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Histoire de créature fantastique 5 à 6 ans Lecture 13 min.

Le pont des Murmures et le géant du partage

Gaspard le géant se joint aux habitants d’un marché nocturne pour tenter de réparer le vieux pont des Murmures, découvrant en chemin que la patience, l’écoute et le partage sont essentiels.

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Gaspard, géant tendre au visage souriant et yeux-lampions, en grande écharpe verte, pose la dernière pierre d’un pont en reconstruction près d’une rive étoilée tandis que Gino l’escargot maçon, coquille luisante et petit casque, indique l’emplacement, une petite foule émerveillée observe dont un garçonnet au bonnet-champignon tenant la main de sa mère, Nila la coquille-gardienne flotte en chuchotant des bulles près du pilier et une renarde marchande, lierre aux pattes, se tient prête sur la berge ; marché nocturne aux tentes violettes, lanternes jaunes flottantes et bocaux de lucioles, ambiance chaleureuse et collaborative au crépuscule, couleurs vives, traits nets, éclairage doux et reflets argentés sur l’eau. signaler un problème avec cette image

Partie 1 : Le marché qui brille comme la lune

La nuit avait posé son grand châle bleu sur la vallée. Dans l'air, des lanternes rondes flottaient doucement, comme des bulles de miel. Au bord de la rivière des Étoiles, un marché nocturne s'ouvrait, plein de couleurs et de musiques. On entendait des clochettes, des rires, et le “ploc ploc” d'une fontaine qui chantait.

Au milieu des petites tentes, un géant avançait à pas très lents pour ne pas faire trembler les stands. Il s'appelait Gaspard. Il était grand comme trois moulins, avec une veste cousue de morceaux de ciel, et une écharpe qui sentait la menthe. Ses yeux, eux, brillaient comme deux lampions.

Gaspard n'était pas là pour acheter des bonbons de nuage ni des chaussures qui sautillent toutes seules. Il avait une mission douce et importante : reconstruire un vieux pont, un pont ancien, tout en pierres lisses, qui dormait en morceaux depuis longtemps. Sans ce pont, les gens du marché ne pouvaient plus passer de l'autre côté de la rivière, là où poussaient les fruits-lunes et les fleurs qui rigolent.

Il s'arrêta devant un plan posé sur une table. Le plan était dessiné sur une feuille de feuille, une feuille si fine qu'on voyait la lumière à travers. Une petite marchande-hibou, avec des lunettes rondes, hocha la tête.

« Tu es bien Gaspard le géant ? » demanda-t-elle.

« Oui, madame Hibou. Je viens pour le pont. »

« Ah ! Le pont des Murmures. Il aime qu'on le répare avec patience. Et surtout… avec partage. »

Gaspard sourit. Le partage, c'était sa grande idée. Quand il trouvait une pomme, il en donnait la moitié. Quand il apprenait une chanson, il la chantait pour tout le monde.

Il continua dans les allées. Un vendeur de lumières en bocal agitait un pot où dansaient des lucioles.

« Une lumière pour ton chantier ? » proposa-t-il.

Gaspard secoua la tête avec douceur.

« Je n'ai pas beaucoup d'argent. Mais je peux porter tes bocaux jusqu'à ton stand, si tu veux. »

Le vendeur rit.

« Marché conclu ! Prends plutôt une luciole. Elle ne coûte qu'un sourire. »

Gaspard sourit, et la luciole sauta dans sa poche. Elle y fit un petit soleil, juste pour lui.

Plus loin, une dame-renarde vendait des cordes de lierre tressé.

« Elles tiennent même les secrets ! » dit-elle fièrement.

Gaspard demanda :

« Puis-je en avoir pour réparer le pont ? Je partagerai le passage avec tous. »

La renarde cligna des yeux.

« Si tu partages, alors je donne. Mais tu devras aussi partager ton temps : aide-moi à ranger mes paniers. »

Gaspard s'agenouilla et, avec ses grandes mains, empila les paniers comme des cubes. En deux minutes, tout était bien rangé. La renarde lui offrit une bobine de lierre et une petite tape amicale sur le doigt, comme on tapote une graine.

Enfin, près du stand des pierres chantantes, un petit escargot portait un casque minuscule.

« Je suis Gino, l'escargot-maçon ! » annonça-t-il. « Je connais les ponts. »

« J'ai besoin de sagesse, » avoua Gaspard. « Je suis fort, mais parfois je vais trop vite. »

Gino leva ses antennes.

« Alors écoute : un pont, ce n'est pas seulement des pierres. C'est un accord entre deux rives. On ne force pas un accord. On l'écoute. »

Ces mots entrèrent dans le cœur de Gaspard comme une petite musique.

Partie 2 : Le pont ancien et les pierres qui bougent

Au bout du marché, derrière une rangée de tentes en velours violet, la rivière brillait. On aurait dit qu'elle avait avalé des étoiles et qu'elle les recrachait en étincelles. Sur la berge, les morceaux du vieux pont reposaient : des pierres longues, des arches cassées, et un pilier un peu penché qui faisait la grimace.

Gaspard posa ses outils : une truelle grande comme une raquette, un marteau au manche de bois doré, et un seau de “miel-de-lune”, un ciment magique qui colle sans faire de bruit.

Gino l'escargot grimpa sur une pierre et déclara :

« D'abord, on trie. Les pierres ont chacune leur place, comme les mots dans une phrase. »

Gaspard acquiesça.

« D'accord. Je ne veux pas me tromper. »

Il commença à trier. Il aligna les pierres lisses, puis les pierres rugueuses, puis les pierres qui brillaient un peu. La luciole dans sa poche sortit et éclaira les coins sombres. On voyait mieux. On respirait mieux.

Tout allait bien… jusqu'à ce que Gaspard pose une grande pierre au bord de l'eau. La pierre fit “plouf” et disparut. La rivière avala aussi un petit “glouglou” comme un rire.

Gaspard ouvrit grand les yeux.

« Oh non ! Je l'ai perdue ! »

Gino, très calme, dit :

« La rivière est polie, mais elle est joueuse. Elle veut qu'on lui demande gentiment. »

Gaspard se pencha vers l'eau.

« Rivière des Étoiles, s'il te plaît, rends-nous la pierre. Nous reconstruisons le pont pour que tout le monde puisse passer. »

La surface trembla. Une bulle monta, puis deux. La pierre réapparut, portée par une vaguelette. Et, sur la pierre, il y avait… une petite coquille de noix.

La coquille parlait, d'une voix de goutte :

« Je suis Nila, la gardienne des traversées. Si vous rebâtissez le pont, promettez-vous de ne pas le garder pour vous ? »

Gaspard posa sa main sur son cœur.

« Je promets. Ce pont sera pour tous : les grands, les petits, ceux qui ont peur de l'eau, et même les crabes qui marchent de travers. »

Gino ajouta, très sérieux :

« Et aussi pour les escargots. »

Nila rit, un rire fin comme la pluie.

« Alors je vous aiderai. Mais attention : le pont des Murmures n'aime pas la fierté. Si tu te crois trop fort, il se défera. Si tu écoutes, il tiendra. »

Gaspard hocha la tête. Il sentit ses épaules se détendre. Il avait compris : la sagesse, c'était de savoir qu'on a besoin des autres.

Ils se mirent au travail. Gaspard soulevait les pierres, Gino les plaçait avec précision, et Nila envoyait de petites vagues pour laver la poussière. Le miel-de-lune brillait en filet argenté entre les pierres.

Un mini-rebondissement arriva quand le pilier penché se mit à gémir :

« Aïe… j'ai mal au dos ! »

Gaspard sursauta.

« Tu parles ? »

« Bien sûr, » dit le pilier. « Je suis un pilier ancien. Et tu me poses de travers ! »

Gaspard rougit jusqu'aux oreilles.

« Je suis désolé. Je voulais faire vite. »

Gino tapa doucement du bout de sa coquille.

« On recommence, sans se presser. La vitesse n'est pas une victoire. »

Alors Gaspard recommença. Il prit une grande inspiration, posa ses mains bien à plat, et ajusta le pilier millimètre par millimètre. Nila souffla une petite brise qui semblait dire : “Voilà.”

Le pilier soupira de bonheur.

« Ah… merci. Là, je me sens droit comme un arbre. »

Partie 3 : La traversée du partage

Quand l'arche principale fut remise en place, le marché nocturne s'approcha, curieux comme une portée de chatons. Les lanternes flottaient plus bas pour mieux voir. On entendait les vendeurs chuchoter, comme si le pont était un bébé qui dort.

La renarde arriva avec ses cordes de lierre.

« Tiens, géant. Pour renforcer. »

Le vendeur de lucioles amena un bocal de lumière.

« Pour que personne ne trébuche. »

La marchande-hibou posa une plume sur le plan.

« Pour rappeler la patience. »

Gaspard regarda tous ces cadeaux. Il sentit quelque chose de chaud dans sa poitrine.

« Merci… mais je ne veux pas prendre sans donner. »

Un petit enfant du marché, avec un bonnet en forme de champignon, tira la manche de Gaspard.

« Tu donnes déjà. Tu construis pour nous. »

Gaspard eut un rire tendre.

« Alors je donne aussi mon idée. Écoutez : ce pont ne doit pas être un pont “à moi”. Il sera un pont “à nous”. »

Il leva sa grande main.

« Que chacun apporte une chose, même minuscule. Une chanson, une graine, un caillou poli, une aide. Ainsi, le pont sera fort de tous les cœurs. »

Les gens applaudirent doucement, pour ne pas faire peur à la rivière. Une troupe de souris-musiciennes joua une mélodie légère. Un boulanger offrit des petits pains-chauds qui sentaient le beurre et la vanille. Une vieille dame posa une pierre ronde, “pour la chance”, dit-elle.

Restait une dernière étape : tester le pont.

Gaspard s'avança, mais Nila sortit sa petite voix de coquille :

« Attends. Si le premier à passer est le plus grand, certains n'oseront pas. La sagesse, c'est parfois de laisser la place. »

Gaspard cligna des yeux. Il comprit. Il se mit sur le côté, très respectueux.

« Qui veut passer en premier ? »

Le petit enfant au bonnet-champignon recula.

« Moi… j'ai un peu peur. »

Gino l'escargot leva une antenne.

« Alors je passe. Je suis lent, mais courageux. »

Tout le monde se pencha. Gino posa un pied, puis un autre. Le pont ne bougea pas. Les pierres murmuraient une petite chanson, comme “tout va bien, tout va bien”.

Gino arriva au milieu et s'arrêta.

« Il est solide ! Et il est doux sous mon ventre ! »

On rit, parce que c'était une drôle de phrase.

L'enfant au bonnet-champignon prit la main de sa maman, puis posa un pied sur le pont. Une lanterne descendit pour l'éclairer. Il avança, un pas, puis deux, puis trois. Il regarda l'eau et vit les étoiles qui nageaient.

« Je marche sur un chemin de lumière ! » s'émerveilla-t-il.

Alors, un à un, tout le monde traversa : les marchands, les musiciens, les chats curieux, les crabes de travers, et même un vieux corbeau qui disait toujours “c'est trop haut” et qui, là, disait : “Finalement… ça va.”

Quand vint le tour de Gaspard, il posa son pied énorme sur le pont. Les pierres frémirent un tout petit peu, puis se serrèrent comme pour faire un câlin. Le pont tint bon.

Arrivé au milieu, Gaspard s'arrêta. Il regarda d'un côté le marché, de l'autre les jardins de fruits-lunes. Il pensa à ses mains fortes, à la patience de Gino, aux vagues de Nila, et à tous les petits gestes partagés.

Il déclara, d'une voix calme :

« Je suis un géant, mais je ne suis pas plus grand que la sagesse. La sagesse, c'est de bâtir ensemble, et de laisser le passage ouvert. »

Nila fit un petit tourbillon joyeux.

« Le pont des Murmures est heureux. Écoutez. »

Et, vraiment, on entendit un murmure doux, comme une berceuse :

« Merci… merci… merci… »

La nuit devint encore plus lumineuse, comme si la lune souriait. Le marché nocturne reprit sa vie, avec ses parfums sucrés et ses rires. De l'autre côté, les fleurs qui rigolent se mirent à secouer leurs pétales, et les fruits-lunes brillèrent comme des lanternes à croquer.

Gaspard resta un moment à regarder les gens passer. Il ne se sentit pas fatigué. Il se sentit utile, et léger. Il avait construit un pont, oui… mais surtout, il avait construit un “ensemble”.

Avant de rentrer, Gino dit :

« Tu vois, géant ? La force sert quand elle écoute. »

Gaspard répondit :

« Et le partage, c'est la plus belle façon d'être riche. »

Puis il salua la rivière.

« Bonne nuit, Rivière des Étoiles. »

La rivière fit “ploc”, comme un baiser.

Et, sous les lanternes flottantes, le pont ancien, tout neuf, gardait la traversée pour tous, en murmurant une promesse douce : demain aussi, on se partagera le chemin.

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Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Châle
Grand tissu léger que l'on porte sur les épaules pour avoir chaud.
Lanternes
Lampes qui donnent de la lumière, souvent suspendues et brillantes.
Réconstruire
Reconstruire, c'est refaire quelque chose qui était cassé ou vieux.
Truelle
Petit outil plat qu'on utilise pour poser et lisser le mortier ou le ciment.
Miel-de-lune
Nom du ciment magique de l'histoire, qui colle les pierres sans bruit.
Ciment
Matière pâteuse qui sert à coller les pierres ou les briques entre elles.
Pilier
Grande pièce solide qui soutient un pont ou un bâtiment pour le tenir droit.
Sagesse
Capacité à bien réfléchir et à faire de bons choix, même calmement.
Patience
Attendre sans se fâcher et faire les choses doucement et bien.
Arche
Partie en forme de demi-cercle d'un pont, qui aide à le rendre solide.
Berge
Le bord de la rivière, là où la terre touche l'eau.

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