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Conte nordique et viking 9 à 10 ans Lecture 15 min.

Sigrid et la pierre de soleil : la prudence au pays du Nord

Sigrid part au Nord pour retrouver sa mère disparue, accompagnée d’une corneille et d’une pierre qui guide sa route. En chemin, rencontres et épreuves lui apprennent que courage et prudence doivent aller de pair.

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Sigrid, adolescente de 16–18 ans, visage soulagé et joyeux, yeux clairs, longues tresses sombres, cape bleue froissée, serre sa mère en tenant un petit galet argenté visible dans sa poche; Ása, femme de 30–40 ans, joue légèrement blessée, mains bandées, cape de fourrure sombre, sourire fatigué mais lumineux, rend l’étreinte dans une petite grotte creusée dans des falaises sombres; trois chasseurs âgés (30–50 ans), visages burinés et nez rouges, assis autour d’un feu en peaux de renne regardent la scène avec soulagement; une corneille noire luisante est perchée à l’entrée; parois givrées, tas de neige laissant passer une lumière pâle, brasero central projetant une lumière orange chaleureuse et de longues ombres, en arrière-plan un fjord gelé et un pin fendu; réunion mère-fille émotive, contraste chaud/froid, ambiance de soulagement et chaleur humaine; style rendu 3D doux et coloré, formes rondes, textures réalistes, éclairage cinématographique, ambiance conte nordique. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : La corneille et la boussole de glace

Dans le fjord de Skarvik, l'hiver posait son grand manteau blanc sur les toits de tourbe. La mer, en bas, respirait lentement, comme une bête endormie sous un drap de givre. On entendait parfois la plainte d'une voile, ou le rire d'un corbeau qui se croyait poète.

Sigrid, elle, marchait vite. Jeune femme aux tresses sombres, elle avait les yeux clairs des gens qui regardent loin. Sur sa ceinture pendait un petit couteau, et dans sa poche, un galet rond poli par l'eau, porte-bonheur de sa mère.

Sa mère. Depuis trois lunes, elle n'était pas revenue.

On disait qu'Ása, la mère de Sigrid, était partie avec un groupe de chasseurs vers les falaises du Nord, là où les phoques se rassemblent et où la brume avale les pas. Le groupe était revenu… sans elle.

Le soir, près du feu, l'oncle Bragi, grand comme un sapin et prudent comme un vieux renard, remuait la soupe et grondait doucement :

« Sigrid, le Nord n'est pas un chemin, c'est une énigme. Il faut attendre le dégel. »

Sigrid serra le galet dans sa main.

« Si j'attends, la neige aura effacé ses traces. Je ne cherche pas une histoire, oncle. Je cherche ma mère. »

Bragi soupira. Ses sourcils frémirent comme deux chenilles inquiètes.

« Alors tu partiras… mais pas comme une flèche folle. Tu partiras comme une flèche guidée. »

Il lui tendit une petite pierre claire, gravée d'une ligne et d'un point.

« Une pierre de soleil. Quand le ciel ment, elle dit la vérité. Regarde-la près de ton œil : la lumière y danse et te montre où se cache le soleil. »

Puis il ajouta, en coin, avec un humour qui craquait comme du bois sec :

« Et n'oublie pas : même les héros qui chantent le plus fort doivent manger. Prends du pain. »

Sigrid rit, et son rire réchauffa un instant l'air. Elle prit du pain, du poisson séché, une corde, et la pierre de soleil. Au dehors, une corneille sautillait sur la neige, comme si elle l'attendait.

« Tu viens avec moi ? » demanda Sigrid.

La corneille pencha la tête, puis croassa, presque comme un “oui” mal prononcé.

Au matin, Sigrid quitta Skarvik. Le fjord derrière elle brillait comme une lame. Devant, le Nord ouvrait sa bouche blanche.

Chapitre 2 : Le pont de brume et le conseil du renne

La première journée, le vent joua avec sa cape, la tirant comme un enfant tire une nappe. Sigrid avançait entre des pins qui faisaient la garde, raides et silencieux. Parfois, la corneille se posait sur une branche et la regardait, l'air de dire : “Tu sais où tu vas, au moins ?”

À midi, le ciel se couvrit d'un gris épais. La neige devint plus fine, plus trompeuse. Les pierres se cachèrent sous un duvet, et les trous sous des sourires.

Sigrid arriva près d'un ravin. Un pont de brume semblait le traverser : un vieux tronc d'arbre, long et étroit, posé au-dessus du vide. La brume montait comme une soupe chaude et cachait la profondeur.

Sigrid posa un pied sur le tronc. Il trembla, grinça. La corneille croassa, indignée.

« Quoi ? » souffla Sigrid. « Tu n'aimes pas les ponts ? »

Un renne apparut alors, calme comme s'il sortait d'un rêve. Ses bois étaient larges, comme deux rameaux de lune. Il s'arrêta à côté du ravin et renifla.

« Ne traverse pas ici, fille aux tresses, » dit-il, et sa voix semblait faite de neige tassée.

Sigrid cligna des yeux. Dans le Nord, on apprend à ne pas discuter trop longtemps avec les choses impossibles.

« Pourquoi ? » demanda-t-elle quand même, parce qu'elle était courageuse, et que le courage pose des questions.

Le renne gratta le sol.

« Le tronc est vieux. La brume est une couverture pour le danger. Quand on ne voit pas, on avance plus lentement, pas plus vite. La prudence, c'est le pas qui revient au foyer. »

Sigrid recula, un peu vexée.

« Mais je perds du temps. »

Le renne la fixa, puis eut un petit souffle qui ressemblait à un rire.

« On perd plus de temps au fond d'un ravin. »

La corneille, très fière, fit “kra-kra” comme pour applaudir.

Sigrid sortit la pierre de soleil. Elle la leva vers le ciel gris. Dans la pierre, la lumière fit une petite danse, et Sigrid comprit où le soleil se cachait, même derrière le mensonge des nuages. Elle contourna le ravin en suivant une pente plus sûre, plus longue, mais stable.

Au soir, quand elle trouva un abri sous un rocher, elle murmura au galet :

« Maman, je viens. Mais je viendrai entière. »

Chapitre 3 : La neige qui avale les mots

Le deuxième jour, la tempête arriva sans tambour. Juste un changement de souffle, et le monde fut secoué comme un drap.

Le vent hurlait des chansons anciennes. La neige tourbillonnait, et chaque flocon semblait vouloir entrer dans ses yeux. La corneille disparut dans le blanc, vexée d'être transformée en tache invisible.

Sigrid avançait en comptant ses pas, comme on compte des battements de cœur : un, deux, trois… Elle planta un bâton dans la neige à chaque fois qu'elle hésitait, laissant derrière elle une petite file de signes, une phrase muette qui disait : “Par ici, j'ai vécu.”

Elle aperçut une cabane de chasse, à moitié enterrée. La porte grinça comme un vieux qui n'a pas envie de se lever.

À l'intérieur, une vieille femme était assise près d'un brasero. Ses cheveux étaient blancs, mais ses yeux, eux, avaient l'éclat d'une baie noire.

« Entre, » dit la vieille. « Tu fais un bruit de neige pressée. »

Sigrid s'assit, ses doigts engourdis comme des poissons gelés.

« Je cherche ma mère, Ása. Elle est partie vers les falaises du Nord. »

La vieille hocha la tête lentement, comme si elle pesait le vent.

« Les falaises gardent leurs secrets. Mais j'ai vu passer un groupe. Ils parlaient fort pour avoir moins peur. Une femme marchait avec eux. Elle a laissé tomber ceci. »

Elle tendit un petit morceau de tissu, bleu sombre, brodé d'un fil argenté. Sigrid le reconnut : le bord de la cape de sa mère. Son cœur bondit, puis se calma, comme un chien qu'on rassure.

« Où est-elle ? »

La vieille leva un doigt.

« Prudence d'abord. Tu veux la rejoindre vite ? Alors prépare-toi lentement. La tempête va tourner. Si tu pars maintenant, tu deviendras une histoire triste racontée près du feu. »

Sigrid serra le tissu dans sa main.

« Et si je reste, elle m'attendra seule. »

La vieille sourit un peu.

« Écoute : la prudence n'est pas la peur. La prudence, c'est une lampe. Elle n'empêche pas d'avancer, elle empêche de tomber. Attend que le vent baisse. Puis suis les cairns de pierre jusqu'au vieux pin fendu. Là, le Nord a laissé des traces. »

Pendant la nuit, la cabane craqua, mais tint bon. La corneille revint, toute blanche de neige, l'air outré.

« Tu as l'air d'un croissant roulé dans la farine, » murmura Sigrid.

La corneille répondit par un croassement qui ressemblait à : “Et toi, tu sens le renne.”

Au matin, la tempête avait perdu ses dents. Sigrid remercia la vieille, puis reprit la route, plus lente, plus sûre, comme une barque qui suit les étoiles.

Chapitre 4 : Les falaises du Nord et le piège de glace

Les cairns menèrent Sigrid à travers une plaine où la neige brillait comme du sel. Le vieux pin fendu se dressait là, séparé en deux comme une fourche. Au-delà, les falaises apparaissaient, sombres, gigantesques, comme les pages d'un livre fermé.

La corneille voletait bas, attentive. Sigrid, elle, gardait la pierre de soleil à portée, et ses yeux cherchaient les détails : une trace, un bout de corde, une branche cassée. La prudence, pensa-t-elle, c'est lire le sol comme on lit un visage.

Au pied des falaises, elle trouva des empreintes mêlées, puis un signe gravé sur une pierre : une petite spirale et trois traits. Le signe d'Ása, que sa mère utilisait pour dire : “Je suis passée. Je vais bien. Je continue.”

Sigrid sentit un soulagement si fort qu'il lui fit presque mal.

« Maman… » souffla-t-elle.

Mais le terrain changea. La neige devint fine, posée sur une couche de glace. Par endroits, la surface semblait solide, mais le silence en dessous était trop profond.

La corneille se posa et croassa, nerveuse.

Sigrid s'accroupit, testa la glace avec son bâton. Un son creux répondit : toc… toc… comme si la terre était un tambour cassé.

Elle recula. Puis elle vit, à quelques pas, une autre trace : un morceau de corde pris dans une fissure. Elle s'approcha… trop vite.

La glace céda d'un coup. Un craquement sec, comme un os. Sigrid se retrouva à moitié dans l'eau noire, glacée, qui mordait comme un loup. Son souffle se coupa. Le monde devint brusquement très sérieux.

« Non ! » gronda-t-elle entre ses dents.

La corneille s'agita, croassant comme une petite trompette affolée. Sigrid planta ses coudes sur le bord. La glace glissait, se brisait en éclats. Elle pensa : “Panique = poids.” Alors elle inspira, doucement. Elle se rappela Bragi : “Pas comme une flèche folle.”

Elle attrapa la corde à sa ceinture, la jeta sur un rocher stable, fit un nœud rapide. Ses doigts tremblaient, mais ils obéirent. Elle se hissa, centimètre par centimètre, jusqu'à rouler sur la neige, haletante.

La corneille se posa près d'elle, la tête de côté, et croassa une fois, comme pour dire : “Tu vois ?”

Sigrid, grelottante, répondit :

« Oui. J'ai compris. Même le courage doit regarder où il met les pieds. »

Elle alluma vite un petit feu à l'abri d'un rocher, se réchauffa, et attendit que ses mains redeviennent ses mains. Puis elle reprit la marche, plus prudente, mais pas moins décidée.

Chapitre 5 : La bannière commune

Plus haut, entre deux parois, elle entendit une voix qui chantait bas. Une chanson douce, comme une couverture. Sigrid courut… puis ralentit aussitôt, se grondant elle-même.

« On approche prudemment, » se dit-elle. « Même quand le cœur fait des bonds. »

Elle contourna un éboulis et vit une petite grotte. À l'intérieur, plusieurs personnes étaient rassemblées : des chasseurs, fatigués, et au milieu, Ása.

Sa mère avait une éraflure sur la joue, et ses mains étaient bandées. Mais ses yeux étaient vivants, et quand elle vit Sigrid, ils s'allumèrent comme deux étoiles retrouvées.

« Sigrid ! »

Sigrid se jeta dans ses bras. L'odeur de sa mère — fumée, laine, et quelque chose de rassurant — fit fondre une peur vieille de trois lunes.

Ása recula pour la regarder.

« Tu es venue… »

Sigrid hocha la tête, la gorge serrée.

« Oui. Mais j'ai appris à ne pas courir plus vite que la prudence. »

Un chasseur, au nez rouge, dit en bougonnant :

« On s'est fait prendre par la tempête. La passe était fermée. On a attendu ici. On allait redescendre demain, si le ciel nous laissait. »

Ása posa une main sur l'épaule de Sigrid.

« Je voulais laisser des signes, et je l'ai fait. Mais je savais aussi que tu viendrais. Tu as mon courage… et je vois que tu as trouvé ta sagesse. »

La corneille entra dans la grotte en sautillant, fière comme un chef. Un chasseur la regarda et lança :

« Voilà un oiseau qui a l'air de réclamer une part de poisson ! »

La corneille croassa, outrée, mais accepta tout de même un morceau. L'humour, dans le Nord, est un petit feu : il ne chauffe pas toute une maison, mais il sauve les doigts.

Le lendemain, le ciel fut clair. Le groupe redescendit ensemble vers Skarvik. Au bord du fjord, Bragi les attendait. Il eut l'air de vouloir gronder… puis il vit Ása et Sigrid, et ses épaules se détendirent comme une corde qu'on relâche.

« Vous voilà, » dit-il simplement, comme si c'était la phrase la plus grande du monde.

Pour célébrer le retour, les habitants sortirent une grande toile. Ils peignirent une bannière commune : un fjord bleu, un pin fendu, une pierre de soleil, et une corneille noire perchée en haut, comme un point d'exclamation. Au centre, ils brodèrent un mot : PRUDENCE.

Sigrid regarda la bannière flotter au vent. Elle pensa que la prudence n'était pas une chaîne, mais une voile bien tendue. Elle permettait d'aller loin sans se perdre.

Ása prit la main de sa fille.

« Tu m'as cherchée avec courage, » dit-elle. « Et tu m'as retrouvée grâce à la prudence. Souviens-toi : on peut être brave et prudent à la fois. C'est ainsi qu'on revient. »

La corneille croassa, comme pour approuver, puis s'envola au-dessus du fjord, petite ombre sur un monde lumineux.

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Fjord
Une longue baie étroite et profonde où la mer entre dans la terre.
Tourbe
Terre sombre faite de plantes mortes, souvent mouillée et molle.
Galet
Petit caillou rond poli par l'eau, souvent trouvé sur la plage.
Porte-bonheur
Objet que l'on garde pour espérer avoir de la chance.
Corneille
Grand oiseau noir, semblable au corbeau, qui croasse fort.
Brume
Nuage léger près du sol qui rend la vue un peu floue.
énigme
Question ou problème difficile à comprendre ou à résoudre.
Cairns de pierre
Petits tas de pierres posés pour montrer un chemin.
éboulis
Tas de pierres et de terre tombés d'une falaise ou d'un rocher.
Brasero
Petit récipient où l'on met du feu pour chauffer ou cuire.
éraflure
Petite blessure de la peau ou de la matière, comme une rayure.
Fissure
Fente ou cassure étroite dans la roche ou la glace.
Tempête
Très mauvais temps avec beaucoup de vent et souvent de neige.
Prudence
Attitude qui fait avancer lentement pour éviter le danger.

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