Chapitre 1
Le docteur Malik poussa la porte du cabinet en sifflotant doucement. Dehors, la ville bâillait encore, mais ici, ça sentait le savon et le thé chaud. Il accrocha sa blouse, se lava les mains jusqu'aux poignets et regarda le planning du jour.
« Bonjour, docteur ! » lança Inès, l'infirmière, en posant une boîte de pansements sur le comptoir.
« Bonjour, Inès. Prête pour notre marathon tranquille ? » répondit Malik avec un sourire.
Sur son bureau, tout était presque en ordre… presque. Un tas de papiers faisait une petite montagne. Malik le fixa comme on regarde un nuage qui ne veut pas bouger.
« On fera la pluie et le beau temps plus tard, murmura-t-il. D'abord, on soigne. »
Il ouvrit la fenêtre. L'air frais entra, comme une grande bouffée de courage. Puis il prit son stéthoscope, ce drôle d'outil qui ressemble à un collier de super-héros.
« Tu sais, Inès, être médecin, ce n'est pas seulement donner des médicaments. C'est aussi écouter, expliquer, rassurer… et apprendre tout le temps. »
Inès hocha la tête. « Comme un élève, mais avec une blouse. »
Malik rit. « Exactement. »
Chapitre 2
La première patiente s'appelait Lila, neuf ans et demi, une chaussette dépareillée et un air inquiet.
« J'ai mal à la gorge… et j'ai peur que ça fasse très mal, » avoua-t-elle.
Malik s'accroupit pour être à sa hauteur. « On va regarder ensemble, d'accord ? Ici, rien ne se fait en surprise. »
Il montra l'abaisse-langue, ce petit bâtonnet en bois.
« Ça, c'est comme une spatule de mini-cuisinier. Ça m'aide à voir sans toucher avec les doigts. Tu ouvres grand, comme un lion qui rugit, mais sans rugir… sinon je ne vois rien ! »
Lila esquissa un sourire. « Aaaah… »
Malik observa, puis posa doucement le stéthoscope sur la poitrine. « Et maintenant, j'écoute ton souffle. Je cherche des indices, comme un détective. »
« Alors ? » demanda Lila.
« Ta gorge est un peu rouge, mais ça ressemble surtout à un gros rhume. Le meilleur médicament, c'est du repos, de l'eau, et du miel si tes parents sont d'accord. Et surtout, se laver les mains. Les microbes, ça adore voyager sur les doigts ! »
Lila fronça les sourcils. « Donc… je ne vais pas exploser ? »
« Non, » dit Malik en riant. « Ton corps se bat très bien. Moi, je suis là pour l'aider et pour t'expliquer la carte du combat. »
Quand Lila partit, Inès chuchota : « Tu as encore transformé une consultation en histoire. »
« C'est ma technique secrète, » répondit Malik. « Quand on comprend, on a moins peur. »
Chapitre 3
Plus tard, Malik rejoignit la salle de pause de la petite maison médicale. Deux collègues étaient là : le docteur Sofia, qui adorait les carnets de notes, et le docteur Hugo, qui faisait toujours des blagues un peu nulles.
« Malik, » dit Sofia, « on a eu trois enfants aujourd'hui qui ont oublié de boire assez d'eau. Ça donne des maux de tête, de la fatigue… On devrait faire un rappel. »
Hugo leva la main, sérieux comme un juge. « Je propose une affiche. Avec une gourde souriante. Une gourde qui dit : “Je suis ton amie !” »
Sofia soupira, mais elle sourit quand même. « Pourquoi pas. Mais il faut que ce soit clair : boire, dormir, bouger, se laver les mains… Et ne pas venir au cabinet juste pour avoir peur. On vient aussi pour prévenir. »
Malik tapa doucement dans ses mains. « Parfait. Je m'en occupe cet après-midi. Je vais dessiner une affiche… avec de l'eau. »
Hugo cligna des yeux. « Avec… de l'eau ? Tu veux dire… un verre d'eau à côté ? »
« Non, » répondit Malik. « De l'eau comme peinture. Une petite expérience. Les enfants adorent quand ça change un peu. Et moi aussi. »
Sofia sortit un stylo. « D'accord, artiste. Mais n'oublie pas : on doit apprendre quelque chose, pas seulement faire joli. »
Malik fit un salut exagéré. « Mission : prévention, acceptée ! »
Chapitre 4
Dans son bureau, Malik posa une grande feuille blanche sur la table. Il remplit un petit bol d'eau, prit un pinceau et ajouta une goutte de colorant bleu. L'eau devint un lac miniature.
« Alors, docteur, vous peignez maintenant ? » demanda Inès en passant la tête par la porte.
« Je dessine une affiche qui ne pique pas, » répondit Malik. « Regarde. L'eau, ça glisse comme une idée. »
Avec le pinceau mouillé, il traça une grande gourde au ventre rond. Puis il fit des petites bulles qui semblaient rire. Il écrivit en lettres simples :
BOIRE DE L'EAU : TON CORPS DIT MERCI
LAVER TES MAINS : LES MICROBES S'ENFUIENT
DORMIR : TON CERVEAU RECHARGE SES BATTERIES
BOUGER : TES MUSCLES FONT LA FÊTE
Hugo entra et observa. « Wow. Ta gourde a l'air plus heureuse que moi le lundi matin. »
Malik ajouta un petit personnage qui tenait un mouchoir comme un drapeau. « Et là, c'est pour rappeler : quand on éternue, on met son coude, comme un bouclier. »
Inès pointa une bulle. « Et si un enfant a mal quelque part ? »
Malik dessina une petite étoile près d'un cœur. « On écrit aussi : “Si tu as mal et que ça dure, parle à un adulte.” Le métier de médecin, ce n'est pas d'être un magicien. C'est une équipe : l'enfant, la famille, l'infirmière, le docteur. »
Sofia passa voir l'affiche. « J'aime bien. Et tu sais quoi ? Même nous, on apprend encore. Tiens, j'ai lu hier une nouvelle façon d'expliquer les vaccins aux enfants : comme un entraînement avant un match. »
Malik hocha la tête. « Apprendre, c'est comme se laver les mains : on le fait souvent, et ça évite des problèmes. »
Il laissa l'eau sécher. Les traits bleus pâlissaient un peu, comme si l'affiche respirait. On aurait dit un dessin fait avec un bout de ciel.
Chapitre 5
La journée continua avec d'autres petits morceaux de vie : un garçon qui s'était fait une égratignure en jouant au ballon, une dame qui voulait comprendre son traitement, un monsieur venu pour un simple contrôle.
À chaque fois, Malik expliquait calmement.
« On vérifie la tension, » disait-il, « comme on regarde la pression d'un pneu : ni trop, ni pas assez. »
« On écoute le cœur, » ajoutait-il, « parce qu'il raconte une histoire en “boum boum”. »
Entre deux patients, Malik notait ce qu'il avait appris, ce qu'il devait vérifier, et les questions à poser à ses collègues. Parfois, il allait demander un avis.
« Sofia, tu peux confirmer la dose ? »
« Hugo, tu as déjà vu ce genre de toux chez un enfant sportif ? »
Et eux aussi demandaient à Malik. Personne ne faisait semblant de tout savoir. Ici, on apprenait ensemble, comme une équipe qui se passe la balle.
En fin d'après-midi, Malik accrocha l'affiche dans la salle d'attente. Une petite fille la fixa, fascinée.
« On dirait que c'est fait avec de l'eau de piscine ! » dit-elle.
Malik cligna de l'œil. « Presque. C'est de l'eau qui a décidé de devenir un message. »
La fillette lut à voix haute : « DORMIR : TON CERVEAU RECHARGE SES BATTERIES. Ah… ça veut dire que si je dors mal, je bugue ? »
« Exactement, » répondit Malik. « Tu es une experte. »
Le soir venu, il rangea enfin la petite montagne de papiers. Il aligna les dossiers, essuya la table, remit les stylos dans un pot. Il replia sa blouse avec soin, comme on borde une couverture.
Inès passa la tête. « Ton bureau est… incroyable. On dirait qu'il peut respirer. »
Malik regarda la pièce ordonnée, l'affiche qui séchait parfaitement, et la lumière douce sur les étagères.
« Un bureau en ordre, » dit-il, « c'est comme un esprit prêt à apprendre demain. »
Il éteignit la lampe. Dans le silence, on aurait dit que le cabinet murmurait : à demain, docteur.