Chapitre 1 — Une ville qui pétille
Dans la grande ville de Luminopolis, les immeubles brillaient comme des boîtes à biscuits décorées. Les vélos faisaient "Ting!" en passant, les pigeons semblaient avoir rejoint une chorale, et les enfants se coupaient l'air en riant. Au milieu de tout ça, un homme adulte vivait dans un appartement rempli de chaussettes multicolores et de gadgets qui clignotaient. Il s'appelait Monsieur Bidouille, mais tout le monde l'appelait Super-Bidou, parce qu'il mettait toujours son costume même pour aller acheter du pain.
Super-Bidou n'était pas un super-héros comme dans les bandes dessinées sérieuses. Il avait un sourire énorme, une cape à pois et des pouvoirs très spéciaux : il savait faire apparaître des bulles géantes qui racontaient des blagues, il pouvait marcher sur la pointe des pieds sans réveiller un chat, et surtout il avait une voix qui transformait les silences en chansons. Oui, une voix très bizarre, parfois. Quand il toussait, il faisait "POUF!" et sortait un petit papillon qui portait son mouchoir. Les enfants adoraient ça.
Ce matin-là, la météo annonçait du soleil doux et une pluie possible de confettis. La grande télévision de la ville organisait un direct spécial pour les écoles : une émission joyeuse où des enfants posaient des questions et des artistes faisaient des tours. Les caméras étaient prêtes, les micros brillaient, et derrière la fenêtre du studio, les spectateurs faisaient la vague comme dans un stade. Tout Luminopolis voulait regarder.
Super-Bidou regarda par sa fenêtre et vit la camionnette de la télévision. Il plissa les yeux et pensa : "Tiens, voilà une occasion de sortir ma cape à pois." Il prit son sac à outils magiques — oui, il avait un sac qui contenait des choses étranges : un tournevis qui riait, un briquet qui chantait, et surtout un petit casque doux qui avait été bricolé dans son atelier. Le casque s'appelait le Casque Anti-Brouhaha Doux. Il ressemblait à une peluche, avec des oreillettes en nuage et des boutons en bonbon. Il pouvait absorber les bruits gênants et rendre la parole claire comme une flûte. Super-Bidou aimait ce casque parce qu'il sentait la vanille et apaisait les gorge qui pétaient de stress.
Chapitre 2 — Le blanc monumental
Au studio, tout était prêt. Les animateurs souriaient comme des citrons pressés de bonheur. Un groupe d'enfants chantait une chanson sur les chaussettes perdues, et même le chat en peluche officiel de la chaîne miaulait en rythme. La directrice parla dans son micro : "Et maintenant, nous allons poser la question que tout le monde attend..." Les caméras zoomèrent. Les téléspectateurs retinrent leur souffle. On entendit un roulement de tambour imaginé. Puis, soudain... un silence. Un blanc qui n'en finissait pas. Un blanc monumental, gros comme une montagne mousseline.
C'était comme si la ville avait oublié comment respirer. Les animateurs se regardèrent, les notes de la chanson se perdirent en l'air, et un enfant avait les yeux aussi ronds qu'une loupe. Sur l'écran, on pouvait presque voir l'inconfort danser la gigue. Les secondes s'étirèrent. Quelques gouttes de sueur devinrent un petit ruisseau sur la tempe d'un caméraman. On entendit le souffle d'une grand-mère dans le public. On entendit un moustique qui se posait. On entendit... "Euh..." C'était la blague la plus longue du monde.
Le présentateur tenta de parler, mais sa gorge avait disparu dans le blanc. Les mots n'osaient plus sortir. Les caméras filmaient ce grand vide et envoyaient le vide en direct dans toutes les maisons. Les peluches tremblaient. Les crayons restèrent immobiles. Les enfants devant l'écran se regardèrent : personne ne savait quoi dire. Très vite, le blanc devint contagieux, comme une épidémie de silence. Un monsieur en fauteuil sourit timidement et fit un signe. Une fillette sourit en retour. L'idée d'un silence qui faisait peur n'était pas acceptable à Luminopolis.
À l'extérieur, Super-Bidou entendit un vieux "Euh..." qui appelait au secours. Il posa sa baguette à bulles, mit son casque doux sous le bras et courut. Ses chaussures faisaient "POP-POP" sur les trottoirs. Les passants s'écartaient pour le voir passer, comme devant un roi en pyjama. Un groupe d'enfants le suivit en chantonnant : "Super-Bidou, sauve la télé, sauve la télé!" Il ouvrit son sac magique et le Casque Anti-Brouhaha Doux clignota en bleu. TA-DA! Une étoile de poudre de rire s'envola.
Chapitre 3 — Les tentatives loufoques
Super-Bidou entra en trombe dans le studio. La directrice leva les yeux et fit un signe de soulagement. Il posa son casque et examina la situation. Le blanc avait des petites étiquettes : "Gêne", "Peur de dire", "Et si je chante faux?" Super-Bidou tapa du doigt sur son menton. Il pensa à ses pouvoirs. Il avait mille idées, mais il devait choisir la bonne pour réanimer les mots en direct.
D'abord, il essaya la Bulle-Blague. Il souffla une bulle tellement grosse qu'elle enveloppa le présentateur. À l'intérieur, le présentateur entendit des blagues qui faisaient "Pif! Paf!" mais rien ne sortit. La bulle parlait toute seule en criant des mots gentils, mais le blanc resta muet, comme une porte fermée à clé.
Ensuite, Super-Bidou essaya la Danse des Chaussures. Il fit des pas de danse si bizarres que les caméras clignotèrent. Il sauta, il fit des pirouettes, il fit "Boum! Tchac! Zing!" Les enfants dans le public se mirent à rire. Même le moustique prit une petite danse. Mais le blanc se recroquevilla en boule comme un hérisson gêné.
Super-Bidou sentit le ruban du temps qui serrait les épaules du studio. Il prit une grande inspiration et sortit le Casque Anti-Brouhaha Doux. Le casque ronronna comme un chat endormi, puis fit "Bip-bop!" Il s'approcha du présentateur et posa doucement le casque sur sa tête. Tout le monde retint son souffle (encore une fois!), et le casque se colla comme une oreille de nuage.
Rien. Un micro faiblard grésilla. Le casque sembla réfléchir, puis il souffla un petit air de vanille. On entendit un murmure : "Oups, essayons de compter jusqu'à trois." Le présentateur, grâce au casque, trouva une petite phrase. Il dit, tout doucement : "Bonjour." Ce simple mot brisa le blanc en mille miettes. Les miettes devinrent des rires, des applaudissements, des "OUF!" récupérant la grosse anxiété. Le casque avait trouvé une façon douce de rappeler aux gens qu'ils savaient parler.
Mais le blanc n'était pas tout à fait parti. Il restait une petite pelote de silence qui roulait sous la table, très polie, très timide. Super-Bidou comprit qu'il fallait un geste collectif pour chasser la dernière pelote. Il fit signe à tout le studio d'utiliser leurs voix comme des bulles. Les enfants soufflèrent, les animateurs chuchotèrent, la directrice fit un petit cri de joie et même le caméraman protesta gentiment. Ensemble, ils firent un "Chachacha!" très rythmé. Le casque amplifia ce "Chachacha" en une chanson douce qui emballa le blanc comme une couverture chaude.
Les mots revinrent un par un, rigolos et bravaches. Le présentateur raconta une blague, l'animateur fit "HA!", un enfant fit un petit poème, et une classe de danse fit "TA-DA!" en cadence. La ville entière réapparut à l'écran. Super-Bidou fit un clin d'œil. Le Casque Anti-Brouhaha Doux ronronna de bonheur. Même la pelote de silence fit une révérence avant de s'envoler en confettis. Tout le monde applaudit comme si on venait d'assister à un feu d'artifice de mots.
Chapitre 4 — Le grand final et le gag inoubliable
La directrice reprit son sérieux joyeux et remercia Super-Bidou. Les caméras firent des gros plans qui semblaient dire : "Bravo, héros!" Mais Super-Bidou n'était pas encore rassasié de rigolade. Il aimait les fins qui faisaient craquer le suspense en deux et qui laissaient derrière elles une odeur de biscuits chauds. Il proposa un final en chanson où tout le monde chanterait le mot "ensemble" dans dix langues. Les animateurs acceptèrent en sautillant.
Le Casque Anti-Brouhaha Doux se posa au milieu de la scène comme une fleur géante. Les enfants se mirent en cercle et commencèrent à chanter. La chanson faisait ploc, ploc, ploc et les syllabes rebondissaient comme des balles joyeuses. Un grand-mère fit le tambourin, un garçon en fauteuil fit des claquements de doigts, une petite fille avec un appareil auditif fit un dessin en rythme, et même un chien en laisse fit "Wouf!" orchestré. La télé montrait cette belle image de la ville qui s'unit : on voyait des mains de différentes couleurs, des sourires de toutes formes, et une énergie qui disait "Ici, personne n'est seul."
Soudain, au milieu du chant, un gag visuel se prépara. On n'avait rien vu venir. Un des animateurs avait eu l'idée de décorer le studio avec un grand gâteau factice pour la photo finale. Mais ce gâteau était ... un gâteau surprise. Quand tout le monde pensa à "TA-DA!" et leva les bras, le gâteau fit "PLOUF!" et explosa en plumes de marshmallow. Les plumes volèrent partout, collèrent sur les cils, dans les cheveux, sur la cape de Super-Bidou, sur le casque doux. Les caméras tournèrent au ralenti. Les plumes formaient des moustaches sur les visages, des chapeaux sur les têtes, et un des enfants se retrouva avec un petit avion de plumes qui clignotait sur le nez.
C'était le gag visuel inoubliable : un rideau de plumes qui transformait tout le monde en oiseaux farceurs. Les téléspectateurs éclatèrent de rire. On vit même une dame qui n'avait jamais ri depuis des années sourire si fort que ses lunettes tombèrent en chantant. Les plumes devinrent des notes de musique. Le monde sembla flotter un instant dans un nuage doux. Les caméras prirent des gros plans des yeux brillants, et la ville sembla dire merci.
Super-Bidou, couvert de plumes de la tête aux pieds, fit une révérence digne d'un théâtre. Il leva le Casque Anti-Brouhaha Doux, qui avait maintenant une plume plantée comme une cocarde. Il salua la ville et déclara, d'une voix qui faisait "Poum!": "Quand le silence se coince, on le dégonfle à la rigolade!" Le public hurla un cri joyeux qui ressemblait à un long "YAHOOO!" Le direct continua sans autre incident et se transforma en une grande fête de mots, chants et câlins.
Après l'émission, les enfants coururent vers Super-Bidou. Ils voulaient toucher le casque, faire des bulles et poser pour des photos en se prenant pour des oiseaux de marshmallow. La ville avait retrouvé sa voix et son rire. Le héros rentra chez lui avec une plume collée sur sa chaussure et un goût de confettis sur les lèvres. Il remit le Casque Anti-Brouhaha Doux sur son étagère, où il cligna comme une veilleuse.
Avant de fermer la porte, il regarda la rue et vit la directrice qui agita la main, le caméraman qui faisait des petits pas de danse, la grand-mère qui plantait un baiser au ciel et une fille qui avait fait un dessin de Super-Bidou en train de chevaucher un micro. C'était une image pleine d'inclusion : chacun avait participé, chacun avait sa place, et aucun rire n'était réservé à une seule personne.
Super-Bidou sourit, prit sa tartine et, pour la énième fois, remit sa cape en place. Il savait que demain la ville pourrait avoir besoin d'une autre blague, d'une autre chanson, d'un autre casque doux. Mais il était prêt. Il s'assit, mangea sa tartine et, en guise de bonne nuit, fit un petit "POUF!" où sortit un minuscule papillon qui salua avec son mouchoir.
Et quand les habitants regardèrent leurs écrans le soir, ils gardèrent en mémoire l'image des plumes partout, des sourires partout, et d'un homme adulte coiffé comme un enfant, qui avait sauvé un direct TV d'un blanc monumental. Ils se dirent que, même quand les mots se cachent, il suffit d'un casque doux, d'une chanson, et d'une grande dose de gentillesse pour que tout redevienne lumineux.
La dernière image qui resta colée dans les yeux des téléspectateurs fut celle d'un enfant qui, avec une plume sur le nez, fit une figure de clown et cria : "Encore!" Le rire monta comme un feu d'artifice, et Super-Bidou fit un dernier salut, tout couvert de marshmallows et de joie, tandis que la ville de Luminopolis brillait plus fort que jamais.