La veille, quand les bougies chantaient
Il était une fois, dans un village tout blanc, deux petites filles de cinq ans qui se tenaient par la main. Elles s'appelaient Lina et Zoé. Ce soir-là, la neige tombait comme des plumes de duvet, et les cloches du clocher sonnaient doucement. Partout aux fenêtres, des bougies brillaient. Leurs flammes dansaient comme de petites danseuses en jupe dorée.
Dans la maison de Lina, un grand sapin se tenait droit près de la fenêtre. Il sentait la forêt et la résine, et ses boules reflétaient les lueurs comme de petits soleils ronds. La maman de Lina murmurait un chant, et son murmure ressemblait au frôlement d'une écharpe sur la joue. Les deux petites tapotaient leurs mains en rythme.
Neige qui tombe, cloches qui sonnent, sapin qui parfume, bougies qui brillent.
Zoé disait:
- On dirait que le monde respire doucement.
Et Lina hochait la tête, ses yeux brillants:
- Oui. Et ce soir, j'ai une grande envie. Je veux tracer une étoile filante en papier. Une vraie, avec une belle queue lumineuse, pour la coller à la fenêtre. Comme ça, elle rassurera tout le monde, même ceux qui rentrent tard.
Zoé cligna des yeux:
- Une étoile filante en papier? Ça va vite, une étoile filante. Comment tu vas la rattraper?
Lina sourit:
- Je ne veux pas la rattraper. Je veux la dessiner. Si je la dessine, elle restera avec nous, près des bougies et des chants.
Dans la cuisine, Mémé Jeanne, la grand-maman de Lina, mélangeait du chocolat chaud. La cuillère tournait, tournait, comme une petite cloche d'argent. Elle leva la tête et dit, avec sa voix de laine:
- Pour tracer une étoile filante, mes petites, il faut des yeux qui savent regarder et un cœur qui sait écouter.
- Écouter quoi, Mémé? demanda Zoé.
- Écouter la lumière, répondit Mémé Jeanne en souriant. La lumière parle doucement, comme un secret. Elle dit: “Va lentement. Respire. Regarde bien.”
Lina prit la main de Zoé:
- On va essayer. On va écouter la lumière.
Neige qui tombe, cloches qui sonnent, sapin qui parfume, bougies qui brillent.
Elles allèrent chercher une grande feuille blanche, souple comme un petit nuage. Elles prirent un crayon bien taillé, des ciseaux qui coupaient droit, et un pot de colle qui sentait un peu la vanille. La table devint un atelier. Les bougies, alignées sur le rebord de la fenêtre, tremblaient un peu, comme si elles aussi étaient curieuses.
Lina souffla sur ses doigts:
- Je veux que mon étoile filante ressemble à un sourire qui traverse la nuit.
Zoé approuva:
- Et moi, je veux qu'elle fasse un petit bruit de carillon, même si elle est en papier, juste dans le cœur.
La maman de Lina posa deux tasses de chocolat chaud et dit:
- Les artistes ont besoin d'un peu de douceur.
Les petites rirent. Elles burent une gorgée, sentirent la chaleur couler jusqu'au bout des doigts. Puis Lina posa la pointe du crayon sur la feuille. Elle commença par une étoile à cinq branches, claire et pointue. Mais quand elle voulut dessiner la longue queue, le trait devint tremblant. La flamme d'une bougie fit une ombre sur la table, et on aurait cru un lac doré. Lina plissa les yeux.
- Oh, mince, dit-elle. Ça ressemble à une queue de poisson!
Zoé la rassura:
- Ce n'est pas grave, on recommence.
Neige qui tombe, cloches qui sonnent, sapin qui parfume, bougies qui brillent.
Le secret de la flamme et le chant du trait
Cette fois, Zoé prit le crayon.
- Je vais tracer tout doucement, comme quand on suit un escargot.
Elle fit une courbe longue et fine, mais à la fin, un petit coup de vent entra par la porte et fit trembler la flamme. L'ombre bougea, et Zoé fit un crochet brusque.
- Oh, regardez! s'exclama-t-elle. On dirait une queue de comète avec un nœud.
Mémé Jeanne s'approcha, ses pas tout doux. Elle posa une main sur l'épaule de Zoé, une autre sur l'épaule de Lina.
- Vous savez, les queues de comète ont mille formes. Mais votre étoile filante doit aussi raconter votre histoire. Que voulez-vous qu'elle dise?
Lina réfléchit.
- Qu'elle dit “courage”, quand on doit traverser la nuit.
Zoé ajouta:
- Qu'elle dit “ensemble”, quand on se donne la main.
La maman de Lina bougea une bougie, juste un peu, et la flamme se fit plus calme. La lumière posa une caresse sur la feuille.
- Écoutez, dit Mémé Jeanne. Écoutez le petit bruit de la flamme. C'est comme un chuchotis qui donne le rythme.
Les petites fermèrent les yeux une seconde. Elles entendirent le vent mignon contre la vitre. Elles entendirent, au loin, des voix qui chantaient un chant de Noël. Les voix montaient comme des oiseaux lents.
Neige qui tombe, cloches qui sonnent, sapin qui parfume, bougies qui brillent.
Lina rouvrit les yeux. Elle dit:
- Je vais faire le début du trait, et Zoé, tu feras la suite. On va le chanter en même temps, d'accord?
- D'accord, fit Zoé.
Lina posa la mine sur le papier. Elle chanta très doucement:
- Looooongue lumière qui glisse…
Zoé reprit:
- Cueeeillette de douceur qui file…
Et le crayon alla, alla, comme une luge qui sait trouver sa piste. La courbe naquit belle et souple. Zoé ajouta de petites étincelles autour, des points fins comme des graines de lumière. Lina dessina la tête de l'étoile, une petite étoile à cinq branches bien ouverte, comme une main qui salue. Elles se regardèrent, leurs yeux ronds comme des billes.
- On y est presque, souffla Lina.
Au moment de découper, un peu de cire tomba de la bougie sur le bord du papier. Cela fit une petite tache brillante. Zoé grimaça:
- Oh non, j'ai peur que ça colle la feuille à la table.
- Ce n'est pas grave, dit Mémé Jeanne. La cire est un souvenir de la flamme. On va la laisser sécher, et elle fera une goutte de lune sur votre étoile.
Lina sourit:
- J'aime bien l'idée d'une goutte de lune.
Il fallait de la patience. Elles attendirent en bavardant, en comptant les flocons. Une cloche sonna, une, deux, trois fois. Les voix dehors s'approchèrent. On frappait à la porte. C'était Monsieur Abel, le voisin aux cheveux blancs. Il portait un sac de petits gâteaux aux amandes.
- Mes petites, dit-il, j'ai entendu vos chants. Je vous ai apporté un peu de douceur. Et moi, j'aurais besoin d'un peu de lumière à ma fenêtre. J'ai perdu ma petite étoile de papier l'an dernier.
Lina et Zoé se regardèrent. Elles pensèrent la même chose. Zoé dit:
- Nous faisons une étoile filante. Peut-être qu'elle pourrait venir aussi chez vous?
Monsieur Abel sourit. Ses yeux brillaient comme des gouttes de chocolat.
- Une étoile filante à ma fenêtre? Ce serait un bonheur.
Lina sentit son cœur se gonfler, comme un coussin tout chaud. Elle dit doucement:
- Oui. Mais pour qu'elle soit parfaite, on doit encore écouter la lumière.
Neige qui tombe, cloches qui sonnent, sapin qui parfume, bougies qui brillent.
La cire avait séché. Les ciseaux entrèrent dans le papier avec un chuchotis de neige. Lina tenait la feuille. Zoé découpait lentement, lentement, en suivant la courbe comme on suit un ruisseau. Parfois, la main tremblait un peu.
- Respire, murmura Mémé Jeanne.
- J'ai peur de couper trop loin, avoua Zoé.
- Quand on a peur, dit doucement Lina, on peut aller moins vite. Et on peut chanter.
Alors elles chantèrent encore, des petites notes rondes, et la ligne resta belle. À la fin, l'étoile filante en papier se détacha. Elle était là, dans leurs mains, légère comme une plume de neige. Sa queue avait des petits points qui brillaient au bord, et la goutte de lune scintillait.
- Elle est… elle est… commença Zoé.
- Elle est magnifique, finit Lina.
La maman de Lina posa un fil d'or tout fin sur l'étoile, pour pouvoir l'accrocher.
- Où la met-on? demanda-t-elle.
Lina regarda le sapin, qui les écoutait, calme et fier. Elle regarda la fenêtre, qui donnait sur la rue où passaient les chanteurs. Elle regarda Monsieur Abel, qui tenait son sac de gâteaux avec délicatesse.
- D'abord à la fenêtre, dit-elle. Pour que tous la voient. Ensuite, nous en ferons une autre, pour Monsieur Abel. On partagera la lumière.
- Voilà qui est sage, murmura Mémé Jeanne. La sagesse, c'est un pas après l'autre, et une lumière que l'on partage.
Neige qui tombe, cloches qui sonnent, sapin qui parfume, bougies qui brillent.
La nuit claire et la sagesse des petites lumières
Lina et Zoé s'approchèrent de la fenêtre. Dehors, la neige posait sur le monde une couverture de silence. Les voix chantaient encore, un peu plus loin, un chant qui parlait de paix et de douceur. Les petites collèrent l'étoile filante en papier à la vitre. La queue semblait vraiment filer, comme si elle allait traverser la nuit pour aller saluer les montagnes.
Un instant, un nuage passa, gris et doux. Le ciel restait caché. Lina regarda, un peu inquiète.
- J'aimerais que le ciel s'ouvre, dit-elle. Juste un petit peu.
- Attends, dit Zoé. Peut-être que le ciel écoute aussi.
Elles prirent leurs manteaux et leurs bonnets. Elles sortirent sur le perron, avec Mémé Jeanne et la maman de Lina. Monsieur Abel, qui ne craignait pas le froid, les suivit, son écharpe rouge bien serrée. Les bougies posées dans des lanternes sur le seuil chantaient de petites flammes claires.
Neige qui tombe, cloches qui sonnent, sapin qui parfume, bougies qui brillent.
Le vent, ce soir-là, était comme un grand chat qui venait se frotter aux maisons. Il n'était pas méchant, juste curieux. Les petites levèrent le nez. Le nuage glissa, glissa, comme un bateau qui change de port. Au-dessus d'eux, le ciel se fit d'un bleu très sombre, puis s'ouvrit, net et beau. Mille étoiles clignèrent comme des yeux heureux. Un chemin de diamants s'allongea.
- Oh! souffla Zoé.
- Regarde! s'écria Lina.
Juste au-dessus de la maison, une étoile filante passa. Elle traça dans la nuit une ligne lumineuse, longue et douce, exactement comme sur le papier. On aurait dit qu'elle riait, qu'elle leur faisait signe.
Monsieur Abel joignit les mains, ému:
- Merci pour la lumière.
La maman de Lina chuchota:
- Parfois, le ciel attend que nos cœurs soient prêts. Quand on travaille ensemble, il se dégage, tout simple.
Mémé Jeanne hocha la tête.
- La sagesse est comme une bougie. Petite, mais elle éclaire bien.
Lina serra la main de Zoé.
- Tu as entendu le ciel? demanda-t-elle.
- Oui, répondit Zoé en souriant. Il disait: “Allez doucement. Écoutez. Partagez.”
Les chanteurs, qui avaient vu la petite troupe sur le perron, s'approchèrent. Ils étaient enveloppés de châles et de couvertures. Ils entonnèrent un refrain que tout le monde connaissait. Les voix étaient chaudes et rondes. Lina et Zoé, la tête levée, chantèrent avec eux, une main dans la main.
Neige qui tombe, cloches qui sonnent, sapin qui parfume, bougies qui brillent.
Après la chanson, Lina tira doucement la manche de la maman.
- On fait une autre étoile filante pour Monsieur Abel?
- Oui, dit la maman. Vous connaissez le secret, maintenant.
Elles rentrèrent. La maison avait l'odeur du chocolat et des gâteaux. Les bougies tenaient la garde, fières et patientes. Lina et Zoé prirent une nouvelle feuille, et leurs gestes étaient sûrs, calmes, sages. Elles parlaient peu, parce que la lumière était déjà dans leurs mains. Elles tracèrent la courbe, elles découpèrent, elles collèrent deux petites étincelles en papier doré.
Zoé glissa l'étoile dans les mains de Monsieur Abel.
- Pour ta fenêtre. Comme ça, ta maison aussi aura une queue de lumière.
Monsieur Abel avait les yeux un peu mouillés.
- Je la mettrai près de ma photo de famille. Elle nous fera souvenir du chemin qui mène les uns aux autres.
Mémé Jeanne poussa une petite boîte vers les enfants.
- Pour vous, deux clochettes. Elles sonneront très doucement quand vous bougerez, pour vous rappeler d'écouter.
Les clochettes tintinnabulaient comme deux gouttes d'argent. Lina et Zoé les accrochèrent à leurs poignets et rirent. Le son était si léger qu'on aurait cru entendre des flocons se saluer.
Neige qui tombe, cloches qui sonnent, sapin qui parfume, bougies qui brillent.
Les heures passaient comme des étoiles lentes. Par la fenêtre, on voyait le ciel complètement dégagé, large et tranquille. L'étoile filante en papier, collée à la vitre, avait l'air de glisser pour toujours. Sur la table, il restait de la farine de papier, des miettes de gâteaux, un peu de cire comme de l'or rose. La maison battait doucement, comme un cœur content.
Lina posa sa tête contre l'épaule de la maman.
- Je crois que j'ai compris, dit-elle. Quand on veut faire quelque chose de beau, il faut d'abord écouter, puis aller doucement, et puis partager.
- Oui, répondit la maman. Et il faut aussi regarder le monde avec des yeux d'enfant.
Zoé bâilla, un bâillement rond comme une lune.
- Et chanter un peu, ajouta-t-elle.
Mémé Jeanne se leva et prit une couverture douce qu'elle posa sur les deux petites, qui s'étaient serrées sur le tapis, près du sapin. Le sapin faisait un bruit très léger, comme un chuchotement d'aiguilles. Les clochettes tintaient quand l'une ou l'autre bougeait un doigt.
Dehors, la neige s'était arrêtée, comme si elle avait trouvé enfin sa place. Le ciel, tout dégagé, gardait la mémoire de tout ce qu'il avait vu: des petites mains patientes, des flammes sages, des voix qui se répondent. Les étoiles brillaient sans se presser.
Neige qui tombe, cloches qui sonnent, sapin qui parfume, bougies qui brillent.
Dans la maison, la lumière était douce. Monsieur Abel, en repartant, agita la main et dit:
- Bonne nuit, mes petites sages.
- Bonne nuit, Monsieur Abel, répondirent Lina et Zoé, les yeux déjà un peu lourds.
La maman souffla l'une des bougies, puis une autre, puis attendit. Mémé Jeanne laissa une petite flamme veiller. Elle disait au silence: “Je suis là.” Le chant des voix s'était éloigné. Il restait juste ce qui fait la paix: un sapin qui veille, une étoile qui sourit, et deux enfants rassurées.
Lina murmura:
- Demain, on fera une étoile pour quelqu'un d'autre. Peut-être pour la dame au manteau bleu qui marche souvent seule.
- Oui, dit Zoé. La lumière, ça se donne.
Leurs clochettes firent un petit “ding” très doux, comme un secret qui se ferme. Le sapin parut content. La nuit posa sur la maison sa grande main douce.
Et, derrière la vitre, sous le ciel dégagé, la petite étoile filante en papier glissait dans leur rêve, lente et lumineuse. La sagesse, ce soir-là, était simple comme un souffle, chaude comme une tasse de chocolat chaud, et claire comme la flamme d'une bougie. Et tout était calme. Et tout était bon. Et tout était paisible.