Chapitre 1 — Le garçon et la pluie d'étoiles
Le petit garçon s'appelait Noé. Il avait six ans. Il était si délicat qu'on le voyait sourire aux feuilles. Sa main touchait doucement les coquillages et les boutons des fleurs. Une nuit, alors que la pluie était faite d'étincelles, Noé regarda le ciel. Les étoiles semblaient tomber comme des plumes. Une d'elles glissa près de sa fenêtre et murmura un mot.
« Promesse », dit la lumière.
Noé sentit son cœur battre fort. Il prit son manteau, car la pluie prenait un goût de musique. Il suivit la traînée scintillante qui montait, et monta aussi. L'air était doux comme du velours. Il arriva devant un grand cairn qui flottait dans l'espace, comme une île de pierres et de souvenirs. Le cairn orbital brillait de mille couleurs. Les pierres étaient gravées de petites mains, d'empreintes, de mots et de dessins. On y déposait des promesses.
Il y avait un laboratoire au cœur du cairn. Les fenêtres étaient rondes comme des yeux. Il dormait. Des machines respiraient lentement, comme des gros chats endormis. Des fils luisaient comme des rivières. Noé posa sa paume contre une plaque de métal. Elle était froide. Une voix très ancienne, comme le bruit d'une cloche sous l'eau, se réveilla.
« Qui vient réveiller le temps ? » demanda la voix.
Noé dit son nom. Sa voix était petite. Mais elle fit danser des étincelles. Le laboratoire ouvrit ses bras. Des lampes de verre s'allumèrent. De petites lumières volantes sortirent, comme des lucioles de métal. Elles formaient des lettres qui flottaient. Elles criaient : « Promesse reçue. Promesse enregistrée. » Noé sentit une chaleur nouvelle dans sa poitrine. Il n'avait jamais été si courageux.
Il comprit que le cairn n'était pas seulement un lieu de pierres. C'était un lieu qui gardait les promesses des habitants des mondes. Les promesses y venaient comme des graines. Le laboratoire les gardait, les nourrissait, et parfois, si on était patient, les transformait en étoiles.
Noé regarda autour de lui. Des boîtes en verre gardaient des promesses pliées. Une boîte portait l'inscription : « Promesse d'amitié ». Une autre : « Promesse de rire ». Des filins de lumière reliaient les boîtes. Le garçon effleura une boîte. Une petite voix joua une chanson. Elle disait : « N'aie pas peur. » Noé sourit. Il sentit qu'il avait une mission.
Chapitre 2 — Les machines qui rêvent
Le laboratoire avait des machines qui semblaient avoir des rêves. L'une ressemblait à un grand livre ouvert, avec des pages de métal. Quand Noé passa la main, les pages tournèrent toutes seules et montrèrent des images. Il vit un village qui partageait son pain. Il vit une fille qui aidait un oiseau blessé. Il vit un garçon qui tendait la main à un autre garçon. Chaque image était une promesse.
Une machine plus petite faisait des bulles. À l'intérieur de chaque bulle, une promesse respirait. Noé souffla sur une bulle. Elle grandit, puis éclata en confettis lumineux qui tournoyèrent dans l'air. Les confettis se rassemblèrent autour de Noé comme des papillons. Ils chantaient : « Ouvre ton cœur. Persévère. » Noé sentit que la persévérance était comme une petite clé. Elle ouvrait des portes qui semblaient fermées.
Une porte lourde se trouvait au fond du laboratoire. Elle avait peint dessus une image d'un grand arbre et d'un ciel qui n'existait que la nuit. Au-dessus, une plaque disait : « Ne pas ouvrir avant l'aube des promesses. » Mais l'aube n'arrivait pas. Elle avait été retenue par un nuage gris fait de doutes. Le nuage avalait les couleurs. Le cairn perdait son éclat. Les promesses devenaient pâles et se recroquevillaient.
Noé sentit une petite peur. Mais il n'avait pas peur de rester courageux. Il se rappela de la pluie d'étoiles. Il serra la petite clé qu'il avait trouvée dans la bulle. Il dit à voix haute : « Je veux aider. Je peux apprendre. » Les machines l'écoutèrent. Elles s'approchèrent comme des amis curieux. L'une d'elles, une machine avec des bras de lumière, tendit une loupe qui montrait le nuage de doutes. Noé vit que le nuage était plein de petits mots : « Je ne sais pas », « Et si ? », « C'est trop difficile ».
« Ce ne sont que mots », murmura Noé. « Ils se transforment si on souffle dessus. »
Alors il souffla. Il souffla avec toute la force de son petit corps. Son souffle devint une brise douce. La brise fit tournoyer les mots. Elle les réveilla. Les mots se mirent à danser. Ils devinrent graines de couleur. Ils tombèrent sur les promesses pâles et les arrosèrent. Les promesses reprirent des couleurs. Elles s'étirèrent. Elles se relevèrent, comme des enfants qui se réveillent pour jouer.
Le nuage de doutes commença à se fissurer. Une lumière se glissa dans la faille. Mais le nuage n'était pas seul. Un grand verrou d'acier, sans clé, bloquait la porte. La plaque dit : « Pour ouvrir, il faut une promesse offerte. » Noé pensa à sa famille. Il pensa à la manière dont sa mère souriait quand il offrait un caillou brillant. Il pensa à la promesse qu'il s'était faite, une nuit, de toujours tendre la main aux autres.
Il murmura sa promesse. Sa voix trembla. Mais la machine-livre prit sa parole. Elle la fit voyager comme une petite barque. La barque porta la promesse jusqu'au verrou. Le verrou s'ouvrit en douceur. La porte grogna et s'écarta. De l'autre côté, il y avait un jardin suspendu. Les plantes avaient des feuilles comme des circuits. Des fleurs chantaient des codes. Le jardin sentait le miel et le métal.
Chapitre 3 — Le jardin des promesses et le retour de l'aube
Noé entra dans le jardin. Les promesses se rassemblaient autour de lui, comme un cercle d'amis. Elles lui racontèrent des petites histoires. Une promesse raconta comment elle avait aidé une vieille dame à traverser la rue. Une autre raconta comment elle avait fait naître une chanson. Noé écouta. Chaque histoire donna plus d'éclat au cairn.
Au centre du jardin, une machine-attelage tenait une sphère de lumière. Elle tremblait. La sphère contenait l'aube. Elle avait été enfermée là pour la protéger. Mais sans promesses, l'aube restait petite. Noé posa ses mains sur la sphère. Elle était chaude comme un pain sorti du four. Il chanta une petite chanson qu'il avait apprise à l'école. Les mots étaient simples et doux. Peu à peu, la sphère se gonfla. Elle devint plus brillante. Les machines chantèrent avec lui. Les bulles devinrent des notes de musique.
La sphère d'aube s'envola et sortit du jardin. Elle monta vers le ciel du cairn. Le nuage de doutes sentit la chaleur. Il recula. Les couleurs revinrent. Les pierres du cairn scintillèrent comme des miroirs. Les promesses retrouvèrent leur forme et leur force. Elles se transformèrent en petites étoiles qui partirent veiller sur les mondes.
Mais l'une des promesses resta au jardin. C'était une promesse timide, cachée dans un pot de terre. Elle disait : « Je veux rencontrer d'autres façons de vivre. » Noé la prit. Il la plaça dans sa poche. Il sentit que ce souhait allait l'accompagner longtemps. Il avait appris que les promesses peuvent être données et gardées. Elles peuvent voyager et grandir. Elles aiment qu'on les partage.
Le laboratoire se remit à chanter doucement. Les machines remercièrent Noé. Elles lui donnèrent un petit objet en cadeau : une montre qui ne mesurait pas l'heure. Elle mesurait le courage. Chaque fois que Noé serait inquiet, la montre brillerait et lui rappellerait sa promesse. Noé mit la montre autour de son poignet. Elle lui allait comme une amitié.
La sphère d'aube posa une main de lumière sur le cairn. Tout le laboratoire brilla d'une lumière douce. Le ciel s'ouvrit en un grand sourire. Noé vit alors de loin les enfants des villages, les vieux, les animaux, tous levant les yeux. Chacun garda une petite étoile. Chacun avait donné une promesse. Le monde devint plus grand, plus ouvert. Les différences dansaient ensemble comme des couleurs sur une peinture.
Avant de partir, Noé fit une dernière chose. Il écrivit une petite promesse sur une feuille de métal : « Je garderai les promesses. J'irai voir d'autres mondes. » Il la plia en petit bateau et le déposa dans une boîte. La boîte trembla un peu, puis sourit. Les machines la fermèrent comme un trésor. Noé sentit qu'il avait maintenant une maison dans le cairn. Il savait qu'il pourrait revenir.
La pluie d'étoiles se remit à tomber, mais cette fois, elles portaient des messages de courage. Noé redescendit vers sa maison. Le vent jouait avec ses cheveux. Sa montre scintillait. Il se promit de rester ouvert aux autres, de persévérer quand les nuages sembleraient gros, et de toujours offrir des promesses en cadeau.
La ville se réveilla avec un sourire nouveau. Les gens trouvèrent des petites étoiles près de leurs portes. Une vieille dame trouva la promesse d'un enfant qui promettait de l'aider à porter ses courses. Un garçon trouva une promesse qui disait : « Je t'écouterai. » Les promesses voyagèrent comme des oiseaux. Elles rendirent les cœurs plus légers.
Et Noé, dans son lit, regarda la montre sur son poignet. Elle brillait doucement. Il se sentit fort et petit à la fois. Il savait que le monde était grand, mais qu'une seule main ouverte pouvait faire beaucoup. Il ferma les yeux. Les étoiles du cairn dansèrent dans ses rêves. Il rêva d'un jardin où l'on mélangeait fleurs et circuits, où l'on chantait avec des machines, et où personne n'avait peur de promettre. Il sut, au fond de son cœur, qu'il reviendrait un jour pour réveiller d'autres laboratoires endormis et pour arracher les nuages de doutes, un souffle, une promesse et une persévérance à la fois.