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Histoire d'Artiste 9 à 10 ans Lecture 10 min. (2)

Le carnet de Mathieu, ou l’art de regarder avec respect

Mathieu, un jeune dessinateur, observe les gens dans les transports et au café pour croquer leurs silhouettes dans son carnet, tout en méditant sur le respect du travail des autres et l'importance de continuer malgré les erreurs.

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Un artiste d'une trentaine d'années, barbe courte, écharpe bleu-vert et cheveux en bataille, sourit doucement en dessinant des silhouettes au crayon dans un carnet posé sur une petite table en bois près d'un mur; à droite, une serveuse d'environ 25 ans, queue de cheval, tablier gris et baskets, tient un plateau en souriant, à gauche un garçon de 8 ans en pull rouge regarde le carnet avec admiration, et en arrière-plan un homme d'environ 60 ans, veste sombre et dos voûté, lit un journal; le tout se déroule dans un petit café chaleureux aux murs de briques, lampes à lumière jaune, grandes fenêtres laissant filtrer la rue, tasses fumantes et sol en bois — atmosphère intime centrée sur le carnet et les regards, textures et couleurs chaudes. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Le carnet dans la poche

Mathieu a toujours un carnet et un crayon sur lui, comme d'autres ont toujours des bonbons. Il n'est pas magicien, pourtant il fait apparaître des choses. Des lignes, des ombres, des sourires. C'est son métier : artiste.

Ce soir-là, il monte dans le bus avec une écharpe trop longue qui chatouille son menton. Dehors, les lampadaires allument la rue comme une guirlande. À l'intérieur, ça sent le tissu mouillé, le shampooing, et un peu les frites qui ont voyagé dans un sac.

Mathieu ne fixe pas les gens. Il observe comme on regarde un paysage : doucement. Ses yeux sautent d'un détail à l'autre. Une main qui serre une barre, un sac à dos qui pend, une boucle d'oreille qui tremble à chaque virage.

Il écoute aussi, sans coller son oreille partout. Les transports, c'est un drôle de livre qui parle tout seul.

Derrière lui, une voix dit : "J'ai mis trois heures sur mon exposé et personne n'a regardé." Une autre répond : "C'est injuste. Mais ton travail compte quand même."

Mathieu sourit dans sa barbe. Il sait ce que ça fait. Parfois, il dessine longtemps, et tout le monde passe sans voir. Il se répète alors une phrase simple : le travail des autres mérite du respect, et le sien aussi.

Le bus freine. Les portes soufflent. Mathieu descend près de la place, là où les vitrines font des rectangles de lumière sur le trottoir. Il glisse son carnet dans sa poche comme un secret, et marche vers son café préféré.

Chapitre 2 : Les voix du tram

Le lendemain, Mathieu prend le tram. Les sièges sont rouges, et les fenêtres montrent la ville comme un film qui défile. Il s'assoit près de la porte, carnet fermé, crayon prêt.

Deux collégiens discutent. "Tu dessines encore des dragons ?"

"Oui, mais j'ai raté les ailes. Ça ressemble à des crêpes."

Mathieu a envie de rire, mais il se retient. Il se rappelle ses propres ailes de crêpes, quand il apprenait. Il a fait des montagnes qui ressemblaient à des pommes de terre. Des yeux qui regardaient chacun de leur côté. Des mains avec trop de doigts. Et puis, à force d'essayer, ses personnages ont commencé à respirer sur le papier.

Plus loin, une dame raconte : "Mon fils croit qu'il faut être né doué."

Son amie répond : "Non. Il faut surtout continuer. Et regarder les choses autrement."

Mathieu sent quelque chose de chaud dans sa poitrine, comme un petit thé. Il note mentalement cette phrase. Un artiste, ce n'est pas quelqu'un qui gagne une course. C'est quelqu'un qui avance, même quand la gomme est fatiguée.

Le tram s'arrête en grinçant. Mathieu sort, et la rue lui donne une petite claque de vent. Il pense à tous ces gens. À leurs efforts, à leurs dessins cachés, à leurs exposés pas regardés. Il se dit qu'il pourrait, lui aussi, partager quelque chose. Pas en donnant des leçons. Juste en montrant que créer, c'est possible.

Il pousse la porte du café. Une clochette tinte. L'air sent le chocolat et le bois.

Chapitre 3 : Des silhouettes dans la mousse du café

Mathieu choisit une table près du mur, pas au milieu, pour rester discret. La lumière d'une lampe ronde tombe sur sa feuille comme un petit soleil. Il commande un chocolat chaud, avec une mousse épaisse qui ressemble à un nuage.

Autour de lui, les tasses s'entrechoquent. Les cuillères font "cling". Les conversations glissent comme des billes.

Mathieu ouvre son carnet. Il ne dessine pas les visages en détail. Il préfère les silhouettes. C'est comme attraper l'idée d'une personne, sans la mettre dans une boîte.

À la table d'à côté, un monsieur lit le journal, le dos un peu courbé. Mathieu trace une ligne pour l'épaule, une autre pour le cou. Il ajoute une tache sombre pour le manteau. Pas besoin de tout expliquer : le papier comprend.

Plus loin, une serveuse marche vite, plateau levé comme un bouclier. Mathieu dessine son mouvement : une jambe en avant, l'autre derrière, un tablier qui flotte. Son crayon avance en petits coups rapides, comme une souris qui trottine.

Une famille s'installe. Le plus jeune tape du pied sous la table. Mathieu le remarque, et croque juste la forme : une petite tête ronde, un pull trop grand, un pied impatient. Il ne veut pas se moquer. Il veut raconter la vie telle qu'elle passe.

Il fait attention. Il ne s'approche pas. Il ne pointe pas du doigt. Il reste dans son coin, comme un chat calme sur un coussin.

Quand sa gomme efface, elle ne gronde pas. Elle chuchote. Mathieu accepte les traces. Il n'efface pas tout, parce que les essais laissent souvent des chemins intéressants. Sur sa page, les lignes ratées ressemblent parfois à des ombres. Et les ombres donnent du volume.

Le chocolat chaud arrive. Mathieu remercie la serveuse. Il remarque qu'elle porte des baskets avec des lacets jaunes. Il hésite, puis dessine juste un éclat jaune en bas de page. Comme une petite étoile.

Chapitre 4 : Le coin de la table et le respect

En se levant pour payer, Mathieu fait un geste maladroit : son carnet glisse un peu et s'ouvre. La serveuse aperçoit les silhouettes.

Elle ne dit pas "C'est magnifique !" très fort, comme dans les films. Elle se penche juste un peu et murmure : "Oh… vous dessinez les gens ?"

Mathieu sent ses joues chauffer. Il répond doucement : "Oui. Mais je fais attention. Je ne veux gêner personne."

La serveuse hoche la tête. "Je trouve ça joli. On dirait que ça bouge. Et puis… merci de ne pas faire de caricatures méchantes. Une fois, quelqu'un m'a dessinée avec un nez énorme. Toute la salle riait. J'ai eu honte."

Mathieu serre son carnet contre lui, comme on serre un livre précieux. "Je suis désolé. Le dessin, ça peut faire du bien, ou faire mal. On oublie parfois. Pourtant, c'est un travail, et un regard. Ça mérite du respect."

À la caisse, un garçon qui attend avec sa mère regarde le carnet. Ses yeux brillent comme des billes bleues. Il chuchote : "Monsieur, comment vous faites pour que ça ressemble ?"

Mathieu se baisse un peu pour être à sa hauteur. "Je ne cherche pas à tout copier. Je regarde les grandes formes. Le dos, les épaules, la façon de tenir une tasse. Et je me trompe souvent. C'est normal."

Le garçon fronce le nez. "Même les adultes se trompent ?"

"Tout le temps," répond Mathieu. "Et c'est comme ça qu'on apprend. Le plus important, c'est de ne pas se moquer du travail des autres. Chacun essaie avec les moyens qu'il a."

La mère remercie Mathieu d'un signe. Le garçon fait un petit salut sérieux, comme un chevalier.

Mathieu sort du café. Dehors, la ville s'est assombrie. Les fenêtres sont des carrés de lumière. Il marche lentement vers chez lui, avec l'impression d'avoir posé une petite pierre gentille sur le chemin de quelqu'un.

Chapitre 5 : Les yeux qui se promènent

Chez lui, Mathieu allume une lampe douce. Son atelier n'est pas un palais. C'est une pièce simple, avec une table, des feuilles, des crayons, et quelques taches de peinture sur le sol, comme des souvenirs de batailles.

Il accroche deux dessins récents au mur avec du ruban. Les silhouettes du café. Le monsieur au journal, la serveuse en mouvement, le petit pied impatient.

Mathieu s'assoit sur sa chaise. Pendant une seconde, une vieille habitude veut revenir : juger. Dire : cette ligne est trop tordue. Cette ombre est trop sombre. Ce dessin n'est pas assez “réussi”.

Il entend alors, dans sa mémoire, la voix du bus : "Ton travail compte quand même." Puis celle du tram : "Il faut surtout continuer."

Mathieu respire. Il laisse ses yeux se promener sur ses œuvres, comme on se promène dans un parc. Sans panneau “interdit”. Sans sifflet. Sans course.

Il voit les erreurs, oui. Mais il voit aussi la vitesse de la serveuse, le calme du lecteur, la joie du petit éclat jaune. Il se rappelle les efforts invisibles derrière chaque scène : la serveuse qui porte des plateaux, le collégien et ses ailes de crêpes, la personne qui a passé trois heures sur un exposé.

Il murmure pour lui-même : "On a le droit d'essayer. On a le droit de recommencer. Et on a le devoir d'être doux avec le travail des autres."

Mathieu ferme les yeux un instant. La fatigue arrive comme une couverture. Avant de se coucher, il range son carnet dans sa poche de manteau, prêt pour demain.

Dehors, la ville dort presque. Et dans la tête de Mathieu, des silhouettes tranquilles continuent de marcher, légères, sur des pages blanches qui n'attendent qu'une chose : être regardées avec bienveillance.

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Guirlande
Une longue suite d'objets décoratifs accrochés pour faire joli.
Vitrines
Les grandes fenêtres d'un magasin où on expose les objets à vendre.
Silhouettes
La forme sombre d'une personne ou d'une chose vue de profil ou de loin.
Métier
Le travail qu'une personne fait pour gagner sa vie.
Gomme
Objet qui sert à effacer ce qu'on a dessiné ou écrit au crayon.
Caricatures
Dessins qui exagèrent des traits d'une personne pour la plaisanterie.
Tablier
Vêtement porté sur les vêtements pour les protéger, souvent en cuisine.
Atelier
Une pièce où un artiste travaille et crée ses œuvres.
Ombres
Parties moins éclairées qui se forment quand la lumière est bloquée.
Mousse
Partie légère et douce qui se forme à la surface d'un chocolat chaud.

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