La fête des impossibles
Ce matin, Léo, Sami et Nino courent sur la place du village. Il y a des guirlandes, des ballons et une grande banderole qui flotte. On lit: “La Fête des Impossibles”.
Une dame aux cheveux frisottés agite une clochette. “Je suis Madame Frisette, dit-elle. Qui veut tenter des défis réputés impossibles?”
“Nous!” crient les trois garçons en même temps.
Madame Frisette leur tend une petite carte avec des dessins. “Cinq défis. Si vous en réussissez trois, vous gagnez un tampon étoile. Si vous en réussissez cinq, vous gagnez un ruban rigolo. Mais surtout, amusez-vous.”
Léo gonfle ses joues. “Facile.”
Sami cligne d'un œil. “On se concentre. Mais avec le sourire.”
Nino saute sur place. “Et on rit de tout!”
Premier défi: “Traverser la flaque sans se mouiller.” Une flaque énorme brille au soleil. Il y a des briques en mousse posées à côté comme de petites îles.
“Faut aller vite!” dit Nino.
“Non,” répond Sami. “Faut y aller tranquille. Je pose, je vise, je saute.”
Léo souffle, comme s'il soufflait une bougie. “Un… deux… trois.” Il pose une brique, s'arrête, regarde où mettre son pied. Il saute. Plouf? Non. “Sec!”
Sami avance aussi, langue sortie un tout petit peu, yeux serrés, très concentré. “Je marche comme un chat.” Crouic, crouic font les briques. Pas une goutte.
Nino s'élance trop vite, glisse, fait “Aïe aïe aïe!” mais récupère en moulinant des bras. Il se fige. Inspire. Expire. “Doucement.” Il place un pied, puis l'autre. Et hop! Les trois arrivent de l'autre côté, chaussures toutes sèches.
Madame Frisette tamponne la carte: étoile moustache. “Bravo.”
Deuxième défi: “Attraper un rayon de soleil.” Sur la table, il y a un bocal d'eau, une cuillère en métal, et un petit miroir.
“Je prends le rayon avec mes doigts!” dit Nino. Il claque des doigts dans le vide. Rien.
“Un rayon, ça glisse,” dit Léo. “Mais un rayon rebondit.” Il prend la cuillère, la tourne jusqu'à ce qu'un rond de lumière se pose sur le bocal. “Regardez, il saute!”
Le rond danse dans l'eau. Sami tient le bocal immobile. “Chut, je me concentre, sinon il s'enfuit.” Le petit rond reste, comme une luciole prisonnière. Léo chuchote: “Attrapé.” Nino éclate de rire. “Rayon, tu es à nous!”
Madame Frisette sourit. “C'est bon, vous l'avez attrapé pour vos yeux.” Nouveau tampon moustache.
Troisième défi: “Faire rire un caillou.” Là, il y a un panier plein de pierres rondes.
“Facile,” dit Nino. “Toc toc!”
“Qui est là?” fait Sami avec une voix grave.
“Caille!” répond Nino.
“Caille qui?”
“Caillou qui fait coucou!” Ils rient, mais la pierre ne bouge pas.
“Un caillou, ça rit comment?” demande Léo.
“Peut-être ‘ploc',” propose Sami. Il prend une petite plume et chatouille la pierre. Rien.
Léo verse une minuscule goutte d'eau. “Ploc!” fait la goutte sur la pierre. Nino lève un sourcil. “On dirait un petit rire.”
Sami tapote la pierre avec un autre caillou: “tic… tic… clac!” Un son plus clair. Léo arrondit les yeux. “Ça, c'était un rire de caillou très poli.” Les trois garçons prennent un air sérieux, puis ils éclatent de rire. Madame Frisette hausse les épaules, amusée. “Moi, j'ai entendu un ploc qui sourit. Tampon!”
Les trucs malins
Quatrième défi: “Écrire son prénom avec le vent.” Il y a des rubans légers, des pinces, et un ventilateur tout doux.
“Écrire avec le vent?” Nino regarde ses mains. “Le vent n'a pas de crayon.”
“Le vent a des rubans,” dit Sami. Ils accrochent un ruban rouge pour Léo, un bleu pour Sami, un vert pour Nino. Léo pince le bout du ruban sur un fil, puis place le ventilateur. “Pas trop fort.”
Ils prennent chacun une lettre. Léo veut faire un L. Il se concentre, avance le ventilateur, recule, ajuste. Le ruban se plie. “Ça fait un 7…”
“Bouge de un petit pas,” dit Sami. Léo bouge d'un petit pas. Le ruban forme un L très clair.
Sami tente un S. Le ruban ondule. “Il danse trop!” Il ferme les yeux une seconde, écoute l'air, puis rouvre. “Je guide, je souffle.” Il souffle doucement, le ventilateur pousse un peu, et le S apparaît, bancal mais joli.
Nino veut un N. Le ruban n'en fait qu'à sa tête. Il part à gauche, puis à droite, puis fait un boucle. “Oups, j'ai un spaghetto.” Il rit, se calme, compte jusqu'à trois. “Je fais deux traits et un pont.” Il place une pince au milieu. Le ruban touche la pince, se plie, et hop, un N pas parfait mais très fier.
Madame Frisette applaudit. Tampon moustache, encore.
Cinquième défi: “Ranger vingt chaussettes par paires en une minute.” Sur la table, il y a un tas de chaussettes de toutes les couleurs.
“Des chattessettes?” demande Nino.
“Des chaussettes,” corrige Léo.
“Ah, pas des chats-saucisses,” soupire Sami avec un air sérieux. Ils éclatent de rire.
Madame Frisette pose un sablier. “Prêts? Go!”
Le tas est un fouillis mou. Léo se fige une seconde. “Attendez. On se concentre. Moi, je prends tout ce qui est bleu.”
“Moi, les rayures,” dit Sami.
“Moi, ce qui brille,” dit Nino.
Ils trient en parlant. “Bleu ici, rayures là, étoiles chez toi.” Le sablier coule. “Vite, mais net,” murmure Sami. Léo aligne deux chaussettes bleues et crie “Paire!” Nino trouve deux chaussettes avec des fusées. “Wouhou!” Sami noue deux chaussettes à pois. “Ça fait une paire collée.” “Non!” rigole Léo. “Juste côte à côte.” Ils se reprennent, respirent.
Il reste quelques secondes. “Concentré comme un chat ninja,” dit Nino. Il retrouve la sœur d'une chaussette qui brille. “Toi!” Il la pose près de l'autre. “Paire!”
Le sable s'arrête. Ils ont rangé toutes les paires. “On l'a fait!” crient-ils.
“Et en plus, c'est joli,” dit Madame Frisette en tamponnant la carte.
Sixième défi: “Écouter une fourmi.” Il y a une petite loupe, un carré d'herbe, une chaise. “Il faut s'asseoir, se taire, et écouter,” dit la dame.
Les trois garçons se posent. Silence. Léo ouvre grand les oreilles. “On entend… mon cœur.”
Sami ferme les yeux. “On entend… un bzz, c'est une mouche.”
Nino retient son rire. Son ventre fait “glouglou”. “Oh non, mon ventre fait la sirène.”
Ils se calment, respirent ensemble. “Un… deux… trois…” Le vent dit “houuu” dans les feuilles. Puis, tout petit, vraiment petit, un “cric cric”. Ils se regardent sans bouger. Léo chuchote: “Une fourmi qui marche sur une brindille.” Sami a un sourire qui tremble pour ne pas rire. Nino a les yeux ronds. “Je l'entends pour de vrai.”
Madame Frisette chuchote aussi. “Vous avez entendu l'impossible. Tampon.”
Le grand final
Dernier défi: “Construire une pyramide de gobelets plus haute que toi, sans la faire tomber.” Une table pleine de gobelets en plastique attend. “Impossible!” dit Nino en se tapant le front, mais il sourit déjà.
“Pas impossible,” dit Léo doucement. “Juste délicat.”
“Base large, gestes lents,” propose Sami. “Et on parle doucement.”
Ils posent la première rangée: un, deux, trois, quatre, cinq gobelets. Léo vérifie qu'ils sont droits. “Je touche, je regarde, je respire.” Deuxième rangée: quatre gobelets. Nino met le premier trop vite. Toute la pyramide tremble. “Oups!” Ils retiennent leurs mains. Elle tient bon. Ils se regardent, font un signe de tête.
“On recommence avec des mains de statue,” chuchote Sami. Ils reprennent. Tap. Pause. Clap. Pause. La pyramide monte. Trois gobelets, puis deux, puis un.
Un petit coup de vent passe. Le haut vacille. “Ah!” fait Nino, prêt à rattraper. Léo lève la main. “On ne bouge pas. On attend.” Ils ne bougent pas. Le gobelet se calme tout seul. “Merci, vent,” murmure Sami.
La pyramide est presque plus haute que Nino. “Encore une rangée,” dit-il. “Après, c'est moi le plus petit.”
Ils ajoutent une base plus large. C'est plus solide. Ils montent encore. Maintenant, la pyramide dépasse Nino, puis Léo, pas tout à fait Sami. “Je me baisse,” rigole Sami. “Voilà, elle est plus haute que moi aussi.” Ils rient tous les trois.
Madame Frisette mesure avec sa main. “C'est bon!” Elle colle trois rubans brillants sur leurs t-shirts: un ruban étoile, un ruban moustache, un ruban éclat de rire. “Vous avez transformé l'impossible en jeu.”
Léo regarde la carte pleine de tampons. “On a réussi, mais surtout, on s'est amusés.”
Sami caresse son ruban. “Quand on se concentre, tout devient plus clair. On a fait une chose à la fois.”
Nino fait un petit saut. “Et on a mis du rire partout. Même dans un caillou!”
Ils disent au revoir à Madame Frisette. En partant, ils inventent déjà des nouveaux défis.
“Défi impossible,” propose Léo, “faire un câlin au vent.”
Sami prend son écharpe et la laisse flotter. Elle lui caresse la joue. “Câlin réussi.”
“Défi impossible,” dit Nino, “traverser le trottoir sans marcher sur les lignes.” Ils avancent comme des crabes, concentrés, langue tirée, mais en gloussant.
“Défi impossible,” ajoute Sami, “faire sourire un adulte qui a l'air sérieux.”
Ils s'arrêtent devant un monsieur avec un journal. Ils se mettent en file et font une révérence clownesque. Le monsieur baisse le journal. Ses yeux brillent. Sa bouche se tord. Et hop, un sourire.
Sur le chemin, Léo chuchote: “J'ai compris un secret.”
“Quel secret?” demande Nino.
“Quand on se concentre avec joie, notre tête devient légère, nos yeux voient mieux, et nos mains font des gestes justes.”
“Et si on rate, on respire, on rit, et on recommence,” dit Sami.
“Alors,” dit Nino en ouvrant grand les bras, “rendez-vous demain pour d'autres impossibles?”
“Demain, après-demain, tout le temps,” répond Léo.
“En équipe,” ajoute Sami.
Ils marchent, rubans qui dansent, pas qui sautillent. Le soleil cligne. Le vent fait houuu. Et quelque part, très petit, un caillou fait ploc. Comme un rire minuscule qui dit: bravo.