Chapitre 1
À dix ans, Malo se croyait plutôt discret. Pourtant, ce matin-là, sa maison avait l'air de lui faire un clin d'œil étrange. Dans la cuisine, Mamie cherchait son carnet de recettes, celui avec une tache de chocolat sur la couverture. Impossible de le retrouver.
Sans ce carnet, pas de beignets pour le carnaval du quartier. Et au carnaval, les beignets de Mamie étaient presque plus célèbres que la grande roue.
Malo posa son bol de céréales. Il observa la table, les chaises, le porte-manteau. Il se répéta la phrase qu'il disait quand il jouait au détective : « On cherche des indices, pas des idées qui s'envolent. »
Mamie soupira. « Je l'avais hier soir, j'en suis sûre. Je l'ai posé… quelque part. »
Malo sourit, rassurant. « On va le retrouver. Tu peux me dire la dernière chose que tu as faite avec ? »
Mamie réfléchit. « J'ai noté une nouvelle recette. Puis j'ai entendu la musique d'essai du carnaval dehors. Après… j'ai rangé un peu. »
Malo nota tout dans sa tête. Musique dehors, rangement, carnet qui disparaît. Ça ressemblait à un vrai mystère, mais un mystère doux, avec de la farine au lieu de danger.
Chapitre 2
Malo commença par la salle à manger. Il ouvrit le tiroir du buffet, celui qui grinçait comme un vieux hamster. À l'intérieur : des serviettes pliées, un jeu de cartes, et… un petit papier froissé.
Il le déplia. C'était un ticket coloré, avec un dessin de masque et des étoiles : « Carnaval — Stand des surprises ». Au dos, une phrase écrite au stylo : “À 15 h, près du clown”.
Malo fronça les sourcils. Mamie n'écrivait pas comme ça. Et Mamie n'appelait jamais quelqu'un “le clown”. Elle disait plutôt “le monsieur avec le nez rouge”.
Dans le couloir, sa petite sœur Lina passa en trottinant. Malo l'arrêta doucement. « Tu as vu le carnet de Mamie ? »
Lina secoua la tête, puis ajouta, fière : « J'ai vu Mamie avec un monsieur qui portait une casquette bleue. Il a dit qu'il aimait les beignets. »
Une casquette bleue. Malo imagina un suspect. Il ne sautait pas encore aux conclusions, mais son cerveau commençait à courir comme un lapin dans un champ.
Il alla voir Mamie. « Tu as parlé avec quelqu'un à casquette bleue ? »
Mamie cligna des yeux. « Ah… oui. Le responsable d'un stand du carnaval. Il m'a demandé si je pouvais écrire ma recette pour un concours. Je lui ai dit que je verrais. »
Malo sentit l'enquête s'allumer. Si quelqu'un voulait la recette, il pouvait vouloir le carnet. Mais pourquoi le voler ? Et pourquoi laisser un ticket ?
« Mamie, on va au carnaval à 15 h. On suivra les indices. »
Mamie rit. « D'accord, détective. Mais si on ne le retrouve pas, on achètera des churros. »
Malo fit semblant d'être choqué. « Des churros ? Jamais ! Enfin… peut-être un petit. »
Chapitre 3
À 15 h pile, ils arrivèrent au carnaval. Les couleurs clignotaient, la musique sautillait, et ça sentait le sucre et la pomme d'amour. Malo avançait comme un radar, les yeux partout.
Près du clown, il y avait trois choses intéressantes. D'abord, un stand de magie avec des foulards. Ensuite, une roulotte de maquillage. Enfin, un stand “Surprises”, décoré de rubans.
Malo se tourna vers toi, comme s'il te confiait l'affaire. Qui irais-tu questionner en premier ?
1) Le clown, parce que le ticket dit “près du clown”.
2) Le stand “Surprises”, parce que c'est écrit sur le ticket.
3) La roulotte de maquillage, parce que les gens y attendent et parlent.
Malo choisit de commencer par le stand “Surprises”. C'était souvent là que se cachaient les histoires.
Derrière la table, une dame aux boucles d'oreilles en forme de cerises distribuait des petites boîtes. Malo demanda poliment : « Bonjour, vous avez vu passer un carnet de recettes ? Avec une tache de chocolat. »
La dame éclata de rire. « Un carnet au carnaval ? J'ai vu pire, moi. Mais non, pas de carnet. Par contre, un garçon avec une casquette bleue est venu demander un stylo tout à l'heure. Il avait l'air pressé. »
Casquette bleue, encore. Malo remercia et s'éloigna. Il observa le sol. Près d'un poteau, un coin de papier dépassait d'une poubelle. Il le récupéra sans mettre les mains dedans, juste avec deux doigts, comme un vrai enquêteur propre.
C'était une liste de courses : farine, œufs, sucre… et tout en bas, écrit plus gros : “Ne pas perdre le carnet !”
Malo pouffa. « Ça, c'est clairement Mamie. »
Donc Mamie avait été au carnaval récemment, ou quelqu'un avait pris une page de sa liste. Le mystère se resserrait.
Chapitre 4
Ils firent le tour. Malo repéra enfin un monsieur avec une casquette bleue près d'une petite scène. Il installait des pancartes pour un “Concours de recettes du quartier”.
Malo ne courut pas. Il s'approcha calmement, comme un chat qui ne veut pas faire tomber un vase. « Bonjour, monsieur. On cherche le carnet de recettes de ma grand-mère. Vous l'avez vu ? »
Le monsieur sursauta, puis soupira comme s'il avait avalé un ballon de baudruche. « Oh… alors… je crois que je sais. Je m'appelle Hugo. Ce matin, votre grand-mère m'a montré son carnet, parce que je lui demandais une recette à présenter au concours. Je ne l'ai pas pris. Mais… il y a eu un coup de vent. »
Malo leva un sourcil. « Un coup de vent ? »
Hugo montra une petite pile de papiers qui avait l'air d'avoir vécu une tempête. « Le carnet a glissé dans mon sac, sans que je m'en rende compte. Je suis parti en vitesse, et je l'ai retrouvé ici, il y a une heure. Je l'ai posé sur le banc près de l'entrée, pour qu'on le récupère. Et ensuite, j'ai été appelé sur scène. »
Mamie croisa les bras, mi-fâchée, mi-soulagée. « Sur le banc ? Quel banc ? »
Hugo indiqua du doigt : « Celui près du stand de ballons. »
Malo réfléchit. Si le carnet était sur un banc, quelqu'un d'autre pouvait l'avoir pris. Mais Hugo n'avait pas l'air méchant, plutôt maladroit. Et un carnet qui “glisse” dans un sac, ça arrive… surtout quand on s'agite comme une crêpe sur une poêle.
Malo fit un plan simple. « On y va tous ensemble. Comme ça, on cherche vite. »
Hugo hocha la tête. « Je viens. Et je m'excuse vraiment. Pour me faire pardonner, je peux aider à préparer le concours… et à transporter les beignets. »
Mamie le regarda. « Vous portez bien les plateaux ? »
Hugo sourit, sérieux. « Je porte même mes erreurs. »
Malo se retint de rire. L'enquête devenait une équipe.
Chapitre 5
Ils arrivèrent près du stand de ballons. Là, un banc en bois attendait, tranquille… mais il n'était pas tranquille du tout : il était occupé.
Une grande dame avec un chapeau violet était assise d'un côté, un petit garçon collé à elle, et une poussette de l'autre. Entre eux, posé comme un trésor, il y avait un carnet à couverture tachée de chocolat.
Malo s'approcha doucement. « Excusez-moi… ce carnet, c'est peut-être celui de ma grand-mère. »
La dame leva la tête, surprise. « Oh ! On l'a trouvé par terre, près d'ici. Mon fils voulait l'ouvrir pour regarder, mais je lui ai dit d'attendre. On cherchait justement quelqu'un à qui il appartient. »
Mamie eut un grand sourire, comme si on venait de lui rendre une partie de son cœur. « C'est le mien ! Merci beaucoup. »
Le petit garçon montra la tache de chocolat. « C'est une tache de bataille ? »
Malo répondit : « Oui. Une bataille contre un gâteau. Le gâteau a perdu. »
Tout le monde rit. La dame rendit le carnet. Mamie le serra contre elle, puis regarda Malo. « Tu as bien travaillé. Tu as posé des questions, tu as observé, et tu as demandé de l'aide. »
Malo sentit ses joues chauffer. Il n'avait pas “capturé” un voleur. Il avait surtout rassemblé des morceaux d'histoire, comme un puzzle. Et ça, c'était encore mieux : personne n'était puni, tout le monde avait appris.
Hugo s'approcha. « Alors… les beignets ? »
Mamie tapa doucement le carnet. « Les beignets. Mais cette fois, on les fait ensemble. Malo, tu mesures. Hugo, tu mélanges. Et Lina… tu goûtes, mais seulement une fois. »
Lina leva la main, innocente. « Une fois par beignet ? »
Le banc restait occupé, la dame et son fils s'y installaient encore, en regardant les ballons danser dans le ciel. Malo, lui, repartit avec son équipe, le carnet retrouvé, et le sentiment délicieux qu'une enquête peut se résoudre avec des yeux attentifs, des mots polis… et beaucoup de coopération.