Chapitre 1 — Le plan (presque) parfait d'Adèle
Adèle ouvrit un œil, puis l'autre, et attrapa aussitôt son carnet posé sur la table de nuit. Aujourd'hui, c'était la fête des mères. Pas question de se fier au hasard. Adèle était une fille organisée, très organisée. Elle avait même une liste de listes.
Elle sauta du lit, enfila ses chaussettes à rayures et posa son carnet sur la table de la cuisine, tout en murmurant :
« Liste numéro un : idées pour la fête des mères. »
Dans la maison, tout était encore silencieux. Papa devait dormir, et Maman aussi. Parfait pour les surprises. Adèle relut sa liste, une moue concentrée sur le visage :
— Petit-déjeuner au lit.
— Un dessin spécial.
— Un cadeau fait main.
— Un mot doux.
Elle réfléchit. Le petit-déjeuner, c'était facile. Elle savait faire des tartines et verser du jus d'orange sans tout renverser (enfin, presque toujours). Le mot doux, elle avait déjà préparé une carte avec plein de cœurs et des phrases gentilles.
Restait le cadeau fait main. Adèle voulait quelque chose d'original. Mais quoi ? Elle dessina un point d'interrogation dans son carnet.
C'est alors qu'une idée sucrée lui chatouilla l'esprit. La veille, elle avait vu à la boulangerie des sucres en forme de cœur. Mais elle n'avait pas de sucre en forme de cœur à la maison. Elle pensa alors à dessiner un cœur… en sucre ! Pas un vrai bonbon, non, mais un dessin, à offrir comme une promesse de douceur.
Adèle sourit.
« Je vais faire le plus joli cœur en sucre du monde, » chuchota-t-elle.
Elle sortit ses crayons de couleur, choisit le rouge, le rose et le blanc, puis commença à dessiner sur une belle feuille épaisse. Elle fit un grand cœur, puis, tout autour, elle ajouta des petits carrés qui ressemblaient à des morceaux de sucre. Sur le cœur, elle écrivit en lettres rondes : « Pour Maman, tout doux, tout sucre. »
Elle leva son dessin, fière.
— Voilà ! Un cœur en sucre pour la meilleure maman.
Mais au moment de ranger ses crayons, elle entendit un bruit étrange venant du garage. Un bruit de roue qui grince, puis un « oups ! » étouffé.
Chapitre 2 — Le local vélo et la mission secrète
Adèle glissa son dessin dans son carnet et s'approcha du garage. Chez elle, le garage servait aussi de local pour les vélos de toute la famille. Elle ouvrit la porte en essayant de ne pas faire de bruit.
Là, papa était penché sur le vélo de maman, un tournevis à la main. Il sursauta en la voyant.
« Oh, Adèle ! Tu m'as fait peur, » souffla-t-il en riant doucement.
Adèle chuchota, les yeux pétillants :
« Je prépare la fête des mères. C'est un secret. »
Papa lui fit un clin d'œil.
« Moi aussi, je voulais réparer le vélo de maman pour qu'on puisse faire une balade cet après-midi. Mais j'ai perdu la petite vis qui tient la sonnette. »
Adèle se pencha, regarda autour d'elle. Sur le sol, il y avait des outils, des pneus, et… une petite vis argentée, juste à côté d'une pédale.
« La voilà ! » s'écria-t-elle, un peu trop fort.
Papa mit son doigt devant sa bouche, en souriant.
« Chut, on va réveiller maman ! »
Adèle rit et tendit la vis à papa, qui la remit à sa place.
« Merci, ma grande. Tu es mon assistante de choc. »
Elle observa le local vélo, un vrai capharnaüm de roues, de casques et de sacs de pique-nique. Mais dans ce désordre, elle se sentait bien, comme dans un repaire secret. Elle s'assit sur une caisse et pensa à son dessin.
« Papa, tu crois que maman va aimer mon cœur en sucre ? »
Papa s'arrêta de bricoler et la regarda tendrement.
« Je pense que tout ce que tu fais avec ton cœur, elle l'aimera. Même si c'est un cœur en sucre dessiné. »
Adèle sourit, rassurée. Elle sortit son carnet pour montrer le dessin à papa, qui fit semblant de croquer dedans.
« Miam, il a l'air délicieux ce cœur ! »
Ils rirent tous les deux, puis Adèle retourna dans la cuisine, son carnet bien serré contre elle.
Chapitre 3 — Le petit-déjeuner en mission
Adèle consulta sa liste. Prochaine étape : préparer le petit-déjeuner de maman. Elle ouvrit le placard, attrapa le pain de mie, le beurre et la confiture de fraises. Elle sortit aussi le bol préféré de maman, celui avec les fleurs bleues.
Elle fit griller les tartines, les tartina de beurre et de confiture, puis versa le jus d'orange, concentrée comme une scientifique en train de faire une expérience.
Soudain, elle entendit des pas dans l'escalier. Elle se figea, une tartine à la main.
« Adèle, tu es déjà debout ? » lança la voix douce de maman.
Vite, Adèle cacha le plateau derrière elle.
« Euh… oui ! Je… je faisais… euh… des maths. »
Maman entra dans la cuisine, souriante, encore en pyjama.
« Des maths ? Un dimanche matin ? »
Adèle rougit.
« Enfin… des maths créatifs. »
Papa arriva à son tour, les mains pleines de cambouis. Il lança à maman :
« Ne va pas dans le garage, c'est… euh… une zone secrète. »
Maman leva les yeux au ciel, amusée.
« Vous êtes bien mystérieux tous les deux. »
Adèle fit un clin d'œil à papa. Ensemble, ils déposèrent le plateau devant maman, qui poussa un petit cri ravi.
« Oh, comme c'est joli ! Merci, mes chéris ! »
Adèle sortit alors sa carte, puis son dessin du cœur en sucre, qu'elle tendit à maman, les joues roses d'émotion.
Maman lut la carte, puis observa le dessin.
« Un cœur en sucre, quelle idée merveilleuse ! »
Adèle expliqua, un peu fière, un peu timide :
« Je voulais t'offrir quelque chose de doux, mais c'est toi qui es la plus douce. »
Maman la serra dans ses bras, puis croqua dans une tartine en riant.
« Tu es une artiste, ma puce. »
Chapitre 4 — Surprises et improvisations
Après le petit-déjeuner, Adèle proposa une chasse au trésor dans la maison. Elle avait préparé des indices la veille : des petits papiers cachés sous les coussins, dans la boîte à biscuits et même derrière un rideau.
« On commence ? » demanda-t-elle, toute excitée.
Maman accepta avec joie. Papa suivit, toujours un peu maladroit avec ses mains sales. Chaque indice menait à un petit mot doux, ou à une énigme rigolote.
« Je suis blanche et carrée, je fonds dans le thé. Qui suis-je ? » lut maman à voix haute.
Adèle applaudit.
« Facile, c'est le sucre ! »
Maman éclata de rire.
« Je vois qu'il y a un thème cette année ! »
La chasse au trésor les mena jusqu'au garage, le fameux local vélo. Là, papa dévoila le vélo réparé.
« Tadam ! Prête pour une balade ? »
Maman fit semblant de tomber dans les bras de papa.
« Vous êtes les meilleurs complices du monde ! »
Ils décidèrent d'aller faire un tour au parc. Adèle enfila son casque, grimpa sur son vélo, et suivit ses parents sous le soleil du matin. Le vent dans les cheveux, elle se sentait légère, comme son cœur en sucre.
Au parc, ils firent une pause sur une grande couverture. Papa sortit des biscuits, maman raconta une histoire drôle, et Adèle dessina des cœurs dans son carnet. Elle en fit un tout petit, pour cacher dans la poche de maman.
« J'en aurai un avec moi toute la journée, » souffla maman, émue.
Adèle sourit, heureuse de voir sa maman si contente.
Chapitre 5 — Un sol balayé et des cœurs partout
De retour à la maison, il restait une dernière chose à faire. La cuisine était un peu en désordre : des miettes de pain, des taches de confiture, et même quelques traces de jus d'orange sur le sol.
Adèle attrapa le balai, déterminée.
« Aujourd'hui, c'est la fête des mamans, alors je fais le ménage ! »
Papa la rejoignit avec la pelle. Ensemble, ils balayèrent le sol, en riant à chaque miette qui s'échappait.
« Attention, miette rebelle ! » lança papa, courant après un bout de pain.
Maman arriva, les bras croisés, un sourire tendre sur le visage.
« Je crois que le plus beau cadeau, c'est de vous voir tous les deux comme ça. »
Adèle fit une révérence, balai à la main.
« Sol balayé, mission accomplie ! »
Maman l'embrassa sur le front.
« Merci, ma chérie. Tu as fait de cette journée une fête pleine de douceur, de surprises et de cœurs en sucre. »
Adèle glissa un dernier dessin dans la poche de maman, puis s'installa sur le canapé, blottie contre elle.
Le soleil entrait par la fenêtre, le sol brillait, et dans la maison, il régnait une chaleur douce, comme un cœur en sucre qui fond lentement.
Adèle ferma les yeux, le sourire aux lèvres. Elle pensa qu'on pouvait dire « je t'aime » de mille façons : avec un dessin, un petit-déjeuner, un sol balayé ou un simple câlin.
Et cette année, la fête des mères avait le goût du sucre et la couleur du bonheur.