Chapitre 1 — La halle qui sentait les pommes
Simon portait son col blanc comme une promesse. Ce matin, la halle couverte bruissait déjà. Les étals brillaient de légumes, de pains, de fruits rouges. L'air sentait les pommes mûres et le miel. Simon passa une main sur son tablier. Il sourit.
"Bonjour, Rosa !", dit-il à la marchande de pommes. Rosa sourit aussi, ridée comme une écorce douce. "Prends celles-ci, elles chantent quand on les coupe", plaisanta-t-elle.
Simon choisit des pommes fermes et parfumées. Il posa son panier sur le banc. Les marteaux des marchands rythmaient la halle comme une chanson. Il aimait cet endroit. Les gens venaient, riaient, partageaient des recettes. La halle était un cœur qui battait.
Il se rappelait la consigne de sa mère : "Choisis avec les yeux, puis avec le nez." Simon riait en suivait toujours ce conseil. Il sentait une pomme. Elle avait un goût de soleil. Il la sentit, la mit dans son panier. Doucement, doucement, pensa-t-il. Doucement, doucement, chantaient ses mains.
Chapitre 2 — Le secret du chef au col blanc
De retour dans sa petite cuisine, Simon posa les pommes sur la table. Sa toque était rangée, son col blanc propre. Il aimait les gestes précis. Il aimait écouter les ingrédients. Il posa sa main sur la peau d'une pomme. Elle était fraîche. Il pensa aux enfants qui viendraient goûter.
"Comment tu fais ta compote, chef ?" demanda Léa, la voisine, qui avait neuf ans et les yeux curieux.
Simon sourit. "Avec du temps et de la douceur", répondit-il. Il montra : laver, éplucher, enlever le cœur. Les gestes étaient simples. Ils étaient presque des caresses. Il coupa les pommes en morceaux. Le bruit était doux, comme des petits clap clap.
Il alluma le feu léger. Dans la casserole, il mit les pommes et un peu d'eau. "Un peu seulement", murmura-t-il. Il ajouta une gousse de vanille. L'odeur monta, chaude et rassurante. "On ferme les yeux parfois pour mieux sentir", dit Simon. Léa ferma les yeux. Elles respirèrent le parfum sucré.
"Et le sucre ?" demanda Léa. "Parfois on n'en met pas", expliqua Simon. "Parfois on met juste une cuillère de miel." Il pensait toujours au goût des autres. Être chef, pour lui, c'était rendre heureux, pas seulement surprendre.
Refrain doux : Doucement, doucement, laisse mijoter. Doucement, doucement, laisse le cœur parler.
Chapitre 3 — L'aventure entre les étals
La cuisson prit du temps. Simon profita pour retourner à la halle. Il y trouva des enfants qui dessinaient des pommes avec des craies. Il s'arrêta. Il offrit un sourire. Un petit garçon, Timéo, tendit une boîte de gâteaux secs. "C'est pour toi, chef", dit-il.
Simon prit la boîte. "Merci. Et toi, que veux-tu devenir ?" demanda-t-il.
"Un explorateur... ou un cuisinier", répondit Timéo en haussant les épaules.
"Alors commence par sentir", dit Simon en riant. "Et partage toujours." Ils parlèrent des couleurs des pommes, de la peau qui craque, du jus qui coule sur les doigts. Simon leur montra comment peler lentement, comment ne pas gaspiller. "Les épluchures servent pour le compost ou pour parfumer l'eau de cuisson", expliqua-t-il. Les enfants écoutaient, fascinés.
Au milieu de la halle, une vieille dame glissa. Simon fut là en un pas. Il l'aida à se relever et prit sa main comme un gobelet pour la chaleur. Sa bienveillance était naturelle. Les gens applaudirent doucement. Simon retourna chez lui, le cœur léger, la casserole presque prête.
Chapitre 4 — Compote, coucher et un vœu secret
La compote avait la couleur d'un coucher de soleil. Elle brillait dans la casserole. Simon écrasa quelques morceaux pour garder des petits morceaux à croquer. Il goûta une cuillerée : doux, tendre, chaud. Il sourit et versa la compote dans des petits pots.
Léa et Timéo revinrent. Ils sentirent la compote. "Mmm", firent-ils en chœur, les yeux fermés. Ils mangerent lentement, comme on savoure un secret. Simon leur parla des métiers de la cuisine. "On apprend à écouter : le feu, le temps, les gens", dit-il. "On apprend le partage."
La nuit tomba. La halle se calma. Les étals fermèrent leurs volets. Simon posa les pots sur la fenêtre. Une odeur douce flotta dans la rue. Les voisins regardèrent par la fenêtre et sourirent.
Avant de se coucher, Simon s'assit au bord du lit. Il prit un petit papier et y écrivit un mot. Il plia le papier et le posa dans sa poche. C'était un vœu secret. Personne ne le connaissait. Il pensa aux enfants, à la halle, aux gestes doux qu'il faisait chaque jour. Il pensa au monde qui aurait besoin de plus de chaleur.
Il souffla une bougie imaginaire et chuchota : "Que chaque repas apaise un cœur." Il garda son vœu au chaud, comme la compote dans les pots. Puis il ferma les yeux.
Refrain final, comme une berceuse : Doucement, doucement, laisse le monde goûter. Doucement, doucement, partage et fais briller.
La nuit couvrit la ville. La halle dort. La compote attend, tiède et tendre. Simon, chef au col blanc, se rendort en souriant, sûr que demain il cuisinera encore, pour donner un peu de douceur et tenir secret son vœu, comme on garde une dernière cuillerée.