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Histoire sur le mensonge 11 à 12 ans Lecture 17 min.

Le contrôle froissé et le poids des petits mensonges

Léo ment sur sa performance à un contrôle pour ne pas décevoir sa famille et son ami, et porte la gêne et le poids de ce mensonge en cherchant comment s'en sortir.

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Garçon de 12 ans Léo : visage rond, taches de rousseur, cheveux châtain en bataille, regard timide mais soulagé, un ballon de basket sous le bras ; garçon de 12 ans Yanis : cheveux noirs courts, sourire franc, épaules larges, mains sur les hanches à droite de Léo, expression d'abord surprise puis rassurante ; petite sœur Mila, ~7 ans, deux couettes, robe colorée en arrière-plan près d'un banc, applaudissant ou chantant, regard curieux ; lieu : cour d'école pavée avec marquages de jeu, panier de basket rouge, bancs en bois, arbres aux feuilles légèrement dorées, bâtiment scolaire aux grandes fenêtres, lumière d'après-midi douce ; situation : récréation, Léo avoue sa mauvaise note à Yanis, atmosphère légère malgré la tension, sourires timides, papier froissé visible en poche, ballon et feuilles éparpillés au sol ; style : aquarelle aux pastels chauds, contours fins au stylo blanc pour rehauts, reflets dans les yeux, ombres délicates, ambiance douce et bienveillante. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Le contrôle et la phrase de trop

Léo posa son stylo. La feuille de contrôle de sciences tremblait un peu sous sa main, comme si elle avait froid. Autour de lui, la classe froissait des copies, soufflait, chuchotait des « enfin » soulagés.

Madame Roussel passa entre les rangées.

— Vous rendez, s'il vous plaît.

Léo glissa sa feuille sur le coin du bureau. Il avait travaillé, oui… mais pas assez. Au milieu, une question sur les circuits électriques l'avait coincé. Il avait écrit quelque chose, puis avait rayé, puis avait écrit autre chose. Un mélange. Un bricolage.

À la sortie, son meilleur copain Yanis le rattrapa.

— Alors ? Ça a été ?

Léo haussa les épaules.

— Bof. Ça va.

Le mensonge était petit, mince comme un fil. Pourtant, il lui chatouillait déjà la gorge.

Dans la cour, Yanis continua :

— Ma mère m'a promis des crêpes si j'ai au moins la moyenne. Et toi ?

— Pareil… enfin… je pense que j'ai réussi, répondit Léo, trop vite.

Il sentit la gêne arriver au même moment que le regard confiant de Yanis. Comme si quelqu'un lui avait posé une main chaude sur l'épaule en disant : « Je te crois. » Et cette main-là, Léo aurait voulu la repousser sans la vexer.

Sur le chemin du retour, sa mère demanda en attachant sa ceinture :

— Ta journée ?

— Bien. On a eu un contrôle… mais ça va.

Sa mère sourit.

— Je sais que ça te stresse. Tu as fait de ton mieux, c'est l'important.

Cette phrase, pourtant gentille, piqua Léo. Parce qu'elle s'appuyait sur son « ça va » comme sur une marche solide. Et lui savait que la marche était en carton.

Chapitre 2 — Le cartable, la chambre et les petits secrets

Après le goûter, Léo monta dans sa chambre avec son cartable. Sa chambre sentait le savon et les pages de livres. Sur le mur, une affiche d'un club de foot un peu de travers faisait semblant d'être parfaitement alignée.

Il s'assit par terre et ouvrit le cartable. Un petit chaos en sortit : des feuilles pliées, un cahier à spirales qui avait pris un coup, un paquet de mouchoirs tout plat, et un stylo sans capuchon qui roulait comme un insecte.

— Allez, mission rangement, murmura Léo, comme s'il parlait à un public invisible.

Il tria : « à garder », « à jeter », « à faire signer ». Puis il tomba sur le contrôle de sciences, celui qu'il avait rendu. Bien sûr, il n'était pas là. Mais une version brouillon, gribouillée, dormait au fond du cartable. La même question, le même brouillard dans sa tête. Il relut ses réponses. Ça n'avait pas l'air terrible.

Son ventre se serra.

Dans un coin du bureau, il y avait son agenda. Les pages étaient propres, trop propres. Sa mère aimait quand tout était noté. « Ça évite les surprises », disait-elle. Léo, lui, aimait les surprises… sauf quand elles ressemblaient à une mauvaise note.

Il prit un crayon et écrivit : « Sciences : contrôle ». Il s'arrêta. Il aurait pu ajouter « pas sûr ». Il aurait pu mettre un point d'interrogation. Mais il n'écrivit rien d'autre.

La porte grinça. Sa petite sœur Mila passa la tête.

— Tu fais quoi ?

— Je range.

— Tu ranges vraiment ? C'est rare, dit-elle avec un sourire de détective.

Léo attrapa une pile de feuilles pour faire sérieux.

— Je suis… organisé.

Mila entra et aperçut une feuille qui dépassait.

— C'est quoi ?

— Rien, juste… des trucs.

Le mot « rien » sonnait toujours faux, même dans une chambre. Mila plissa les yeux.

— T'as encore fait ton mystérieux ?

— Non.

Il se sentit rougir. Parce que Mila le regardait comme si elle savait. Et parce qu'il mentait pour presque rien.

— Bon, je te laisse, dit-elle. Mais je te préviens : si tu caches des bonbons, je les trouve.

Quand elle sortit, Léo souffla, partagé entre un rire et une boule dans la poitrine. Il se leva, rangea son cahier de sciences, aligna ses stylos. Tout était plus droit… sauf lui.

Chapitre 3 — L'excuse qui grandit

Le lendemain, en cours, Madame Roussel annonça :

— Je rendrai les contrôles demain. Et n'oubliez pas : on apprend aussi grâce aux erreurs.

Ces mots auraient dû rassurer Léo. Ils le touchèrent, oui, mais ils ne firent pas disparaître la peur. Il pensa à son « j'ai réussi ». Il pensa au regard confiant de Yanis. Le mensonge, d'un fil, était devenu une petite corde.

À la récréation, Yanis arriva en courant.

— Ma mère a déjà sorti la farine ! J'te jure, si j'ai pas la moyenne, elle va me regarder comme si j'avais cassé la télé.

— Tu vas l'avoir, dit Léo.

— Et toi, t'inquiètes pas, t'es fort. Tu m'avais expliqué les piles l'autre jour.

Léo sourit, mais sa bouche se crispa au milieu, comme un sourire qui n'osait pas finir.

— Ouais… je gère.

Le soir, sa mère l'interrogea en préparant le dîner.

— Tu sais quand vous aurez les résultats ?

— Demain.

— D'accord. Tu me diras.

Le « tu me diras » tomba doucement, comme une couverture qu'on pose sur un enfant. Et Léo, au lieu de se sentir protégé, se sentit coincé dessous.

Dans sa chambre, il reprit son agenda. Il pensa : « Et si je dis que le prof n'a pas rendu ? » Ce serait facile. Une excuse qui marche. Une petite. Personne ne vérifierait.

Il imagina le lendemain. Sa mère : « Alors ? » Lui : « Pas rendu. » Et puis encore un jour, et encore… jusqu'à ce que tout s'efface.

Mais il y avait un problème : Léo se sentait gêné quand on le croyait alors qu'il mentait. Gêné comme si une lumière lui chauffait le visage. Gêné comme si son mensonge était un objet trop gros dans ses poches, qui cognait à chaque pas.

Il s'allongea sur son lit, fixa le plafond. Les ombres des rideaux faisaient des bandes, comme des barreaux.

— Pourquoi c'est si compliqué ? murmura-t-il.

Parce qu'il ne voulait pas décevoir. Parce qu'il ne voulait pas qu'on pense qu'il s'en fiche. Parce qu'il voulait rester « celui qui gère ».

Il entendit sa mère rire avec Mila dans le salon. Ce son-là était simple, doux. Léo sentit une pointe de tristesse : il avait l'impression de se mettre à l'écart tout seul, juste avec quelques mots.

Chapitre 4 — Le papier froissé et le regard de Yanis

Le lendemain, les contrôles furent rendus. Madame Roussel posa la copie de Léo sur son bureau, face cachée. Son cœur battit vite, comme avant un plongeon.

Quand il retourna la feuille, un « 9/20 » apparut, en rouge. Pas une catastrophe. Mais pas la moyenne. Et, surtout, pas « j'ai réussi ».

Un petit bruit sortit de sa bouche, quelque chose entre un soupir et un « aïe ». Il sentit ses oreilles chauffer.

Madame Roussel passa près de lui et s'arrêta.

— Léo, viens me voir à la fin du cours, s'il te plaît.

Pendant le reste de l'heure, Léo n'entendit qu'à moitié. Ses pensées se bousculaient. « Elle va appeler maman ? » « Elle croit que j'ai triché ? » « Pourquoi elle veut me voir ? »

À la fin, il s'approcha du bureau.

— Tu as des bonnes idées, dit Madame Roussel en tapotant la copie. Mais tu t'es précipité sur la question des circuits. Tu veux qu'on reprenne ensemble ?

Léo hocha la tête, surpris.

— Oui… d'accord.

Elle sortit une feuille et dessina un schéma simple, avec des flèches.

— Regarde : si tu comprends le trajet du courant, tu verras que c'est logique.

Léo suivit, et quelque chose se débloqua. Pas tout, mais assez pour se dire : « Je peux progresser. »

En sortant, Yanis l'attendait, surexcité.

— Alors ?! T'as eu combien ?

Léo sentit la gêne remonter, ce fameux projecteur dans la tête. Yanis souriait déjà, persuadé d'une bonne nouvelle.

Léo avala sa salive.

— Euh… j'ai… eu la moyenne, dit-il.

Le mensonge sortit tout seul, comme un réflexe. Et Yanis éclata :

— Yes ! Je savais !

Léo sourit en retour, mais son sourire était lourd. Yanis lui donna une tape amicale.

— On se fait un foot ce soir ?

— Je peux pas, répondit Léo. J'ai… un truc.

Il partit plus vite, comme si la vitesse pouvait le débarrasser de ce qu'il venait de dire. Mais la gêne le suivait, collée à ses baskets.

Sur le chemin, il froissa sa copie dans sa poche, puis la déplia, puis la refroissa. Le papier faisait un bruit sec, comme un reproche.

Chapitre 5 — La vérité, version brouillon

Chez lui, Léo monta directement dans sa chambre. Son cartable l'attendait, ouvert sur le bureau. Comme si la chambre savait.

Il vida ses affaires. Le contrôle de sciences glissa sur la table. Le « 9/20 » le regarda.

Il entendit sa mère dans le couloir.

— Léo, tu peux descendre après ? On mange dans vingt minutes.

Il resta immobile. Sa gorge se serra. Il pensa à la crêpe de Yanis. À sa mère qui avait confiance. À Madame Roussel qui voulait l'aider. À Mila qui trouvait toujours les bonbons, même quand on les cache.

Il prit une feuille blanche et écrivit, sans réfléchir, comme on déverse un sac trop plein :

« J'ai eu 9. J'ai dit à Yanis que j'avais la moyenne. J'ai dit à toi que ça allait. Je suis gêné quand on me croit. Je voulais pas décevoir. Je peux rattraper. »

Il relut. Les mots étaient simples, mais ils respiraient. Il eut presque envie de rire : il venait d'écrire la vérité comme un devoir.

Il plia la feuille et la glissa dans son agenda. Puis il descendit, lentement, comme si chaque marche était une question.

À table, Mila racontait qu'elle avait gagné au jeu de cartes « parce que j'ai une stratégie secrète ». Son père leva un sourcil amusé.

— Une stratégie secrète ? Ou tu triches ?

— Je ne triche jamais, dit Mila avec un sérieux comique, la bouche pleine.

Tout le monde rit. Léo rit aussi, mais son rire s'arrêta un peu trop tôt.

Sa mère se tourna vers lui.

— Alors, les contrôles ?

Le moment était là. Le vrai. Léo sentit ses mains devenir moites. Il pensa à mentir encore : « pas rendu ». Mais il imagina le regard de sa mère quand elle découvrirait la copie plus tard, froissée, cachée. Là, ce ne serait plus un petit mensonge. Ce serait une histoire entière.

Il inspira.

— On les a eus.

Sa mère attendit, calme.

— Et… ?

Léo sentit la gêne, mais cette fois elle se mélangeait à autre chose : un besoin d'être léger, enfin.

— J'ai eu 9 sur 20.

Le silence dura une seconde. Mila le regarda comme si elle venait d'entendre une confession de pirate.

Sa mère ne cria pas. Elle posa sa fourchette.

— Merci de me le dire. Tu es déçu ?

Léo hocha la tête.

— Oui. Et… j'ai dit à Yanis que j'avais la moyenne. Et hier je t'ai dit que ça allait. Je… je voulais pas que vous pensiez que je suis nul.

Sa mère se pencha un peu, la voix douce.

— Un 9 ne dit pas que tu es nul. Il dit que tu n'as pas encore compris une partie. Et tu as le droit d'avoir peur. Mais mentir, ça te fait porter un sac plus lourd que ton cartable, non ?

Léo la regarda, surpris par la justesse. Ses yeux piquèrent.

— Oui. C'est exactement ça.

Son père intervint, sans se moquer :

— On a tous déjà fait des petits mensonges pour éviter une réaction. Mais la confiance, c'est comme un verre : ça se remplit goutte à goutte, et ça se renverse vite.

Mila chuchota, très sérieuse :

— Moi, j'ai déjà dit que c'était le chat qui avait renversé mon jus. On n'a pas de chat.

Léo éclata de rire, cette fois pour de vrai. Même sa mère sourit.

— On va faire simple, dit-elle. Tu me montres le contrôle après. Et demain, tu vas voir Madame Roussel pour l'aide ?

— Elle a proposé de reprendre avec moi, oui.

— Parfait. Et pour Yanis ?

Léo avala sa salive.

— Je… je peux lui dire la vérité.

Sa mère hocha la tête.

— Tu peux. Et si tu veux, on cherche ensemble comment le dire.

Chapitre 6 — Réparer, sans se cacher

Le lendemain, à la récréation, Léo repéra Yanis près du panier de basket. Il dribblait un ballon imaginaire, comme s'il s'entraînait même sans ballon. Léo s'approcha, le cœur battant.

— Yanis, faut que je te dise un truc.

— Vas-y.

Léo fixa ses chaussures une seconde, puis releva les yeux.

— Hier… j'ai menti. J'ai pas eu la moyenne. J'ai eu 9.

Yanis cligna des yeux, surpris.

— Ah. Pourquoi t'as dit le contraire ?

Léo sentit la vieille gêne, mais elle était moins brûlante. Parce qu'il n'était plus en train de cacher.

— J'avais honte. Et je voulais pas que tu me voies comme… je sais pas.

Yanis souffla, puis haussa les épaules.

— Franchement ? Je m'en fiche de ta note. Enfin, je veux dire… ça change rien.

Il eut un petit sourire.

— Par contre, t'as une dette : tu me dois une partie de foot. Avec un vrai ballon, cette fois.

Léo rit, soulagé.

— Deal.

Yanis reprit, plus sérieux :

— Tu sais, moi aussi je dis parfois « ça va » quand ça va pas. Mais là, t'as bien fait de me le dire.

Léo sentit quelque chose se dénouer en lui, comme un lacet trop serré qu'on défait.

Après les cours, il resta avec Madame Roussel pour revoir les circuits. Elle ne fit pas la morale. Elle expliqua, dessina, posa des questions. Léo se surprit à répondre. Il se trompa, corrigea, recommença. À la fin, il comprenait mieux, et surtout, il n'avait pas l'impression d'être jugé.

En rentrant, il rangea son cartable dans sa chambre. Cette fois, il ne le fit pas comme une mission pour faire semblant d'être organisé, mais comme un vrai tri : les feuilles importantes dans une pochette, les brouillons à recycler, l'agenda ouvert à la bonne page. Il glissa le contrôle dans un plastique transparent, sans le froisser.

Il s'assit sur son lit. La lumière du soir entrait en biais, dorée. On entendait, au loin, Mila qui chantonnait une chanson inventée, avec des paroles qui ne rimaient avec rien. C'était nul… et parfait.

Léo repensa à la journée : le poids dans sa poitrine, puis les mots dits, et enfin ce vide agréable, comme après avoir posé un sac trop lourd.

Il se dit que la vérité ne rendait pas tout facile. Elle ne changeait pas la note. Elle ne transformait pas un 9 en 15. Mais elle rendait l'air plus respirable. Et elle donnait envie de faire mieux, pas pour sauver une image, juste pour avancer.

Le soir, en éteignant la lampe, il garda en mémoire une image simple : Yanis qui sourit sans se moquer, sa mère qui écoute sans crier, et son contrôle rangé bien à plat, comme un papier qui n'a plus besoin de se cacher.

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Cartable
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Un carnet où l'on note les devoirs et les rendez-vous.
Gribouillée
Dessiner ou écrire vite et en désordre, sans soin.
Soupir
Un souffle long qui sort de la bouche quand on est fatigué ou déçu.
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