Chapitre 1 : L'étrange pouvoir de Gustave
Gustave Pétillon n'était pas un garçon très ordinaire. Enfin, pour tout le monde, il l'était : il avait douze ans, un sourire à fossettes, et une mèche rebelle qui avait décidé de vivre sa propre vie. Mais, en secret, Gustave avait un pouvoir très, très bizarre. Il était capable de transformer tout ce qu'il touchait avec son petit doigt… en fromage. Oui, du fromage. Du camembert, du bleu, de l'emmental, selon son humeur. Un jour, son réveil était devenu une énorme boule de mozzarella, et une autre fois, sa brosse à dents s'était couverte de gruyère râpé.
Évidemment, Gustave avait toujours fait attention à cacher ce don plutôt insolite. Personne ne devait le savoir, surtout pas sa bande de copains : Lucie, la pro de la trottinette, Samir, le roi du ballon prisonnier, et Adèle, la future astronaute. Aucun d'eux n'aurait pu imaginer un secret pareil.
Un mardi après-midi, Gustave les attendait au parc, les mains bien enfoncées dans ses poches, le petit doigt replié comme un escargot peureux. C'était leur rendez-vous hebdomadaire pour une partie de cache-cache géante. Mais aujourd'hui, Gustave était nerveux : il sentait que, tôt ou tard, quelqu'un finirait par découvrir son étrange talent.
« Prêts pour une partie d'enfer ? » lança Lucie en arrivant, sa trottinette sous le bras.
« Dès que tu veux ! » répondit Samir, un ballon sous le bras.
Adèle s'approcha, le nez dans un livre sur les trous noirs, et marmonna : « Je propose qu'on change les règles, cette fois. Celui qui se fait toucher doit raconter une blague ! »
Gustave esquissa un sourire crispé, espérant que son petit doigt ne s'aviserait pas de transformer le banc en raclette devant tout le monde.
Chapitre 2 : Quiproquos et camembert
La partie de cache-cache commença dans la bonne humeur. Gustave courait partout, faisant attention à ne rien effleurer avec son petit doigt magique. Mais ce n'était pas facile : les arbres, les bancs, les panneaux… tout semblait vouloir se coller à lui. Il se faufila derrière une haie épaisse – et crac, son doigt toucha une branche ! Il sentit tout de suite le changement : une odeur forte monta dans l'air, et une petite écureuil qui passait par là fit une grimace avant de fuir la scène.
Gustave se figea. La branche venait de se transformer en un bâton de chèvre géant.
Samir surgit de derrière un buisson, tout essoufflé. « T'es là, Gustave ! Je t'ai vu ! »
Gustave se colla contre la haie (en prenant bien soin de cacher la branche-fromage).
Samir fronça les sourcils. « Ça sent bizarre ici, non ? On dirait la cantine le vendredi, quand ils font leur gratin… »
« Euh, non, ça doit être… les fleurs, tu sais ! Ou le compost, ou… »
Adèle, qui venait de les rejoindre, pointa du doigt la branche. « Mais c'est quoi cette branche toute blanche ? On dirait du fromage ! »
Panique. Gustave improvisa : « Oh, c'est sûrement une maladie… Un champignon, ou alors une blague de Lucie, elle adore faire des trucs bizarres, non ? »
Lucie, qui arrivait à ce moment-là, éclata de rire. « Moi ? Faire pousser du camembert sur les branches ? Tu me surestimes ! »
Samir s'approcha, renifla prudemment, puis recula. « Beurk, on dirait vraiment du fromage ! »
Gustave décida de changer de sujet. « On continue la partie ? Celui qui trouve Adèle doit raconter deux blagues, cette fois ! »
Ses amis acceptèrent, mais Lucie lança un regard suspicieux à Gustave. Il se jura de ne plus jamais jouer près de la haie.
Chapitre 3 : Les vilains du mercredi
Le lendemain, en rentrant de l'école, Gustave passa devant la boulangerie de Madame Cornet. Soudain, il aperçut un spectacle étrange : deux types masqués, déguisés en gâteaux (l'un en éclair au chocolat, l'autre en mille-feuille), essayaient de dérober la caisse. Mais ils semblaient complètement maladroits : l'un glissa sur une baguette, tandis que l'autre trébucha sur un carton de croissants.
Madame Cornet criait derrière son comptoir : « À l'aide, au voleur ! »
Le cœur de Gustave battit la chamade. C'était l'occasion de jouer les super-héros… mais comment faire sans révéler son secret ? Il observa les « vilains ». Ils n'avaient vraiment pas l'air dangereux, mais ils faisaient un sacré bazar !
Gustave s'approcha discrètement et fit mine de trébucher lui aussi (pour ne pas attirer l'attention). En tombant, son petit doigt effleura la poignée de la porte. Elle devint en un instant une immense meule de comté.
Les deux malfrats, surpris, se retrouvèrent coincés à l'intérieur de la boulangerie. Ils tapèrent sur la porte, qui ne bougea pas d'un poil (le fromage, c'est solide !). Les clients éclatèrent de rire.
Madame Cornet, elle, s'approcha de la porte, renifla, et déclara : « On dirait… du fromage ? Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ? »
Gustave fit semblant de ne rien comprendre. « Peut-être que c'est la nouvelle mode : les portes-fromage ! »
Les policiers arrivèrent, embarquèrent les voleurs pâtissiers, et Gustave s'éclipsa discrètement, les mains dans les poches, le petit doigt recroquevillé.
« Ouf, mission accomplie… » se dit-il en rigolant.
Chapitre 4 : La vengeance des affreux pas doués
Hélas, les deux bandits pâtissiers – appelés en secret « L'Éclair Noir » et « Monsieur Mille-Feuille » – n'avaient rien oublié. Ils décidèrent de se venger, convaincus que Gustave avait un rapport avec leur mésaventure. Un samedi matin, alors que Gustave se promenait avec ses amis, les deux vilains surgirent, armés… de fouets à crème et de rouleaux à pâtisserie.
« Nous te tenons, super-héros du fromage ! » hurla L'Éclair Noir en agitant son fouet (qui se coinça aussitôt dans un vélo).
Gustave blêmit. Il n'avait pas prévu d'affronter des vilains, surtout pas devant ses copains !
Adèle écarquilla les yeux. « Qui c'est, ceux-là ? On dirait qu'ils sortent d'une pub pour desserts ! »
Samir, pas effrayé, lança : « Vous avez perdu un pari ou quoi ? »
Monsieur Mille-Feuille tenta d'être impressionnant : « Nous sommes les terreurs de la pâtisserie, et aujourd'hui, nous allons faire fondre le fromage ! »
Lucie éclata de rire. « Même ma petite sœur fait plus peur que vous ! »
Les deux bandits piquèrent un sprint, mais s'encoublèrent dans la ficelle d'un ballon. Gustave en profita pour toucher le banc voisin avec son petit doigt. Paf ! Le banc devint un énorme morceau de gouda.
Les bandits glissèrent dessus, perdirent l'équilibre, et finirent les fesses couvertes de fromage, coincés comme des cornichons dans une raclette.
Samir s'approcha, hilare. « Vous voulez du pain avec ça ? »
Les deux vilains finirent par fuir, couverts de fromage et humiliés. Les amis de Gustave n'avaient toujours rien compris à la magie du fromage, mais ils trouvaient l'aventure formidable.
« On devrait appeler ça la bataille du banc fondant ! » plaisanta Lucie.
Gustave poussa un soupir de soulagement. Une fois de plus, il avait sauvé la situation… sans dévoiler son secret.
Chapitre 5 : La grande révélation (ou presque)
Les jours passèrent, et toujours plus de quiproquos fromagers venaient secouer la vie de Gustave. Un matin, alors qu'il ouvrait son casier à l'école, il y trouva… un camembert géant à la place de ses cahiers ! Les autres élèves éclatèrent de rire, pensant à une blague de Samir.
Mais Gustave commençait à être fatigué de cacher son pouvoir. Un soir, il invita ses amis chez lui pour un goûter. Sa mère avait préparé un plateau de fromages, évidemment (elle n'avait jamais compris pourquoi il y en avait toujours autant à la maison !).
Lucie, curieuse, demanda soudain : « Dis, Gustave, tu n'as jamais remarqué que partout où tu vas, il y a du fromage ? »
Samir renchérit : « Ouais, c'est vrai. Même ton vélo sent la raclette ! »
Adèle le fixa, l'air songeur. « Tu nous caches quelque chose ? »
Gustave rougit. Il hésita. Devait-il tout dire ? Il pensa à toutes ces situations comiques, à la tête de ses amis… et décida de rester mystérieux.
Il prit un morceau de fromage, le fit tourner entre ses doigts, et déclara : « Peut-être que c'est mon super-pouvoir… d'attirer le fromage ! »
Ses amis éclatèrent de rire. Lucie lança : « Alors, t'es Super-Fromage ! »
« Au moins, ça ne pue pas autant que Super-Chou-Fleur ! » rigola Samir.
Gustave sourit. Pour une fois, il était content de son drôle de don.
Chapitre 6 : À chacun son pouvoir
Le dimanche suivant, la bande se retrouva au parc pour une nouvelle aventure. Cette fois, Gustave décida de s'amuser avec son pouvoir… sans que personne ne s'en rende compte. Il transforma une vieille souche en brie, une pierre en parmesan, et même la sonnette du parc en petit chèvre.
Les enfants du quartier découvrirent tout ce fromage et s'en donnèrent à cœur joie : certains firent des tours de magie, d'autres construisirent un château en camembert. Même les moineaux picoraient de petits bouts, tout contents.
Lucie, observant la scène, dit à ses amis : « Je crois que, finalement, le vrai super-pouvoir, c'est de toujours trouver une façon de s'amuser, même quand tout part en fromage ! »
Gustave éclata de rire, heureux et soulagé. Il savait maintenant que son pouvoir, aussi bizarre soit-il, faisait sourire les gens. Et c'était peut-être ça, le secret des super-héros : rendre la vie un peu plus drôle, même avec des pouvoirs complètement loufoques.
Et, qui sait, peut-être qu'un jour il révélerait son secret à ses amis. Mais pour l'instant, il était Super-Fromage, le héros incognito… et ça, c'était déjà pas mal, non ?
La bande repartit, bras dessus, bras dessous, prête pour de nouvelles aventures – et peut-être, qui sait, de nouvelles batailles de fromage !