Chapitre 1 — Le pépin mousseux
Tom savonnait tranquillement sa voiture devant l'immeuble quand sa voisine, Mme Béluga, l'appela en faisant des gestes désespérés. "Tom ! Mon chat est coincé sur le toit !" cria-t-elle.
Tom replia son gant de caoutchouc, posa la bassine et dit d'un ton tranquille : "Pas de panique, Madame Béluga. Capitaine Mousse arrive."
Mme Béluga écarquilla les yeux. "Capitaine... qui ?"
Tom sourit et sortit une petite bouteille brillante de sa poche. Il n'avait pas l'air d'un super-héros : chemise à carreaux, pantalon un peu trop court et chaussettes bariolées. Mais dans sa main, la bouteille pétillait comme une potion magique. Il la secoua, appuya sur le bouchon, et une nuée de bulles s'envola vers le toit.
"Wow !" fit la petite Léa, qui regardait depuis le trottoir.
Les bulles étaient loin d'être ordinaires. Elles portaient des petits chapeaux, faisaient des petits bonds et semblaient... joyeuses. Elles encerclèrent le chat en miaulant, comme pour le réconforter, puis le déposèrent doucement dans les bras de Mme Béluga.
"Merci, Capitaine Mousse !" s'écria la voisine.
Tom fit une révérence maladroite. "Simple routine quotidienne."
Il rangea la bouteille dans un tiroir secret de son saco-sous-chef (c'était juste un vieux sac à dos, mais il insistait pour l'appeler ainsi). Il n'était pas un héros célèbre. Il était un homme ordinaire avec des pouvoirs pas très ordinaires : ses bulles pouvaient flotter, parler un peu, et résoudre des petits soucis. Tom avait choisi le nom "Capitaine Mousse" parce qu'il aimait le son du nom, et surtout parce que son premier costume avait explosé lors d'un essai — littéralement "boum" — laissant un beau nuage de mousse parfumée dans son salon. Il avait gardé le souvenir et la bouteille.
Chapitre 2 — Une vie à buller
Chez Tom, la vie ressemblait à un numéro de cirque bien réglé. Le matin, il travaillait comme bibliothécaire à la bibliothèque municipale. Les après-midis, il aidait aux petites catastrophes de quartier. Le soir, il écrivait des chansons sur une guitare pleine de rubans. Sa sœur, Julie, le taquinait souvent : "Tom, pourquoi tu ne deviens pas un héros célèbre ?"
"Parce que ma batmoussine n'a pas de moteur," répondait-il en riant.
Un mercredi, la bibliothèque fut prise d'assaut — par des pigeons. Ils avaient trouvé un coin pile où la bibliothécaire principal avait laissé un sac de graines pour les plantes. Ils faisaient la java entre les rayons, poussaient des livres et laissèrent des plumes partout.
"Tom ! Ils ont mangé la jaquette du livre sur les châteaux !" s'exclama Mme Caron, la directrice.
Tom sourit, prit sa bouteille et la posa sur le comptoir. "Installez-vous, je m'en occupe." Il souffla une bulle géante. Les pigeons, curieux, sautillèrent sur la bulle, qui les porta doucement vers la fenêtre ouverte. Un à un, ils sortirent sans bruit. Les lecteurs applaudissaient, et un petit garçon demanda : "Capitaine Mousse, tu peux faire ça tout le temps ?"
"Seulement quand il y a des plumes," répondit Tom en riant.
Les bulles ne faisaient pas que déplacer les choses. Elles pouvaient aussi écouter les soucis. Une vieille dame pleurait dans un coin parce qu'elle avait perdu sa recette de gâteau. Une bulle se posa sur sa main et, comme un petit carnet, se rappela la recette et la récita en chuchotant. La dame se remit à sourire. Tom aimait ces petits miracles. Ils n'avaient rien d'héroïque à la télé, mais pour les habitants, c'était énorme.
Chapitre 3 — L'annonce du grand bal
Un mois plus tard, la ville annonça un grand bal en plein air pour célébrer l'anniversaire de la fondation. "Tout le monde est invité !" proclamait l'affiche. Il y aurait de la musique, des lanternes, et un concours de costumes. Tom sentit son cœur chanter. Il voulut à la fois aider l'organisation et, secrètement, montrer au monde que Capitaine Mousse pouvait être... spectaculaire.
"Tu vas y aller en quoi ?" demanda Julie.
Tom hésita. Il avait encore les morceaux brûlés du premier costume qui faisaient "boum" dans une armoire. Il avait aussi une cape faite d'anciens porte-serviettes, un masque tricoté par sa voisine, et des bottes trop grandes. Il essaya diverses combinaisons et, à chaque fois, quelque chose d'inattendu arrivait : la cape se collait partout à cause d'un savon résiduel, le masque commençait à imiter le canari du voisin... C'était un festival d'accidents rigolos.
"Peut-être que tu devrais venir en tenue normale," suggéra Julie.
"Non, non, il faut du panache !" dit Tom, déterminé.
Le soir du bal, la place était magnifique. Tout le monde portait des costumes éclatants. Les lumières clignotaient, les musiciens chauffaient leurs instruments, et il y avait une petite scène pour le concours. Tom eut un dernier regard à son sac à dos où reposait la fameuse bouteille. Il prit une grande respiration et salua les passants d'un "Capitaine Mousse, à votre service !"
Chapitre 4 — Le costume qui fait boum
Il monta sur scène et sentit soudain son cœur battre très fort. Julie l'aboya en coulisses : "Souris !"
Tom fit un clin d'œil, appuya un bouton de son costume (un vieux ceinturon qui faisait aussi "bip") et... boum ! Un petit nuage de mousse s'en échappa, parfum caramel, qui monta comme une fumée festive. Les gens applaudirent pensant à un effet spécial. Tom, rouge comme une tomate, essayait de maîtriser la situation. Il appuya de nouveau et... boum ! Une pluie de petites bulles explosa, chacune chantonna un minuscule "hip hip hip". Certains enfants éclatèrent de rire, d'autres se mirent à danser tandis que les plus âgés sortaient leurs téléphones.
Mais le vrai problème se présenta quand la mousse réveilla le vieux orchestre mécanique d'un petit manège. Le manège se mit à tourner tout seul, emportant la banderole du concours et, hélas, le trophée qui pendait au centre. Le trophée roulait, danger comique mais inoffensif, sur la piste. "Oh non !" cria l'organisatrice.
Tom se précipita. Il fit appel à ses bulles pour attraper le trophée, mais celles-ci, amusées, se mirent à faire des cabrioles. Une bulle se transforma en trampolin pour un chien qui voulait attraper un ruban. Une autre décida de raconter une blague au maire. Tom essayait de les coordonner : "À gauche ! Doucement ! Pas de salto !" Les bulles l'écoutèrent à moitié, mais encore une fois, grâce à leur esprit farfelu, elles réussirent à former un filet qui retint le trophée juste avant qu'il ne tombe dans le bassin décoratif. Tout le monde souffla.
Le maire descendit de l'estrade, essuya son chapeau et dit avec un grand sourire : "Capitaine Mousse, quelle entrée !"
Tom hésita, puis sourit à son tour. "Je voulais quelque chose d'extraordinaire... j'ai réussi !"
Chapitre 5 — Le bal, sans costume superflu
Après cet épisode, Tom était célèbre pour la soirée. Les enfants voulaient des bulles qui chantaient, les adultes voulaient des bulles qui décoraient leurs assiettes, et même le chien du manège réclamait une bulle trampolin. Mais la meilleure partie de la soirée fut quand Julie s'approcha de lui, tenant un gobelet de chocolat chaud.
"Tu sais, Tom," dit-elle doucement, "tu n'avais pas besoin de tous ces gadgets pour être Capitaine Mousse."
Tom la regarda, un peu surpris. "Quoi ? Mais le costume..."
Julie secoua la tête. "Regarde les gens. Ils viennent parce que tu rends tout plus joyeux. Ce n'est pas le costume qui fait le héros. C'est toi qui choisis d'aider."
Tom pensa à Mme Béluga, aux pigeons et à la dame aux recettes. Il pensa aussi à son premier costume qui avait fait "boum" et qui l'avait fait rire plus qu'autre chose. Il sentit une chaleur confortable dans sa poitrine.
"Tu as raison," admit-il, et il retira la cape qui collait encore un peu au savon. Il la tendit à Julie, qui la fit flotter comme un drapeau. "Bon," dit-il en riant, "et maintenant, on danse ?"
Ils dansèrent sous les lanternes pendant que des bulles légères virevoltaient comme des lucioles. Les bulles n'étaient plus là pour sauver le monde, mais pour rendre la fête plus douce. Tom se sentit à sa place. Capitaine Mousse n'était pas celui qui avait le costume le plus grandiose, mais celui qui apportait des sourires et résolvait les petites panique du quotidien. Il avait compris qu'un héros pouvait être un homme normal qui choisit d'être gentil chaque jour.
Le maire, ému, prit le micro et annonça que le trophée du concours irait à "l'esprit joyeux de la ville". Tom monta à nouveau sur scène, pas pour faire un spectacle, mais pour dire merci. "Merci à tous," dit-il. "Je n'ai qu'une seule recette secrète : un peu de mousse, beaucoup de gentillesse, et une bonne dose de rire."
Les enfants crièrent, les bulles applaudirent (en faisant "plop") et la nuit continua, douce comme de la mousse de bain. Tom regarda le ciel étoilé, pensa à ses aventures à venir et se dit que demain, il irait aider le bibliothécaire à organiser une séance de lecture pour les petits, avec des bulles bien sûr.
Quand la fête se termina, il rangea sa bouteille dans son sac. Julie lui donna un petit autocollant où on lisait : "Héros du cœur." Il le colla fièrement sur son sac à dos. Capitaine Mousse rentra chez lui en chantonnant, content d'avoir compris que le vrai pouvoir, c'est de rendre la vie plus légère pour les autres. Et, juste avant de s'endormir, il fit un dernier petit essai de mousse dans sa cuisine. Boum ! La mousse sembla rire avec lui, et ils s'endormirent tous deux en rêvant aux aventures pétillantes du lendemain.