Chapitre 1 : L'étrange porte de la salle 13
Au fond du couloir de l'école Jacques-Prévert, il y avait une porte grise un peu cabossée, avec le numéro 13 peint en rouge. Personne n'osait jamais trop s'en approcher. Tout le monde disait qu'elle grinçait toute seule, même quand il n'y avait pas de vent. Les élèves parlaient à voix basse de la légende de la salle 13 : « À minuit, la porte s'ouvre sur un autre monde… »
Mais ce n'était pas encore minuit, c'était mardi, juste après la cantine, et Zoé et Manon, deux amies inséparables, rigolaient en échangeant leurs desserts. Zoé avait des yeux pétillants et les cheveux en bataille, Manon portait toujours des chaussettes dépareillées et riait fort. Elles aimaient les mystères, mais pas forcément avoir peur. Pourtant, ce jour-là, tout allait changer.
— T'as vu, Zoé ? chuchota Manon en montrant la porte 13 du menton. Elle a encore une nouvelle tache noire dessus !
— On dirait une main ! répondit Zoé, mi-curieuse, mi-inquiète.
Elles observèrent la porte. Soudain, un courant d'air glacial passa dans le couloir et la porte grinça, comme si quelqu'un ou quelque chose essayait de l'ouvrir de l'intérieur.
— Tu crois qu'il y a un fantôme ? demanda Manon, les yeux ronds comme des billes.
— Peut-être… On pourrait enquêter ! proposa Zoé, un peu trop vite.
Manon hésita. Elle n'aimait pas trop avoir peur, mais elle ne voulait pas laisser Zoé partir toute seule. Les deux filles se promirent alors de revenir après la classe, quand le couloir serait vide, pour percer le mystère de la salle 13.
Le reste de la journée, Zoé et Manon n'écoutèrent qu'à moitié la maîtresse. Elles imaginaient tout ce qui pouvait bien se cacher derrière la porte. Un monstre à trois yeux ? Une sorcière collectionneuse de billes ? Ou alors, la légende disait vrai et la salle menait vraiment dans un autre monde ?
Quand la sonnerie annonça la fin des cours, les deux amies se retrouvèrent devant la porte 13. Le couloir était presque désert, hormis le bruit lointain de la femme de ménage qui chantait dans la salle des maîtres. Zoé colla son oreille contre la porte. Un bruit étrange, comme un souffle, venait de l'autre côté.
— Tu entends ? murmura-t-elle.
— Oui… On dirait… comme si quelqu'un pleurait, non ? répondit Manon, les jambes toutes tremblantes.
Zoé prit la poignée. Elle était glacée. D'un geste courageux, elle tourna doucement. La porte s'ouvrit dans un long grincement.
Chapitre 2 : Le couloir aux ombres mouvantes
Derrière la porte, il n'y avait pas une salle de classe normale, mais un couloir plongé dans une lumière bleutée. Les murs étaient couverts de dessins étranges : des silhouettes d'enfants, des étoiles, des chats qui souriaient trop fort. Le sol semblait briller, comme s'il était mouillé, mais quand Zoé posa le pied, il était sec et chaud.
— Tu crois qu'on devrait entrer ? demanda Manon.
— On est venues jusqu'ici… On ne va pas reculer maintenant ! répondit Zoé, essayant d'avoir l'air plus courageuse qu'elle ne l'était.
Les deux amies avancèrent, main dans la main. Le couloir semblait s'étirer à l'infini. À chaque pas, des ombres dansaient sur les murs, comme si les dessins prenaient vie. Un chat tigré sauta soudain du mur, fit une pirouette devant elles et disparut en riant d'une voix aiguë.
— Wouah ! souffla Manon. Je crois qu'on est dans un rêve.
— Ou dans un cauchemar… répondit Zoé, pas très rassurée.
Tout à coup, le couloir s'élargit et un vieux tableau noir apparut devant elles. Dessus, un message était écrit à la craie : « Qui ose réveiller la salle 13 ? »
Les filles s'arrêtèrent net.
— C'est sûrement une blague, tenta de dire Zoé, mais sa voix tremblait.
— Ou alors… la légende est vraie, chuchota Manon, les yeux rivés sur le tableau.
Soudain, une silhouette apparut, toute floue, comme une ombre de craie. Elle avait une grande cape et portait un chapeau pointu. Sa voix résonna, profonde et mystérieuse :
— Pourquoi êtes-vous venues troubler le repos de la salle 13 ?
Zoé sentit son cœur battre très fort. Mais elle se rappela qu'elle voulait comprendre, pas fuir.
— On voulait juste savoir… ce qu'il y a derrière la porte, balbutia-t-elle.
L'ombre se pencha vers elle. Son visage était indéchiffrable, mais ses yeux brillaient d'une lueur étrange.
— Beaucoup sont venus par curiosité, peu sont repartis sans changer, répondit-elle. Ici, les peurs prennent forme… Mais aussi le courage.
Manon serra la main de Zoé. D'un coup, le tableau noir disparut et le sol s'ouvrit sous leurs pieds. Les deux amies tombèrent en criant, mais au lieu de heurter le sol, elles atterrirent en douceur sur un tapis de craie blanche.
Autour d'elles, des portes apparurent, toutes numérotées. Certaines vibraient, d'autres chuchotaient de drôles de mots. Une porte, la numéro 7, s'ouvrit toute seule. Une brume violette s'en échappa.
— On fait quoi maintenant ? demanda Manon, la gorge sèche.
— On avance… On n'a pas le choix, répondit Zoé, qui voulait surtout rassurer son amie.
Elles s'approchèrent de la porte 7. Un souffle glacé en sortit, les faisant frissonner. Mais elles entrèrent, déterminées à découvrir tous les secrets de la salle 13.
Chapitre 3 : Les énigmes de minuit
De l'autre côté de la porte, il faisait nuit noire. Seule la lune, énorme et dorée, brillait dans le ciel. Les arbres semblaient bouger tout seuls, et au loin, on entendait des rires bizarres, moitié enfants, moitié hiboux.
— Ça ne ressemble pas à la cour de récré ! plaisanta Manon, pour se donner du courage.
— On dirait un rêve d'Halloween, répondit Zoé en essayant de sourire.
Soudain, trois petites créatures apparurent devant elles. Elles avaient des oreilles pointues, des yeux ronds comme des billes et portaient des chapeaux en forme de citrouille.
— Qui êtes-vous ? demanda Zoé.
— Nous sommes les Gardiennes des Peurs, répondit la première.
— Ici, chaque enfant doit affronter une de ses peurs pour sortir, ajouta la deuxième.
— Et si vous réussissez, vous gagnez un secret ! termina la troisième en riant.
Manon se sentit toute faible. Elle détestait les araignées, les clowns, et les devoirs de maths. Zoé pensa à la fois où elle avait eu peur dans le noir, quand la lumière était tombée à la maison.
— On n'a pas trop le choix, hein ? soupira Zoé.
Une des Gardiennes agita une baguette en sucre d'orge. D'un coup, une grande roue apparut, comme à la fête foraine, mais au lieu de couleurs, elle était grise et violette. Sur chaque case, un mot : « Obscurité », « Bruit étrange », « Ombre », « Perdu », « Solitude »…
— Zoé, commence ! dit l'une des créatures.
Zoé fit tourner la roue. Elle s'arrêta sur « Obscurité ». Aussitôt, la lune s'éteignit. Tout devint noir, sauf une petite lumière au loin.
— Tu dois traverser la forêt pour rejoindre la lumière, expliqua une Gardienne.
Zoé sentit son cœur battre très fort. Elle avait toujours eu peur du noir. Mais elle pensa à Manon, qui l'attendait derrière. Elle avança, les bras tendus devant elle, trébuchant sur des racines invisibles.
— Je ne veux pas avoir peur… Je ne veux pas avoir peur… murmura-t-elle.
Au bout d'un moment, elle aperçut une luciole. Puis deux, puis dix ! Elles tournoyaient autour d'elle, éclairant son chemin. Zoé sourit malgré elle. Ce n'était plus si effrayant, finalement ! Quand elle arriva à la lumière, la lune se ralluma, plus brillante qu'avant.
C'était au tour de Manon. Elle fit tourner la roue. Elle tomba sur « Bruit étrange ».
Tout à coup, un grondement résonna, puis un bruit de pas énormes, comme si un monstre invisible approchait. Manon sentit ses jambes trembler, mais elle se rappela que Zoé l'attendait. Elle se boucha les oreilles, mais rien à faire, le bruit continuait.
Alors, elle se mit à chanter sa chanson préférée, très fort. Sa voix couvrit le bruit, et peu à peu, le grondement disparut. Une pluie de paillettes tomba du ciel, et les deux amies se retrouvèrent entourées de lumière.
Les Gardiennes applaudirent.
— Bravo ! Vous avez affronté vos peurs ! déclara la première.
— Vous avez gagné un secret, annonça la deuxième.
— Le courage, c'est avancer même quand on a peur, souffla la troisième.
Les trois créatures disparurent dans un nuage de fumée rose. Une nouvelle porte apparut devant les filles, avec un petit mot accroché : « Pour rentrer chez vous, il suffit de croire en vous. »
Chapitre 4 : Le retour à la réalité… ou presque
Zoé et Manon se regardèrent. Elles avaient l'impression d'avoir grandi, d'être un peu plus fortes. Elles prirent une grande inspiration et poussèrent la porte ensemble.
En un clin d'œil, elles se retrouvèrent dans le couloir de leur école, devant la porte 13, qui était maintenant entrouverte. Le soleil du soir filtrait par la fenêtre, et la femme de ménage chantait toujours dans la salle des maîtres.
— Tu crois qu'on a rêvé ? souffla Manon.
Zoé secoua la tête. Dans sa poche, elle trouva une petite luciole en papier, qui brillait doucement. Manon, elle, tenait une plume violette couverte de paillettes.
Elles échangèrent un sourire, celui des enfants qui partagent un secret.
Le lendemain, à la récré, personne ne voulut croire leur histoire. Mais Zoé et Manon savaient ce qu'elles avaient vécu. Elles n'avaient plus peur de la salle 13. Au contraire, elles passaient devant en riant, se rappelant les ombres dansantes, la roue des peurs, et les lucioles magiques.
Un jour, peut-être, elles oseraient ouvrir la porte à nouveau. Mais pour l'instant, elles savouraient leur victoire, fières d'avoir affronté l'inconnu, et d'avoir découvert que le courage, c'est parfois juste avancer, même quand on a très, très peur.
Et dans la cour, à l'ombre d'un arbre, elles chuchotaient ensemble :
— Tu te souviens de la salle 13 ?
Et leurs yeux brillaient d'un éclat mystérieux, comme une luciole dans la nuit.