartes d'embarquement. Elle les prit et vérifia attentivement.

— D'accord… Vous avez tous les deux 17A, mais pas la même rangée, expliqua-t-elle. Monsieur, vous êtes sur 17A dans la section avant, et madame, vous êtes sur 17A dans la section arrière. Sur votre billet, il y a aussi une lettre de zone, voyez ? Vous, c'est 17A–F, et vous, c'est 17A–R.

L'homme regarda son billet, sourcils plissés.

— J'avoue que je n'avais pas vu la lettre…

— Moi non plus, marmonna la femme.

Lina continua, toujours sur le même ton posé :

— Ce qui s'est passé, c'est que vous êtes tous les deux venus vous asseoir dans le premier 17A que vous avez vu, et comme ils sont assez proches, la confusion est facile. Cela arrive parfois. Personne n'a tort, c'est juste un petit malentendu.

La petite fille aux tresses se serrait contre sa mère.

— Maman, je veux pas qu'on bouge… chuchota-t-elle.

Lina se tourna vers elle, en s'accroupissant pour être à sa hauteur.

— Tu t'appelles comment ?

— Maïssa, répondit l'enfant.

— Enchantée, Maïssa. Moi, c'est Lina, je pilote l'avion. Mon travail, c'est de faire en sorte que tout soit en ordre pour qu'on puisse voler tranquillement. Ton siège est très bien ici, et on va faire en sorte que ta maman reste à côté de toi, d'accord ?

— D'accord… dit Maïssa, mais sa voix tremblait un peu.

Lina se releva et regarda l'homme.

— Monsieur, de votre côté, on peut vous proposer un autre siège côté hublot, juste deux rangées plus loin. Vous aurez la même vue sur les nuages, je vous le promets. Cela nous permettrait de garder Maïssa avec sa maman. Qu'en pensez-vous ?

L'homme hésita. On voyait dans ses yeux une petite bataille intérieure : son envie de garder « son » siège, et la gêne de contrarier une enfant.

— J'ai payé pour ce siège… répéta-t-il d'abord, comme pour se convaincre lui-même.

— Vous avez payé pour un siège côté hublot sur ce vol, expliqua Lina doucement. Et nous respectons cela. Mais parfois, nous avons besoin d'un peu de souplesse pour que tout le monde se sente bien. L'avion, c'est un peu comme une grande colocation dans le ciel. On ne peut pas toujours tout prévoir, mais on peut s'entraider.

Elle marqua une pause et ajouta, avec un léger sourire :

— Et puis, je vous le dis en tant que pilote : les nuages deux rangées plus loin sont exactement les mêmes.

La femme sourit malgré elle. La tension redescendit.

L'homme souffla, ses épaules se détendant.

— Bon… d'accord, dit-il. Je vais prendre l'autre siège. Mais vous êtes sûre qu'il est à côté du hublot ?

— Absolument, répondit Lina. Et je vous promets même que si on survole la Gironde, je le dirai au micro, rien que pour vous.

Il rit.

— Marché conclu.

Paulo indiqua au passager son nouveau siège. En passant à côté de Maïssa, l'homme s'arrêta.

— Excuse-moi, petite. Bon vol à toi.

— Merci, répondit-elle timidement.

Lina adressa un sourire à la maman.

— Merci à vous aussi, dit-elle. En cas de turbulence, tenez bien la main de Maïssa, mais souvenez-vous : ce ne sont que les vagues de l'air. L'avion est construit pour ça.

— Merci, Capitaine, répondit la femme. Ça rassure de vous entendre.

Lina remonta l'allée. Plusieurs passagers l'avaient observée, surpris de voir une jeune femme en uniforme régler la situation avec autant de calme. Certains lui offrirent un sourire discret. Elle sentait comme un léger courant d'air bienveillant glisser dans la cabine, comme si l'ambiance s'était remise à flotter doucement.

De retour dans le cockpit, Karim demanda :

— Tout va bien ?

— Une simple histoire de sièges qui voulaient jouer aux chaises musicales, répondit-elle. C'est réglé.

— Tu es aussi médiatrice que pilote, plaisanta-t-il.

— Ça fait partie du métier. On pilote aussi les émotions, parfois.

Chapitre 4 — Le décollage, danser avec l'air

La porte du cockpit se referma doucement derrière elle. Lina s'assit, remit son casque, attacha sa ceinture. Le ronronnement sourd de l'APU vibrait dans le fond, comme un cœur d'ombre.

— Check-list avant roulage ? demanda Karim.

— Allons-y.

Ils enchaînèrent, leurs voix se répondant comme un écho maîtrisé.

— Volets ?

— Configurés pour le décollage.

— Contrôles de vol ?

— Vérifiés.

— Trim ?

— Réglé.

Les mots étaient techniques, mais pour Lina, ils étaient aussi poétiques. Elle connaissait la masse de l'avion, la température extérieure, la longueur de la piste, la force du vent. Tous ces éléments entraient dans des calculs précis pour savoir à quelle vitesse laisser l'avion s'arracher du sol.

La tour de contrôle les autorisa bientôt à rouler jusqu'à la piste. Lina prit le manche du nez de l'avion, dirigeant doucement la machine géante sur le bitume. Le sol vibrait légèrement. Des lumières bleues et vertes les guidaient, comme un chemin de lucioles.

— Tu veux décoller ? demanda-t-elle à Karim.

Entre copilotes et commandants, on alterne souvent, pour garder la main, pour que chacun garde l'habitude. Mais ce jour-là, Karim secoua la tête.

— Non, vas-y. J'ai envie de regarder voler, pour une fois.

Elle hocha la tête, un peu touchée.

— Très bien. Alors on y va.

Aligné au début de la piste, l'avion semblait retenir son souffle. Devant eux, une longue ligne gris foncé pointait vers l'horizon. Vers le ciel.

La voix de la tour résonna dans leurs casques :

— Autorisés au décollage, piste 26. Bon vol.

Lina posa doucement ses mains sur les manettes de gaz. C'était un geste qu'elle avait répété des centaines de fois, en simulateur, en vrai, dans ses rêves parfois. Elle poussa les manettes vers l'avant. Les moteurs rugirent, d'abord comme un souffle fort, puis comme un tonnerre apprivoisé.

— Puissance décollage, annonça Karim en surveillant les écrans.

L'accélération plaqua leurs corps contre les sièges. Le paysage défilait de plus en plus vite. Lina sentait chaque vibration de la piste sous les roues, comme un tambour qui battait le rythme.

— Cent nœuds… V1… Rotate, annonçait Karim, donnant les vitesses repères.

« Rotate », c'était le moment magique : celui où l'on tirait doucement sur le manche pour faire lever le nez de l'avion.

Lina inspira, puis tira avec douceur. Pas trop, pas trop peu. Comme si elle aidait un oiseau blessé à reprendre son envol. Les roues quittèrent le sol. La vibration brusque de la piste s'arrêta, remplacée par un flottement silencieux.

— Décollage, dit Karim, un sourire dans la voix.

Lina sentit l'avion grimper, comme s'il montait un escalier d'air. Par le hublot du cockpit, les bâtiments de l'aéroport rapetissaient, les avions au sol ressemblaient à des jouets soigneusement rangés.

Au bout de quelques minutes, ils passèrent au-dessus de la couche de nuages. Tout en dessous n'était plus qu'une mer blanche, comme de la mousse. Au-dessus, un ciel bleu net les entourait, pur, presque immobile.

— Voilà notre bureau, dit Lina.

— On ne peut pas rêver mieux, répondit Karim.

Ils enclenchèrent le pilote automatique, ce système qui aide à guider l'avion selon un plan de vol programmé. Beaucoup de gens pensent que les pilotes ne servent plus à rien, une fois le pilote automatique activé. Mais Lina savait que ce n'était pas vrai. Leur rôle changeait simplement : ils surveillaient, anticipaient, imaginaient ce qui pouvait arriver, comme des gardiens silencieux.

— Tu sais, dit Karim après un moment, mon neveu pense que pilote, c'est juste appuyer sur un bouton et dormir ensuite.

Lina rit.

— Demande-lui s'il veut bien faire une nuit blanche à lire des manuels, mémoriser des procédures d'urgence et rester concentré pendant sept heures de suite, juste « pour appuyer sur un bouton ».

— Je lui dirai.

En réalité, ce qui la fascinait, ce n'était pas juste faire voler une machine. C'était cette alliance fragile entre la mécanique, le calcul, l'intuition et l'humain. Un pilote doit connaître le ciel, mais aussi les gens. Un simple changement de ton peut calmer une cabine entière.

Elle prit le micro.

— Mesdames et messieurs, ici votre commandante de bord. Nous avons maintenant atteint notre altitude de croisière. Si vous regardez par le hublot droit dans quelques minutes, vous apercevrez la Gironde, ce grand estuaire qui brille comme un ruban argenté. Profitez du spectacle, nous nous occupons du reste.

Là-bas, sur le siège hublot deux rangées plus loin, l'homme à la chemise froissée leva les yeux et sourit. Il avait bien sa vue sur les nuages, comme promis.

Chapitre 5 — Les vagues invisibles du ciel

Le temps passa doucement, rythmé par les bips des instruments, les échanges avec le contrôle aérien, les petits bruits feutrés de la cabine. Parfois, un membre de l'équipage passait au cockpit pour demander une précision, ou juste pour saluer.

Au milieu du vol, alors qu'ils traversaient une zone de nuages plus épais, l'avion se mit à trembler légèrement. Ce n'était pas violent, plutôt comme une route pavée d'air.

— Turbulence légère, commenta Karim.

Lina ajusta un peu leur altitude. Le ciel, vu de l'intérieur, n'est pas toujours aussi lisse qu'on l'imagine. L'air forme des vagues invisibles, des courants qui montent et descendent.

Elle prit le micro.

— Mesdames et messieurs, ici votre commandante de bord. Nous entrons dans une zone de légère turbulence. C'est tout à fait normal, l'air peut parfois être un peu agité, comme la surface de la mer. L'avion est conçu pour y résister sans aucun problème. Par précaution, je vous demande simplement de regagner vos sièges et d'attacher vos ceintures. Merci.

Elle savait que ces mots, prononcés calmement, pouvaient transformer la peur en simple curiosité. En cabine, Maïssa serra la main de sa mère.

— Maman, ça bouge…

— Tu as entendu la commandante, répondit la mère. C'est normal. C'est comme quand on roule sur des cailloux.

La petite hocha la tête, rassurée.

Dans le cockpit, Lina gardait un œil sur le radar météo. De petites taches vertes apparaissaient, signes de nuages plus denses.

— Tu te souviens, la première fois que ça a vraiment bougé ? demanda Karim.

— Oh, oui, répondit Lina. C'était pendant ma formation. Je croyais que j'allais avaler mon cœur.

— Moi aussi. On se dit : « Mais comment ça peut tenir, ce gros truc en métal ? »

— Et puis on apprend que ce n'est pas si fragile. Les ailes peuvent fléchir, les structures sont testées à des forces bien plus grandes que ce qu'on vit en vol. L'univers a pensé à tout, et les ingénieurs aussi.

Elle pensa à tous ces enfants qui imaginaient le ciel comme un grand vide dangereux. Pour elle, c'était plutôt un océan invisible, avec ses marées et ses courants. Le rôle du pilote, c'était de lire cet océan, même s'il ne se voyait pas.

Les turbulences se calmèrent. L'avion retrouva son glissement lisse.

— Turbulence terminée, dit Karim, presque comme une bonne nouvelle.

— Tu vois, le ciel nous faisait juste un petit coucou, répondit Lina.

Un peu plus tard, Paulo appela du fond de la cabine.

— Capitaine, la petite Maïssa demande si elle peut venir voir le cockpit, une fois qu'on sera au sol. Sa maman est d'accord.

Lina sourit.

— Dis-lui que ce sera avec plaisir. Mais seulement quand on sera garés, moteurs coupés, et si les règles de sécurité nous le permettent à la porte.

— Reçu, dit Paulo.

Ce genre de rencontre lui rappelait pourquoi elle avait rêvé de ce métier, enfant. Elle aussi, un jour, avait approché un cockpit. Elle se souvenait encore du choc : tous ces boutons, toutes ces lumières, et cette femme, déjà, aux commandes, qui lui avait dit : « Si tu veux, toi aussi, tu pourras ».

Chapitre 6 — Atterrissage en lumière

Le temps de descendre vers Lisbonne arriva. Lina et Karim préparèrent l'approche. Atterrir, ce n'est pas « juste descendre ». C'est comme poser doucement un objet précieux sur une table en verre. Il faut être précis, patient, concentré.

— Météo à Lisbonne ? demanda Karim.

— Ciel dégagé, vent faible, piste sèche, répondit Lina après avoir écouté l'ATIS, le message météo automatique.

Elle brieffa leur approche, c'est-à-dire qu'elle expliqua à Karim, point par point, ce qu'ils allaient faire, comment ils réagiraient en cas de problème. Même si tout se passait bien 99,9 % du temps, le métier de pilote consistait à toujours se demander « et si ? ».

— Si on a un autre avion trop proche devant nous, on fait une remise de gaz, dit-elle.

— Si le vent tourne brusquement, pareil, confirma Karim.

— On ne force jamais un atterrissage, ajouta-t-elle. Notre orgueil ne pilote pas.

À mesure qu'ils descendaient, la mer apparut, scintillante. La ville de Lisbonne étalait ses maisons colorées comme un tapis de briques et de tuiles. Les passagers, collés aux hublots, regardaient les toits, les ponts, les bateaux.

— Mesdames et messieurs, ici votre commandante de bord. Nous entamons notre descente vers Lisbonne. La météo est très favorable, et nous allons survoler la ville quelques instants avant de nous poser. Nous espérons que vous avez passé un vol agréable.

En cabine, l'homme à la chemise froissée jeta un coup d'œil vers l'allée. Il aperçut Maïssa, qui regardait par le hublot avec des yeux ronds. Il sembla hésiter, puis se leva dès que le signal « attachez vos ceintures » le permit encore. Il s'approcha de leur rangée.

— Excusez-moi, dit-il doucement à la mère de Maïssa. Je me demandais… Est-ce que votre fille voudrait passer au hublot pour l'atterrissage ? Je peux prendre le siège du milieu, ça ne me dérange pas.

La mère resta un instant surprise, puis sourit.

— Oh… c'est très gentil.

Elle se tourna vers sa fille.

— Tu veux voir la ville d'encore plus près ?

Les yeux de Maïssa brillèrent.

— Oui !

Ils échangèrent les places rapidement, pendant que l'avion entamait ses derniers virages. L'homme se retrouva coincé au milieu, mais il ne semblait pas s'en plaindre. Il jetait parfois un regard vers le hublot, par-dessus l'épaule de Maïssa.

Dans le cockpit, Lina alignait maintenant l'avion face à la piste. Le soleil se reflétait sur le fleuve Tage comme une traînée d'or liquide. Elle coupa progressivement la poussée, sortit un cran de volets, puis un autre. Les trains d'atterrissage se déployèrent, dans un grondement sourd.

— Piste en vue, annonça Karim.

— Vérifié, répondit Lina.

Le sol se rapprochait, lentement, comme une main qu'on tend. Les lumières de la piste dessinaient une flèche verte et rouge. Dans ses écouteurs, une voix synthétique appelait l'altitude :

— One hundred…

— Fifty… Forty… Thirty… Twenty… Retard…

Lina tira légèrement sur le manche, cabra un peu le nez, réduisit la puissance. Les roues touchèrent le sol dans un « chhhh » doux. Une secousse légère traversa l'avion, aussitôt amortie.

— Bienvenue à Lisbonne, murmura Karim.

Lina actionna les inverseurs de poussée pour ralentir. L'avion se mit à rouler, plus vite d'abord, puis de moins en moins, jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'un grand bus d'acier se dirigeant vers la porte.

En cabine, Maïssa éclata de rire.

— On a atterri ! cria-t-elle. On a atterri pour de vrai !

L'homme à côté d'elle rit aussi.

— Et c'était un bel atterrissage, dit-il. On ne l'a presque pas senti.

— Lina est trop forte, répondit Maïssa, comme si elle parlait d'une amie.

Chapitre 7 — Au bout du vol, des mains qui se serrent

Après le roulage, l'avion s'immobilisa enfin à la porte. Les moteurs se turent progressivement, laissant place à un silence étrange, seulement occupé par des clics métalliques et des bruits de ventilation.

— Check-list après atterrissage ? proposa Karim.

Ils terminèrent les dernières vérifications. Le vol n'était complètement fini que quand tout était coupé, noté, rangé.

— Bon, dit Lina, on accueille notre petite visiteuse ?

Paulo frappa doucement à la porte du cockpit et entra avec Maïssa et sa mère. Les yeux de la petite brillaient comme deux phares.

— Waaah… souffla-t-elle en voyant tous les écrans, les boutons, les manettes.

Lina se tourna vers elle.

— Bienvenue dans notre maison au-dessus des nuages.

— C'est… c'est comme dans un vaisseau spatial, dit Maïssa.

— Un peu, oui, sourit Karim.

Lina invita la petite à s'asseoir sur son siège, juste quelques secondes.

— Tu peux t'asseoir là, mais tu ne touches à rien, d'accord ? C'est comme un tableau de commande très sensible.

— Promis, dit-elle en serrant ses mains sur ses genoux.

Elle regardait par le pare-brise du cockpit, vers la piste, les autres avions, les camions qui circulaient comme des fourmis autour des appareils.

— Toi aussi, tu peux devenir pilote, dit Lina. Ce n'est pas réservé à qui que ce soit. Il faut juste travailler, beaucoup, être rigoureuse, garder son calme, et aimer le ciel.

— Même si je suis une fille ? demanda Maïssa, sérieuse.

— Surtout si tu es une fille, répondit Lina avec un clin d'œil. Le ciel a besoin de tout le monde.

La mère de Maïssa regardait la scène, émue.

— Merci beaucoup, dit-elle. Elle en parlera pendant des années.

— Moi aussi, je me souviendrai de toi, Maïssa, répondit Lina. Parce que tu m'as rappelé pourquoi je fais ce métier.

Paulo ramena la petite et sa mère en cabine. Les passagers commencèrent à débarquer, rangée par rangée. Lina aimait ce moment où, après avoir été des silhouettes anonymes, certains passagers devenaient des visages, des sourires, quelques mots échangés.

Elle sortit du cockpit et se plaça à la porte, aux côtés de Paulo. Les gens défilaient, tirant leurs valises, remerciant d'un signe de tête, d'un « au revoir », d'un « merci pour le vol ».

L'homme à la chemise froissée arriva à son tour. Il s'arrêta devant Lina.

— Capitaine, dit-il. Je voulais vous remercier pour tout à l'heure. Pour votre calme, et pour la solution… et aussi pour la Gironde.

Lina sourit.

— C'est moi qui vous remercie, monsieur. Vous avez accepté de changer de place, et grâce à ça, une petite fille a eu un vol moins effrayant.

Il hésita un instant, puis tendit la main.

— J'avoue que j'étais un peu… borné, au départ. Mais vous m'avez rappelé que, dans cet avion, on voyage tous ensemble. Alors… merci.

Lina serra sa main, franchement.

— C'est aussi ça, voler, dit-elle. Ce n'est pas seulement traverser le ciel, c'est apprendre à se supporter les uns les autres, même quand on est serrés.

Derrière lui, Maïssa et sa mère approchaient. La petite avait maintenant un petit badge « Future pilote ? » que Paulo lui avait donné en rigolant.

— Au revoir, Lina ! lança-t-elle en levant la main.

— Au revoir, Maïssa. Et n'oublie pas : le ciel t'attend.

— Je vais travailler, promit-elle. En maths aussi, même si je n'aime pas trop.

— Les maths, c'est la langue dans laquelle le ciel nous parle, répondit Lina. Mais tu verras, avec un rêve au bout, ça devient plus facile.

Elles se sourirent une dernière fois. Puis le flot de passagers se termina, la cabine se vida, laissant seulement quelques papiers à ramasser, des ceintures à remettre en place, des traces de présence humaine dans cette carlingue de métal.

Lina revint dans le cockpit. Elle s'assit à sa place, enleva son casque, soupira doucement. Ce n'était pas un soupir de fatigue seulement, mais aussi de satisfaction.

— Encore un vol de plus, dit Karim en s'asseyant à côté d'elle.

— Oui. Un fil de plus dans la toile du ciel, répondit-elle.

Il la regarda.

— Tu te rends compte que, pour Maïssa, tu es maintenant « la pilote qui fait danser l'avion sur les nuages » ?

— Si c'est comme ça qu'elle me voit, je prends, dit Lina. Mais ce qu'elle ne sait pas encore, c'est que chaque fois que je décolle, je redeviens un peu enfant, moi aussi.

Elle regarda par le pare-brise. Le soleil commençait à décliner, étirant de longues ombres sur le tarmac. Les avions, alignés, semblaient attendre le prochain passage de leurs pilotes, comme des chevaux des airs.

Dans le silence apaisé du cockpit, Lina sentit qu'elle était exactement là où elle devait être : entre le métal et le vent, entre les chiffres et les sourires, entre la rigueur et la douceur. Pilote, c'était ça : tenir un gouvernail invisible, au croisement du ciel et des cœurs.

Elle posa sa main, une dernière fois, sur le manche, presque comme on caresse la crinière d'un animal fidèle.

— À demain, murmura-t-elle à l'avion.

Et dehors, le vent du soir répondit par un frôlement léger, comme une promesse de nouveaux voyages.

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Débriefing
Une réunion où l'on discute de ce qui s'est passé pendant un vol ou une activité.
Simulateurs
Des machines qui imitent le fonctionnement d'un avion pour s'entraîner sans vraiment voler.
Galons
Des bandes de tissu ou des insignes que portent les militaires ou les pilotes pour montrer leur grade.
Turbo-propulseur
Un type de moteur d'avion qui utilise un rotor pour pousser l'avion en avant.
ATIS
Un système qui donne des informations météo et de trafic aux pilotes avant le vol.
Remise de gaz
Une manœuvre où le pilote remet les gaz pour faire décoller à nouveau l'avion au lieu d'atterrir.

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