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Histoire sur les parents 11 à 12 ans Lecture 17 min.

Le carnet des tempêtes : des mots pour construire des ponts

Trois amies organisent une collecte de livres et apprennent, au fil de rencontres et de petits gestes, à nommer leurs émotions pour mieux se comprendre et se soutenir.

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Six personnages dans une grande salle polyvalente d'école éclairée par de larges baies vitrées : Lina, ~10 ans, cheveux châtain clair en deux petites nattes, blouse jaune pâle, carnet bleu à la main, au centre; Maya, ~10 ans, cheveux bouclés noirs, t-shirt rouge, carton de BD à gauche de Lina; Zoé, ~11 ans, cheveux courts blond platine, en fauteuil roulant bleu clair à droite de Lina, montrant un livre; la mère de Lina, ~35 ans, cheveux bruns en chignon, veste beige et foulard vert, tenant un sac de livres derrière Lina; le père de Maya, ~40 ans, cheveux poivre et sel, chemise à carreaux, entrant par la porte à l'arrière-gauche avec un grand porte-clés; Mme Borel, ~50 ans, cheveux gris courts, blouse à fleurs et badge "Club Coup de Pouce", organisant des cartons près d'une table. Tables et cartons ouverts, affiches "Donnez une seconde vie à vos livres !" et "Atelier solidarité" sur les murs, chaises empilées, poussières de lumière dans les rayons du soleil. Scène chaleureuse et conviviale de collecte de livres : enfants et parents trient et échangent en souriant, avec badges faits main, thermomètre d'émotions sur une affiche et cartons remplis d'histoires. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Le carnet des tempêtes

Lina aimait observer les émotions comme on regarde la météo. Certaines journées étaient pleines de soleil, d'autres brumeuses, et parfois un vrai orage surgissait sans prévenir, même quand tout semblait calme.

Ce mercredi après-midi, elle attendait devant la salle polyvalente de l'école, une pièce grande et lumineuse où les rideaux blancs bougeaient doucement avec l'air tiède. Sur son sac, un petit carnet dépassait : son “carnet des tempêtes”, comme elle l'appelait. Elle y notait des questions plutôt que des réponses.

Maya arriva la première, les joues rosies par la course.

— J'ai failli rater le club ! Ma mère voulait absolument que je finisse de ranger ma chambre… Comme si c'était une urgence mondiale.

— Pour certaines mères, c'est une mission spatiale, répondit Lina, amusée.

Zoé entra ensuite, roulant tranquillement son fauteuil, un livre coincé sous le bras. Elle salua d'un signe de tête.

— J'ai entendu “mission spatiale”. Je veux participer, dit-elle avec un sourire.

Les trois filles s'installèrent près des grandes fenêtres. Au tableau, l'affiche du “Club Coup de Pouce” annonçait : “Atelier solidarité : préparer une collecte pour la bibliothèque de quartier”.

Lina tapota son carnet.

— Aujourd'hui, j'aimerais comprendre un truc. Pourquoi les adultes disent : “Je suis calme”, alors qu'on dirait qu'ils ont des bulles qui explosent dans la tête ?

Maya éclata de rire.

— Oh, ça, c'est mon père quand il cherche ses clés. Il parle très doucement… mais ses sourcils crient.

Zoé ajouta :

— Les sourcils, c'est un langage secret.

Lina sentit une petite pointe dans sa poitrine. Elle pensa à sa mère, ces derniers soirs, fatiguée, la voix gentille mais lointaine, comme si elle parlait depuis une autre pièce.

— Je crois que… j'ai envie de savoir ce qu'ils ressentent vraiment. Sans les embêter.

À ce moment-là, Mme Borel, la responsable du club, entra avec un carton plein de feuilles colorées.

— Bonjour les filles ! On va organiser la collecte de livres. Et je vous propose un défi : demander de l'aide aux familles, mais en faisant attention à comment on se parle. La solidarité, ça commence à la maison aussi.

Lina ferma son carnet, décidée. Elle venait de trouver son aventure : comprendre les émotions, et apprendre à les partager sans les écraser.

Chapitre 2 — Une salle pleine de lumière

La salle polyvalente semblait encore plus lumineuse quand elles collèrent des affiches aux murs. Les feuilles fluo éclaboussaient l'air comme des confettis sérieux.

Maya écrivait “DONNEZ UNE SECONDE VIE À VOS LIVRES !” en lettres énormes.

— Plus c'est grand, plus ça donne envie, déclara-t-elle.

Zoé, penchée sur une pile de marqueurs, répondit :

— Ou plus ça fait peur. On dirait une pub qui crie.

— Mon affiche ne crie pas, elle s'exprime fort, se défendit Maya.

Lina, elle, dessinait un petit thermomètre d'émotions en bas de l'affiche : “Je suis motivé(e)”, “Je suis stressé(e)”, “J'ai besoin d'aide”. Elle hésita, puis ajouta : “Je ne sais pas”.

Zoé remarqua le détail.

“Je ne sais pas”, c'est mon préféré. Ça évite de faire semblant.

Maya fit une grimace.

— Moi, je fais semblant tout le temps. Sinon on me demande d'expliquer, et je finis par dire n'importe quoi.

— Comme “c'est bon, ça va”, quand ça ne va pas ? demanda Lina.

Maya leva les mains.

— Oui, voilà ! “Ça va” est mon mot magique.

Mme Borel passa derrière elles.

— Vous savez, “ça va” peut être un pont… ou un mur. Tout dépend si on s'arrête dessus.

Lina sentit ses pensées s'agiter, comme des feuilles dans le vent.

— Comment on fait pour ne pas s'arrêter ?

Mme Borel répondit avec douceur :

— On peut ajouter une phrase. “Ça va… mais je suis un peu inquiet.” Ou “Ça va… j'ai besoin d'un moment tranquille.” C'est déjà très courageux.

Ce “courageux” resta dans la tête de Lina. Dire ce qu'on ressent, ce n'était pas seulement une affaire de bébés ou de cris. C'était une compétence, comme apprendre à faire du vélo, avec des chutes et des rires.

Quand l'atelier se termina, les trois filles avaient une pile d'affiches, un planning, et une mission pour le week-end : parler à leurs parents, demander des livres, et proposer de venir aider à la collecte, le tout “sans mur”.

Lina glissa son carnet dans sa poche. Le soir allait être un premier test.

Chapitre 3 — Les mots du dîner

À la maison, l'odeur du riz et des légumes sautés remplissait la cuisine. La radio murmurait une chanson douce. Lina posa son sac, puis observa sa mère qui coupait du pain. Elle avait l'air tranquille… mais ses gestes étaient rapides, précis, comme si elle voulait finir avant que quelque chose ne tombe.

Lina s'approcha.

— Maman, tu sais, samedi, avec le club, on organise une collecte de livres pour la bibliothèque de quartier.

— Ah oui ? C'est une bonne idée, répondit sa mère, sans lever les yeux.

Lina sentit le “mur” se construire. Elle inspira, comme quand elle plongeait la tête sous l'eau à la piscine.

— Ça te dirait de m'aider à choisir des livres à donner ? Et… si tu peux, venir une heure avec moi ?

Sa mère s'arrêta, enfin. Elle posa le couteau.

— Je… je ne sais pas si je pourrai. J'ai beaucoup de choses.

Lina fixa ses doigts, puis osa :

“Beaucoup de choses”, ça veut dire quoi ? Fatigue ? Stress ? Ou juste… plein de tâches ?

Un silence. La radio continua, comme si elle était la seule à ne pas être gênée.

Puis sa mère souffla, et son visage se détendit un peu.

— Ça veut dire… que je suis fatiguée, oui. Et que je m'inquiète pour le travail. Je ne veux pas que tu t'en rendes compte, alors je fais “comme si”.

Lina sentit un drôle de mélange : un pincement et une chaleur.

— Je m'en rends compte un peu, murmura-t-elle. Mais je préfère quand on en parle.

Sa mère s'accroupit pour être à sa hauteur.

— Merci de me le dire. Et merci de poser la question. Ça me fait du bien… même si je ne trouve pas les mots tout de suite.

Lina sortit son carnet.

— On peut s'entraîner. J'ai un “thermomètre d'émotions”. Aujourd'hui, tu es plutôt où ?

Sa mère regarda le dessin et sourit, un sourire un peu fatigué mais vrai.

— Entre “stressée” et “j'ai besoin d'aide”. Et toi ?

— Entre “curieuse” et “un peu inquiète”.

Elles rirent doucement, comme si rire faisait baisser la pression.

— Pour samedi, continua la mère, je ne promets pas une heure entière… mais je promets de choisir des livres avec toi. Et si je peux venir, même trente minutes, je viendrai.

— D'accord, répondit Lina. Trente minutes, c'est déjà un pont.

Au dîner, Lina se sentit plus légère. Pas parce que tout était réglé, mais parce que le mur avait une petite porte.

Chapitre 4 — Chez Maya, la tempête des clés

Le lendemain, Lina et Zoé rejoignirent Maya chez elle pour préparer des cartons. Le salon était rempli de piles de livres. Des romans, des BD, des magazines de cuisine d'une époque inconnue.

Maya se laissa tomber sur le canapé.

— Ma mère a dit : “Tu donnes dix livres, pas un de plus.” Comme si j'allais donner la maison entière.

Zoé feuilleta une BD.

— C'est un bon début. Dix livres, c'est dix voyages.

Le père de Maya apparut dans l'entrée, fouillant ses poches.

— Mes clés… mes clés… Je suis calme, je suis calme, répétait-il d'une voix trop douce pour être honnête.

Maya chuchota à Lina :

— Regarde. Les sourcils crient.

Effectivement, les sourcils du père formaient deux vagues en plein tsunami.

Lina échangea un regard avec Zoé. Puis, avec une prudence gentille, elle dit :

— Monsieur, vous avez l'air… plutôt “stressé” que “calme”. Vous voulez qu'on cherche avec vous ?

Le père s'immobilisa, surpris. Puis il éclata d'un petit rire.

— Touché. Oui, je suis stressé. J'ai un rendez-vous dans dix minutes. Et mes clés se cachent comme des championnes.

Zoé roula jusqu'au porte-manteau.

— Les clés aiment souvent les endroits logiques. Parfois.

Maya leva un coussin.

— Et parfois, elles se moquent de nous.

Elles cherchèrent à trois, sans agitation inutile. Lina regarda près du bol où la famille posait le courrier. Elle trouva les clés, tranquilles, comme si elles n'avaient rien fait.

— Elles étaient là, annonça-t-elle, en les levant comme un trophée.

Le père souffla, soulagé.

— Merci. Et… merci aussi d'avoir dit ce que vous voyiez. Je crois que j'ai tendance à jouer au “calme” pour ne pas inquiéter tout le monde.

Maya le taquina :

— Tu peux jouer au calme, mais pas au magicien qui fait disparaître ses clés.

— Je plaide coupable, répondit-il en embrassant le sommet de sa tête.

Quand la porte se referma, Maya resta silencieuse un moment.

— C'est bizarre, dit-elle. Quand il a dit qu'il était stressé, j'ai eu moins peur. Avant, je sentais juste une tension dans l'air.

Lina hocha la tête.

— Les mots, c'est comme allumer une lampe. Ça ne supprime pas le désordre, mais on voit où on met les pieds.

Elles reprirent les cartons. Cette fois, l'ambiance était plus douce, comme après une averse.

Chapitre 5 — Zoé et le couloir des malentendus

Le vendredi, elles allèrent chez Zoé pour récupérer d'autres livres. Dans l'appartement, le couloir sentait le savon et la tarte aux pommes. La mère de Zoé parlait au téléphone, la voix pressée.

— Je rappelle plus tard, dit-elle enfin, en raccrochant. Bonjour les filles. Désolée, je suis un peu débordée.

Zoé se crispa légèrement. Lina le remarqua. Zoé n'aimait pas qu'on dise “désolée” comme si c'était une porte fermée.

Dans la chambre, Zoé montra une pile de romans.

— Je peux donner ceux-là. Ils m'ont fait du bien, mais je suis passée à autre chose.

Maya caressa la couverture d'un livre.

— Il a l'air triste.

— Il est triste, confirma Zoé. Mais ça finit avec de l'espoir. Comme la vraie vie.

Au moment de sortir, la mère de Zoé revint avec un sac.

— J'ai trouvé quelques livres aussi. Et… Zoé, je ne pourrai pas venir samedi. J'ai une course importante à faire avec ta grand-mère.

Zoé répondit trop vite :

— C'est pas grave.

Le “c'est pas grave” tomba lourd, comme un sac trop plein. Lina sentit le mur.

Alors Zoé inspira, puis recommença, plus lentement :

— En fait… c'est un peu grave. Pas grave grave. Mais… j'aurais aimé que tu viennes. Même un petit peu.

Sa mère cligna des yeux, surprise, puis s'approcha.

— Merci de me le dire. J'ai dit “débordée” tout à l'heure, mais je n'ai pas expliqué. Ta grand-mère est stressée en ce moment. Elle a besoin qu'on l'accompagne, et je veux être là pour elle.

Zoé baissa les épaules.

— D'accord. Je comprends. Je peux être déçue et comprendre en même temps ?

— Bien sûr, répondit sa mère. On peut avoir deux émotions dans la même poche.

Maya murmura :

— Moi, j'en ai souvent cinq dans la même poche. Ça fait des bosses.

Zoé sourit malgré elle. Sa mère lui caressa la joue.

— Samedi, je ne viens pas, mais je peux t'aider à préparer les cartons ce soir. Et dimanche, on peut aller ensemble à la bibliothèque voir les livres installés. Ça te va ?

Zoé hocha la tête.

— Oui. Ça fait un accord.

Lina nota mentalement cette phrase. “Un accord”, ce n'était pas “tout parfait”. C'était “on se retrouve”.

Chapitre 6 — La collecte, le pont, et la fin douce

Samedi matin, la salle polyvalente de l'école brillait sous le soleil. Les fenêtres laissaient entrer une lumière claire qui faisait danser la poussière comme de minuscules flocons. Sur les tables, des cartons attendaient, grands ouverts, prêts à avaler des histoires.

Les habitants du quartier arrivèrent par petits groupes. On entendait des “bonjour”, des rires, le froissement du papier. Lina, Maya et Zoé portaient des badges faits maison : “Demande-moi où poser ton livre !”

Maya annonçait, très sérieuse :

— Attention, ce carton accueille uniquement les aventures et les fous rires.

Zoé répliquait :

— Alors il va exploser.

Lina surveillait aussi les visages. Elle repérait les épaules tendues, les sourires pressés, les regards qui cherchaient quelqu'un.

Sa mère arriva, comme promis, un peu plus tard, avec un sac de livres et un foulard. Elle fit un signe à Lina, puis souffla :

— Je peux rester… trente-cinq minutes. J'ai négocié avec mon planning.

— Marché conclu, répondit Lina, ravie.

Maya vit son père passer la tête par la porte, cette fois avec ses clés attachées à un porte-clés énorme.

— J'ai sécurisé le trésor, déclara-t-il fièrement.

Maya applaudit.

— Bravo, capitaine Calme-Pas-Calme !

Zoé reçut un message de sa mère : “Je pense à toi. J'espère que ça se passe bien. On prépare la tarte pour demain.”

Zoé le montra aux filles.

— Elle n'est pas là, mais elle est… là quand même.

À midi, la pile de cartons remplis ressemblait à une petite ville de papier. Mme Borel rassembla tout le monde.

— Vous avez fait un vrai travail d'équipe. Et j'ai entendu de belles phrases aujourd'hui : des gens qui demandaient de l'aide, d'autres qui prenaient le temps d'écouter. C'est ça, la solidarité.

Lina regarda ses deux amies. Elle avait l'impression que quelque chose avait grandi, pas seulement une collecte.

En rangeant, Maya dit à voix basse :

— Je crois que dire “ça va” sans mentir, c'est possible. On peut dire “ça va… moyen”.

Zoé répondit :

— Ou “ça va… mais je veux un câlin”.

Maya la fixa.

— Toi, tu es courageuse.

Zoé haussa les épaules.

— Je m'entraîne.

Lina, elle, se tourna vers sa mère.

— Maman, sur ton thermomètre, tu es où maintenant ?

Sa mère réfléchit.

— Un peu fatiguée… mais plus légère. Et toi ?

Lina sourit.

— Motivées. Et… reconnaissante.

Avant de partir, elles restèrent un instant dans la salle lumineuse, devenue calme après le passage de tout le monde. Les tables étaient vides, mais l'air gardait une douceur, comme si les livres avaient laissé derrière eux une trace de leur courage.

Sur le chemin du retour, Lina serra son carnet contre elle. Elle ne cherchait plus seulement à comprendre les émotions des autres. Elle apprenait à les accueillir, à en parler sans bruit inutile, à construire des ponts.

Le soir, au moment de se coucher, sa mère entra dans la chambre.

— Merci pour aujourd'hui, dit-elle. Je suis fière de toi.

Lina répondit, la voix basse, apaisée :

— Moi aussi, je suis fière de nous.

Et dans le silence tiède de la maison, elles se promirent une chose simple : quand une tempête reviendrait, elles chercheraient ensemble les mots… et elles se tiendraient la main jusqu'à ce que ça passe.

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Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Carnet des tempêtes
Un petit cahier où Lina note ses questions et ses sentiments comme des orages.
Salle polyvalente
Une grande pièce de l'école utilisée pour des réunions, jeux ou réunions publiques.
Polyvalente
Qui sert à plusieurs usages, qui peut remplir différentes fonctions.
Solidarité
Aide et soutien entre personnes quand quelqu'un a besoin d'aide.
Collecte
Action de rassembler des objets donnés, ici des livres pour la bibliothèque.
Pincement
Sensation brève et un peu douloureuse dans la poitrine, liée à une émotion.
Pont
Ici une image pour dire qu'on crée un lien ou une connexion entre personnes.
Se détendit
Devient moins tendue, retrouve un peu de calme ou de tranquillité.
Débordée
Quand on a trop de choses à faire et qu'on se sent dépassé.
Négocié
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