Chapitre 1 – Le chapeau trop sérieux
Camille ajusta son chapeau devant le miroir de l'entrée.
Ce n'était pas n'importe quel chapeau : un grand chapeau bleu nuit, avec un ruban jaune soleil qui faisait trois tours autour de la calotte.
Sa mère l'avait posé sur sa tête en souriant :
— On dirait une reine de soirée pyjama, ma grande.
Camille haussa un sourcil.
— Une reine… en chapeau ? C'est un peu bizarre, non ?
Elle n'aimait pas tellement qu'on la regarde. Elle préférait observer, réfléchir, écouter les autres parler. Elle était posée, comme disait souvent son père. « Posée et solide comme un rocher », ajoutait-il. Mais aujourd'hui, impossible de se cacher : c'était son anniversaire.
Douze ans. Un chiffre qui sonnait presque adulte.
Dans le salon, on avait tout préparé. Une banderole multicolore traversait la pièce, au-dessus du canapé. Des ballons gonflés à bloc se cognaient au plafond. Sur la table basse, une boîte à chapeaux attendait, mystérieuse, à côté d'un gâteau encore couvert d'un grand saladier pour garder la surprise.
Camille respira un grand coup.
Aujourd'hui, elle voulait que tout soit simple, joyeux, sans drame ni dispute. Juste une journée à partager.
On sonna à la porte.
— J'y vais ! lança-t-elle.
Elle ouvrit sur Zoé, qui arrivait en première, comme toujours. Zoé ne marchait jamais, elle bondissait. Son sac à dos rebondissait dans son dos, et sa queue-de-cheval semblait vouloir la dépasser en courant.
— Joyeux anniversaiiiire, madame la dame au chapeau sérieux ! s'écria Zoé.
Camille leva les yeux au ciel, mais un sourire glissa sur son visage.
— Entre, clown. Les autres ne devraient pas tarder.
Zoé s'engouffra dans le salon, posa son sac et tourna sur elle-même en observant la déco.
— Trop stylé, la banderole ! On dirait presque une fête de film.
Camille jeta un coup d'œil à la banderole : des lettres dorées, « BON ANNIVERSAIRE CAMILLE », avec de petits éclairs argentés qui brillaient quand on bougeait un peu.
— Tu trouves que ce n'est pas trop… je sais pas… grandiose ? demanda-t-elle.
— Grandiose ? Parfait pour tes douze ans, répliqua Zoé. Aujourd'hui, c'est toi la star.
Camille arrangea son chapeau sur sa tête, comme un bouclier.
— Peut-être… mais une star discrète.
On sonna de nouveau. Cette fois, c'étaient Inès et Maïssa, arrivant en même temps, en riant déjà pour une blague que Camille n'avait pas entendue.
— Joyeux anniversaire ! firent-elles en chœur.
Inès tendit un paquet enveloppé de papier kraft décoré de petites étoiles dessinées au stylo. Maïssa portait un sac énorme qui faisait « cling cling » à chaque pas.
— Merci… entrez, dit Camille, le cœur qui battait plus vite que d'habitude.
Ses trois amies se figèrent un instant en la voyant avec son chapeau.
— Wow, commenta Inès. Tu fais très… comment on dit… distinguée.
— On dirait une présentatrice de gala, ajouta Maïssa. Il ne manque plus que le micro.
Elles éclatèrent de rire. Camille aussi.
— Vous êtes bêtes. C'est juste un chapeau.
À l'intérieur, pourtant, elle sentait que ce chapeau la protégeait, comme si elle se cachait derrière un personnage pour ne pas être totalement elle-même.
Elle inspira profondément.
C'était parti.
Sa journée d'anniversaire venait vraiment de commencer.
Chapitre 2 – La couronne qui brille
Après un tour rapide de l'appartement pour vérifier que tout était en place, les filles se retrouvèrent autour de la table basse.
— On commence par quoi ? demanda Zoé. Les cadeaux ? Le gâteau ? Les défis improbables ?
— D'abord, j'ai une surprise, dit Camille.
Elle souleva le couvercle de la boîte à chapeaux.
À l'intérieur, il n'y avait pas qu'un chapeau, mais quatre autres petits accessoires : un béret rouge avec un pompon, une casquette à carreaux, un serre-tête avec des oreilles de chat, et… une couronne en carton doré, décorée de paillettes.
— Waaah, fit Maïssa. On organise un défilé de mode ?
Camille secoua la tête.
— Pas exactement. Je ne voulais pas être la seule à porter un truc sur la tête. Alors j'ai demandé à ma mère de m'aider à préparer une boîte de chapeaux pour tout le monde.
Zoé tapa dans ses mains.
— J'adore ! Moi je prends les oreilles de chat !
Elle attrapa le serre-tête et le posa aussitôt, se regardant dans l'écran noir de la télé.
— Miaou, je suis Zoé, chat sauvage.
Inès prit la casquette à carreaux et la tourna entre ses doigts.
— Je peux ?
— Évidemment, répondit Camille.
Inès la posa sur sa tête, un peu de travers, comme un skateur.
— Trop bien, dit-elle, en se contemplant dans la vitre de la fenêtre.
Maïssa hésitait entre le béret rouge et la couronne.
— Le béret te va trop bien, assura Zoé. Tu feras artiste mystérieuse.
— Ou styliste de stars, ajouta Inès.
Maïssa prit le béret, le posa doucement, ajusta sa frange et sourit.
— J'avoue, c'est pas mal.
Il ne restait plus que la couronne dorée.
Tout le monde regarda Camille.
— Hé, c'est ton anniversaire, dit Zoé. La couronne, elle est pour toi.
Camille posa les yeux sur la couronne.
Elle brillait un peu, même sans lumière directe. Les paillettes accrochaient chaque rayon de soleil qui passait par la fenêtre.
Elle toucha son chapeau bleu nuit.
— J'aime bien ce chapeau, murmura-t-elle. Il me rassure.
— Tu peux mettre les deux ! proposa Maïssa. Le combo ultime : chapeau-couronne.
— Tu vas t'effondrer sous le poids de la royauté, plaisanta Inès.
Camille eut un petit rire, puis secoua la tête.
— Et si… on se la partageait, cette couronne ?
Les trois autres se tournèrent vers elle.
— Comment ça ? demanda Zoé.
Camille prit la couronne entre ses doigts.
— Bon, officiellement, c'est moi qui ai mon anniversaire. Mais… j'avais envie que ce soit un peu l'anniversaire de notre groupe aussi. De nous quatre.
Alors on pourrait se passer la couronne dans la journée. Chacune la met quand c'est son moment à elle. Moi, je garde mon chapeau. Comme ça, personne ne se dispute, et tout le monde a droit à son petit moment de gloire.
Il y eut un silence, puis Maïssa sourit.
— J'aime trop ton idée.
— Moi aussi, dit Inès. Une couronne à partager, c'est beaucoup plus classe qu'une couronne qui reste sur une seule tête.
Zoé leva le pouce.
— Deal. On est les reines tournantes.
— Les reines quoi ? rigola Camille.
— Les reines de service, précisa Zoé. On change de reine à chaque grand moment.
Camille posa la couronne sur la table.
— Alors, qui commence ?
Zoé leva la main si haut qu'elle faillit renverser un ballon.
— Moi ! Moi ! Je propose le premier grand moment de la journée : le jeu du cadeau mystère.
Les filles échangèrent un regard complice.
— Ok, dit Camille. Pour inaugurer le jeu, c'est toi qui mets la couronne.
Zoé, le visage rayonnant, posa la couronne par-dessus les oreilles de chat. La combinaison était un peu étrange, mais ça lui allait parfaitement.
— Votre Majesté Zoé, déclara Inès en faisant une révérence exagérée, quelles sont vos instructions ?
— Mes sujets, dit Zoé en prenant une voix grave, préparez-vous à l'épreuve du paquet piégé.
Camille sentit un éclat de joie monter en elle.
Sa couronne était déjà en train de briller… ailleurs.
Et c'était exactement ce qu'elle voulait.
Chapitre 3 – Le jeu du cadeau mystère
Zoé se planta au milieu du salon, la couronne légèrement de travers, les oreilles de chat frémissantes.
— Bon, annonça-t-elle, j'ai préparé un mini jeu en plus de mon cadeau, parce que donner un cadeau normal, c'est trop simple.
Elle sortit de son sac trois petits papiers pliés.
— Sur ces papiers, il y a trois indices pour trouver où est caché ton cadeau, Camille. Mais pour les obtenir, toi, Inès et Maïssa, vous devez réussir trois micro-défis.
— Attends, fit Maïssa. C'est notre anniversaire à nous aussi ou quoi ?
— Exactement, répondit Zoé. Partage total !
Camille sourit. L'idée lui plaisait.
— Vas-y, on t'écoute.
Zoé prit un air mystérieux.
— Premier défi : Inès doit réussir à me faire rire en trente secondes, mais sans parler.
— Facile, dit Inès en se levant aussitôt.
Elle fit semblant de se cogner contre un mur invisible, puis se mit à danser telle une marionnette désarticulée, les jambes en caoutchouc. Elle imita la chute d'une banane glissante, puis se coinça « accidentellement » la main dans la poignée de la fenêtre.
Zoé éclata de rire avant même que les trente secondes ne soient passées.
— Stop, je déclare ce défi brillamment réussi !
Elle tendit un premier papier à Camille.
— Indice numéro un, dit-elle.
Camille le déplia : « Là où on rêve sans dormir. »
— Facile, chuchota Maïssa. La bibliothèque ou ta chambre.
— Chut, répondit Inès. On verra après les autres.
— Deuxième défi, continua Zoé : Maïssa doit composer un poème en rime sur Camille, mais… avec le mot “chapeau” dedans.
— Oh là là, soupira Maïssa. Bon. Je tente.
Elle prit deux secondes pour réfléchir, puis déclama, en prenant une grande inspiration :
— Camille a douze ans tout ronds,
Sur sa tête un grand chapeau.
Dans son cœur, mille tourbillons,
Et dans ses yeux, plein de cadeaux.
Les trois autres la regardèrent, impressionnées.
— Mais tu gères trop, toi, s'écria Zoé. Poétesse !
— C'était beau, dit doucement Camille, un peu émue.
Zoé tendit le deuxième papier.
— Indice numéro deux : « Là où l'on s'assoit pour voyager. »
— Ouh, ça se complique, murmura Camille. Un fauteuil ? Une chaise ? Le canapé ?
— On réfléchira après, répéta Inès. Concentre-toi.
— Troisième défi, annonça Zoé, cette fois pour Camille : tu dois faire une chose un peu folle pour ton anniversaire.
— Genre quoi ? demanda Camille, se raidissant.
Elle détestait les trucs trop fous qui l'exposaient.
Zoé la regarda un instant, puis eut une idée.
— Pas folle méchante, hein. Folle gentille.
Je te propose de prêter, pendant tout le prochain jeu, ta couronne à quelqu'un d'autre, même si c'est ton anniversaire.
Camille souffla, soulagée.
— Mais… c'était déjà l'idée de départ, non ? Qu'on la partage ?
— Oui, mais maintenant c'est officiel, insista Zoé. Tu donnes la couronne à qui tu veux, pour le “grand moment” suivant.
Camille réfléchit.
Elle jeta un œil à Inès, qui grattait la visière de sa casquette, et à Maïssa, qui arrangeait son béret devant la vitre.
— D'accord, dit-elle. Pour le prochain grand moment… la couronne ira à Inès.
Inès ouvrit de grands yeux.
— À moi ? Mais pourquoi ?
— Parce que tu fais toujours rire tout le monde sans jamais te rendre compte que tu brilles déjà, répondit Camille. Et aussi parce que je sais que ton cadeau me fait un peu peur.
— Ah bon ? s'étonna Inès.
— Oui, parce qu'avec toi, on ne sait jamais si ça va être trop gênant ou juste génial, lança Zoé.
Tout le monde éclata de rire, même Inès.
— Ok, ok, je relève le défi, dit-elle. Reine Inès, prête au service.
Zoé donna le troisième papier à Camille.
— Indice numéro trois : « Là où l'on cache les friandises quand on a peur que quelqu'un les mange avant l'heure. »
Camille n'eut pas besoin de réfléchir longtemps.
— Le placard du couloir, évidemment, dit-elle.
— Alors, conclut Zoé, ton cadeau est caché à un endroit qui réunit les trois indices.
Camille fronça les sourcils.
— Attends… Là où on rêve sans dormir, où on s'assoit pour voyager, et où tu caches les friandises… Ah ! C'est le coin lecture, dans ma chambre ! Le fauteuil, à côté de la petite étagère.
Elle se précipita dans sa chambre, suivie de près par ses amies.
Elle souleva le coussin du fauteuil et poussa un cri surpris.
Un paquet, plat et rectangulaire, l'attendait, entouré de papier violet et d'un ruban argenté.
— Ouvre ! ordonna Zoé.
Camille déchira le papier et resta un instant silencieuse.
C'était un grand carnet à pages blanches, avec des étoiles dorées sur la couverture, et un stylo brillant accroché sur le côté.
— Un carnet d'histoires, expliqua Zoé. Pour que tu écrives tout ce que tu observes en silence. Tu notes, tu dessines, tu inventes. C'est ton royaume à toi.
Camille sentit quelque chose se serrer dans sa gorge.
— Merci… murmura-t-elle. C'est… parfait.
Elle serra son carnet contre elle.
Partager sa journée, partager sa couronne, et maintenant, Zoé lui offrait un endroit rien qu'à elle, dans lequel elle pourrait tout déposer.
La journée commençait vraiment très bien.
Chapitre 4 – La dispute des règles
De retour dans le salon, les filles décidèrent de lancer un jeu de société. Inès, désormais « reine officielle » selon le plan de Camille, récupéra la couronne avec un petit salut.
— Sa Majesté Inès choisira le jeu, déclara Maïssa.
Inès fouilla dans l'armoire et sortit une boîte de jeu de plateau.
— Celui-là ! C'est un peu stratégique, un peu marrant, et surtout… ça peut durer longtemps, annonça-t-elle.
— Parfait, ça nous emmène jusqu'au goûter, dit Zoé.
Elles s'installèrent en rond sur le tapis. Camille posa son chapeau à côté d'elle pour être plus à l'aise. Elle se sentait déjà un peu plus légère, un peu moins cachée.
On ouvrit la boîte, on installa le plateau, les cartes, les pions. Maïssa lisait les règles en fronçant les sourcils.
— Alors… on gagne des points en posant des cartes “défi” sur les autres, et on peut les annuler avec des cartes “entraide”. C'est marrant, ce truc.
— C'est comme dans la vraie vie, commenta Zoé. Tu vois, quand un prof te colle un énorme devoir, tu peux t'en sortir si tes potes t'aident.
— Ou si tu coopères, ajouta Camille.
Le jeu commença dans une bonne ambiance.
Mais très vite, un problème apparut.
— Hé, protesta Zoé au bout de quelques tours, Inès, tu ne peux pas jouer deux cartes d'un coup ! C'est interdit.
— Ce n'est pas interdit, se défendit Inès. C'est juste… pas marqué. Montre-moi la règle.
Maïssa feuilletta la feuille de règles.
— Euh… c'est pas clair. Ils disent qu'on peut “enchaîner” les cartes, mais…
— Ben voilà, enchaîner, ça veut dire jouer deux cartes ! triompha Inès.
— Non ! répliqua Zoé. Ça veut dire qu'on peut en jouer une maintenant et une plus tard, pas deux à la suite comme une mitraillette.
La tension monta un peu. Zoé se sentit trahie, Inès se sentit accusée.
Camille observait, silencieuse. Son anniversaire, sa journée. Elle avait envie que tout reste doux, mais elle savait que, parfois, même les meilleures journées avaient un mini orage.
— Stop, dit-elle finalement d'une voix calme.
Les trois autres la regardèrent.
— On fait comment dans le jeu, déjà, pour résoudre les conflits ? demanda-t-elle.
Maïssa réfléchit.
— Ben… on joue une carte “réunion” où tout le monde discute et choisit la meilleure solution…
Elle s'interrompit, les yeux pétillants.
— Hé ! On n'a qu'à faire pareil. On vote !
— Oui, mais on n'est pas d'accord, insista Zoé. Elle triche !
— Je ne triche pas, je suis créative, corrigea Inès.
Camille prit le livret de règles, le posa entre elles, et dit tranquillement :
— On peut faire quelque chose… très adulte.
— Beurk, fit Zoé.
Camille sourit.
— On invente notre propre règle. C'est mon anniversaire, mais c'est notre partie à toutes. On mélange ce qui est écrit avec ce qui nous semble juste.
Par exemple… on pourrait décider qu'une personne a le droit de jouer deux cartes seulement si… elle en donne une à quelqu'un d'autre.
Les trois autres la dévisagèrent.
— Attends, expliqua Zoé. Tu veux dire que si Inès joue deux cartes d'attaque, elle doit aussi aider quelqu'un ?
— Oui, continua Camille. Tu peux lancer un énorme défi, mais tu es obligée de compenser avec un geste d'entraide. On reste dans le thème du jeu.
Inès se gratta la tête.
— Ça me va. Je pourrai encore être un peu diabolique, mais pas trop.
— Et moi, je n'aurai pas l'impression de me faire écraser, dit Zoé. Ok, j'accepte.
Maïssa leva la main.
— Moi aussi. On signe où, majesté ?
Inès, la couronne sur la tête, déclara :
— Je valide cette loi royale.
À partir de maintenant, la règle “Camille” entre en vigueur.
Elles éclatèrent de rire.
Le jeu reprit, cette fois dans une ambiance plus détendue.
Inès lança quand même quelques gros défis, mais les compensa toujours par une carte “entraide” en faveur de quelqu'un d'autre.
— Finalement, commenta Zoé, cette règle de partage rend le jeu plus intéressant. On doit réfléchir à deux choses en même temps.
Camille sentit une chaleur agréable lui envahir la poitrine.
Partager la couronne, partager les règles, partager la victoire et même un peu les défaites… Tout ça rendait la journée plus belle.
Quand la partie se termina, elles avaient toutes presque le même nombre de points.
— Match nul, conclut Maïssa.
On dirait que la coopération, ça équilibre tout.
Camille hocha la tête, en remettant doucement son chapeau sur ses cheveux.
Elle se sentait prête pour la suite.
Chapitre 5 – Le gâteau et la surprise de Maïssa
— L'heure la plus importante de la journée approche… annonça Zoé, la main sur le ventre.
Le goûter !
Camille jeta un coup d'œil à sa mère, qui passait la tête par la porte du salon.
— On peut ? demanda-t-elle.
— Bien sûr, répondit sa mère. Le gâteau est prêt. Mais attention, il y a une petite surprise.
Les filles échangèrent un regard intrigué. Camille, un peu nerveuse, se leva.
— Avant le gâteau, dit-elle, il faut changer de reine.
C'est au tour de qui ?
Elle regarda Maïssa.
— Toi, non ? Tu n'as pas encore eu ton moment.
Maïssa rougit un peu.
— Si tu veux… Mais pourquoi moi ?
— Parce que tu as toujours des idées tranquilles qui se transforment en super souvenirs, répondit Camille. Et j'ai le pressentiment que ton cadeau est… spécial.
— Euh… peut-être, répondit Maïssa avec un sourire mystérieux.
Zoé retira la couronne de la tête d'Inès et la posa sur celle de Maïssa, à côté du béret rouge.
— Sa Majesté Maïssa est priée de nous conduire vers le royaume du sucre, déclara-t-elle.
Elles se rendirent dans la cuisine.
Sur la table, le gâteau attendait sous un grand saladier en verre.
— Prête ? demanda la mère de Camille.
— Prête, répondit Camille.
Le saladier fut soulevé.
Le gâteau était rond, recouvert d'un glaçage blanc crémeux. Au milieu, en lettres colorées, on lisait : « Camille & Co ». Autour, quatre petites couronnes dessinées au chocolat.
— C'est… magnifique, souffla Inès.
— J'avais demandé un gâteau qui parle de vous quatre, expliqua la mère de Camille. Parce que vous ne vous lâchez plus depuis la sixième.
Camille sentit ses yeux lui piquer. Zoé poussa un petit cri ravi.
— On est une team officielle, maintenant ! Les “Camille & Co” !
Des bougies de toutes les couleurs furent plantées sur le gâteau. On éteignit la lumière. La flamme des bougies se reflétait sur la banderole du salon, visible depuis la cuisine. Les lettres dorées semblaient frissonner.
— Fais un vœu, murmura Maïssa.
Camille pensa très vite.
Elle ne souhaita pas être meilleure en sport, ni avoir des notes parfaites, ni recevoir le dernier téléphone à la mode.
Elle souhaita simplement que leur petit groupe grandisse sans se déchirer, que leurs disputes restent minuscules et que leurs éclats de rire restent énormes.
Elle souffla les bougies. Tout le monde applaudit.
Une fois la lumière rallumée et les premières parts servies, Maïssa se leva.
— C'est le moment de mon cadeau, annonça-t-elle.
Elle disparaît une seconde dans l'entrée et revint avec son grand sac qui faisait « cling cling ».
— J'ai d'abord un cadeau pour toi, Camille, puis… un truc pour nous toutes.
Elle sortit un petit paquet bleu clair.
Camille l'ouvrit avec précaution. À l'intérieur, il y avait… un petit pendentif en forme de livre minuscule, accroché à un cordon.
— Un collier-livre, expliqua Maïssa. Tu peux l'ouvrir, regarde.
Camille l'ouvrit. À l'intérieur, on pouvait glisser un mini papier.
— J'ai mis un tout petit mot dedans, ajouta Maïssa.
Camille plissa les yeux pour le lire : « Tu n'es jamais seule quand tu observes. On est là aussi. »
Son cœur se serra à nouveau, mais cette fois de bonheur pur.
— Merci, souffla-t-elle.
— Et maintenant, pour nous quatre, continua Maïssa, un atelier improvisé !
Elle sortit de son sac des pots de peinture, des pinceaux, des paillettes, et quatre petites couronnes en carton blanc.
— J'ai demandé à ta mère, expliqua-t-elle à Camille, si je pouvais organiser un mini atelier déco couronnes.
On va chacune fabriquer notre propre couronne, différente, mais… avec un détail identique pour qu'on se reconnaisse.
— Trop bien ! s'exclama Zoé. De la peinture partout !
— Attention, pas sur le plafond, prévint la mère de Camille avec un sourire.
Elles couvrirent la table d'une nappe en plastique, installèrent les pots, sortirent les pinceaux.
Camille observa la couronne blanche devant elle.
Elle avait déjà partagé la « grande » couronne dorée de la journée. Maintenant, elle allait en créer une qui lui ressemblerait.
— On met quoi comme détail identique ? demanda Inès.
— Je propose une petite étoile sur le côté, répondit Maïssa. Comme une marque secrète.
— Team étoile, approuva Zoé.
Pendant qu'elles peignaient, la conversation roulait doucement.
— Tu vas la garder, ta couronne, même après aujourd'hui ? demanda Inès à Camille.
— Oui, répondit-elle. Peut-être pas sur ma tête tout le temps, mais… quelque part, dans ma chambre.
Comme un rappel que je peux partager et quand même rester moi.
Zoé leva son pinceau.
— Et nous, on viendra parfois la remettre sur ta tête de force.
— Même quand j'aurai vingt ans ? plaisanta Camille.
— Surtout quand tu auras vingt ans, dit Maïssa.
Elles rirent toutes les quatre, les doigts tachés de peinture, la table couverte de gouttes de couleur.
Quand elles eurent fini, chacune avait une couronne unique.
Zoé avait dessiné des éclairs et des chats.
Inès avait ajouté des bulles de BD avec des petits mots.
Maïssa avait peint des formes géométriques élégantes.
Camille, elle, avait choisi un bleu profond, presque comme son chapeau, avec une bordure jaune et une petite étoile discrète sur le côté.
— On dirait vraiment une équipe, murmura Inès.
— Une équipe qui brille, compléta Zoé.
Camille posa sa couronne fraîchement peinte à côté de son chapeau.
Elle se sentait à la fois couronnée et entourée.
C'était une sensation nouvelle, mais qui lui plaisait.
Chapitre 6 – La banderole qui brille encore
La fin de l'après-midi arriva plus vite que prévu.
Entre le gâteau, les couronnes peintes, les jeux et un mini concours de chorégraphies improvisées dans le couloir, les heures avaient filé.
Le soleil commençait déjà à baisser derrière les immeubles, et une lumière orangée entrait par les fenêtres du salon.
Les sacs étaient prêts, les vestes enfilées. Zoé vérifiait qu'elle n'avait rien oublié, Maïssa rangeait ses pots de peinture dans son sac, Inès remettait sa casquette à l'endroit.
Camille se tenait près de la porte, son chapeau bleu nuit bien enfoncé sur sa tête, son pendentif-livre contre son pull, et sa couronne peinte posée sur une étagère, bien en vue.
— Merci pour cette journée, dit Inès en la prenant dans ses bras, un peu maladroitement.
C'était… vraiment cool.
— Et pas que parce qu'il y avait du gâteau, ajouta Zoé, même si ça compte énormément.
— Merci à vous, répondit Camille, sincèrement.
Je crois que c'est le premier anniversaire où je ne me sens pas… observée, mais plutôt entourée.
— C'est parce qu'on portait toutes quelque chose sur la tête, expliqua Maïssa avec un sourire. Du coup, on partageait le regard.
Zoé hocha la tête.
— Et puis, avec ta couronne à partager, on a toutes eu notre moment. C'était malin, ça.
Camille haussa les épaules.
— J'avais juste peur que ce soit trop de lumière sur moi. Alors… j'ai préféré la répartir.
Inès sourit.
— Parfois, partager ce qu'on te donne, ça le rend encore plus grand.
— Et plus beau, ajouta Maïssa.
Zoé ouvrit la porte, puis se tourna une dernière fois vers le salon.
— Hé, regardez la banderole.
Elles se retournèrent toutes les quatre.
La banderole « BON ANNIVERSAIRE CAMILLE » pendait toujours au-dessus du canapé. Mais, avec le soleil qui se couchait, quelque chose d'étrange arrivait : les lettres dorées semblaient briller plus fort qu'au début, comme si elles réfléchissaient toute la lumière orangée du soir.
Les petites étoiles argentées scintillaient doucement.
— On dirait qu'elle brille encore plus qu'au matin, chuchota Inès.
— Normal, dit Zoé. Elle a absorbé tous nos rires et nos blagues. Elle est rechargée à fond.
— C'est un peu comme nous, non ? proposa Maïssa.
On est toutes un peu plus… lumineuses qu'en arrivant.
Camille regarda longtemps la banderole.
Elle repensa à son vœu, aux cadeaux, aux couronnes, à la dispute de règles vite réglée, aux parts de gâteau partagées équitablement.
Elle posa une main sur son pendentif-livre et serra doucement.
— Je crois que je vais garder cette banderole un moment, déclara-t-elle. Même quand mon anniversaire sera passé.
— Tu vas laisser “Bon anniversaire Camille” dans ton salon pendant six mois ? se moqua gentiment Zoé.
— Peut-être pas six mois… mais quelques jours, au moins, répondit Camille. Juste pour me souvenir que cette journée existe encore un peu, même quand elle est finie.
Sa mère, qui écoutait depuis la cuisine, intervint doucement :
— Les meilleures journées ne finissent jamais complètement, tu sais. Elles restent dans ce qu'on se raconte… et dans ce qu'on partage après.
Camille sourit.
— Alors on se le racontera, mon anniversaire partagé ?
— Obligé, dit Inès. À l'école, dès lundi.
— Et on remettra nos couronnes en secret, proposa Zoé. Pendant le cours de maths. Mission infiltration.
Maïssa éclata de rire.
— Pas sûr que la prof apprécie autant que nous.
— On s'en fiche, dit Zoé. On sera des reines discrètes.
Camille les raccompagna jusqu'à la porte de l'immeuble. Elles descendirent les marches en se chamaillant gentiment, en promettant de s'envoyer des messages plus tard.
Quand elle remonta, le silence lui parut doux, pas vide.
Dans le salon, la lumière avait baissé encore, mais la banderole brillait toujours un peu, récupérant les derniers reflets du jour.
Camille alla chercher sa couronne bleue et jaune, celle qu'elle avait peinte elle-même. Elle la posa sur sa tête, par-dessus son chapeau.
Ça faisait un drôle d'équilibre, un peu lourd, un peu bancal.
Mais elle se regarda dans la vitre de la fenêtre et se trouva… presque à sa place.
— Majesté Camille, murmura-t-elle pour elle-même, reine posée d'une journée à partager.
Elle ôta la couronne et la posa doucement sur une étagère, juste sous la banderole.
Les lettres dorées scintillèrent une dernière fois, comme pour lui dire au revoir.
Mais, même quand le soleil disparut complètement, dans le reflet de la fenêtre, on aurait presque juré que la banderole brillait encore.
Un tout petit peu.
Juste assez pour lui rappeler que, quelque part, leurs rires, leurs couronnes et leurs secrets continuaient à exister ensemble, bien au chaud, dans cette journée d'anniversaire qu'elles avaient toutes, vraiment, partagé.