La lumière perdue
Dans un royaumme caché par le brouillard, vivait une princesse appelée Églantine. Églantine avait le sens du devoir cousu à son cœur comme une étoile à la nuit. Chaque jour, elle se promenait sur les falaises où la mer chante et où le vent caresse les pierres. Elle protégeait le port, ce port où les bateaux dormaient, berçant les rêves des pêcheurs. Mais, un matin, l'aube ne vint pas. Le ciel resta noir et les oiseaux se turent. Les pêcheurs ne pouvaient plus sortir en mer, car la lumière du matin s'était envolée.
La princesse sentit le chagrin des gens. Elle promit, la main sur son cœur : « Je ramènerai l'aube, quoi qu'il arrive. » C'était sa mission, aussi douce qu'un rayon doré.
Le labyrinthe de buis et de roses
Pour trouver l'aube, on disait qu'il fallait traverser le labyrinthe de buis et de roses, de l'autre côté du château. Ce labyrinthe était magique, parfumé de mystères et de pétales mouillés de rosée. On murmurait qu'il changeait de forme quand le vent tournait.
Églantine s'y aventura, ses pas légers sur la mousse. Les haies de buis étaient hautes comme des tours. Les roses rouges et blanches grimpaient, entremêlées, dessinant des chemins secrets.
À chaque carrefour, elle se souvenait de sa promesse : « Je dois ramener l'aube au port. » Dans le labyrinthe, le silence était troublé seulement par le chant d'un merle et le froufrou des feuilles.
Soudain, Églantine croisa un homme étrange. Il portait une palette de mille couleurs à la main et peignait des enseignes lumineuses qu'il accrochait dans les branches. C'était Maître Lucien, le peintre d'enseignes. Il illuminait les chemins pour que ceux qui se perdaient puissent retrouver leur route.
Le peintre regarda la princesse avec douceur. Il lui offrit un petit pinceau doré : « Ce pinceau montre le chemin de la vérité. Mais attention, il ne marche que pour les cœurs honnêtes. »
Églantine accepta le pinceau, remercia Maître Lucien, puis s'enfonça plus loin dans le labyrinthe, guidée par une lumière dorée qui brillait, parfois, quand elle pensait à sa mission.
Le cœur du labyrinthe
La princesse arriva devant une grande porte de ronces. Elle semblait fermée à jamais. Les roses, comme des gardiennes endormies, refermaient le passage. Mais Églantine n'hésita pas. Elle parla doucement, d'une voix que seul le vent pouvait entendre : « Je suis venue pour l'aube. Je ne mens pas. »
Le pinceau dans sa main vibra, et la porte de ronces s'ouvrit en silence, laissant passer la princesse. Elle entra dans une clairière ronde comme la lune. Au centre, une petite sphère d'argent flottait dans l'air : c'était l'aube volée.
Près de la sphère, une créature aux yeux tristes attendait. C'était l'Esprit de la Nuit, tout vêtu d'ombres douces. Il expliqua, d'une voix comme un souffle : « J'ai pris l'aube car j'ai peur que les hommes oublient la beauté de la nuit. Je voulais qu'ils voient mes étoiles, mes rêves, mes secrets. »
Églantine, émue par sa tristesse, ne gronda pas. Elle parla doucement, son courage dans la voix et la bonté dans le regard : « La nuit est belle, mais le matin l'est aussi. Chacun doit avoir sa place. Je te promets que jamais je n'oublierai la nuit, ni ses merveilles. Mais le port a besoin de l'aube, et je dois la ramener. »
L'Esprit de la Nuit hésita. Mais il vit la sincérité dans les yeux de la princesse. Il voulut la croire, mais demanda : « J'aimerais un marché plus juste. Que chaque matin, avant l'aube, tu viennes saluer la nuit, pour la remercier de ses trésors. En échange, je te rends l'aube. »
Églantine accepta sans tarder. Le marché était honnête, et la promesse sincère. L'Esprit de la Nuit lui offrit la sphère d'argent.
Le retour de l'aube
Églantine ressortit du labyrinthe, la sphère serrée contre son cœur. Mais le chemin avait changé ! Elle se perdit dans les allées parfumées. Elle sentit l'inquiétude monter, comme un brouillard. Mais elle pensa à sa promesse et à la lumière du pinceau doré. Le pinceau s'illumina, traçant devant elle un sentier invisible.
Soudain, au détour d'un buisson, Maître Lucien apparut, tenant une enseigne où brillait un soleil peint. Il lui montra le chemin du retour, souriant de toutes ses dents. Grâce à lui, la princesse retrouva la sortie, portant l'aube comme un trésor.
Quand Églantine arriva au port, elle posa la sphère d'argent sur le haut du phare. Aussitôt, l'aube jaillit, dorée, chaude, enveloppant le port tout entier d'une douce lumière. Les bateaux dansèrent, les mouettes chantèrent, et les pêcheurs remercièrent la princesse, les yeux brillants d'émotion.
Le marché plus juste
Dès lors, chaque matin, avant que l'aube ne chasse la nuit, Églantine montait sur la falaise. Elle murmurait merci à la nuit pour ses étoiles et ses rêves, puis saluait le soleil naissant. Le port n'oublia jamais que la nuit et le jour sont précieux, et que tenir sa parole fait briller le cœur.
Et dans le royaume parfumé de buis et de roses, les enfants racontaient l'histoire de la princesse au cœur honnête, qui ramena l'aube grâce à son courage, sa bonté, et surtout, la force de son honnêteté.