Ce matin-là, Sifflet le serpent se réveilla avec une idée qui lui chatouillait la tête. Il sortit la langue, comme pour goûter l'air, et annonça fièrement : « Aujourd'hui, je fais un plan… un plan très ingénieux ! »
Dans la clairière, tout le monde se préparait pour le grand pique-nique des animaux. Il y avait des paniers, des nappes à carreaux, et même un petit pot de miel qui brillait au soleil.
Sifflet, lui, avait un souci tout simple : il adorait les petits biscuits ronds, mais le panier à biscuits était posé très haut, sur une table. Trop haut. Beaucoup trop haut pour un serpent sans pattes.
Il leva la tête, plissa les yeux, et dit : « Pas grave. Je vais y arriver. Je suis un serpent… persévérant ! »
D'abord, il essaya de s'étirer, s'étirer, s'étirer… Il monta sur la pointe de sa queue. Il se tortilla en colonne, très droit, très fier. On aurait dit un long spaghetti qui veut toucher le ciel.
« Presque ! » souffla-t-il.
Mais sa tête fit “pouf” sur le bord de la table, et il glissa doucement comme une nouille fatiguée.
Lapinou, un lapin aux moustaches frémissantes, rigola gentiment : « Tu veux que je te le descende, le panier ? »
« Non, merci ! » répondit Sifflet, très sérieux. « C'est mon plan. Je recommence. »
Deuxième idée : la pyramide. Sifflet rassembla des cailloux bien ronds. Il les roula un par un, avec le museau. « Un… deux… trois… » Il faisait une petite pile.
Mais au quatrième caillou, la pile fit “cloc cloc” et… patatras ! Tout roula partout, comme des billes en fête.
Une souris passa en courant : « Oh, un jeu ! » Elle sauta dedans : « Bim ! Bam ! » Les cailloux partirent encore plus loin.
Sifflet cligna des yeux. « D'accord… la pyramide, c'est… une pyramide qui voyage. Plan numéro trois ! »
Plan numéro trois : la corde-banane. Enfin, pas une banane, mais une liane toute souple. Il la trouva près de l'arbre. Il la traîna, il la tira, il la déroula. « Parfait ! »
Il attacha une extrémité à une branche basse (avec un nœud… qui ressemblait plutôt à un câlin de liane). Puis il fit passer l'autre extrémité jusqu'à la table.
« Si je tire ici… » murmura-t-il, « le panier glisse… et hop, il descend ! Ingénieux ! »
Il tira.
La liane fit “iiiik”.
Le panier ne bougea pas.
Il tira plus fort.
La liane fit “IIIIIK”.
Le panier bougea… d'un petit millimètre, comme s'il disait : “Je réfléchis.”
Sifflet s'arrêta, reprit son souffle, et recommença. « Je n'abandonne pas. Je suis un serpent persévérant, et je fais des plans persévérants ! »
À ce moment-là, Pipo le pigeon arriva en claquant des ailes. Il vit la liane, le serpent concentré, et la table. « Oh ! C'est une installation d'artiste ? »
« Chut ! » fit Sifflet. « C'est mon plan. »
Pipo s'approcha, très curieux. Il posa une patte sur la liane. Juste une patte. Et… “iiiiik”, encore.
Puis Bouli le blaireau vint avec un chapeau de paille un peu trop grand. Il demanda : « On joue à tirer la ficelle ? »
Sans attendre la réponse, il posa aussi une patte sur la liane. Puis une autre. Puis il s'accroupit dessus, comme sur un banc.
La liane fit “IIIIIIIIK”.
Et d'un coup, le panier glissa d'un grand “SCOOOOTCH” et arriva pile au bord de la table.
Tout le monde s'immobilisa. Même la souris retint son “bim”.
Sifflet chuchota : « Ça y est… »
Le panier bascula un tout petit peu, comme un bateau qui hésite, puis… “PLOP” ! Il tomba dans l'herbe. Sans se renverser. Comme s'il avait fait exprès d'atterrir avec politesse.
Silence.
Puis Lapinou applaudit : « Bravo ! »
Pipo fit une révérence : « Magnifique spectacle de corde-banane ! »
Bouli, très fier, déclara : « J'ai aidé avec mes fesses. Je suis un héros. »
Sifflet éclata de rire. « Mon plan a marché ! Bon… avec des ailes, des moustaches et des fesses, mais il a marché ! »
Il rampa jusqu'au panier. Il l'ouvrit avec soin. Les biscuits ronds étaient là, bien rangés, tout sages. Il en prit un, le croqua doucement, et ses yeux brillèrent.
« Vous en voulez ? » demanda-t-il.
« Oui ! » dirent tous les animaux en même temps.
Ils s'installèrent sur la nappe à carreaux. Le soleil faisait des taches dorées sur leurs dos. On entendait “crac” des biscuits, “slurp” du jus de pomme, et “hihi” des rires.
Sifflet regarda la table, la liane, et son panier enfin à portée. Il soupira, content. « Demain, j'aurai un autre plan. Peut-être un plan pour attraper une fraise… sans faire rouler toute la forêt ! »
La souris leva une miette et cria : « Bim ! Bam ! »
Et tout le monde rit encore, bien au chaud dans l'après-midi, pendant que Sifflet, le serpent persévérant, se servait un deuxième biscuit, tranquillement.