Début : Le coin lecture et la mission du coussin
Dans la classe, il y avait un coin lecture tout doux. Un tapis bleu comme une petite mer, deux poufs ronds, une lampe qui faisait une lumière jaune comme du miel, et une étagère pleine de livres qui sentaient le papier et l'aventure.
Lila et Inès avaient 6 ans. Elles aimaient ce coin plus que tout.
Lila était très pragmatique. Quand il y avait un problème, elle plissait un peu le nez, elle regardait autour d'elle, et elle disait :
« D'accord. On fait simple. On partage les tâches. »
Inès, elle, avait toujours des idées rigolotes. Parfois trop. Souvent trop. Et c'était parfait.
Ce matin-là, elles s'installèrent sur les poufs. Inès ouvrit un livre avec un dragon sur la couverture.
« Le dragon a une chaussette perdue ! » chuchota-t-elle, déjà pliée de rire.
Lila regarda la couverture sérieusement.
« Ce dragon a l'air… organisé. »
Elles n'eurent même pas le temps de lire une page.
CRAC.
Un bruit de branche qui casse.
Le gros coussin en forme d'étoile, celui sur lequel tout le monde faisait la sieste, s'affaissa d'un coup, comme une crêpe triste.
« Oh non… » souffla Inès. « Il a fondu. »
Lila posa la main sur l'étoile.
« Il n'a pas fondu. Il s'est… dégonflé. C'est la couture. Regarde. »
Une petite ouverture montrait un bout de mousse qui voulait s'échapper.
La mousse sortait doucement, comme si elle était très polie.
« Bonjour, je passe juste la tête, merci, au revoir, » murmura Inès à la mousse.
Lila se leva.
« Mission : sauver le coussin étoile. Si on ne le répare pas, ce soir, personne ne pourra s'asseoir confortablement. »
Inès hocha la tête très fort.
« Et le coin lecture deviendra le coin… piquant ! »
Lila réfléchit. Puis elle annonça, comme une cheffe de chantier très calme :
« On fait un plan. Je répartis les tâches. »
Inès leva la main, très sérieuse.
« Je peux être responsable de… rigoler ? »
« Tu peux être responsable de trouver ce qu'il faut, » répondit Lila. « Et moi, je garde la couture bien fermée. »
Inès fit une petite révérence.
« Madame la responsable des choses qu'il faut est prête. »
Elles regardèrent autour d'elles. Dans le coin lecture, il y avait : des livres, un panier de marque-pages, des coussins, une couverture à pois, et une boîte d'objets pour bricoler, avec du scotch, de la ficelle, et des trombones.
Lila soupira, mais avec courage.
« D'accord. On va y arriver. On est deux. Et on a un coussin qui compte sur nous. »
Inès caressa l'étoile.
« Ne t'inquiète pas, petite étoile. On va te recoudre la bouche. »
Lila pinça les lèvres, puis sourit.
« Ce n'est pas une bouche. »
Inès chuchota :
« Chut. Laisse-le croire qu'on parle son langage d'étoile. »
Milieu : La chasse au “fil-magique” et les quiproquos
Lila s'assit près du coussin. Elle appuya doucement sur l'ouverture pour empêcher la mousse de sortir.
« Je tiens. Toi, tu cherches un fil. Un vrai. Pas un fil… de spaghetti. »
Inès cligna des yeux.
« D'accord. Pas de spaghetti. Dommage. »
Inès fouilla dans la boîte. Elle sortit un rouleau de scotch.
« Fil plat ! »
Lila fit non de la tête.
« Pas scotch. Ça colle les doigts. Et après, tout colle : le livre, le tapis, les cheveux… »
Inès regarda ses cheveux.
« Mes cheveux ne sont pas collables. Ils sont… sauvages. »
« Justement, » dit Lila.
Inès sortit une ficelle.
« Fil très gros ! »
Lila observa.
« Trop gros. On dirait une corde pour tirer un bateau. »
Inès plissa les yeux comme une détective.
« D'accord. Il nous faut du fil moyen. Le fil qui dit : “Bonjour, je suis parfait”. »
Elle se mit à marcher dans le coin lecture, les mains derrière le dos.
« Où te caches-tu, fil parfait ? »
Elle regarda sous les poufs.
« Rien, » annonça-t-elle. « Juste une poussière qui fait la sieste. »
Elle regarda derrière l'étagère.
« Rien. Juste un livre qui chuchote “lis-moi”. »
Elle regarda dans le panier de marque-pages.
« Oh ! Des marque-pages en forme de chat ! Ça peut coudre ? »
Lila leva un sourcil.
« Non. Ça peut… marquer une page. »
Inès posa un marque-page sur sa tête comme une couronne.
« Alors je suis la reine des pages. »
« Très bien, » dit Lila, « mais la reine des pages doit trouver du fil. »
Inès continua. Puis elle poussa un petit cri de victoire :
« Aha ! Une boîte ! »
C'était une petite boîte en métal, décorée avec des fleurs. Elle la secoua.
Ça faisait : clink clink clink.
« On dirait des trésors ! » souffla Inès.
Elle l'ouvrit.
À l'intérieur, il y avait : deux aiguilles rangées dans un petit tube, un dé à coudre, et… une bobine de fil bleu.
Inès leva la bobine au-dessus de sa tête comme un trophée.
« Fil parfait ! Il est bleu comme le tapis ! C'est un signe ! »
Lila sourit.
« Bravo. Tu vois ? Tu sais faire. »
Inès gonfla la poitrine.
« Je savais. J'ai une confiance en moi… immense. Comme un coussin étoile. »
Elles se mirent au travail.
Lila dit :
« D'accord, on fait simple. Moi je tiens le coussin. Toi tu passes le fil. »
Inès regarda l'aiguille. Elle devint tout de suite très silencieuse.
« Elle est… pointue. »
« Oui, » dit Lila. « On fait doucement. »
Inès essaya d'enfiler le fil.
Le fil ne voulait pas.
Il glissait.
Il se tortillait.
Il faisait le malin.
Inès souffla :
« Ce fil est un spaghetti, en fait. Il ment. »
Lila, sans lâcher le coussin, proposa :
« On coupe un petit bout, et on mouille la pointe. Comme ça, ça rentre. »
Inès ouvrit grand les yeux.
« Tu sais tout ! »
« Je ne sais pas tout, » dit Lila. « Je sais juste… des trucs pratiques. »
Inès coupa un bout. Elle fit une mini grimace et mouilla la pointe.
« Beurk. Goût de fil. »
Puis, miracle : le fil entra dans le trou.
Inès cria très doucement, pour ne pas faire peur à l'aiguille :
« Ouiii ! Je suis une championne du trou minuscule ! »
Lila rit.
« Ça s'appelle enfiler. »
Inès hocha la tête.
« Je suis une championne de l'enfilage. »
Elles commencèrent à coudre.
Point par point.
Doucement.
Lila guidait.
« Là. Encore. Serre un peu. Pas trop. Voilà. »
Inès répétait, concentrée :
« Là. Encore. Serre un peu. Pas trop. Voilà. »
Au bout de quelques points, Inès s'arrêta.
« Lila… je crois que j'ai cousu… ma manche. »
Lila regarda.
En effet, un petit point reliait la manche d'Inès au coussin étoile.
Un silence.
Puis Inès dit, très sérieuse :
« Je suis devenue… une comète. Une comète cousue. »
Lila pinça les lèvres. Ses yeux brillaient.
« Ne bouge pas. On va défaire. Simplement. »
Inès essaya de rester immobile. Mais elle gigotait un peu, parce que c'était très drôle d'être collée à une étoile.
« Je peux faire “vroum” ? »
« Pas de “vroum”, » répondit Lila, en retenant un rire. « Sinon, on fait un nœud géant. »
Lila défit le point.
Inès libéra sa manche et souffla, comme si elle sortait d'une aventure incroyable :
« Je suis libre ! Merci, docteure du coussin ! »
« Je ne suis pas docteure, » dit Lila.
« Pour moi, tu l'es, » déclara Inès.
Elles reprirent.
Cette fois, Inès fit attention. Vraiment attention.
Elle tirait le fil avec soin.
Elle posait l'aiguille comme un objet précieux.
Elle comptait même les points à voix basse.
« Un point, deux points, trois points… »
À “huit points”, le fil fit une boucle énorme et tomba sur le tapis comme un serpent fatigué.
Inès poussa un petit cri.
« Le fil devient un ver de terre ! »
Lila rit.
« Pas de panique. On respire. On démêle. »
Elles démêlèrent ensemble.
Lila tenait la bobine.
Inès suivait la boucle.
Elles tournaient, elles tournaient, et à un moment, elles tournèrent trop.
Inès se retrouva avec la bobine autour du poignet.
Lila avait un petit cercle de fil autour du nez, comme une moustache.
Inès cligna des yeux.
Puis elle chuchota :
« Lila… tu as une moustache de fil. »
Lila se figea.
« Quoi ? »
Inès éclata de rire.
« Une moustache ! Une moustache ! »
Lila toucha son nez. Elle sentit le fil. Elle essaya de rester sérieuse, mais sa bouche trembla.
« D'accord. C'est… drôle. »
Inès riait tellement qu'elle s'assit par terre.
« Tu es… Monsieur Lila ! Bonjour Monsieur Lila ! »
Lila enleva la moustache de fil et, cette fois, elle rit vraiment.
Un rire clair, comme une petite clochette.
« Bon. Monsieur Lila dit : on termine la couture. »
Inès essuya ses yeux.
« Oui, Monsieur. Je suis prête. »
Elles finirent les derniers points. Lila fit un nœud solide, comme elle avait déjà vu faire.
Inès tapa dans ses mains, mais pas trop fort.
« On a réparé l'étoile ! Elle ne bave plus de mousse ! »
Lila appuya doucement sur le coussin.
Il tenait.
Il gonflait.
Il redevenait dodu, comme un petit nuage.
Inès posa sa joue dessus.
« Oooooh. C'est moelleux comme un câlin. »
Lila s'assit à côté.
« On a réussi parce qu'on a fait simple. Et parce qu'on l'a fait ensemble. »
Inès hocha la tête.
« Et parce que tu fais de bonnes moustaches. »
Fin : La surprise du coin lecture et le grand fou rire
Pour fêter la réparation, Inès eut une idée.
Une idée d'Inès, donc une idée avec un petit bout de folie.
« Et si on faisait une surprise au coin lecture ? »
Lila demanda :
« Une surprise… simple ? »
Inès réfléchit très fort.
« Oui. Simple. Promis. »
Elles décidèrent de ranger et d'embellir un peu le coin.
Lila repartit les tâches, avec sa voix tranquille :
« D'accord. Moi, je remets les livres bien droits et je plie la couverture à pois. Toi, tu poses le coussin étoile au milieu et tu choisis trois livres à montrer. Les plus drôles. »
Inès salua.
« Mission “drôlerie” acceptée ! »
Lila rangea les livres. Elle les aligna. Elle vérifia que les couvertures étaient visibles.
Inès choisit trois livres : un sur un lapin qui perd sa carotte, un sur une girafe qui a le hoquet, et celui du dragon à chaussette.
« Les livres rigolos, c'est important, » dit-elle. « Ça donne confiance. On peut rire, même quand on a un hoquet de girafe. »
Lila plaça la couverture à pois sur le pouf.
« Tu as raison. Et aujourd'hui, tu as eu confiance pour coudre. Même après la manche cousue. »
Inès rougit un peu.
« Je croyais que j'allais rater. Mais tu as dit “on respire”. Alors j'ai respiré. Et après, j'ai réussi. »
Lila sourit.
« Tu vois ? Tu peux. »
Inès posa le coussin étoile au centre, comme une vraie star.
Puis elle eut une dernière petite idée “simple”.
Elle chuchota :
« On met un petit mot dessus. Pour que les autres sachent. »
Lila approuva.
« D'accord. Un mot court. »
Inès prit un petit papier et un feutre.
Elle écrivit, très appliquée, avec des lettres un peu rondes :
“Coussin réparé par Lila et Inès. Merci de lui faire des câlins doux.”
Lila ajouta en dessous, plus petit :
“On peut y arriver. Ensemble.”
Elles reculèrent pour regarder.
Le coin lecture avait l'air encore plus accueillant. Tout était prêt.
À ce moment-là, la maîtresse passa la tête.
« Oh ! Comme c'est joli ici ! »
Derrière elle, deux enfants arrivèrent en courant… et se stoppèrent net, en voyant le coussin étoile.
« Oooooh ! » firent-ils.
Inès se mit sur la pointe des pieds.
« C'est notre coussin. Enfin… c'est le coussin de tout le monde. Mais on l'a sauvé. »
Lila précisa, calme :
« Il s'était ouvert. On l'a recousu. »
Les enfants s'assirent doucement autour. Quelqu'un lut le petit mot.
« Merci de lui faire des câlins doux ! » récita une voix.
Et là… un petit silence drôle arriva.
Parce que tout le monde regardait le coussin étoile comme s'il allait répondre.
Inès, incapable de tenir, posa sa main sur le coussin et dit avec une voix très grave :
« Je suis l'étoile. Je demande… des câlins. »
Lila ouvrit de grands yeux.
« Inès… »
Mais Lila souriait déjà.
Un enfant répondit, très sérieux :
« D'accord, Étoile. »
Et il fit un mini câlin au coussin.
Inès reprit, encore plus grave :
« Et je demande… qu'on me lise une histoire de dragon avec chaussette. »
Quelqu'un prit le livre du dragon.
Lila tenta de garder son ton pragmatique.
« Bon. Tout le monde s'installe. On lit. Et on ne saute pas sur l'étoile. Elle a besoin de repos. »
Inès chuchota à l'étoile :
« Tu entends ? Tu as un docteur. »
Lila donna un petit coup d'œil à Inès, et elles se comprirent.
Elles avaient réussi leur mission.
Elles étaient fières.
Elles étaient ensemble.
Et ça, ça donnait une chaleur dans le ventre, comme un chocolat tiède.
La maîtresse commença à lire.
La voix était douce.
Le coin lecture devint calme.
Mais juste avant que l'histoire ne commence vraiment, Inès glissa encore un chuchotement au coussin, tout près de Lila :
« Monsieur Lila, votre moustache de fil me manque un peu. »
Lila chuchota, sans regarder Inès :
« Si tu reparles de la moustache, je te nomme responsable… des moustaches. Pour toujours. »
Inès étouffa un rire.
« Pour toujours ? Oh là là. C'est un grand métier. »
Lila essaya de rester sérieuse.
Elle tint deux secondes.
Trois secondes.
Puis elle imagina Inès avec une moustache de fil, un coussin étoile qui parle, un dragon avec une chaussette, et une girafe au hoquet qui fait “hic” sur le tapis bleu.
Et Lila éclata de rire.
Un rire qui secoua ses épaules.
Un rire qui fit rire Inès.
Un rire qui fit rire les autres, parce que c'était contagieux, comme une bulle qui rebondit.
Inès riait en murmurant :
« La moustache ! La moustache ! »
Lila riait en répondant :
« Responsable des moustaches ! »
Même la maîtresse sourit, en tournant la première page.
Tout le coin lecture se remplit de rires, puis de rires encore, puis d'un dernier grand éclat de rire collectif, rond et chaud, qui finit par s'apaiser comme une couverture qu'on replie doucement.
Et quand le calme revint, Lila posa sa main sur le coussin étoile.
Inès posa la sienne par-dessus.
Elles restèrent là, confiantes, complices, prêtes à lire, avec la certitude simple et joyeuse qu'ensemble, elles pouvaient réparer les petites aventures du quotidien… et en faire de grands fous rires.