Chapitre 1 — La sonnette à moitié collée
Une sonnette à moitié collée tintait devant la maison de Milo. À moitié collée, parce que quelqu'un avait essayé de la réparer avec du fromage fondu — une idée à moitié brillante, à moitié bizarre, et totalement suffisante pour lancer une journée imprévisible.
«Maman, la sonnette fait de la musique de pizza !» dit Milo en courant, les chaussettes dépareillées et le nez plein de curiosité. Milo avait huit ans, des cheveux qui ne voulaient pas rester sages et une imagination qui sautillait comme un petit cabri.
Sa maman sourit. «Peut-être qu'elle veut juste être invitée à goûter une part. Mais attention, elle pourrait réclamer du basilic.»
Milo posa sa main sur la sonnette. Elle vibra, poum-poum, puis fit “briiiik”, comme une trompette qui hésite. Soudain, un petit bus bleu apparut sur le trottoir, comme si le trottoir avait décidé de dessiner un bus en craie et que le dessin devint vrai. Le bus avait des rideaux à pois, une porte qui clignotait comme un sapin de Noël et, juste au-dessus, une pancarte où il était écrit : Bus des Questions.
«C'est nouveau?» demanda Milo. La sonnette fit “briiiik” encore une fois, d'accord, approbation fromagère.
Une voix douce sortit du bus. «Monter! On répond aux questions ici, même aux petites questions qui font des pirouettes la nuit.»
Milo sourit. Il aimait les réponses. Et surtout, il aimait poser la question qu'il avait gardée dans sa poche toute la matinée. Une question importante, simple et pressée, comme une grenouille qui veut sauter: «Pourquoi le ciel change de couleur quand je cligne des yeux?»
Le conducteur du bus, un chapeau melon et un sourire trop grand, lui fit un clin d'œil. «Hop, hop!»
Milo monta. Le bus sentait la craie fraîche, le citron et un peu de chocolat. Les sièges étaient en nuages fermes et les fenêtres montraient des choses qui clignotaient doucement, comme des pensées.
Chapitre 2 — Les passagers bizarro-heureux
À l'intérieur, il n'y avait pas que des passagers. Il y avait une grand-mère qui tricotait des écharpes pour les étoiles, un chat qui lisait le journal des oiseaux, et un pot de confiture qui parlait en rimes. Tout le monde souriait. Tout le monde avait une question à moitié oubliée.
«Bonjour, je m'appelle Milo», dit-il en s'asseyant. Sa voix sautillait, parce qu'il était à la fois content et un tout petit peu nerveux.
Le pot de confiture se racla la gorge. «Moi, j'aimerais savoir pourquoi les fraises rougissent quand on les regarde droit dans les yeux.» Tout le monde rit, doucement, comme on rit quand on trouve une devinette parfaite.
Le conducteur tapota son chapeau melon. «Le Bus des Questions ne repartira qu'après le grand arrêt des réponses. Prépare ta question, petit passager.»
Milo sentit sa question dans sa poche comme une petite bille chaude. Il l'avait préparée pour ce moment-là: facile, importante, un peu ronde. Il la sortit d'un geste sérieux. «Pourquoi le temps fait des zigzags quand on s'ennuie?» demanda-t-il.
La cabine se tut. Les rideaux à pois frissonnèrent. Le chat reposa son journal, intéressé.
«Bonne question!» s'exclama la grand-mère des étoiles. «Le temps fait des zigzags quand on s'ennuie parce qu'il essaie de danser pour attirer notre attention.»
«Mais comment on le fait danser proprement?» demanda Milo, les yeux grands comme des soucoupes.
Le conducteur sourit. «Avec des curiosités. Avec des petites choses qu'on compte: dix cailloux, huit pas de danse, trois mots gentils. Les zigzags s'apaisent quand tu donnes un spectacle de ton cœur.»
Milo n'était pas tout à fait convaincu mais l'idée lui plut. Il se leva, donna encore un coup d'œil à sa question, puis se rassit. Le bus continua. À l'extérieur, les arbres faisaient des efforts pour ne pas cligner des feuilles, et les nuages jouaient à cache-cache.
Chapitre 3 — La halte des réponses qui rigolent
Le bus s'arrêta dans un lieu qui ressemblait à un carrefour, mais où les panneaux se disputaient en rimes: «Tournez à gauche, sauf si vous savez chanter.» «Halte pour les chaussures fatiguées.» Milo descendit doucement. Une dame en robe de confettis annonça: «Ici, les réponses font la queue. Elles aiment prendre le thé.»
On leur servit des réponses dans des tasses, chacune avec une petite cuillère qui chantonnait. La première réponse était timide: «Le temps…» dit-elle en tremblant un peu, «…fait des zigzags quand on s'ennuie parce qu'il voudrait qu'on le regarde. Il n'aime pas être oublié, il aime qu'on lui raconte des blagues.»
La deuxième réponse, un peu plus ronde, ajouta: «Fais-lui une blague, Milo! Raconte-lui une blague sur une fourchette qui voulait être un parapluie.» La cuillère chantonna plus fort et le bus applaudit avec ses phares.
Milo raconta la blague la plus bête qu'il connaissait. Le temps ouvrit une fenêtre et laissa passer un petit rayon de soleil qui faisait des bulles. Les zigzags se firent moins pressés. Ils devinrent des petites vagues tranquilles comme quand on remue une tasse de chocolat chaud.
«Merci!» dit Milo. Il sentit sa question se calmer, comme si elle venait de boire un verre d'eau froide. Mais juste au moment où il pensait que c'était fini, une autre petite pensée lui chatouilla le cerveau.
Le pot de confiture bondit sur son siège. «Et pourquoi, alors, le ciel devient parfois tout rose quand tu clignes des yeux?»
Milo éclata de rire. «C'est justement ma question de ce matin!» Il l'avait posée comme une devinette à deux faces: pourquoi le ciel change de couleur quand je cligne des yeux?
Un oiseau passa, la tête pleine de gommettes, et répondit en volant en rond: «Parce que tes yeux sont des petites fenêtres qui aiment jouer aux couleurs. Quand tu clignes, ils prennent un instant pour admirer le monde et le peindre un peu à leur façon.»
«Et si je cligne très vite?» demanda Milo, prompt à tester. «Est-ce que le ciel devient un arc-en-ciel pressé?»
«Non,» dit le conducteur en riant, «il fait une ronde plus douce. Les couleurs prennent un souffle et disent bonjour.»
Chapitre 4 — Le retour tout doux
Le bus repartit, moins pressé que tout à l'heure, comme quand on sort d'un galop pour trotter. Milo se sentit léger, comme s'il avait mis ses questions dans une poche en laine où elles ne piquaient plus. Les passagers échangeaient des sourires qui semblent se transmettre comme des petites graines.
«Tu peux garder une partie de la réponse», dit la grand-mère des étoiles en lui donnant une pelote de fil bleu. «Quand tu seras triste, tricote un sourire rapide.»
Milo prit la pelote. Il sentit les mots qu'on lui avait donnés: danse pour le temps, raconte des blagues, cligne avec un soupçon de curiosité. C'était simple, comme un caramel qui fond doucement.
Dehors, la maison attendait, la sonnette à moitié collée qui sifflotait une chanson de pizza. Milo sauta du bus. «Merci!» cria-t-il. Le conducteur fit un petit salut, le chapeau melon fit un petit tour, et le bus, qui avait l'air d'avoir mangé trop de confiture, s'éloigna en laissant derrière lui un sillon de petits points lumineux.
Milo rentra chez lui, tenant la pelote bleue contre son cœur. Il sentit le rythme du monde devenir plus doux, comme si quelqu'un avait ralenti la musique juste assez pour entendre les clochettes.
Sa maman l'attendait à la porte. «Alors, il y avait de bonnes réponses?» demanda-t-elle en essuyant ses mains.
Milo hocha la tête. «Oui. Et j'ai appris que le temps aime qu'on lui raconte des blagues, que le ciel prend des couleurs quand on cligne parce que nos yeux sont des artistes, et que si on tricote des sourires, ils tiennent chaud.»
Sa maman sourit, et ils allèrent boire un chocolat chaud dont les guimauves chantaient doucement. Milo tricota un minuscule sourire en laine, pas grand-chose, juste assez pour se souvenir. Il posa le sourire sur son oreiller, le laissa respirer, puis ferma les yeux.
Avant de s'endormir, Milo pensa à la sonnette à moitié collée et au bus des Questions. Il pensa aux zigzags qui s'étaient transformés en vagues, aux réponses qui prenaient le thé, et à la couleur du ciel qui pouvait changer juste parce qu'on cligne d'un œil. Son cœur faisait une petite danse, calme et heureuse, et le monde sembla, pour une fois, prendre un long, doux soupir.
La nuit chuchota: fais des rêves qui posent des questions. Le matin, elle répondit en sourire.