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Histoire sur la pauvreté 7 à 8 ans Lecture 18 min.

Les deux pots de Lina : projets et entraide

Lina, une fillette attentive, apprend avec sa famille à économiser, partager et demander de l’aide pour concilier projets personnels et solidarité envers les autres.

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Une fillette de huit ans au visage rond et taches de rousseur, cheveux bruns en queue de cheval, déposant une pièce en cuivre dans un petit pot en verre étiqueté « Projets » pendant que sa mère d'environ 30 ans, cheveux noirs attachés, pose un paquet de pâtes sur le plan de travail à gauche, et que son père d'environ 35 ans, manches retroussées et mains un peu sales, visse une chaise à droite ; un petit garçon de cinq ans, cheveux courts, assis sur une chaise basse avec une pomme, observe la scène curieusement ; la cuisine modeste et chaleureuse montre une table en bois usée, lumière douce du matin à travers une fenêtre à rideau fleuri, une boîte métallique de biscuits marquée « Pour plus tard », deux bocaux « Entraide » et « Projets » côte à côte et une soupe fumante sur la cuisinière, créant une atmosphère calme et bienveillante aux couleurs chaudes. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : La boîte à pièces de Lina

Lina avait huit ans et un petit rire qui venait facilement. Elle ne riait pas tout le temps, mais elle essayait. Le matin, quand elle s'habillait, elle comptait aussi. Pas les boutons, non. Elle comptait les choses utiles : deux pulls propres, une paire de baskets encore solides, un manteau un peu court aux manches.

Dans la cuisine, il y avait une boîte en métal, une ancienne boîte de biscuits. Sur le couvercle, Lina avait collé une étiquette au feutre : « Pour plus tard ». À l'intérieur, il y avait des pièces de un, deux et cinq centimes, quelques tickets de caisse pliés, et un petit crayon.

Lina était économe. Elle aimait bien ce mot, même si elle ne l'utilisait pas souvent. Dans sa tête, ça voulait dire : « Je fais attention, je choisis, je ne gaspille pas. » Elle observait tout : le robinet qu'on fermait bien, la lumière qu'on éteignait en sortant, le pain qu'on gardait pour le lendemain en le mettant dans un torchon.

Sa maman, Amel, préparait du thé et deux tartines. Elle souriait, mais ses yeux avaient parfois l'air fatigué, comme quand on a trop pensé.

Lina savait qu'en ce moment, à la maison, l'argent était serré. Elle n'aimait pas trop ce mot non plus : serré. Ça faisait penser à un élastique qui tire. Mais elle comprenait l'idée : on ne pouvait pas tout acheter, et il fallait choisir.

Son papa, Karim, cherchait du travail depuis quelques semaines. Il faisait des petits travaux quand il pouvait : réparer un vélo pour un voisin, porter des cartons pour un magasin, aider à déménager un canapé. Il rentrait souvent avec des mains un peu rouges et un sourire qui disait : « On avance. »

Lina avait un petit frère, Samy, cinq ans, qui posait mille questions. Ce matin-là, Samy demanda pourquoi il n'y avait plus de céréales dans le placard.

Maman répondit calmement : « On a du pain et de la confiture, c'est très bien. Les céréales, on en reprendra plus tard. »

Samy fit une petite moue, puis croqua sa tartine. Lina, elle, prit la confiture avec soin, juste ce qu'il fallait. Elle pensa à sa boîte à pièces. Elle se dit qu'elle pourrait peut-être acheter un paquet de céréales un jour, mais elle ne voulait pas décider seule. Elle préférait aider autrement.

Sur le chemin de l'école, Lina marcha lentement pour ne pas user trop vite ses lacets. Elle regarda les vitrines, sans envie de tout avoir. Elle avait surtout envie que sa famille aille bien.

À l'école, la maîtresse annonça un projet : une sortie à la ferme pédagogique dans deux semaines. Il fallait apporter une autorisation et une petite participation.

Lina sentit son ventre faire un petit « boum ». Elle aimait les animaux, elle aimait les sorties. Mais elle pensa tout de suite à la participation. Elle prit le papier, le glissa dans son cahier, et le bout de l'enveloppe frotta ses doigts comme un rappel.

À la récréation, elle regarda ses camarades échanger des cartes, des biscuits, des petits objets brillants. Lina avait un goûter simple : une pomme. Elle l'aimait bien, sa pomme. Elle croquait dedans lentement, et elle se dit : « Une pomme, c'est solide. Ça cale. Ça fait du bruit quand on la mange. C'est joyeux, une pomme. »

L'après-midi, la maîtresse parla aussi d'une collecte : des produits d'hygiène et des aliments pour une association. Lina écouta très fort. Elle entendit des mots comme « aider », « partage », « personnes qui n'ont pas assez ». Elle se redressa un peu. Elle connaissait ce « pas assez ». Pas en grand, pas en histoire triste, mais en petites choses : choisir un yaourt plutôt qu'un autre, attendre pour un nouveau cahier, dire « plus tard » au lieu de « maintenant ».

En rentrant, Lina serra son cartable contre elle comme si ça pouvait garder ses pensées bien en place.

Chapitre 2 : Les listes et les astuces

À la maison, maman était assise à la table avec un carnet. Elle avait fait une liste. Lina adorait les listes : elles mettent de l'ordre et elles font moins peur.

Sur la feuille, il y avait des mots simples : pain, pâtes, œufs, savon, lessive. À côté, des petits traits.

« Tu fais des courses ? » demanda Lina.

Maman hocha la tête. « Oui. Je compare les prix. Je regarde les promotions. Et je fais attention à ne pas acheter trop. Comme ça, rien ne se perd. »

Lina observa les traits. Elle comprit que chaque trait comptait.

Dans sa chambre, Lina sortit sa boîte à pièces. Elle renversa doucement le contenu sur son lit. Les pièces roulèrent comme de petites billes. Elle les aligna par taille. Elle compta avec son doigt : dix, vingt, trente… Elle s'arrêta. Elle recommença. Elle voulait être sûre.

Ça faisait un petit tas, pas énorme, mais c'était son effort. Elle avait eu ces pièces en rendant service : aider la voisine à arroser les plantes, ranger des livres à la bibliothèque avec sa classe, ramasser des bouteilles consignées avec son papa un samedi. Parfois, la voisine donnait une pièce. Parfois, c'était juste un merci. Et le merci comptait aussi.

Lina pensa à la sortie à la ferme. Elle pensa aussi à la collecte pour l'association. Elle se demanda : « Est-ce qu'on peut aider les autres quand on a déjà peu ? »

Ça la rendit un peu confuse. Alors elle alla dans le salon où papa réparait une vieille chaise. Il tournait un tournevis lentement, avec patience.

Lina s'assit près de lui, sans parler tout de suite. Elle aimait bien le bruit régulier des vis. Ça ressemble à une petite musique.

Finalement, elle murmura : « Papa, à l'école, il y a une collecte pour aider des gens… et aussi une sortie qui coûte un peu. »

Papa posa le tournevis. Il regarda Lina avec douceur. « Tu as l'air de porter deux sacs dans ta tête. »

Lina eut un petit sourire. C'était vrai.

Papa continua : « On va regarder ça ensemble. On n'a pas beaucoup, mais on peut réfléchir. Tu sais, la solidarité, ce n'est pas seulement donner beaucoup. C'est aussi donner juste, et surtout respecter. »

Lina fronça les sourcils. Respecter, elle comprenait. Donner juste, elle voulait apprendre.

Maman arriva avec un sac de courses. Elle avait choisi des légumes un peu moins chers, et elle avait pris une grande bouteille de savon au lieu de deux petites.

« Regarde, » dit-elle à Lina, « en prenant la grande, ça revient moins cher. Et on peut la partager dans des petits flacons. »

Lina trouva ça malin. Elle se sentit fière, comme si elle apprenait un secret.

Le soir, pendant qu'ils cuisinaient une soupe, Lina proposa une idée : « On pourrait faire une boîte “entraide” et une boîte “sortie”. Comme ça, on sait où on va. »

Papa approuva. Maman aussi. Ils prirent deux petits pots en verre, bien lavés. Lina écrivit au feutre : « Entraide » sur l'un, « Projets » sur l'autre.

Elle mit trois pièces dans « Projets », et une pièce dans « Entraide ». C'était peu, mais c'était décidé. Elle sentit quelque chose de nouveau : une petite autonomie. Ce n'était pas une magie. C'était un choix.

Les jours suivants, Lina chercha des manières simples d'aider à la maison sans coûter d'argent. Elle plia le linge en faisant des piles bien droites. Elle ferma les volets le soir pour garder la chaleur. Elle utilisa le verso des feuilles pour dessiner.

À l'école, elle prit soin de ses crayons. Quand un crayon devenait trop petit, elle le mettait dans un pot spécial : « les mini-crayons ». Elle aimait ce nom. Un mini-crayon, ça écrit encore.

Un mercredi, la maîtresse demanda qui pouvait apporter quelque chose pour la collecte. Lina sentit son cœur battre. Elle pensa : « On n'a pas beaucoup. Mais peut-être qu'on a un peu. »

À la maison, elle demanda à maman s'ils pouvaient participer. Maman réfléchit, puis ouvrit le placard.

« On peut donner un paquet de pâtes, » dit-elle, « et un savon. On fera attention ailleurs. Et on donnera avec dignité. Parce que les personnes qui reçoivent ne sont pas des personnes “moins”. Ce sont des personnes. Comme nous. »

Lina retint cette phrase. Elle la rangea dans sa tête, comme une pièce précieuse.

Chapitre 3 : La sortie et le courage de demander

La date de la sortie approchait. Lina avait le papier dans son cahier, bien plié. Chaque fois qu'elle le touchait, elle pensait à la participation.

Elle avait mis quelques pièces dans le pot « Projets ». Papa avait ajouté une pièce après un petit travail. Maman aussi, en rendant la monnaie d'une course. Petit à petit, le pot tintait. C'était un son discret, mais encourageant.

Pourtant, Lina n'était pas sûre que ça suffirait.

Un jeudi, la maîtresse expliqua que si une famille avait du mal à payer, il fallait venir lui parler. Elle avait dit ça simplement, sans faire de grands yeux, comme si c'était normal. Lina se sentit à la fois soulagée et gênée, comme quand on a un lacet défait et qu'on ne sait pas si on doit s'arrêter.

Le soir, Lina en parla à ses parents. Elle voulait être courageuse. Elle voulait aussi que ce soit clair.

« Je crois que… je crois qu'on n'a peut-être pas assez pour la sortie. Et la maîtresse a dit qu'on peut lui dire. »

Maman posa la cuillère. Papa se gratta la joue, pensif. Il n'y avait pas de colère, pas de drame. Il y avait juste la réalité, comme une table : on ne peut pas la faire disparaître, mais on peut s'asseoir autour.

Papa dit : « Demander de l'aide quand il faut, c'est aussi être responsable. Ce n'est pas honteux. La honte, c'est quand on laisse quelqu'un seul. »

Lina respira mieux. Elle n'aimait pas la honte. Elle aimait l'idée de responsabilité.

Le lendemain, maman écrivit un petit mot à la maîtresse, avec des mots simples. Elle expliqua qu'en ce moment, c'était difficile. Elle demanda si une solution était possible.

Lina glissa le mot dans une enveloppe. Son doigt trembla un peu. À l'école, elle donna l'enveloppe sans bruit, à la fin de la classe. La maîtresse la prit et lui sourit normalement, comme si Lina venait de rendre un devoir.

À la récréation, Lina joua à chat avec Samira et Jules. Elle courut, elle rigola, elle oublia presque. Presque.

Le soir, la maîtresse avait écrit un message dans le cahier : la sortie était possible pour Lina. Une aide du fonds de l'école couvrirait une partie, et pour le reste, une petite participation serait suffisante.

Lina relut le message trois fois. Ses yeux piquèrent un peu, mais c'était un piquant doux, comme quand on est très touché.

Maman la serra dans ses bras. Papa aussi. Samy demanda si la ferme avait des dinosaures. Tout le monde rit.

Lina versa quelques pièces du pot « Projets » dans sa main. Elle compta. Cette fois, ça suffirait.

Le dimanche, ils préparèrent aussi le don pour la collecte : un paquet de pâtes et un savon. Lina ajouta un mot qu'elle écrivit soigneusement : « Bonjour. J'espère que cela aidera un peu. De la part de Lina. »

Elle hésita, puis ajouta : « Bonne journée. »

Maman relut, et dit : « C'est parfait. Tu parles comme à un voisin. C'est ça, le respect. »

Lina se sentit droite, comme une petite bougie bien posée.

Chapitre 4 : Des mains ouvertes

Le jour de la sortie, Lina se leva tôt. Elle mit son pull préféré, celui qui ne gratte pas. Dans son sac, elle glissa un goûter : un morceau de pain avec du fromage, enveloppé dans du papier. Elle avait aussi une gourde d'eau. Elle vérifia deux fois la fermeture éclair.

Devant l'école, le car attendait. Les enfants parlaient fort. Lina monta et s'assit près de la fenêtre. Elle regarda la ville s'éloigner, puis des champs apparaître.

À la ferme, il y avait des poules, des chèvres, un âne qui bâillait comme s'il s'étirait avec la bouche. Lina rit. L'âne semblait dire : « Bonjour, j'ai très faim, moi aussi. »

Ils apprirent comment on nourrit les animaux, comment on nettoie les enclos, comment on économise l'eau. Lina écouta très attentivement quand l'animateur parla de ne pas gaspiller la nourriture.

« À la ferme, » expliqua-t-il, « on utilise ce qu'on a. On répare. On transforme. On partage aussi, parce que tout le monde a besoin. »

Ces phrases ressemblaient à ce que Lina vivait à la maison. Elle se dit que sa famille avait déjà une sorte de ferme invisible : une ferme de petites astuces, de patience, de choix.

Au moment du pique-nique, Lina s'assit avec ses amis. Certains avaient des chips, d'autres des biscuits. Lina avait son pain-fromage. Jules la regarda et demanda si c'était bon.

Lina répondit juste : « Oui, c'est simple et ça cale. »

Jules fit un échange : il donna une petite carotte, Lina donna un bout de pomme. Personne ne se moqua. C'était normal, comme un jeu.

Dans l'après-midi, ils visitèrent une petite boutique avec des produits faits sur place. Lina regarda les savons parfumés. Elle pensa au savon donné à la collecte. Elle ne prit rien, et ça ne la rendit pas triste. Elle préférait garder son argent pour ce qui comptait.

Sur le chemin du retour, la maîtresse passa dans l'allée et s'arrêta près de Lina. Elle parla doucement, pour que personne n'entende trop.

« Tu as été très responsable, Lina. Merci d'avoir fait passer le mot à ta maman. Et merci pour le don à la collecte. »

Lina baissa les yeux, un peu gênée, mais contente. Elle se dit que la maîtresse n'avait pas parlé de « pauvres » ou de « riches ». Elle avait parlé de responsabilité, d'aide, de merci. Ça faisait du bien.

À la maison, le soir, Lina raconta l'âne, les chèvres, et même l'odeur du foin. Papa écouta comme si c'était un film. Maman sourit en coupant le pain.

Lina sortit ses deux pots. Elle les posa sur la table.

« J'aimerais continuer, » dit-elle, « à mettre un peu dans “Entraide” et un peu dans “Projets”. Même si c'est une seule pièce. Parce que ça montre qu'on avance. »

Papa répondit : « Une pièce, c'est petit. Mais une habitude, c'est grand. »

Maman ajouta : « Et tu apprends à choisir. C'est ça, être autonome. »

Lina pensa à toutes les petites choses qu'elle savait faire maintenant : compter, comparer, garder, réparer, demander de l'aide quand il faut, donner quand c'est possible. Elle n'avait pas réglé tous les problèmes du monde, bien sûr. Mais elle avait découvert une force tranquille : on peut agir, même avec peu.

Avant de se coucher, elle mit deux pièces dans « Projets » et une pièce dans « Entraide ». Le tintement lui sembla comme un petit “oui”.

Dans le noir, Lina se dit : « On n'a pas tout. Mais on a des idées. On a des mains. On a des gens autour. Et moi aussi, j'ai ma part. »

Elle s'endormit avec une pensée douce : demain, elle recommencerait. Pas pour devenir parfaite, mais pour continuer, pas à pas, avec dignité et espoir.

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Participation
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Collecte
Action de rassembler des objets ou de l'argent pour aider d'autres personnes.
Solidarité
S'entraider et se soutenir quand quelqu'un a besoin.
Dignité
Traiter les gens avec respect, comme des personnes importantes.
Autonomie
Capacité à faire des choses seul(e) et à prendre des décisions.
Responsable
Prendre soin de quelque chose et accepter les conséquences de ses actions.
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Consignées
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Animateur
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