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Heroic Fantasy 7 à 8 ans Lecture 26 min.

Le salut des sentinelles du feu au cœur du volcan

Maël, scribe des noms vrais dans une citadelle au cœur d’un volcan, part en voyage avec les sentinelles pour apprendre leur salut et, à travers des épreuves de clarté, de courage et de bonté, découvre ce que signifie veiller pour protéger les autres.

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Maël, jeune homme au visage rond et aux grands yeux curieux, tunique tachée d’encre et main sur la poitrine, prononce son nom vrai devant une petite flamme d’autel au centre d’une terrasse circulaire en basalte au bord d’un cratère fumant; derrière lui à gauche, Maître Orven (50–60 ans) à la barbe grise et à l’armure cuivrée lève doucement une lance pour former une voûte brillante tandis qu’à droite Sarn (30–40 ans), cape flottante et sourire rieur, attend bras croisés, et, en arrière-plan à droite, une apprentie messagère d’environ 16 ans, cheveux en chignon, sac ouvert et parchemins à ses pieds, regarde soulagée; vapeur et brume gris-bleu montent du cratère, la flamme orangée éclaire chaudement les sentinelles qui répondent en chœur; style papier découpé à formes nettes, couleurs plates et contrastées, textures simples et contours légèrement irréguliers, atmosphère chaleureuse et héroïque adaptée aux enfants. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : La Citadelle du Cœur-Rouge

Au milieu des Monts Fumants, là où les nuages sentent la cendre tiède et le miel brûlé, s'ouvrait un volcan immense. On disait qu'il dormait depuis mille ans, mais qu'il gardait encore une chaleur douce, comme un poêle géant pour les jours de pluie. Dans son cratère vivait une citadelle de basalte noir, aux tours lisses comme des pierres polies. La nuit, ses fenêtres brillaient d'une lumière orange, comme si des étoiles s'étaient installées dedans pour se reposer.

C'est là que vivait Maël, scribe de la salle des Échos. Il était un homme jeune, avec des doigts tachés d'encre et des yeux qui savaient écouter. Maël n'écrivait pas seulement des histoires : il écrivait les noms. Les vrais noms.

Dans ce monde, chaque chose avait un nom secret, un nom vrai, qui sonnait comme un petit chant. Les rivières le murmuraient en glissant, les pierres le gardaient au fond de leur silence, et même les épées, quand on les frottait, laissaient entendre un bout de leur nom, comme un rire de métal. Maël connaissait ces noms-là. Pas tous, bien sûr. Mais assez pour que les gardes le saluent avec respect et que les cuisiniers lui glissent parfois une brioche en plus.

La citadelle du volcan n'était pas une prison. C'était une maison, une forteresse, une ville verticale. On y entendait le martèlement des forges, le chant des apprentis, le clapotis d'une source chaude qui courait dans des canaux de pierre. On y sentait la soupe aux lentilles et le pain, la cire des bougies et l'encre fraîche.

Un matin, Maël se réveilla avant l'aube, très éveillé, comme si quelqu'un avait tapé doucement sur son front en disant : “Debout, il y a quelque chose à apprendre.” Le volcan ronronnait sous la citadelle, avec une gentillesse de géant endormi.

Il descendit l'escalier des Archives, où les marches étaient si anciennes qu'elles étaient creusées au milieu. En bas, la grande porte était gardée par deux sentinelles en armure claire, incrustée de petites pierres rouges. Elles se tenaient droites, leurs lances posées comme des lignes sur une page.

Quand Maël passa, elles dirent le salut des sentinelles, d'une voix bien accordée, qui résonna sous la voûte.

Maël s'arrêta net. Ce salut avait quelque chose de spécial. Ce n'était pas seulement “bonjour”. C'était un lien. Une promesse. Un morceau de courage qu'on se passait comme une torche.

Il connaissait les mots, mais pas le secret du salut. Il lui manquait la clé, le vrai nom caché dans la formule.

Il osa demander, d'une voix humble :

“Je voudrais apprendre votre salut.”

Les deux sentinelles se regardèrent. L'une eut un petit sourire qui fit cliqueter sa visière.

“Ce n'est pas un simple salut,” répondit-elle. “C'est le Salut des Sentinelles du Feu. On l'apprend quand on comprend ce qu'on protège.”

Maël rougit un peu, comme quand on renverse un peu d'encre sur un parchemin.

“Je protège les noms,” dit-il. “Je protège les histoires. Mais… je veux aussi protéger la citadelle.”

Alors, une voix grave et douce s'éleva derrière lui. C'était Maître Orven, le chef des sentinelles, un homme large d'épaules, avec une barbe comme un petit buisson d'hiver. Il marchait sans faire beaucoup de bruit, comme si le sol l'aimait.

“Bien parlé, scribe,” dit Maître Orven. “Les noms et les pierres ont besoin de gardiens. Si tu veux apprendre le salut, tu devras faire un voyage. Un voyage court, mais vrai.”

Maël avala sa salive. Un voyage, dans une citadelle au cœur d'un volcan, ça pouvait vouloir dire beaucoup de choses : escaliers, tunnels, passerelles au-dessus de la lave, et même le vieux pont des Fumerolles qui chantait quand on marchait dessus.

Maître Orven posa une main chaude sur l'épaule de Maël.

“Ne t'inquiète pas. Tu ne seras pas seul. Mais tu devras ouvrir les yeux, et surtout, ouvrir ton oreille.”

Maël hocha la tête. Dans sa poche, il sentit son petit carnet de cuir. Il le toucha comme on touche une amulette.

Ce jour-là, le soleil se leva derrière les Monts Fumants, et ses rayons entrèrent par la grande verrière du hall. La citadelle brilla comme un joyau sombre. Maël inspira, et l'air sentait la cendre propre et la promesse.

Le voyage pour apprendre un simple salut venait de commencer.

Chapitre 2 : Le Couloir des Noms Vrais

Maître Orven conduisit Maël dans une partie de la citadelle où les murs devenaient plus lisses, plus anciens. Les torches y brûlaient avec une flamme calme, bleue au bord, comme si le feu lui-même chuchotait. Ils passèrent devant des portes scellées, des salles d'entraînement où l'on entendait des pas rapides, et une petite chapelle où des bougies dormaient.

Enfin, ils arrivèrent devant une arche de pierre. Au-dessus, des lettres gravées formaient une phrase simple : LES NOMS OUVRENT LES CHEMINS.

“Voici le Couloir des Noms Vrais,” dit Maître Orven. “Les sentinelles s'y rendent avant leur première garde. Pas pour devenir fortes, mais pour devenir justes.”

Maël sentit son cœur battre plus fort. Dans ce couloir, l'air était frais, malgré la chaleur du volcan. Les pierres semblaient respirer. Et surtout… on entendait quelque chose. Un murmure. Comme une foule très lointaine, mais gentille.

Maître Orven s'arrêta.

“Pour apprendre le salut des sentinelles, il te faut trois choses : la Clarté, le Courage, et la Bonté.

Maël cligna des yeux.

“Je crois que j'ai un peu de ces trois-là,” dit-il, sans trop oser y croire.

Maître Orven éclata d'un rire bref.

“Tout le monde en a. Mais il faut les réveiller au bon moment.”

Ils avancèrent. Le couloir se divisait en trois petites galeries. Au sol, des dessins de pierres rouges faisaient des spirales.

Maître Orven pointa la première galerie.

“La Clarté. Là, tu devras nommer ce que tu vois, sans te tromper, et sans te presser.”

Maël entra. La galerie était remplie de miroirs de métal, comme des boucliers polis. Chaque miroir montrait une scène : un marché, un cheval, une main qui écrit, une flamme, une plume, un enfant qui rit.

Au début, Maël voulut tout dire vite. Mais les images se brouillaient quand il allait trop vite. Alors il se calma, respira, et regarda vraiment.

Il murmura les noms, pas les noms secrets, seulement les noms simples :

“Plume… encre… flamme… pain… main… sourire…”

À chaque mot, l'image devenait plus nette, comme si elle disait : “Oui, c'est moi, tu m'as reconnu.”

Puis, tout au fond, un dernier miroir montra la citadelle elle-même, posée dans le cratère comme une couronne. Maël la regarda longtemps. Il sentit une gratitude chaude dans sa poitrine.

“Maison,” dit-il doucement.

Le miroir brilla, et la galerie s'ouvrit sur un petit passage.

Maître Orven l'attendait de l'autre côté, l'air satisfait.

“Tu as choisi le bon mot,” dit-il. “La Clarté commence quand on voit ce qui compte.”

Ils allèrent vers la seconde galerie.

“Le Courage,” annonça Maître Orven. “Pas le courage de se battre pour se montrer. Le courage de faire un pas quand on n'est pas sûr.”

La seconde galerie était une passerelle étroite au-dessus d'un bassin de lave très loin en dessous. Mais la lave n'était pas effrayante : elle ressemblait à une mer épaisse et orange, qui faisait des bulles lentes, comme une soupe géante. La chaleur montait en vagues douces, et des étincelles s'envolaient comme des lucioles.

La passerelle, elle, vibrait un peu, comme si elle chantait sous les pieds.

Maël avala sa salive.

“Elle ne va pas casser ?” demanda-t-il.

“Non,” répondit Maître Orven. “Elle a le vrai nom de la Solidité. Elle aime qu'on lui fasse confiance. Et si tu as peur, c'est permis. La peur, c'est juste une cloche : elle sonne pour dire ‘attention'. Pas pour dire ‘stop'.”

Maël posa un pied sur la passerelle. Elle vibra, comme un instrument. Il posa l'autre. Il avança, lentement, en regardant devant lui, puis un peu sur le côté, pour admirer les reflets sur les parois.

À mi-chemin, une brise chaude lui caressa la joue, et il entendit un petit “plop” venant de la lave. C'était presque drôle, comme si le volcan faisait des bulles de savon, mais en grand.

Maël eut un rire nerveux, puis un vrai rire.

“On dirait qu'il cuisine,” dit-il.

“Exactement,” répondit Maître Orven. “Il cuisine la pierre pour la rendre forte.”

Maël termina la passerelle. Son cœur battait, mais il se sentait plus grand à l'intérieur. Comme si quelqu'un avait poussé doucement les murs de son courage.

La troisième galerie était la plus simple : une salle ronde, avec une table et une seule bougie.

“La Bonté,” dit Maître Orven. “C'est la plus forte des trois. Assieds-toi.”

Maël s'assit. Sur la table, il y avait un casque de sentinelle, un vieux, cabossé, avec une rayure profonde.

“Ce casque appartenait à une sentinelle appelée Liora,” dit Maître Orven. “Elle protégeait la porte nord. Un jour, une pluie de cendre a surpris un voyageur. Rien de terrible, mais il était perdu, les yeux qui piquent, le manteau trop fin. Liora lui a donné son casque pour le protéger… et elle l'a raccompagné. Elle a eu une rayure, lui a eu un sourire. La citadelle a gagné un ami.”

Maël caressa le métal du bout des doigts.

“Son vrai nom est encore là,” murmura-t-il.

Il ferma les yeux, écouta la salle. Dans le silence, il sentit un petit chant, comme une note claire sous la pierre.

Il prononça doucement un mot qui n'appartenait qu'à lui, un mot vrai, un mot qui voulait dire : “Je prends soin.”

La bougie vacilla, puis brûla plus droit, comme si elle avait compris.

Maître Orven inclina la tête.

“Tu as réveillé la Bonté,” dit-il. “Maintenant, il te reste une dernière chose : recevoir le salut. Mais pour le recevoir, il faut d'abord le porter.”

Maël ouvrit les yeux.

“Le porter… comment ?”

Maître Orven sourit.

“En montant à la Grande Terrasse, là où les sentinelles veillent sur le bord du cratère. Tu feras une ronde avec elles. Tu verras ce qu'elles voient. Et quand ton cœur saura pourquoi on salue, alors les mots viendront.”

Maël se leva, prêt. Son carnet semblait plus léger dans sa poche, comme s'il était content.

Ils quittèrent le Couloir des Noms Vrais, et la citadelle les accueillit à nouveau avec ses bruits de vie : un marteau, un rire, un pas pressé, une odeur de pain.

Le voyage continuait, et Maël sentait déjà que quelque chose en lui s'accordait, comme une harpe qu'on tend doucement.

Chapitre 3 : La Ronde sur la Terrasse des Brumes

Pour atteindre la Grande Terrasse, il fallait monter beaucoup d'escaliers. Des escaliers droits, des escaliers en colimaçon, des escaliers taillés dans la roche qui sentaient la pluie ancienne. Maël monta sans se plaindre, parce que chaque palier offrait une vue nouvelle : ici, les forges, où des étincelles dansaient ; là, les jardins de pierres, où poussaient des herbes vertes dans des fissures ; plus haut, des couloirs ouverts où l'air du dehors entrait en courant.

Enfin, ils arrivèrent à une grande porte de métal gravée de motifs de flammes. Deux sentinelles l'ouvrirent ensemble, d'un geste calme et sûr.

La Terrasse des Brumes s'étendait tout autour du cratère. On y voyait le monde : les Monts Fumants, les forêts au loin, un lac qui brillait comme un miroir, et, tout en bas, la pente du volcan couverte de roches sombres. Une brume douce flottait, pas froide, plutôt comme une couverture légère. Par endroits, des jets de vapeur sortaient du sol avec un petit sifflement, puis retombaient en gouttes fines.

Sur la terrasse, les sentinelles marchaient par deux, en rondes lentes. Leurs capes claquaient un peu dans le vent. Ce n'était pas une armée qui cherche la bagarre. C'était une garde qui veille pour que la paix reste tranquille.

Maître Orven présenta Maël à une sentinelle aux yeux rieurs, nommée Sarn.

“Sarn, voici Maël, notre scribe. Il veut apprendre le salut.”

Sarn fit une révérence exagérée, comme un acteur sur une scène.

“Ah ! Le fameux écouteur de pierres !” dit-il.

Maël sourit. Sarn avait l'humour léger, comme un caillou qui rebondit sur l'eau.

Maître Orven ajouta :

“Vous ferez la ronde ensemble. Montrez-lui le rythme. Et n'oubliez pas : peu de paroles, beaucoup de regard.”

Sarn hocha la tête et partit avec Maël le long du parapet. Le sol était solide, mais on sentait sous les pieds la grande force du volcan, comme un tambour très lointain.

Ils marchèrent. Les nuages glissaient sous la terrasse parfois, et tout à coup on avait l'impression de naviguer sur un bateau de pierre.

Sarn montra du doigt une petite cloche accrochée à un pilier.

“Si elle sonne, ce n'est pas forcément un danger,” dit-il à voix basse. “Parfois, c'est juste un troupeau de chèvres perdues. Oui, ça arrive. Une fois, une chèvre a voulu manger la plume d'un messager. Elle a eu un drôle de goût, j'imagine.”

Maël eut un petit rire. Puis il regarda au loin, et son rire s'adoucit.

“On voit si loin,” murmura-t-il.

Sarn répondit, presque comme une chanson :

“On voit loin pour mieux garder près.”

Ils s'arrêtèrent à un poste où brûlait une lanterne de cristal rouge. La flamme à l'intérieur ne tremblait pas, même quand le vent soufflait.

Maël posa la main sur le cristal. Il sentit une chaleur douce, comme une main amie.

“Son vrai nom…” pensa-t-il.

Il écouta. Rien de dangereux, rien d'inquiétant. Juste le monde, avec ses pas et ses souffles.

Plus loin, ils croisèrent une autre paire de sentinelles. Elles s'arrêtèrent, posèrent leurs lances en biais, et prononcèrent le salut des sentinelles. Les mots passèrent comme un pont de lumière entre elles.

Maël sentit que ce salut n'était pas pour faire joli. Il était là pour rappeler : “Je suis là. Tu es là. Nous gardons ensemble.”

Sarn vit l'air concentré de Maël et chuchota :

“Tu cherches la clé ?”

Maël hocha la tête.

“Je crois que les mots ont un cœur,” dit-il. “Et je veux entendre ce cœur.”

Sarn hocha la tête, sérieux tout à coup.

“Alors écoute ceci,” dit-il, toujours à voix basse. “La citadelle vit dans un volcan. Ça pourrait faire peur. Mais nous, on a choisi de la construire ici, parce que le feu peut être un ami. Il chauffe, il éclaire, il transforme. Nous le respectons. Et nous respectons aussi les gens qui passent : voyageurs, marchands, conteurs, enfants… Même les chèvres.”

Maël regarda les brumes. Une forme apparut au bord de la terrasse : un grand oiseau des montagnes, avec des ailes larges, qui tournait lentement. Il n'approcha pas trop. Il surveillait, lui aussi, à sa manière.

Maël eut un élan dans la poitrine. Il comprit que la garde n'était pas seulement contre un ennemi. C'était pour protéger la vie, simple et précieuse, comme une bougie qu'on met à l'abri du vent.

Soudain, un petit incident arriva — un incident de terrasse, pas une grande catastrophe. Une jeune apprentie messagère courait, trop pressée, et son sac se déchira. Des rouleaux de parchemin s'échappèrent et se mirent à rouler vers un jet de vapeur.

La messagère s'arrêta, paniquée, les mains en l'air.

“Mes messages !” cria-t-elle.

Ce n'était pas dangereux, mais c'était important pour elle. Les parchemins allaient se mouiller, et l'encre pouvait couler.

Sans réfléchir, Maël se mit à courir. Sarn courut aussi. Les sentinelles proches se déplacèrent en douceur, comme un filet qu'on déploie.

Maël se pencha, attrapa un rouleau juste avant qu'il ne passe dans la brume. Un autre roulait encore. Sarn posa son pied devant pour le bloquer, et il le ramassa avec un geste rapide, presque élégant.

Maël rattrapa le dernier parchemin, mais il était proche du jet de vapeur. Il sentit la chaleur humide. Il se rappela la Clarté : ne pas se presser. Alors, au lieu de se jeter n'importe comment, il tendit la main au bon moment, quand le souffle baissa, et il saisit le rouleau.

Il revint vers la messagère et lui rendit le tout. Elle avait les joues rouges.

“Merci,” souffla-t-elle. “Je… je voulais aller trop vite.”

Sarn fit un petit salut comique, pour la rassurer.

“Le vent adore les sacs mal attachés,” dit-il. “C'est son jeu préféré.”

La messagère rit, soulagée, et repartit en marchant cette fois, plus doucement.

Maël sentit son cœur calme. Il venait de protéger quelque chose, pas avec une épée, mais avec son attention et ses mains.

Sarn le regarda.

“Tu as compris,” dit-il.

Maël sentit, comme un fil d'or, le cœur du salut se nouer en lui : présence, confiance, bonté. Le volcan, la citadelle, les gens… tout formait un cercle.

Ils finirent la ronde et rejoignirent Maître Orven au centre de la terrasse. Le chef des sentinelles les attendait devant un petit autel de pierre où brûlait une flamme tranquille.

Maître Orven demanda :

“Maël, pourquoi les sentinelles saluent-elles ?”

Maël réfléchit. Les mots simples venaient, mais il fallait aussi le souffle épique, celui qui porte loin sans crier.

“Elles saluent pour se rappeler qu'elles veillent ensemble,” dit-il. “Elles saluent pour que la peur ne prenne pas trop de place. Elles saluent pour donner du courage, et pour dire : ‘Je te vois, je te fais confiance, je suis avec toi'.”

Maître Orven hocha la tête, satisfait.

“Alors approche.”

Maël s'approcha de la flamme. Elle ne brûlait pas méchamment. Elle éclairait.

“Le salut a une forme, et un vrai nom,” dit Maître Orven. “Tu connais les mots. Il te manque le vrai nom, celui qui réveille leur force.”

Maël ferma les yeux. Il écouta la flamme, la pierre, le vent, et le volcan en dessous. Il entendit, comme un petit accord parfait, trois notes : Clarté, Courage, Bonté. Ensemble, elles formaient un nom vrai, un nom qui voulait dire : Garder sans écraser. Protéger sans faire peur. Veiller comme une lumière.

Maël ouvrit les yeux.

Il était prêt.

Chapitre 4 : Le Salut des Sentinelles du Feu

Les sentinelles se rassemblèrent en demi-cercle, sans bruit. Leurs armures prenaient des couleurs de cuivre sous la lumière. Le ciel était clair, et la brume s'était faite plus fine, comme si elle aussi voulait entendre.

Maître Orven leva sa lance, et toutes les lances se levèrent, non pas pour attaquer, mais pour former une voûte protectrice. C'était beau, comme une forêt de métal qui aurait appris la politesse.

Maël se plaça face à eux. Son cœur battait, mais ce n'était pas une peur qui pique. C'était une force qui frappe doucement à la porte.

Maître Orven prononça la première partie du salut, lentement, pour que Maël sente le rythme.

Maël répondit en répétant les mots, d'une voix claire. Les phrases étaient simples, mais elles portaient loin dans l'air du matin. À chaque mot, Maël sentait qu'il devenait un peu plus solide, comme si la citadelle elle-même lui prêtait une pierre de son mur.

Puis vint le moment du vrai nom, la petite clé cachée dans le salut. Maître Orven attendit. Tous attendirent. Même le vent sembla retenir son souffle.

Maël posa sa main sur sa poitrine, là où les mots prennent naissance, et il prononça le nom vrai qu'il avait entendu : un son doux et fort à la fois, comme un feu qui réchauffe sans brûler. Ce nom ne faisait peur à personne. Il donnait envie de se tenir droit, et d'être gentil.

La flamme de l'autel s'éleva un peu, comme si elle applaudissait. Les lances vibrèrent très légèrement, comme des cordes d'instrument. La citadelle, au cœur du volcan, sembla respirer avec eux.

Alors, toutes les sentinelles répondirent en chœur, et leur réponse enveloppa Maël comme une cape chaude.

Ce fut un instant épique, mais simple : un homme scribe, au milieu de guerriers, devenait, à sa manière, un gardien lui aussi. Pas un gardien de portes avec une épée, mais un gardien de liens, de mots, et de confiance.

Maître Orven s'approcha.

“Tu as appris,” dit-il.

Maël baissa la tête, ému. Il sentit ses yeux picoter un peu, mais c'était une joie propre, comme une eau claire.

“Je croyais apprendre un salut,” murmura-t-il. “Mais j'ai appris une façon d'être.”

Sarn, derrière, souffla d'une voix malicieuse :

“Attention, ça donne des idées. Bientôt tu vas saluer les casseroles.”

Maël rit, et les sentinelles aussi. Le rire se répandit sur la terrasse comme une poignée de graines, et la bonne humeur prit racine.

Maître Orven posa dans la main de Maël un petit symbole de métal : une flamme entourée d'un cercle. Ce n'était pas une médaille qui dit “je suis le meilleur”. C'était un signe qui dit “je fais partie”.

“Tu restes scribe,” dit Maître Orven. “Mais désormais, tu connais le salut des sentinelles. Quand tu passeras une porte, quand tu croiseras un garde, quand tu sentiras un doute… tu pourras le prononcer. Il te rappellera que tu n'es pas seul.”

Maël regarda l'horizon. Au loin, sur un chemin, un petit groupe de voyageurs avançait. La citadelle allait les accueillir, leur offrir de l'eau chaude et du pain, un toit contre la pluie, et des histoires contre le silence.

Maël pensa aux noms vrais. Il pensa aux pierres. Il pensa à la flamme tranquille.

Il redescendit vers les Archives plus tard, en prenant son temps. Dans les couloirs, les bruits de la citadelle avaient un autre goût. Chaque pas semblait dire : “Garde bien.” Chaque porte semblait répondre : “Bienvenue.”

Dans la salle des Échos, Maël ouvrit son carnet de cuir. Il y écrivit, avec une encre noire et une main sûre, le salut et son vrai nom. Puis il ajouta une phrase, pour lui-même, en lettres rondes :

Les mots peuvent être des boucliers doux.

Le soir venu, quand les torches s'allumèrent et que la citadelle prit sa couleur de braise, Maël passa près de la grande porte. Les sentinelles y étaient, droites et calmes. Elles le regardèrent.

Cette fois, Maël ne se contenta pas de passer.

Il s'arrêta, posa sa main sur son cœur, leva la tête, et prononça le Salut des Sentinelles du Feu, avec le vrai nom au bon endroit.

Les sentinelles répondirent, et leurs voix résonnèrent dans la voûte comme une chanson ancienne, faite pour rassurer les pierres et les gens.

Maël reprit sa marche, le cœur léger.

Dans le volcan endormi, la citadelle veillait, chaude et sûre. Et parmi ses gardiens, il y avait un scribe qui connaissait les noms vrais, et qui avait appris, enfin, à saluer comme on allume une lumière.

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Échos
Réponses ou sons qui reviennent quand on parle dans une grande salle.
Basalte
Une roche sombre qui vient souvent des volcans.
Cratère
Grand creux au sommet d'un volcan où la lave peut sortir.
Poêle
Objet qui sert à chauffer ou cuire, comme une grande casserole plate.
Clarté
Qualité d'être net et facile à comprendre ou à voir.
Courage
Force pour faire quelque chose même quand on a peur.
Bonté
Envie d'aider les autres et d'être gentil avec eux.
Passerelle
Petit pont étroit pour traverser un espace ou un trou.
Parchemin
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