Chapitre 1 : Le réveil qui chatouille
Ce matin-là, Léo ouvrit un œil, puis l'autre, puis… son sourire tout entier. Dans sa chambre, une guirlande en papier brillait comme un petit soleil accroché au mur. Sur la porte, un dessin disait : JOYEUX ANNIVERSAIRE !
Léo se redressa d'un bond. Enfin… d'un demi-bond, parce qu'il attrapa sa couverture au passage et se retrouva avec un coin de tissu sur la tête.
« Je suis un fantôme d'anniversaire ! » marmonna-t-il, la voix étouffée.
On frappa. Sa maman passa la tête.
« Bonjour, Monsieur le Fantôme. Sept ans… et une mèche en bataille ! »
« Huit ! » corrigea Léo en riant. « Aujourd'hui, j'ai huit ans. Huit, comme… comme deux bonshommes de neige collés. »
Sa maman lui déposa un baiser parfumé au chocolat.
« On a une journée magique à préparer. Prêt ? »
Léo hocha la tête, puis son regard s'accrocha à quelque chose d'invisible, comme une pensée qui glisse.
« Maman… j'ai peur d'oublier quelque chose. »
« Quoi donc ? »
Léo fit un geste large, comme s'il voulait attraper tout l'air de la chambre.
« Je sais pas… tout ! Les invitations, le gâteau, les jeux, les verres, les cadeaux, les “bonjour”, les “merci”… Et si j'oublie de dire “bienvenue” ? Et si j'oublie de sourire ? »
Sa maman s'assit au bord du lit.
« On ne peut pas oublier de sourire, ça revient tout seul. Et pour le reste… tu n'es pas tout seul. Ta bande arrive tout à l'heure, non ? »
Léo pensa à ses trois meilleurs copains : Nino, Sam et Jules. Quatre garçons, quatre idées à la seconde, et parfois… quatre bêtises aussi, mais jamais méchantes.
Il enfila son tee-shirt bleu avec un éclair jaune. Un tee-shirt “super anniversaire”, selon lui. Puis il attrapa un carnet à spirale et un crayon.
« Je vais faire une Liste Anti-Oubli. Une L.A.O. »
« La L.A.O. de Léo », approuva sa maman. « Très ingénieux, mon grand. »
Léo écrivit en grosses lettres :
1. Dire bonjour
2. Dire merci
3. Le gâteau
4. Les jeux
5. Les verres
Il relut, sérieux comme un petit chef.
« Voilà. Si je suis perdu, je regarde la liste. »
Dans le salon, son papa accrochait des ballons. Un ballon s'échappa et alla se coincer derrière le rideau.
« Papa ! Il s'enfuit ! » s'écria Léo.
Son papa haussa les épaules avec un air amusé.
« Il a juste envie d'explorer. Comme toi. »
Léo souffla, rassuré. Peut-être que les choses pouvaient bouger un peu, sans que tout soit raté.
Sur la table, une boîte attendait. Elle était décorée d'étoiles.
« C'est pour plus tard », dit sa maman, en posant un doigt sur ses lèvres. « Surprise. »
Léo sentit son cœur faire un petit “boum” de fête. Mais sa tête, elle, continuait à chuchoter : N'oublie rien, n'oublie rien…
Chapitre 2 : La bande des quatre et la liste qui grandit
La sonnette tintinnabula, comme si elle aussi faisait la fête.
« Ils sont là ! » cria Léo.
Nino entra le premier, avec une casquette rouge de travers et un sourire encore plus de travers.
« Joyeux huit ans, Léo ! Tu as grandi ou c'est juste tes chaussettes qui sont plus hautes ? »
Derrière lui, Sam arrivait en trottinant, un sac à dos plein de mystères.
« J'ai apporté des cartes pour un jeu, au cas où. »
Et Jules passa le seuil, tranquille, avec son fauteuil roulant brillant comme une voiture de course. Il leva les mains en l'air.
« Attention, j'arrive, moteur turbo ! »
Léo éclata de rire.
« Jules, ton turbo fait “bip bip” ? »
« Oui, et quand il est content, il fait “biiip biiip biiip !” »
Ils se retrouvèrent tous les quatre dans le salon, au milieu des ballons. Léo sortit son carnet.
« J'ai une L.A.O. »
Nino plissa les yeux.
« Une… Léo-…? »
« Liste Anti-Oubli », expliqua Léo, fier. « Parce que j'ai peur d'oublier quelque chose aujourd'hui. »
Sam hocha la tête, très sérieux, comme un savant.
« Bonne idée. On peut t'aider. »
Jules fit tourner doucement ses roues.
« Moi, je suis champion du “ne pas oublier”. Enfin… sauf mon goûter, une fois. Mais c'était un goûter très discret. »
Nino éclata de rire.
« Le goûter caché ! »
Léo sourit, puis montra sa liste.
« D'abord, dire bonjour. »
Les trois copains se regardèrent, puis dirent ensemble, très fort :
« BONJOUR ! »
Le chien de la famille, Pistache, sursauta et aboya une fois, comme pour ajouter :
« Wouf-jour ! »
Tout le monde rit. Léo se sentit plus léger.
« Ensuite, dire merci. »
Nino attrapa un ballon et le tendit à Léo comme s'il offrait un trésor.
« Tiens, cadeau. »
Léo prit le ballon, un peu surpris.
« Merci, Nino. »
« De rien. C'était un ballon de passage », dit Nino, très fier de sa blague.
Sam ouvrit son sac et en sortit une petite boîte de crayons pailletés.
« Pour dessiner des plans de fête. »
« Merci, Sam. »
Jules, lui, sortit une petite carte pliée, avec une étoile dessus.
« Pour toi. Tu l'ouvriras quand tu voudras. Mais pas maintenant si tu as peur d'oublier. »
Léo serra la carte contre lui.
« Merci, Jules. »
Sa maman arriva avec un plateau de jus de fruits. Elle sourit en voyant la bande.
« Vous êtes prêts pour la mission anniversaire ? »
« Mission ! » répétèrent-ils, comme une équipe de super-héros.
Léo leva son carnet.
« Il faut préparer les jeux. Et le gâteau. Et les verres. »
Sam se redressa.
« On peut faire des postes : moi, je m'occupe des jeux. Nino, tu aides pour la déco. Jules, tu fais… la musique ? »
Jules haussa les sourcils.
« Je peux faire la musique avec ma bouche. “Pouet pouet” et “tam tam” ! »
Nino posa une main sur son cœur.
« Je suis né pour accrocher des ballons. C'est mon destin. »
Léo riait, mais sa tête chuchotait encore un peu. Alors il ajouta sur sa liste :
6. Respirer
« Voilà », dit-il. « Si j'oublie, je lis : respirer. »
Jules approuva.
« Excellente idée. Respire, et après… tu respires encore. Ça marche souvent. »
Ils se mirent au travail. Sam préparait un jeu de chasse aux indices dans le couloir, en collant des petits papiers avec des devinettes faciles. Nino gonflait des ballons, mais l'un d'eux fit “pouic” et se transforma en crêpe triste.
« Oh non… j'ai cassé un ballon », se lamenta-t-il, les yeux ronds.
Léo regarda le ballon raplapla et haussa les épaules.
« C'est pas grave. On va l'utiliser autrement. »
« Comment ? » demanda Sam.
Léo eut une idée.
« On en fera une petite langue de grenouille pour Pistache. »
Ils posèrent le ballon sur le museau du chien. Pistache éternua et secoua la tête, très vexé… puis il remua la queue, parce que tout le monde riait gentiment.
« Respect, Pistache », dit Léo en s'agenouillant pour caresser le chien. « On rigole, mais on te fait pas peur. »
Pistache lécha sa main, comme pour dire : D'accord.
Léo sentit quelque chose d'important dans sa poitrine : on pouvait s'amuser tout en faisant attention aux autres.
Chapitre 3 : Le mystère du gâteau et les petits “oups”
Dans la cuisine, une odeur de vanille dansait comme une chanson. Le papa de Léo mélangeait une crème, la langue légèrement sortie, concentré.
« Le gâteau est en route, chef ! » annonça-t-il.
Léo s'approcha avec ses copains. Sur le plan de travail, il y avait des fraises, du chocolat, et un grand bol.
« Est-ce que je peux aider ? » demanda Léo.
Son papa lui tendit une cuillère.
« Tu peux goûter pour vérifier si c'est… euh… délicieux. C'est une mission très sérieuse. »
Nino leva la main.
« Moi aussi je veux une mission sérieuse. »
Sam protesta.
« Si tout le monde goûte, il ne restera plus de crème. »
Jules prit un air très sage.
« On peut goûter… avec respect. Une petite goûte, pas une grosse avale. »
Ils se mirent d'accord : une mini-lichette chacun. Léo nota sur son carnet :
7. Partager (même la crème)
Tout allait bien, jusqu'au moment où Léo chercha les bougies. Il fouilla un tiroir, puis un autre. Rien.
Son cœur fit un petit saut.
« Les bougies ! Je les ai oubliées ?! »
La peur arriva, comme une petite pluie froide, mais elle ne resta pas longtemps. Sa maman entra avec un sourire.
« Tu cherches ça ? »
Elle brandissait une boîte de bougies multicolores.
Léo souffla fort.
« Ouf… j'ai eu peur. »
« C'est normal », dit sa maman. « Quand on aime que tout soit parfait, on s'inquiète. Mais regarde : on est là. Et les bougies aussi. »
Jules roula doucement près de Léo.
« Et si on les oubliait, on aurait soufflé sur… une cuillère. Ça marche aussi, non ? »
Nino éclata de rire.
« Souffler sur une cuillère ! “Je fais un vœu pour que ma soupe soit froide !” »
La cuisine redevint chaude et joyeuse.
Puis ce fut au tour de Sam de froncer les sourcils.
« J'ai mis les indices de la chasse… mais j'ai oublié le dernier. Celui qui dit où est le trésor. »
Sam avait l'air vraiment embêté, comme si sa tête s'était emmêlée.
Léo posa une main sur son épaule.
« On va le faire ensemble. Et on va écrire gentiment, pour que tout le monde comprenne. »
Ils s'assirent autour de la table. Léo proposa une phrase simple, Sam la recopia en lettres bien rondes, Nino ajouta un petit dessin de coffre, et Jules choisit l'endroit parfait pour cacher le trésor : près de la bibliothèque, là où les livres faisaient une cabane.
« Comme ça, on respecte les affaires de tout le monde », dit Jules. « On ne cache pas dans les chambres, ni dans les sacs. »
« Bonne règle », approuva Léo.
Le papa de Léo déposa le gâteau sur une assiette. Il était beau, avec des fraises comme des rubis. Léo eut envie d'applaudir.
« Il manque juste… » murmura-t-il en regardant sa liste.
Les verres.
Il écrivit en gros :
8. Aligner les verres (fin parfaite)
Et il se dit : Voilà, je sais comment terminer. Ça le rassura, comme une couverture douce.
Chapitre 4 : Les surprises qui brillent et les verres alignés
L'après-midi passa avec des rires, des jeux, et quelques “oups” gentils. Pendant la chasse aux indices, Nino lut une devinette à l'envers et envoya tout le monde… vers la salle de bain.
« Le trésor est dans la baignoire ! » cria-t-il.
« Nino… c'est écrit “bibliothèque” », corrigea Sam en riant.
Nino haussa les épaules.
« La baignoire aussi, c'est une bibliothèque… pour canards. »
Ils trouvèrent le coffre près des livres : dedans, des autocollants, des petites billes, et des bracelets en tissu. Léo s'assura que chacun en ait un.
« On partage. Et on dit merci », rappela-t-il.
« Merci, capitaine L.A.O. », dit Jules en lui donnant un petit coup d'épaule.
Quand arriva le moment du gâteau, la famille et les copains se rassemblèrent autour de la table. Les bougies furent plantées, droites comme des mini-tours. Huit bougies, huit couleurs.
Léo prit une grande inspiration. Il regarda sa bande, puis ses parents. Son cœur battait fort, mais cette fois, c'était une joie qui tambourinait.
Sa maman posa la fameuse boîte décorée d'étoiles devant lui.
« Maintenant, tu peux ouvrir la surprise. »
Léo ouvrit doucement. À l'intérieur, il y avait… un petit sablier et un stylo, avec une étiquette : “Pour tes idées”.
Son papa expliqua :
« Quand tu as peur d'oublier, tu peux retourner le sablier. Pendant que le sable descend, tu respires. Et tu écris ta liste si tu veux. »
Léo serra le cadeau contre lui.
« C'est… parfait. Merci. »
Ses copains dirent ensemble :
« Joyeux anniversaire ! »
Ils chantèrent, un peu fort, un peu faux, mais avec beaucoup de cœur. Pistache tenta un “wouf” au milieu, comme un chanteur surprise.
Léo souffla les bougies. Elles s'éteignirent d'un coup, comme si elles obéissaient à son vœu.
Puis, avant de couper le gâteau, Léo se leva.
« Attendez… j'ai la dernière chose sur ma liste. »
Nino chuchota :
« Respirer ? »
« Non. La fin parfaite. »
Léo attrapa un plateau de verres avec l'aide de sa maman. Sam en prit un autre, Jules guida le passage avec soin, et Nino, très concentré, porta une carafe comme si c'était une couronne.
Ils posèrent les verres sur la table.
« Alignez-les ! » ordonna Nino, en rigolant. « Attention, inspection ! »
Léo fit glisser les verres doucement, un par un, jusqu'à ce qu'ils soient en ligne, bien droits, comme une petite parade de cristal.
Jules commenta :
« On dirait des soldats… mais des soldats gentils, qui gardent du jus de pomme. »
Sam ajouta :
« Et ils respectent l'espace de chacun : pas de verre qui pousse l'autre. »
Nino prit une voix de présentateur :
« Mesdames et messieurs, voici la grande finale : les verres alignés ! »
Tout le monde applaudit, même Pistache, qui tapa une patte sur le sol.
Léo regarda la table : les verres en rang, le gâteau, les sourires, ses copains tout près. Il sentit que sa peur d'oublier s'était transformée en autre chose : une confiance douce.
« Finalement », murmura-t-il, « même si j'oublie un tout petit truc… on le retrouve ensemble. »
Sa maman lui caressa les cheveux.
« Exactement. Et tu sais quoi ? Tu n'as pas oublié le plus important. »
Léo leva les yeux.
« Quoi ? »
« De fêter ça avec respect, avec joie, et avec ceux que tu aimes. »
Léo sourit, et cette fois, il n'eut pas besoin de sa liste pour s'en souvenir.