Le rêve au pied de la termitière
Au pied d'une termitière rouge qui montait comme une montagne de brique cuite, vivait Kossi, homme aux mains d'oiseau et au cœur de terre. Chaque matin, la termitière souriait au soleil et Kossi lui parlait. Il disait : « Ô grande fourmi qui fais la maison, prête-moi un souffle pour mon rêve. » Le rêve de Kossi était simple : semer du mil, des petites étoiles rondes qui chantent dans la terre. Il voulait que les grains se multiplient comme les histoires d'un griot, qu'ils nourrissent son village et qu'ils dansent au vent.
Kossi n'était pas pressé, mais il était zélé. Il avait planté une graine d'attention dans sa poitrine : écouter. Sa mère lui avait dit : « Écoute la terre, écoute le ciel, écoute la termitière. » Alors il mettait son oreille contre la fourmilière rouge, comme on pose une oreille contre une caisse de tambour, pour entendre le secret des insectes. Il entendait un murmure de mille sentiers — assez pour apprendre la patience.
Le murmurant de la termitière
Un jour, la termitière murmura plus fort. Les fourmis, petites grand-mères du sol, frappaient leur chant : pluie! pluie! Kossi se pencha. Une fourmi sage, vieille comme l'argile, posa sur lui une poussière d'encouragement. « Plante quand la lune a parlé au ciel, » chuchota-t-elle. Kossi nota les mots dans sa poche comme on garde une graine-précieuse.
Il alla voir le vieux forgeron, le conteur du village, la femme qui file le coton, et l'enfant qui apprend à courir vite. À chacun il répétait : « Écoute la termitière, elle dit la pluie arrive. » Certains rirent, d'autres haussèrent les épaules, mais une voix, celle d'une grand-mère qui regardait toujours les nuages comme on lit les pages d'un livre, répondit : « Écoute aussi le chant des nuages. » Kossi sut alors que le murmure n'était pas seulement terre, mais ciel, et qu'il fallait savoir entendre les deux.
La graine et l'écoute
Quand la pluie arriva, elle frappa le sol comme des perles sur une calebasse. Kossi se mit au travail. Il avait acheté des semis de mil avec les coquillages qu'il avait économisés. Ses mains faisaient des trous petits comme des bouches d'enfant et y déposaient les grains, un par un, comme on raconte des mots d'amour. Il parlait aux graines : « Pousse, petit mil, je t'écoute. » Et il écoutait aussi le vent qui passait, le voisin qui chantait, le rire d'une fille qui battait le tambour.
Mais planter, c'est attendre, et attendre, c'est apprendre à écouter plus fort. Les oiseaux venaient goûter, les chèvres lorgnaient, la poussière devenait parfois mensonge. Kossi apprit à écouter le sol qui disait : besoin d'eau, besoin de sommeil. Il apprit à écouter la pluie qui revenait en comptines. Une nuit, le ciel hurla un orage. Kossi, réveillé par le tonnerre, alla parler à la terre en la couvrant de feuilles pour protéger les petits mil. Son zèle devint soin, son soin devint respect. Les graines grandissaient, vertes et vaillantes, parce que quelqu'un les écoutait comme on écoute un ami malade.
L'adieu au soleil
Les saisons dansaient comme des femmes au marché. Les plants de mil se dressaient, déjà prêts à chanter leur récolte. Le village vint voir. On toi parla de Kossi, de sa patience et de son oreille fine. Quand arriva le jour de la moisson, Kossi prit sa faucille et salua la termitière rouge qui avait veillé. Avant de couper, il se tourna vers l'horizon où le soleil, rouge aussi comme la terre, commençait à plonger.
Il posa une main sur la tige, une main sur sa poitrine, écouta le murmure du vent, le froissement des feuilles, le battement du cœur de la terre. Puis il parla au soleil comme on parle à un vieil ami : « Merci d'avoir chauffé mes nuits et mes jours. » Le village se rassembla, et ensemble ils dirent adieu au soleil, qui descendit lentement comme un grand radeau d'or. Les enfants formèrent une ronde, les anciens frappèrent le rythme, et la voix de Kossi, douce et ferme, conclut la prière :
« Quand tu pars, soleil, nous restons à t'écouter. Tu reviens demain, et nous aussi, nous reviendrons à la terre. »
Ils laissèrent le champ propre, les sacs remplis de mil, et Kossi fit une offrande à la termitière : un peu de mil pour les fourmis, un peu pour les oiseaux, un peu pour les mains qui ont besoin. Puis, sous le dernier trait de lumière, il salua encore : adieu, soleil — adieu en attendant le retour.
La leçon resta comme un parfum sur les habits du village : écouter n'est pas rester silencieux, c'est entendre ce que la terre, les gens et le ciel demandent. Kossi, l'homme zélé au pied de la termitière rouge, devint un conte que l'on chuchote au soir, pour que chaque enfant comprenne : qui écoute bien, voit plus loin, partage mieux, et dit adieu au soleil avec gratitude.