Chapitre 1 : Le goûter… et le petit mystère
Lina avait 8 ans et un carnet à spirales toujours dans la poche de son gilet. Sur la première page, elle avait écrit au feutre violet : « Lina, enquêtrice rigoureuse ». Elle adorait les détails : les heures, les traces, les mots exacts.
Ce mercredi-là, après l'école, elle entra dans la cuisine en reniflant l'air.
« Mmm… ça sent le chocolat ! » dit-elle.
Maman posa un plateau sur la table. Il y avait des tasses, des serviettes, et surtout une assiette de biscuits en forme d'étoiles.
« Goûter spécial. Pour te remercier de m'avoir aidée à ranger le garage hier », expliqua Maman.
Lina sourit, fière. « Merci… et de rien ! »
Elle allait attraper un biscuit quand son petit frère, Nino, arriva comme une tornade.
« MOI ! » cria-t-il joyeusement.
Il prit l'assiette… puis s'arrêta net.
« Hein ? Mais… il en manque ! »
Lina regarda. Il y avait cinq étoiles. Elle était sûre d'en avoir vu… huit, juste avant de se laver les mains.
« Maman, tu as déjà servi quelqu'un ? » demanda Lina, très calme.
Maman secoua la tête. « Non, je viens de les sortir. Je n'ai même pas quitté la cuisine. »
Nino ouvrit de grands yeux. « C'est un voleur de biscuits ! »
Maman rit doucement. « Un voleur très gourmand, alors. »
Lina posa son carnet sur la table et fit claquer son crayon comme un vrai détective.
« Pas de panique. On va enquêter. Mais on reste polis : on cherche des indices, pas des coupables. »
Nino se redressa. « Je peux être ton assistant ? »
« D'accord », dit Lina. « Mais un assistant qui observe et qui écoute. »
Elle regarda autour d'elle : la fenêtre entrouverte, la porte du jardin, le tapis près du frigo.
« Première question : où étaient les biscuits ? »
« Sur le rebord de la fenêtre, pour refroidir », répondit Maman.
Lina s'approcha du rebord. Elle vit quelques miettes, comme une petite route de sable.
« Ah. Des miettes. Très intéressant. »
Nino s'agenouilla. « On dirait une piste ! »
Lina hocha la tête. Elle suivit les miettes jusqu'à la porte du jardin. Elles continuaient dehors, sur les dalles.
« L'enquête sort de la cuisine », annonça-t-elle. « Et moi, j'adore quand ça devient une aventure. »
Maman attrapa une boîte. « Prenez vos vestes. Et si vous trouvez le “voleur”, rappelez-vous : on dit merci quand on comprend. Même dans une enquête. »
Lina nota : « Biscuits disparus : 3. Piste : miettes vers jardin. »
Puis, juste avant de sortir, Lina s'arrêta. Elle leva un doigt.
« Chut. Écoutez. »
Quelque part dehors, on entendait des pas. Des petits pas pressés, sur les graviers.
Tac-tac-tac.
Lina sourit. « Le mystère marche sur ses propres pieds. Allons voir. »
Chapitre 2 : Les pas sur le sentier boisé
Le jardin était calme. Un ballon dormait dans l'herbe. Une pince à linge accrochée à un arbuste faisait semblant d'être un papillon.
Les miettes menaient vers la petite barrière en bois, celle qui donnait sur le chemin derrière la maison. Un chemin qui finissait par entrer dans un sentier boisé, pas très loin, où Lina aimait se promener avec Maman.
« On a le droit d'y aller ? » demanda Nino.
Maman les suivait, rassurante. « Oui, mais ensemble. Et on reste sur le chemin. »
Lina passa la barrière, carnet en main. La piste de miettes devenait plus difficile à voir, mais de temps en temps, une étoile de sucre brillait sur une pierre.
Et il y avait toujours ces pas.
Pas forts, pas effrayants. Plutôt… rapides et légers.
« Tu entends ? » chuchota Lina.
Nino colla une main derrière son oreille. « Tac tac tac… On dirait… des chaussures minuscules ! »
Maman sourit. « Ou des pattes. »
Le sentier boisé commençait. Les arbres faisaient une ombre douce, comme un grand parapluie vert. Des feuilles craquaient sous leurs baskets.
Tout à coup, Lina s'arrêta et leva le bras.
« Stop. Indice numéro deux. »
Sur une branche basse, il y avait un petit bout de serviette en papier, blanc avec un dessin de fraise.
« C'est la serviette du goûter ! » s'exclama Nino.
Lina ne s'emballa pas. Elle observa. Elle toucha le papier du bout du doigt.
« Il est froissé, mais pas mouillé. Donc il a été pris récemment. »
Nino cligna des yeux. « Comment tu sais ? »
« Si c'était vieux, il serait tout humide avec la rosée. Là, il est encore sec. »
Maman applaudit doucement. « Bravo, enquêtrice rigoureuse. »
Lina rougit un peu, mais elle nota : « Serviette du goûter retrouvée. Temps : récent. »
Ils avancèrent. Les pas se firent plus proches. Et puis… un petit bruit de frottement, comme quelqu'un qui tire quelque chose sur le sol.
Frrt… frrt…
Nino chuchota : « C'est le voleur qui traîne son sac de biscuits ! »
Lina s'accroupit. Sur la terre, il y avait des traces fines : deux lignes parallèles, comme si quelque chose avait glissé.
Elle réfléchit à voix haute :
« Si c'était un enfant, on verrait des empreintes de chaussures. Mais là, c'est plutôt… un objet traîné. »
Maman demanda : « Un jouet ? »
Lina haussa les épaules. « Peut-être. Ou quelque chose de léger. »
Soudain, un écureuil traversa le chemin en bondissant.
Nino sursauta, puis rit. « Oh ! Il avait l'air pressé, lui ! »
Lina sourit aussi, mais elle resta concentrée.
« On ne sait pas encore. Continuons. »
Au détour du sentier, ils virent une petite clairière avec un vieux banc en bois. Quelqu'un avait posé, sur le banc, une boîte en carton. La boîte était ouverte.
Et dedans… il y avait des miettes.
« On approche », murmura Lina.
Elle fit signe à Nino de respirer doucement.
« On observe d'abord. Pas de course. Pas de cris. Un vrai enquêteur ne fait pas fuir les indices. »
Ils s'approchèrent du banc. Lina regarda autour : sous le banc, derrière, dans les feuilles.
Et elle entendit, juste à côté, dans un buisson :
Tac-tac-tac… tac-tac.
Des pas tout proches.
Lina se pencha et dit d'une voix douce :
« Bonjour. On ne veut pas te faire peur. On cherche juste trois biscuits en forme d'étoiles. »
Nino pouffa. « Elle parle au buisson ! »
Le buisson remua. Quelque chose brilla : deux yeux ronds, curieux.
Maman chuchota : « C'est peut-être un petit animal. »
Lina sourit. « Alors on va être encore plus gentils. »
Chapitre 3 : Trois suspects et une déduction
Le buisson remua encore, puis… un hérisson sortit, tout petit, avec un air sérieux. Il avançait à pas pressés : tac-tac-tac, exactement le bruit qu'ils entendaient.
Nino ouvrit la bouche, émerveillé. « Oooh ! Un bébé hérisson ! »
Le hérisson s'arrêta près du banc et renifla la boîte en carton. Sur son museau, il y avait… une miette.
Mais Lina resta prudente. Dans une enquête, le premier indice peut tromper.
« D'accord », dit-elle, en chuchotant comme si le hérisson comprenait tout. « Tu es un suspect. Mais il y en a peut-être d'autres. »
Nino se redressa. « Quels autres ? »
Lina leva trois doigts.
« Suspect numéro un : le vent. Il aurait pu faire tomber des biscuits par la fenêtre. »
Elle montra la boîte. « Mais ici, la boîte est sur un banc. Le vent ne met pas une boîte sur un banc. Donc… le vent n'est pas très doué pour ça. »
Nino gloussa. « Le vent, maladroit ! »
« Suspect numéro deux : un oiseau », continua Lina. « Un oiseau peut voler avec un biscuit. Mais les biscuits étaient sur une assiette, et ils sont assez lourds. Et surtout… on ne voit pas de plumes, ni de coups de bec. »
Maman demanda : « Et le troisième ? »
Lina regarda le hérisson.
« Suspect numéro trois : un animal qui marche, qui peut porter ou pousser. Comme le hérisson. »
Le hérisson renifla et fit quelques pas. Tac-tac-tac.
Puis il tira quelque chose derrière lui.
« Le bruit de frottement ! » s'écria Nino. « C'est lui ! »
Derrière le hérisson, accroché à une petite brindille, il y avait un morceau de serviette en papier, celui à la fraise, traîné comme une mini-couverture.
Dessus, on devinait une tache de chocolat.
Lina se pencha doucement.
Dans un coin de la serviette, il y avait… un biscuit étoile, cassé en deux.
« Voilà un biscuit », murmura Lina. « Où sont les deux autres ? »
Le hérisson avança, très fier, et alla vers un tas de feuilles près d'un arbre. Il se glissa dessous.
On entendit un froissement, puis… silence.
Nino trépigna. « On peut regarder ? »
Maman posa une main sur son épaule. « On regarde, mais on ne touche pas. C'est sa maison. »
Lina hocha la tête. Elle s'accroupit et souleva un tout petit peu les feuilles, juste assez pour voir.
À l'intérieur, il y avait deux autres biscuits en étoile. Pas avalés, pas détruits. Juste… cachés comme un trésor.
Nino chuchota, impressionné : « Il a fait un stock ! »
Lina réfléchit. « Peut-être qu'il a senti l'odeur et qu'il a pensé que c'était de la nourriture pour lui. Il n'a pas voulu voler. Il a juste… pris ce qu'il a trouvé. »
Maman sourit tendrement. « Il ne sait pas que c'était pour notre goûter. »
Le hérisson sortit un peu la tête, comme pour demander : « Alors, c'est bon ? »
Lina eut une idée. Elle sortit de sa poche une petite pomme qu'elle gardait souvent pour plus tard.
« Maman, les hérissons mangent plutôt des insectes, non ? Et des fruits parfois. On peut lui laisser un morceau de pomme, à la place des biscuits ? »
Maman approuva. « Bonne idée. On ne va pas lui laisser du chocolat. »
Lina coupa un petit bout de pomme avec l'aide de Maman (elle, elle n'avait pas de couteau, car les enquêtrices de 8 ans ont des crayons, pas des couteaux). Elle posa le morceau de pomme à côté du tas de feuilles, bien visible.
Puis elle parla doucement :
« Merci de nous avoir montré ta cachette. On reprend nos biscuits, d'accord ? Et toi, tu as la pomme. C'est un échange. »
Nino souffla : « C'est le premier voleur poli que je rencontre. »
Lina rit. « Ce n'est pas un voleur. C'est un… collecteur de goûters. »
Le hérisson renifla la pomme. Tac-tac. Puis il mordilla un peu, comme s'il approuvait le marché.
Lina récupéra les biscuits en étoile, sans abîmer la petite maison de feuilles.
Dans son carnet, elle écrivit : « Mystère résolu : bébé hérisson. Motif : odeur + faim. Indices : pas légers, serviette traînée, boîte sur banc. »
Puis elle ajouta, après une petite pause : « Important : dire merci. »
Chapitre 4 : Le doute levé, et merci pour de vrai
Sur le chemin du retour, le soleil passait entre les branches, comme des rayures dorées sur le sol. Lina marchait d'un pas calme. Nino sautillait, tenant l'assiette vide comme un trophée, parce que Lina avait mis les biscuits dans une boîte pour les protéger.
« Alors, enquête terminée ? » demanda Nino.
Lina leva son crayon. « Presque. Un bon enquêteur vérifie toujours qu'il n'y a pas un détail qui cloche. »
Maman sourit. « Quel détail ? »
Lina réfléchit à voix haute :
« Les biscuits ont disparu, on a suivi des miettes, on a trouvé la serviette, puis le hérisson. Tout colle. Mais… je veux être sûre que personne n'a laissé la fenêtre ouverte exprès, ou que ce n'est pas tombé tout seul. »
Arrivés à la maison, Lina retourna dans la cuisine. Elle regarda la fenêtre.
Elle remarqua une petite trace de boue sur le rebord, comme une empreinte de patte.
« Voilà », dit-elle. « Le hérisson est passé par là. Il a dû grimper grâce au petit tabouret. »
Nino pointa le tabouret près du mur. « Je l'ai mis là ce matin pour atteindre mon verre ! »
Lina le regarda. « Ah ! Donc ce n'était pas un plan secret. Juste… une coïncidence. »
Maman hocha la tête. « Un concours de circonstances. »
Lina nota : « Tabouret déplacé par Nino. Fenêtre entrouverte. Accès possible. Doute levé. »
Nino se gratta la tête. « Donc… c'est un peu ma faute ? »
Lina posa une main sur son bras. « Ce n'est pas une faute. Tu n'as pas voulu. Et grâce à ça, on a rencontré un hérisson. »
Maman ajouta : « Et on a appris à faire attention. On fermera la fenêtre quand les biscuits refroidissent. »
Nino souffla, soulagé. « Ouf. Je préfère quand le mystère se termine avec un goûter. »
Ils s'assirent enfin. Maman servit le chocolat chaud. Lina posa les cinq biscuits sur l'assiette, plus les trois récupérés : huit étoiles, comme au début.
Nino compta. « Une, deux, trois… On est riches ! »
Lina rit. « Riches en biscuits, oui. »
Maman leva sa tasse. « Je veux dire merci. Merci Lina, d'avoir enquêté sans te fâcher. Et merci Nino, d'avoir aidé. Même si tu as été… un assistant très bondissant. »
Nino prit une voix très sérieuse. « Je suis un assistant professionnel. Je bondis seulement quand c'est nécessaire. »
Lina leva aussi sa tasse, fière et douce.
« Et merci à toi, Maman, de nous accompagner. Et merci au petit hérisson… de nous avoir rappelé qu'on peut résoudre un problème sans se disputer. »
Nino croqua dans un biscuit étoile. « Et merci au biscuit d'être délicieux. »
Maman éclata de rire. « Celui-là, il ne répondra pas, je crois. »
Lina sortit son carnet une dernière fois et écrivit la dernière ligne, en lettres bien rondes :
« Une enquête peut finir avec un merci. C'est le meilleur indice pour une journée réussie. »
Dehors, dans le jardin, un léger bruit se fit entendre, très loin, vers le sentier boisé.
Tac-tac-tac.
Nino tendit l'oreille, puis sourit. « Il marche encore. »
Lina hocha la tête, rassurée. « Oui. Et maintenant, on sait qui c'est. Plus de mystère, plus de doute. Juste un petit voisin à piquants… et un goûter bien mérité. »