Le matin des couleurs
Dans la clairière où poussent des fleurs arc-en-ciel, vivait Louna. Louna avait de grandes oreilles douces, une fourrure qui changeait de couleur selon son humeur, et une longue queue en plumes qui chatouillait l'air. Ce matin-là, un doux soleil doré glissait entre les feuilles et le vent chantait doucement. Louna sautillait de pierre en pierre, son pelage lumineux, car elle adorait le jour du jeu d'imitation.
Chaque semaine, tous les petits de la clairière se retrouvaient pour jouer ensemble. Il y avait Célio, qui aimait courir, Sora, qui riait fort, Mila, qui sautait haut, et Jojo, qui inventait toujours de nouveaux jeux. Certains avaient des écailles, d'autres des plumes ou des poils, mais chacun était accueilli avec ses différences.
Louna arriva sur la grande souche, au centre de la clairière, juste à côté du vieux tronc creux. Elle vit ses amis en cercle, impatients de commencer.
Un jeu pas comme les autres
Aujourd'hui, Mila proposa : « Si on faisait le jeu d'imitation ? On choisit chacun quelqu'un et on fait comme lui ou elle ! » Tout le monde sauta de joie. C'était le jeu préféré de la troupe, car il fallait bien observer et essayer de faire pareil, mais aussi d'ajouter sa petite touche.
Louna se sentit toute excitée. Les amis commencèrent à choisir qui imiter. Célio choisit Jojo, car il voulait inventer un nouveau cri rigolo. Mila choisit Sora, pour essayer de rire aussi fort qu'elle. Sora décida d'imiter Louna, car elle aimait voir les couleurs changer sur sa fourrure. Jojo hésita, puis choisit Mila, car il aimait la façon dont elle sautait.
Quand ce fut le tour de Louna, elle regarda autour d'elle. Elle pensa : « Qui vais-je imiter ? » Elle remarqua alors que certains amis n'avaient jamais été choisis dans ce jeu. Il y avait Pipo, qui était petit et timide, et Zéli, qui aimait porter des fleurs dans ses cheveux même si d'autres disaient que ce n'était ni pour les garçons ni pour les filles. Louna sourit à Zéli, puis à Pipo. Elle décida : « Aujourd'hui, je vais imiter Zéli ! » Sa fourrure prit une couleur rose pastel, car elle était fière de ce choix.
Découvertes dans la cour
Le jeu commença. Chacun essayait de marcher, de sourire, de parler comme l'ami ou l'amie qu'il imitait. Sora tournait sur elle-même pour devenir Louna, riant de voir sa propre fourrure imaginaire changer de couleur. Célio faisait de drôles de bruits comme Jojo, et Jojo sautillait en l'air comme Mila. Mila riait fort, essayant d'être Sora.
Louna, elle, se concentra. Elle regarda Zéli, qui avançait doucement, une fleur bleue derrière l'oreille. Louna prit une petite fleur jaune, la glissa derrière sa propre oreille, et se tint bien droit comme Zéli. Elle imita sa façon de regarder les autres avec gentillesse, et se surprit à se sentir calme, comme Zéli. Zéli la regarda, surpris, puis lui adressa un sourire timide mais lumineux.
Pipo, lui, imitait Célio. Il n'allait pas aussi vite, mais il mettait tout son cœur à courir, et ça faisait sourire tout le monde.
Au fil du jeu, chacun se rendit compte que c'était amusant d'essayer d'être comme les autres, mais encore mieux d'apprendre ce qu'ils ressentaient. Mila découvrit que rire fort comme Sora, ce n'était pas facile, mais ça faisait du bien. Jojo vit que sauter comme Mila demandait de l'équilibre. Louna comprit que porter une fleur, c'était joli, même si personne d'autre n'en portait. Et Zéli se sentit fier en voyant Louna l'imiter avec respect.
Chacun sa lumière
Le jeu prit fin doucement, les amis s'assirent sur la souche, un peu fatigués et très heureux. Chacun raconta ce qu'il avait ressenti en essayant d'être un autre. Ils rirent de leurs maladresses, s'encouragèrent, et surtout, se félicitèrent d'avoir essayé.
Louna sentit sa fourrure devenir arc-en-ciel. Elle regarda Zéli et Pipo, qui souriaient. Elle pensa alors que chacun avait quelque chose de précieux à partager, même si ce n'est pas toujours ce que tout le monde attend. Être soi-même, c'est important. Essayer de comprendre les autres, c'est tout aussi beau.
Avant de partir, les petits de la clairière se serrèrent les uns contre les autres. Un souffle léger passa dans les feuilles, comme un secret. Et dans ce silence, un bravo tout doux fut murmuré, si léger qu'on aurait dit un premier rayon du matin.
Chacun rentra chez soi, le cœur chaud et fier, prêt à recommencer demain, à être soi-même, et à aimer la différence chez les autres.