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Histoire sur le handicap 11 à 12 ans Lecture 17 min.

Le commando du tapis plat : un collège pour tous

Nora, de retour au collège après une hospitalisation, et ses amis Malik et Jade repèrent des obstacles du quotidien et lancent un projet pour améliorer l’accessibilité et la vie collective.

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Trois enfants de 12 ans dans le hall d’un collège moderne sous un préau : Nora, fille châtain clair au carré, pâle avec taches de rousseur, veste bleu clair, assise sur un petit banc au centre, souriant timidement et tenant une gourde ; Malik, garçon à peau mate et cheveux bouclés courts, veste kaki trop grande, debout à gauche, air protecteur, main sur le dossier du banc et l’autre montrant l’ascenseur ; Jade, fille en fauteuil roulant coiffée d’un bonnet vert pomme et écharpe colorée, fauteuil moderne avec poignées visibles, à droite de Nora, regard confiant et carnet ouvert sur les genoux ; sol en dalles grises légèrement mouillées, grandes baies vitrées, affiche “Semaine des projets citoyens” au fond et un tapis d’entrée au bord relevé formant une bosse ; les trois examinent un ascenseur partiellement caché et discutent de solutions pour rendre l’entrée plus accessible, ambiance lumineuse, chaleureuse et bienveillante, couleurs pastel et traits arrondis, composition centrée sur l’entraide et le tapis rebelle au premier plan. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

Le portail du collège grinça comme s'il n'avait pas été huilé depuis les vacances de la Toussaint. Nora le poussa doucement, un peu plus lentement que d'habitude. Son sac lui tapait contre la hanche, et son cœur faisait pareil, toc-toc, toc-toc, comme s'il voulait vérifier que tout allait bien.

Trois semaines d'hôpital, ça laisse des traces même quand on sourit. Elle avait repris des couleurs, oui. Mais elle avait aussi cette fatigue qui arrive sans prévenir, comme une pluie fine.

À l'entrée, un surveillant leva les yeux de sa tablette.

— Salut, Nora. Contente de te revoir.

— Moi aussi, répondit-elle, en se demandant si sa voix allait trembler.

Dans la cour, les bruits lui sautèrent dessus : ballons qui rebondissent, rires, cris, baskets qui frottent le sol. Nora inspira. Ça sentait le bitume chaud, les croissants de la boulangerie d'en face et un peu la craie.

— Nora !

C'était Malik, avec sa veste trop grande et son sourire qui n'avait pas pris une ride pendant son absence. À côté de lui, Jade avançait en fauteuil roulant, en poussant les roues d'un geste sûr. Elle avait un bonnet vert pomme qui lui donnait l'air d'une exploratrice.

— On t'a gardé une place dans notre équipe de “survie en milieu scolaire”, annonça Malik, très sérieux. On a même un plan d'évacuation… du self.

— J'espère qu'il est mieux que celui de l'année dernière, répondit Nora en riant. Vous m'aviez “évacuée” vers le stand de frites.

Jade pencha la tête.

— La médecine a dit quoi ? Tu as le droit de courir ?

— De marcher, déjà, c'est pas mal, dit Nora. Courir… on verra. Et je dois faire des pauses.

— Alors on fera des pauses, répondit Jade, comme si c'était évident.

Ils partirent ensemble vers le bâtiment B. Le trajet paraissait plus long que dans ses souvenirs. Nora sentit son ventre se serrer quand elle aperçut les escaliers pour monter en salle de français.

Malik s'arrêta.

— Ah… le fameux escalier de l'enfer.

Jade roula jusqu'à la rampe, puis montra la porte sur le côté.

— On passe par l'ascenseur. Comme d'habitude.

Nora cligna des yeux.

— Il y a un ascenseur ?

— Il y en a un, confirma Malik. Il est juste… caché comme un secret.

Jade lui lança un regard moqueur.

— Il n'est pas caché. C'est toi qui ne regardes jamais les panneaux.

Ils prirent le couloir. Nora sentit une petite chaleur dans sa poitrine : être avec eux, c'était comme retrouver une couverture douce, même quand le monde grince un peu.

Chapitre 2

En classe, Madame Richaud interrompit son cours pour saluer Nora. Les élèves se retournèrent, certains curieux, d'autres gênés, comme si la maladie était un sujet qu'on n'ose pas toucher du doigt.

— Nous sommes contents que tu reviennes, Nora, dit la professeure avec une voix calme. Si tu as besoin de sortir, tu me fais signe. Et si quelqu'un a une question… on peut en parler avec respect.

Un silence tomba. Malik leva la main comme si c'était une urgence nationale.

— Est-ce que ça compte comme une absence si on sort pour aider Nora à porter ses affaires ?

Madame Richaud sourit.

— Ça compte comme de la solidarité. Et je préfère ça.

Nora sentit ses joues chauffer. Elle n'aimait pas être “la cause” de quoi que ce soit. Mais en même temps… elle aimait qu'on ne fasse pas comme si tout était normal au point de l'oublier.

Pendant l'exercice d'écriture, ses doigts se crispèrent sur le stylo. Les mots arrivaient, mais au ralenti. Jade, à côté, écrivait vite, puis s'arrêta pour souffler, comme si elle faisait une mini-pause invisible.

Malik chuchota :

— Tu veux que je prenne des notes pour toi ?

— Je peux, dit Nora. Juste… pas aussi vite qu'avant.

— Alors on fait un pacte, déclara Jade à voix basse. On écrit moins vite, mais on écrit mieux.

Nora sourit. Ce pacte-là lui plaisait.

À la récré, ils s'assirent sur un banc. Le soleil faisait des taches dorées sur le sol. Nora sortit une gourde.

— À l'hôpital, tout est réglé : heure du médicament, heure du repas, heure du repos. Ici, c'est… plus bruyant.

— Le collège, c'est un concert où personne n'a répété, dit Malik.

Jade approuva.

— Et il y a toujours quelqu'un qui tape trop fort sur la batterie.

Ils rirent, puis Nora ajouta, plus doucement :

— J'ai peur de ne pas tenir la journée entière.

Malik haussa les épaules, mais ses yeux restèrent sérieux.

— On ne tient pas tout seul. On tient à plusieurs.

Jade montra son sac accroché derrière son fauteuil.

— Et on répartit. Si ton sac est trop lourd, tu me donnes des trucs. Mon fauteuil, c'est un peu mon chariot de supermarché.

— Jade, tu es officiellement la reine de la logistique, conclut Malik.

Nora sentit sa peur reculer d'un pas. Pas disparaître, non. Mais reculer.

Chapitre 3

Le lendemain, il pleuvait. Une pluie droite et froide, qui fait briller les dalles comme du verre. Nora arriva plus tôt. Elle avait dormi, mais son corps semblait encore compter les heures.

Dans le hall, elle entendit un “clac clac” régulier : Jade essayait d'entrer par la porte principale. Le tapis d'entrée s'était roulé sur un bord et formait une petite bosse. Rien pour quelqu'un qui marche. Pour un fauteuil, c'était une mini-montagne.

Jade tenta une seconde fois. Les roues patinèrent. Son visage resta calme, mais ses épaules se tendirent.

Nora s'approcha.

— Attends, je peux aider ?

— Si tu tires le tapis, oui. Mais doucement, hein, je ne veux pas faire un plongeon spectaculaire avant le cours de maths.

Nora attrapa le tapis et le lissa. Malik arriva en courant, mouillé comme une serpillière.

— J'ai vu la scène de loin. J'ai cru qu'on tournait un film d'action.

Jade passa enfin.

— Merci. Et non, Malik, pas de cascade aujourd'hui.

Ils s'arrêtèrent sous le préau. Nora regarda la bosse du tapis, puis les flaques autour.

— C'est bête, quand même. Un truc si petit peut bloquer quelqu'un.

— Ou te faire trébucher, ajouta Malik en regardant ses lacets.

Jade roula un peu plus loin, jusqu'à un panneau d'affichage. Une affiche annonçait : “Semaine des projets citoyens : proposez une idée pour améliorer la vie au collège et au quartier.”

Malik lut à voix haute :

“Une idée.” Oh. Donc je peux proposer “plus de dessert” ?

Nora éclata de rire.

— Ça, ce n'est pas un projet citoyen, c'est une déclaration d'amour au chocolat.

Jade pointa l'affiche.

— Et si on proposait quelque chose sur l'accessibilité ? Pas seulement pour moi. Pour tout le monde. Les gens avec une béquille, une poussette, une jambe dans le plâtre, ou… quelqu'un qui revient de l'hôpital et qui fatigue.

Nora sentit un petit déclic. Comme quand on trouve enfin le bon côté d'une pièce de puzzle.

— On pourrait observer ce qui coince, noter, et trouver des solutions simples.

Malik leva la main, comme en classe.

— Je vote pour un “commando du tapis plat”.

Jade sourit.

— On va faire mieux : un plan d'amélioration. Avec des idées réalistes.

Nora regarda la pluie. D'un coup, elle ne la trouvait plus seulement triste. Elle faisait ressortir les petits obstacles qu'on ne voit pas les jours secs.

Chapitre 4

Pendant la semaine, leur trio devint une petite équipe d'enquête. Ils ne voulaient pas faire de grands discours. Ils voulaient comprendre.

À la pause du midi, ils notèrent tout dans un carnet : la porte de la bibliothèque qui se refermait trop vite, le bouton de l'ascenseur placé un peu haut, les sacs laissés dans les couloirs, le tapis rebelle, la marche devant le gymnase.

— On dirait un parcours de jeu vidéo, soupira Malik. Sauf qu'on ne gagne pas de pièces.

Jade fit tourner son stylo entre ses doigts.

— On peut gagner autre chose : un endroit plus facile à vivre.

Nora proposa :

— Et si on ajoutait aussi des idées qui aident tout le monde ? Par exemple, des bancs à certains endroits pour faire une pause.

Malik hocha la tête.

— Oui ! Et des flèches plus claires pour l'ascenseur, parce que… je n'ai toujours pas compris pourquoi il est planqué derrière le couloir des casiers.

— Il n'est pas planqué, répéta Jade. C'est toi.

Ils passèrent au bureau de la CPE pour demander l'autorisation de faire un “tour d'observation” pendant une étude. Madame Faure les accueillit avec un mug de thé fumant et des lunettes rondes.

— Un tour d'observation ? Ça sonne sérieux, dit-elle.

Nora sentit sa gorge se serrer, mais elle parla :

— Je reviens de l'hôpital. Et… j'ai remarqué des choses qui fatiguent ou qui bloquent. On voudrait proposer des améliorations.

La CPE les regarda, attentive.

— C'est une excellente démarche. Vous avez déjà des idées ?

Jade posa le carnet sur le bureau.

— On a des problèmes, des photos, et des solutions possibles.

Malik ajouta :

— Et un ennemi : le tapis.

Madame Faure sourit.

— Le tapis, je vois. On va commencer par lui, je crois. Pour le reste, vous pourriez présenter ça au conseil de vie collégienne. Et si votre projet dépasse le collège… on peut aussi écrire à la mairie.

Le mot “mairie” fit relever la tête à Nora. Ça sonnait grand, mais pas impossible. Comme une porte qu'on n'avait jamais essayée.

En sortant, Malik chuchota :

— On est officiellement des citoyens.

— Ça ne te donne pas le droit de réclamer trois desserts, répondit Nora.

— Dommage, dit-il en soupirant théâtralement.

Chapitre 5

Le jour de leur présentation au conseil de vie collégienne, Nora se sentit comme avant une évaluation de maths : un mélange de trac et de “je veux que ça se passe bien”. Elle avait dormi tôt, bu de l'eau, pris son temps. Malgré tout, ses jambes étaient lourdes.

Jade arriva avec une pochette pleine de feuilles. Malik portait une règle, “au cas où il faudrait mesurer la méchanceté des obstacles”, avait-il dit.

Dans la salle, quelques élèves et deux adultes les attendaient. Madame Richaud était là, ainsi que le principal adjoint. Nora serra son carnet.

Jade commença :

— On a listé des petits obstacles qui, mis bout à bout, peuvent compliquer la vie de beaucoup de gens.

Malik prit le relais, en pointant une photo du tapis :

— Exemple numéro un : le tapis qui fait une bosse. Solution : le fixer correctement ou le remplacer par un tapis antidérapant. C'est simple.

Des têtes hochèrent.

Nora parla ensuite, sa voix plus stable qu'elle ne l'aurait cru :

— Quand on est fatigué, chaque détour compte. Un banc placé au bon endroit, c'est une pause qui évite de s'épuiser. Et des couloirs dégagés, c'est plus sûr pour tout le monde.

Le principal adjoint nota.

— Ce sont des propositions concrètes. Vous avez pensé au budget ?

Jade répondit sans se presser :

— On a séparé en trois catégories : gratuit, peu coûteux, et à discuter. Par exemple, dégager les couloirs et mieux indiquer l'ascenseur, c'est surtout de l'organisation. Pour le bouton de l'ascenseur, on peut demander un avis technique.

Malik ajouta :

— Et pour le tapis… on peut faire une collecte de ruban adhésif très sérieux.

Nora retint un rire. L'ambiance se détendit.

Madame Richaud conclut :

— Ce projet montre quelque chose d'important : on peut observer, imaginer, améliorer. Ce n'est pas seulement “aider quelqu'un”, c'est rendre l'endroit plus accueillant.

Quand ils sortirent, Nora sentit un soulagement. Ses épaules se relâchèrent comme un nœud qu'on défait.

— Tu as assuré, dit Jade.

— Toi aussi, répondit Nora. Et Malik… même avec son ruban.

— Le ruban, c'est l'avenir, déclara Malik avec gravité.

Sur le chemin du retour en classe, Nora s'arrêta une seconde pour respirer. Elle n'avait pas tenu “comme avant”. Elle avait tenu autrement. Et ça comptait.

Chapitre 6

Quelques jours plus tard, Madame Faure les appela.

— Le collège peut régler certaines choses rapidement. Le tapis sera fixé dès demain, et on va rappeler aux élèves de ne pas laisser leurs sacs dans les couloirs. Pour le reste, il y a des éléments qui concernent aussi les trottoirs autour du collège… et là, la mairie peut aider.

Le trio se regarda. La conclusion de leur aventure arrivait, mais elle ouvrait une autre porte.

Ils se retrouvèrent à la médiathèque après les cours. La pluie avait cessé. Dehors, les trottoirs étaient encore mouillés, et une grosse flaque barrait le passage près du passage piéton. Jade la contourna en roulant près du bord, avec prudence. Nora imagina une personne avec une canne, ou un parent avec une poussette, obligé de descendre sur la route.

— Voilà, dit Nora. Ce n'est pas énorme… mais c'est risqué.

Malik sortit son téléphone.

— Photo numéro… euh… beaucoup.

À une table, ils étalèrent leurs notes. Nora proposa :

— On écrit à la mairie comme un vrai courrier. Pas pour se plaindre, mais pour proposer.

Jade hocha la tête.

— On peut expliquer ce qu'on a observé, et demander s'il y a des solutions : reboucher certains trous, mieux drainer, abaisser un trottoir à un endroit.

Malik leva un doigt.

— Et on peut dire que ça aide tout le monde : personnes âgées, enfants, livreurs, sportifs, tout le monde.

Nora prit un stylo, puis s'arrêta.

— Vous croyez qu'ils vont nous écouter ?

Jade répondit simplement :

— Peut-être. Mais si on n'écrit pas, c'est sûr qu'ils ne sauront pas.

Malik ajouta, plus doux :

— Et puis, on a appris à faire un truc important : regarder autour de nous. Pas juste avancer vite.

Nora se mit à écrire. Les phrases venaient, claires et calmes. Elle parla de son retour au collège, de la fatigue, des petits obstacles invisibles. Elle parla aussi de leur envie de trouver des solutions, de leur créativité “pratique”, celle qui colle un tapis, déplace un panneau, ajoute un banc, repeint une flèche.

Quand elle posa le point final, elle sentit une satisfaction tranquille, comme une lumière de veilleuse.

— On signe tous les trois ? demanda-t-elle.

— Évidemment, dit Jade.

— Avec mon plus beau paraphe de citoyen, annonça Malik.

Ils signèrent. Dehors, le ciel s'éclaircissait. Nora rangea la lettre dans une enveloppe, avec l'adresse de la mairie soigneusement écrite.

Sur le chemin du retour, elle marcha à son rythme. Jade roulait à côté d'elle, Malik racontait une blague sur un tapis qui voulait devenir une vague. Nora rit, puis pensa : le monde ne devient pas parfait d'un coup. Mais il peut devenir un peu plus simple, un peu plus doux, si on ose proposer, ensemble.

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Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Grinça
Fait de produire un son aigu et rugueux, comme une porte mal huilée.
Ascenseur
Machine fermée qui monte et descend pour transporter des personnes entre étages.
Accessibilité
Facilité pour une personne d'entrer ou d'utiliser un lieu sans obstacle.
Collecte
Action de rassembler des objets ou des choses pour un but précis.
Mairie
Bâtiment où travaillent les personnes qui dirigent la ville ou le village.
CPE
Personne qui aide à organiser la vie et la discipline dans un collège.
Conseil de vie collégienne
Groupe d'élèves qui propose des idées pour améliorer le collège.
Adjoint
Personne qui aide et remplace parfois le responsable principal.
Antidérapant
Qui empêche de glisser, qui accroche bien au sol mouillé.
Logistique
Organisation pratique des choses à faire pour que tout fonctionne bien.
évacuation
Action de faire sortir des personnes d'un lieu pour leur sécurité.
Solidarité
Aide et soutien entre personnes quand quelqu'un a besoin.
Paraphe
Signature courte ou petit trait que l'on met après son nom.
Budget
Montant d'argent prévu pour payer des projets ou des travaux.
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Enlever ce qui gêne pour laisser un passage libre.
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