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Fantasy urbaine 5 à 6 ans Lecture 12 min.

Le fragment de lune et les affiches qui chuchotent

Boser-ne, cinq ans, et ses amis Malo et Ilyes traversent une ville magique pour protéger un fragment de talisman poursuivi par une ombre, et découvrent en chemin l'importance de partager les responsabilités et de travailler ensemble.

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Trois garçons de 5 ans — Boser-ne, châtain en bataille en veste jaune et jean, au centre les mains sur un coffre rond, Malo, peau olive, coupe courte, tenant une petite boîte métallique à gauche, et Ilyes, cheveux noirs bouclés, écharpe rouge, à droite en posture d’éclaireur regardant une étagère — se tiennent dans une bibliothèque cachée derrière une laverie, murs garnis d’étagères en bois sombre, lampes en goutte diffusant une lumière vanille, parquet usé et petite fenêtre ronde laissant passer un reflet néon ; ils déposent ensemble un fragment scintillant dans un coffre en bois sculpté posé sur un tabouret, qui émet une lumière blanche douce formant des rails d’étoiles sur le sol pendant qu’une ombre fine se replie au pied d’une étagère ; ambiance chaleureuse, magique et rassurante, couleurs chaudes et pastels, traits simples et expressifs, composition centrée sur les mains réunies autour du coffre. signaler un problème avec cette image

1. Les affiches qui chuchotent

Dans le quartier des cafés, la ville avait une odeur de chocolat chaud et de pluie sur les trottoirs. Les vitres brillaient comme des bonbons. Les bus passaient en soufflant, et les lampadaires allumaient une lumière douce, comme des lucioles bien rangées.

Boser-ne vivait là, juste au-dessus d'un petit café où la machine à expresso ronronnait comme un chat. Boser-ne avait cinq ans, comme ses deux amis, Malo et Ilyes. Ils formaient une bande de trois garçons qui se tenaient toujours près des bancs, là où les feuilles faisaient des tourbillons.

Dans ce quartier, les affiches sur les murs n'étaient pas seulement des affiches. Elles parlaient. Pas fort, pas pour faire peur. Elles murmuraient, avec une voix de papier froissé. Et elles parlaient souvent d'une époque étrange que les enfants n'avaient pas connue: les années 1980, avec des couleurs flashy, des cassettes et des baskets qui grincent.

Sur une grande affiche rose et bleue, un robot dessinait une étoile avec un feutre. Une autre montrait un chanteur aux cheveux en nuage. Quand Boser-ne passait, les affiches disaient des petites phrases comme des conseils:

« Les choses précieuses se cachent dans la poche intérieure. »

« Les secrets aiment les boîtes à goûter. »

« On gagne plus vite quand on n'est pas tout seul. »

Ce soir-là, le vent avait un goût de mystère. Boser-ne marchait avec Malo et Ilyes, leurs chaussures tapant doucement le sol. Dans sa main, Boser-ne tenait quelque chose qui brillait: un fragment de talisman, petit comme un ongle, mais clair comme un morceau de lune.

Le fragment n'était pas dangereux, mais il attirait l'attention des choses bizarres: les chats qui savaient compter, les pigeons qui faisaient des rondes, et même les ombres trop curieuses.

Boser-ne devait le mettre à l'abri.

Il savait où: dans la Bibliothèque des Couloirs, une grande bibliothèque cachée derrière une laverie automatique. Les machines y tournaient, et, entre deux tours, une porte apparaissait, fine comme une feuille. Derrière, il y avait des couloirs pleins de livres et de poussière dorée.

Boser-ne serrait le fragment très fort. Trop fort. Il voulait tout faire lui-même, tout porter, tout décider. Comme si déléguer était un mot lourd dans la bouche, un mot qui pouvait tomber.

Les affiches, ce soir-là, murmuraient plus que d'habitude. Une affiche de jeu vidéo, avec un dragon pixelisé, souffla:

« Un talisman se protège mieux à trois. »

2. La course dans la ville magique

Les trois garçons prirent la rue principale, là où les néons des magasins faisaient des flaques de couleur sur le sol. Un salon de coiffure diffusait une chanson ancienne; on aurait dit qu'elle venait d'une cassette invisible. Les voitures passaient, mais la magie restait, cachée dans les coins: dans les bouches d'égout qui soupiraient, dans les lignes blanches des passages piétons qui semblaient tracer des sorts.

Tout allait bien, jusqu'à ce qu'un petit frisson traverse le mur. Une ombre se décolla d'un poteau. Pas une ombre méchante, mais une ombre affamée de lumière, comme un grand manteau sans personne dedans. Elle glissa derrière eux, silencieuse.

Boser-ne sentit son fragment de talisman picoter, comme s'il voulait se sauver tout seul.

Malo, qui avait l'œil rapide, montra du doigt la vitrine d'un café. Dans le reflet, on voyait l'ombre qui suivait. Ilyes attrapa la main de Boser-ne. Le contact était chaud et rassurant, comme une petite bouillotte.

Boser-ne voulut courir seul, serrer le fragment, foncer, ne compter sur personne. Il imagina la bibliothèque, la porte secrète, la boîte où cacher le morceau de lune. Il imagina aussi l'ombre qui se rapprochait.

Alors, dans sa tête, un mot apparut, comme écrit à la craie: coopération.

Ils tournèrent dans une ruelle où les murs étaient couverts d'affiches des années 1980. Elles clignaient des yeux, et les dessins avaient l'air vivants. Une affiche de skateboard murmura:

« Partage la mission. »

Boser-ne inspira. Il était petit, mais il pouvait essayer une grande chose: déléguer.

Il donna à Malo une petite boîte en métal, celle où il mettait parfois des biscuits. Il y posa le fragment de talisman, vite, comme si c'était un secret qui ne supportait pas l'air froid.

Puis Boser-ne confia la boîte à Malo.

Malo la glissa dans sa poche, sans la faire tinter. Il marchait droit, très sérieux, comme un gardien. Ilyes, lui, prit le rôle d'éclaireur. Il regardait les coins, les vitrines, les flaques.

Boser-ne n'avait plus le fragment dans la main. Ses doigts se sentirent vides, et son ventre fit un petit nœud. Mais il n'était pas seul. Il avait deux amis. Et, bizarrement, le nœud se desserra un peu.

L'ombre tenta de les doubler. Elle passa sous un banc, s'étira le long d'un mur, essayant de toucher la poche de Malo. À ce moment-là, une affiche de concert, avec des lettres brillantes, se mit à chanter sans son, juste avec de la lumière. La ruelle devint plus claire, comme si on avait allumé un projecteur doux.

L'ombre recula, surprise.

Les garçons coururent jusqu'à la laverie automatique. Les machines ronronnaient derrière la vitre, en faisant des bulles de savon imaginaires. Une femme pliait du linge, sans voir la porte qui allait apparaître. La porte secrète aimait être discrète.

Ils attendirent une seconde. Les machines tournèrent. Et, entre deux tours, la porte fine apparut, comme promis.

Malo entra le premier, Ilyes ensuite, et Boser-ne ferma la marche. Derrière eux, l'ombre glissa, mais la porte se referma avec un petit bruit de page qu'on tourne.

Dans la Bibliothèque des Couloirs, l'air sentait la vanille et le vieux papier. Des lampes en forme de gouttes de pluie pendaient du plafond. Les livres, sur les étagères, semblaient respirer.

Ils suivaient un chemin marqué par des autocollants fluorescents, comme ceux qu'on colle sur les cahiers. Tout au fond, il y avait la Salle des Objets Perdus et Retrouvés. Là, une armoire en bois gardait les choses magiques: une clé de tramway, une bille qui contenait un orage, une écharpe qui murmurait des comptines.

Boser-ne s'approcha de l'armoire. Il tremblait un peu, pas de peur, mais d'importance. Comme avant de souffler sur une bougie d'anniversaire.

3. Le coffre et la lumière partagée

Dans la Salle des Objets, il y avait un coffre rond, posé sur un tabouret, avec un couvercle décoré de petits immeubles et de nuages. Le coffre attendait, patient. On aurait dit qu'il savait compter jusqu'à trois.

Malo sortit la boîte en métal, et Ilyes posa sa main dessus, comme pour dire: « On est là. » Boser-ne, lui, posa les deux mains sur le coffre. Le bois était tiède, comme s'il avait gardé un peu de soleil.

Au moment où Malo voulut ouvrir la boîte, un mini-rebondissement arriva: une page de livre, toute seule, se décolla d'une étagère et flotta dans l'air, comme un oiseau de papier. Elle tournoya autour d'eux. Sur la page, il y avait une carte de la ville, mais la carte bougeait. Les rues se dessinaient et s'effaçaient, comme si la ville rêvait.

La page se posa sur le coffre. Un mot apparut, écrit en lettres fines:

« Ensemble. »

Boser-ne comprit. Ce n'était pas seulement mettre le fragment à l'abri. C'était apprendre à le faire en équipe.

Ils touchèrent le coffre tous les trois en même temps. Malo ouvrit la boîte. Une lumière blanche et douce en sortit, pas éblouissante, plutôt comme la lumière d'un matin. Le fragment de talisman vibra, heureux de ne pas être seul.

Mais l'ombre, dehors, n'avait pas abandonné. Elle s'était glissée par une fente, minuscule, comme un courant d'air. Elle arriva dans le couloir, silencieuse. Elle cherchait la petite lumière.

Boser-ne sentit son cœur battre. Il aurait voulu prendre la boîte, la fermer, courir, faire tout tout seul. Il regarda Malo. Il regarda Ilyes. Ils étaient là, solides comme des petits piliers.

Alors Boser-ne délégua encore, même si c'était difficile. Il fit des gestes simples, comme dans un jeu.

Malo devait déposer le fragment dans le coffre.

Ilyes devait surveiller l'ombre, sans s'approcher.

Boser-ne devait fermer le coffre au bon moment.

Malo posa le fragment au centre du coffre. Le coffre reconnut sa magie et se mit à briller, dessinant des petites lignes de lumière sur le sol, comme des rails de métro en étoiles.

L'ombre tenta d'avancer, attirée. Mais la lumière du coffre n'était pas une lumière qui chasse. C'était une lumière qui rassure. Elle disait: « Ici, tout est à sa place. »

L'ombre ralentit. Elle hésita. Comme si elle se souvenait qu'elle n'était qu'une ombre, et qu'elle n'avait pas besoin de voler pour exister. Elle se fit plus petite, plus fine. Puis elle se posa au pied d'une étagère, devenue simple et calme, comme un manteau accroché.

Boser-ne ferma le coffre. Le clic du couvercle fut net et doux. Tout se calma. Les lampes-gouttes brillèrent un peu plus, comme pour féliciter.

Ils restèrent un moment, à respirer. Boser-ne sentit une chaleur dans sa poitrine, pas la chaleur du fragment, mais celle d'avoir réussi autrement. Avec les autres.

Sur un pupitre, un vieux poste radio des années 1980 s'alluma tout seul. Il ne parla pas avec des mots, juste avec un petit souffle musical, comme une berceuse faite de rue et de nuit.

Les garçons ressortirent par la porte secrète. La laverie bourdonnait toujours. Dans la rue, les cafés riaient avec leurs lumières. Les affiches du quartier, dehors, avaient l'air contentes.

Une affiche de cassette, aux couleurs vives, murmura quand ils passèrent:

« Quand on partage la tâche, le cœur devient plus léger. »

Boser-ne regarda ses mains vides, puis ses amis. Il se sentit grand, même à cinq ans. Il avait mis un fragment de lune à l'abri, au cœur d'une ville qui sait garder les secrets. Et il avait appris quelque chose de précieux: on peut demander de l'aide, on peut confier, on peut faire confiance.

Sur le chemin du retour, les trottoirs brillaient comme s'ils étaient faits de petites étoiles. La magie n'avait pas quitté la ville. Elle marchait avec eux, tranquillement, et la nuit sembla dire, tout bas, que demain serait encore un bon jour pour coopérer.

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Talisman
Un objet que l'on croit protéger ou porter de la chance.
Fragment
Un petit morceau cassé ou séparé d'une chose plus grande.
Murmuraient
Parler tout doucement, presque sans faire de bruit.
Ruelle
Une petite rue étroite entre des maisons ou des bâtiments.
Vitrine
La grande fenêtre d'un magasin où l'on montre des objets.
Autocollants fluorescents
Des images collantes qui brillent ou sont très visibles la nuit.
Coffre
Une grande boîte solide pour garder des objets précieux en sécurité.
Projecteur doux
Une lumière forte qui éclaire doucement, comme un gros lampe.

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