C'était un mercredi et, comme tous les mercredis après-midi, je vais à la médiathèque.
La médiathèque fait partie de mes sorties préférées. J'aime me promener entre les rayons, plus grands que moi, remplis de livres. J'aime ça. Je les observe en me demandant comment je vais faire pour tout lire : il y en a tellement.
La lecture me donne la possibilité d'imaginer de nombreuses choses : un jour, je suis princesse, sorcière ; un autre jour, je suis commissaire, etc. Je me dis que j'écrirai aussi un jour, car c'est fantastique d'imaginer un monde différent. Néanmoins, ce n'est pas pour tout de suite...
Je me suis donc installée près du radiateur, dans un petit coin, comme je le fais toujours, et je n'ai entendu aucun bruit autour de moi tant j'étais captivée par le nouveau livre que j'avais pris.
J'ai exploré l'Écosse en train en lisant le livre Le Voyage à reculons de Jules Verne. Il m'est venu à l'esprit de partir en Écosse un jour, tellement j'ai trouvé cela magnifique. J'avais l'impression d'y être, je voyais défiler cette étendue de verdure.
Une fois ma lecture finie, je me suis rendue au rayonnage pour le ranger.
Quand ?
J'entends un bruit.
Il y avait un livre qui était tombé. Je le récupère et le range.
Je mets mon manteau et j'entends une voix.
Je me retourne, regarde partout, mais le bruit venait de l'étagère du dessus où j'avais rangé le livre qui était tombé.
Je m'avance près du livre. Une petite voix venait de là.
Il y avait quelque chose de mystérieux qui me captivait dans ce livre. J'étais attirée par cette voix grave, mais douce et tendre.
Et j'entends :
— Ben voyons, remets-moi sur l'étagère comme tous les autres l'ont fait, pour que je croupisse ici.
— C'est ça, fais semblant de ne pas m'entendre, encore une qui ne s'intéresse qu'aux beaux livres.
— Oui, c'est moi qui te parle, le livre que tu viens de remettre sans même prendre le temps de le regarder.
— Oui, je sais, je ne suis pas très joli, ni très propre non plus. Je suis vieux et plein de poussière, et alors ?
— Pardon !
Un livre qui parle.
— Ben oui, et alors ? Toi aussi, tu trouves ça bizarre ?
— Excusez-moi ? Pourquoi cette colère ? Je ne vous ai rien fait, je vous replace simplement sur l'étagère.
— Eh bien oui, il est bien là, le problème.
— Ah bon ? Pourquoi ?
— Si tu m'avais regardé de plus près, tu aurais peut-être dit : “Tiens, un livre que je ne connais pas, mais qui pourrait peut-être m'intéresser.”
— Mais non, nada, pas possible : un vieux livre, un peu poussiéreux en plus.
— Et oui, malheureusement, plus de place pour les vieux livres. En fait, on m'a oublié sur l'étagère.
— Mais tu es un peu impertinent pour me parler comme ça.
— Bon, d'accord pour l'oubli sur l'étagère, mais je vais regarder ça de plus près, comme tu me le conseilles.
Je repris le livre dans les mains et commençai à le lire à une vitesse folle tant il était intéressant.
Et je décidai de remettre ce livre sur une autre étagère, visible de tout le monde, où l'on pourrait le voir, le toucher, le lire, le sentir.
Car rien n'est plus triste que d'abandonner, après plusieurs années de loyaux services auprès des lecteurs, des livres qui ne font plus la une. De nouveaux lecteurs en feront peut-être leur livre de chevet.
En tout cas, je l'espère. Ils le méritent.