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Histoire sur la tolérance 11 à 12 ans Lecture 16 min. (1)

Chacun son rythme, même cour

Malo et ses amis apprennent à accueillir Ilyès, un nouvel élève réservé, en découvrant par de petits gestes et une affiche comment mieux vivre ensemble et respecter le rythme de chacun.

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Quatre garçons d’environ 12 ans — Malo, châtain, veste bleue, debout à gauche en protecteur discret ; Nino, peau claire, cheveux bouclés, t‑shirt rouge, carnet et feutre, sourire malicieux ; Sami, peau olive, lunettes rondes, t‑shirt vert, assis ou accroupi, rit doucement ; Ilyès, origine maghrébine, capuche grise partiellement baissée, timide mais attentif, tient un carnet de dessins — sont réunis dans le hall du collège devant une grande affiche intitulée « Chacun son rythme, même cour » montrant une piste d’athlétisme et des icônes de tri; sol carrelé beige, murs crème et lumière douce, ambiance chaleureuse et inclusive exprimant tolérance et bienveillance. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

Le jeudi après-midi sentait la craie et la pluie. Dans le couloir du collège, on entendait les baskets couiner et les casiers claquer comme des dominos. Malo avançait avec Nino et Sami, leurs sacs balançant sur leurs épaules.

Malo, lui, marchait toujours un peu devant. Pas pour frimer—juste parce qu'il aimait vérifier que tout allait bien. Il repérait les coins où ça bousculait, les portes qui grinçaient, les regards qui piquaient. Sa mère disait qu'il avait “un radar à soucis”.

— On va à l'étude, après ? demanda Nino, en triturant la fermeture de sa trousse.

— Si on finit notre affiche d'éco-club, oui, répondit Sami. Sinon, Mme Dalmas va nous regarder comme si on avait mangé son chat.

— Elle n'a pas de chat, remarqua Malo.

— Justement, plaisanta Nino. C'est pour ça qu'elle nous regarde comme ça.

Ils éclatèrent de rire, et la tension du couloir se dégonfla un peu.

Quand ils arrivèrent devant la salle 203, une fille de leur classe tenait un papier contre sa poitrine. Son sac était ouvert, et des feuilles dépassaient comme des langues de papier. Elle semblait chercher quelque chose, puis renonçait, puis recommençait.

Un garçon qu'aucun d'eux ne connaissait vraiment restait près d'elle, immobile. Il avait une capuche sur la tête, même à l'intérieur, et il fixait le sol. Sur sa manche, il y avait une couture recousue à la main, visible, comme une cicatrice.

La fille soupira, puis dit, un peu trop fort :

— C'est bon, je vais y arriver… toute seule.

Le garçon tressaillit, comme si le son l'avait bousculé. Ses doigts se crispèrent autour d'une petite balle antistress.

Malo ralentit. Sans comparer, sans se dire “lui il est comme ci” ou “elle elle est comme ça”, il sentit juste qu'il y avait un malaise, un petit nuage qui flottait entre eux.

— Ça va ? demanda-t-il simplement.

La fille leva les yeux. C'était Élodie, du rang d'à côté en maths.

— J'ai perdu ma fiche pour le contrôle, grogna-t-elle. Et… enfin… c'est rien.

Le garçon à capuche murmura quelque chose, trop bas pour être compris.

Sami fit un pas, prudent.

— Tu cherches la fiche sur les fractions ? On l'a, nous. On peut la recopier.

Élodie hésita. Son regard glissa vers le garçon.

— Il… enfin… il ne parle pas beaucoup. Il est nouveau. On m'a demandé de… de lui montrer la salle.

Malo hocha la tête comme si c'était la chose la plus normale du monde.

— On peut y aller ensemble. Comme ça, personne ne se perd.

Le nouveau releva un peu la tête. Ses yeux étaient attentifs, très clairs.

— Je m'appelle Ilyès, souffla-t-il.

— Moi, Malo. Et eux, Nino et Sami.

Nino fit un signe de la main, avec un sourire tranquille.

— Bienvenue dans la jungle. Ici, la machine à boissons mange les pièces. C'est son hobby.

Un minuscule sourire passa sur le visage d'Ilyès, rapide comme un clignement.

Élodie retrouva soudain sa fiche… dans la poche extérieure de son sac. Elle devint rouge jusqu'aux oreilles.

— Ah. Bon. Voilà.

— Ça arrive à tout le monde, dit Malo, sans insister.

Et, pour la première fois de la journée, le couloir sembla moins bruyant.

Chapitre 2

À l'étude, la salle sentait le bois verni et les stylos. Dehors, la pluie tapotait les vitres en rythme, comme si quelqu'un jouait une chanson discrète.

Les trois garçons s'installèrent au fond, près du radiateur. Ilyès resta debout un instant, comme s'il cherchait la place la moins dangereuse.

— Tu peux te mettre là, proposa Sami en tirant une chaise.

Ilyès s'assit avec précaution. Il sortit un cahier couvert d'autocollants soigneusement alignés. Sur la couverture, il avait écrit son prénom en lettres épaisses.

Mme Dalmas passait dans les rangs, comme un bateau lent. Quand elle vit Ilyès, elle s'arrêta.

— Ah, Ilyès. Tu es avec Malo, Nino et Sami. Parfait. Si tu as besoin, tu lèves la main.

Ilyès hocha la tête sans parler. Ses doigts tournèrent sa balle antistress.

Nino chuchota :

— On fait l'affiche sur le tri. J'ai dessiné une poubelle qui sourit. Elle a des dents, mais c'est un style.

Sami gloussa.

— On va éviter la poubelle carnivore, sinon le message “triez” va devenir “fuyez”.

Malo sortit ses feutres.

— On peut faire simple : trois bacs, une phrase claire, et des exemples.

Ilyès ouvrit son cahier. Il observa l'affiche en cours, puis sortit un petit stylo noir. Il dessina, sans demander, un symbole : un carton, une bouteille, une peau de banane. Les dessins étaient nets, précis, comme des panneaux.

Malo le regarda faire.

— C'est super lisible. Tu veux ajouter une légende ?

Ilyès hésita. Ses lèvres bougèrent, aucun son n'en sortit. Il prit une feuille, écrivit : “PAPIER / PLASTIQUE / COMPOST”, puis la poussa vers Malo.

— Nickel, dit Malo, et il colla la feuille. Merci.

Un silence confortable s'installa. Le genre de silence qui n'écrase pas, qui laisse respirer.

Au bout d'un moment, Nino fit tomber sa règle. Elle glissa sous la table d'Ilyès. Nino se pencha trop vite, se cogna la tête contre le plateau et lâcha un “Aïe” dramatique.

Sami pouffa.

— Tu viens d'inventer la danse du phoque blessé.

Nino se frotta le front.

— Je suis un artiste incompris.

Ilyès regarda la scène, surpris. Son sourire revint, plus long cette fois. Puis, tout doucement, il poussa la règle du bout du pied vers Nino. Un geste discret, mais aimable.

Malo remarqua la tension dans les épaules d'Ilyès, comme des ressorts prêts à sauter.

— Ça te va, ici ? demanda-t-il à voix basse.

Ilyès hocha la tête. Puis il écrivit sur son cahier et montra la phrase : “Je parle mieux quand j'ai le temps.”

Malo lut, puis répondit simplement :

— D'accord. On prendra le temps.

La pluie redoubla, mais dans la salle, on avait l'impression d'être sous un toit solide.

Chapitre 3

Le lendemain, la pluie avait laissé des flaques qui reflétaient le ciel gris. À la récré, les élèves se regroupaient en grappes : certains autour du terrain de basket, d'autres près des bancs. Les cris et les rires rebondissaient sur les murs.

Malo, Nino et Sami marchaient avec Ilyès. Pas collés-serrés, juste à la même vitesse.

— On te montre le CDI ? proposa Sami.

Ilyès acquiesça.

Ils traversèrent la cour quand un ballon de foot roula jusqu'aux pieds d'Ilyès. Un garçon de troisième, plus grand, lança :

— Hé ! Renvoie !

Ilyès se figea. Son regard fixa le ballon comme s'il était une bête inconnue. Autour, quelques élèves s'arrêtèrent, curieux.

Le troisième répéta, plus fort :

— Eh, le nouveau ! Tu sais jouer ou quoi ?

Malo sentit le “nuage” revenir, plus lourd. Il se plaça un peu devant Ilyès, sans grand geste, juste comme un paravent.

— Il a entendu, dit Malo calmement. Il réfléchit.

Le troisième leva les yeux au ciel.

— Il réfléchit à quoi ? À comment on tape dans un ballon ?

Nino récupéra le ballon d'un petit coup du pied et le renvoya proprement vers les troisièmes.

— Voilà. Problème résolu.

Le troisième attrapa le ballon.

— Merci… euh… Nino, c'est ça ? Puis, en regardant Ilyès : Ça va, mec. Pas obligé.

Et il repartit.

Sami souffla.

— C'était… bizarrement pas méchant à la fin.

Malo se tourna vers Ilyès.

— Tu veux qu'on reste ici ou qu'on continue ?

Ilyès regarda la cour. Son visage était fermé, comme une porte qu'on a peur d'ouvrir. Il sortit un carnet, écrivit : “Trop de bruit. Je panique.”

Malo hocha la tête.

— On va au CDI. C'est plus calme.

Sur le chemin, Nino, pour détendre, chuchota :

— Au CDI, il y a une bibliothécaire qui entend quand tu froisses un papier. C'est un super-pouvoir.

Sami ajouta :

— Elle peut aussi repérer une gomme qui tombe à trois mètres.

Ilyès les écouta, et ses épaules descendirent un peu.

Au CDI, l'air sentait les livres et la poussière chaude. Les sons étaient plus doux, comme si les murs avaient mis des chaussettes.

Malo montra un coin avec des fauteuils.

— Ici, on peut respirer.

Ilyès s'assit et sortit un livre de documentaires sur les trains. Il caressa la couverture du bout des doigts, comme pour vérifier qu'elle était réelle.

— Tu aimes les trains ? demanda Sami.

Ilyès écrivit : “Ils suivent des rails. C'est clair.”

Malo sourit.

— C'est vrai. Parfois, c'est rassurant quand les choses ont un chemin.

Nino se pencha vers le livre.

— Celui-là, il a un train qui va à… 320 km/h ! Moi, à 320, je renverse déjà mon verre d'eau.

Ilyès laissa échapper un petit son, presque un rire. Ça dura une seconde, mais c'était comme une lumière.

Malo sentit qu'ils n'avaient pas “réglé” Ilyès. Ils n'avaient pas à le faire. Ils apprenaient juste à être avec lui, sans le tirer ni le pousser.

Chapitre 4

Le lundi, Mme Dalmas annonça :

— Cette semaine, projet en groupe : “Une affiche pour mieux vivre ensemble”. Vous choisissez un thème : entraide, respect, inclusion… Vous avez quatre jours.

Des murmures jaillirent comme des bulles. Malo échangea un regard avec Nino et Sami. Ils savaient déjà avec qui ils voulaient travailler.

— Madame, demanda Malo, est-ce qu'Ilyès peut être avec nous ?

— Bien sûr, répondit Mme Dalmas. Merci de l'inviter.

Le groupe s'installa. Sur la table, les feuilles blanches semblaient attendre une idée comme une graine attend la pluie.

Nino lança :

— On fait une affiche “Souris à ton voisin” ?

Sami grimaça gentiment.

— Ça fait un peu panneau dans une salle d'attente.

Malo réfléchit.

— Et si on faisait quelque chose de concret ? Pas une leçon, juste des gestes simples.

Ilyès écrivait déjà. Il montra son carnet : “Demander avant de toucher. Parler doucement. Donner le temps.”

Sami hocha la tête, impressionné.

— C'est… vraiment utile.

Nino ajouta :

— Et aussi : “Ne pas se moquer quand quelqu'un fait différemment.” Mais ça, c'est long.

Malo prit un feutre.

— On peut écrire : “Chacun son rythme, même cour.” Ça dit l'idée sans pointer du doigt.

Ilyès releva les yeux. Il sembla goûter la phrase. Puis il dessina une piste d'athlétisme avec plusieurs couloirs, et au bout, un banc où tout le monde se retrouve. Ce n'était pas “tout le monde pareil”. C'était “tout le monde ensemble”.

Pendant qu'ils dessinaient, un autre groupe passa près de leur table. Une fille lança, en regardant Ilyès :

— Pourquoi il ne parle jamais, lui ? Il boude ?

Sami se raidit. Nino ouvrit la bouche, prêt à répondre trop vite.

Malo posa sa main sur la table, un geste calme.

— Il ne boude pas, dit-il simplement. Il a sa manière. Et c'est très bien.

La fille haussa les épaules.

— Ok, ok.

Quand elle s'éloigna, Ilyès écrivit : “Merci.”

Malo répondit, sans faire de grand discours :

— Pas besoin de me remercier. On apprend tous.

C'était vrai. Malo se rendit compte qu'il n'était pas un héros. Il faisait juste attention, et il acceptait aussi de se tromper parfois.

À la fin de l'heure, leur affiche était presque terminée. En bas, ils ajoutèrent une liste de “petites idées” :

— Dire bonjour.

— Écouter jusqu'au bout.

— Demander : “Tu préfères comment ?”

— Laisser de la place.

Nino relut tout et déclara :

— C'est la première affiche qui ne crie pas. Elle chuchote.

Ilyès sourit franchement.

Chapitre 5

Le jeudi, les affiches furent accrochées dans le hall. Les élèves passaient devant comme dans une exposition. Certains s'arrêtaient, d'autres faisaient semblant de ne pas regarder mais lisaient quand même du coin de l'œil.

Le groupe de Malo se plaça un peu à distance, pour observer. Malo surveillait surtout Ilyès, sans l'étouffer : juste prêt à intervenir si un “nuage” revenait.

Deux garçons de leur classe s'arrêtèrent devant l'affiche “Chacun son rythme, même cour”.

— Pas mal, dit l'un.

— La piste, c'est stylé, dit l'autre. C'est qui qui a dessiné ?

Ilyès ne bougea pas.

Nino répondit :

— C'est un travail d'équipe. Mais le dessin, c'est Ilyès.

Les deux garçons regardèrent Ilyès.

— Ah ouais ? Trop propre, dit le premier. Tu pourrais faire le logo du club de basket !

Ilyès cligna des yeux, surpris. Puis il écrivit sur son carnet : “Je peux essayer.”

— Carrément ! répondit l'autre. On se voit à la pause de midi ?

Ils partirent en discutant. Malo sentit quelque chose se dénouer, comme un lacet qu'on desserre.

Plus tard, Élodie s'approcha.

— Votre affiche… elle m'a fait réfléchir, avoua-t-elle. Des fois, je parle trop vite et je m'impatiente. Je croyais que c'était normal.

Malo haussa les épaules, humble.

— Moi aussi, ça m'arrive. On fait tous comme on peut.

Sami ajouta :

— Le truc, c'est de se demander si on rend la vie plus facile aux autres ou plus compliquée. Pas besoin de grandes idées.

Nino fit un petit salut.

— Et puis, si on se trompe, on peut recommencer. Comme mes contrôles de dictée.

Élodie rit.

— Merci. Je vais essayer de… prendre le temps.

Ilyès, lui, regardait les gens passer. Il n'avait pas changé d'un coup. Il restait parfois silencieux, parfois tendu quand ça criait. Mais il n'était plus invisible, et surtout, il n'était pas seul.

En sortant du collège, le ciel s'éclaircissait. Les flaques devenaient des miroirs où se baladaient des bouts de soleil.

Malo marcha au milieu de Nino, Sami et Ilyès. Il se dit que la solution n'avait rien de magique : juste des mots simples, du respect, et l'envie de laisser une place.

Nino poussa légèrement l'épaule de Malo.

— Hé, protecteur officiel, tu valides notre mission de la semaine ?

Malo souffla, amusé.

— Mission : “Ne pas faire de la place seulement pour soi.” Validée.

Ilyès sortit son carnet une dernière fois et écrivit : “Merci de m'avoir laissé être moi.”

Malo lut, puis répondit doucement :

— Merci de nous avoir appris à ralentir.

Ils continuèrent sur le trottoir, avec le bruit calme de leurs pas, comme une petite équipe qui sait que la tolérance commence souvent par un geste tout simple.

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Malaise
Un sentiment de gêne ou d'inconfort qui rend la situation étrange.
Cicatrice
Trace laissée sur la peau après une blessure guérie.
Antistress
Petit objet que l'on presse pour réduire l'anxiété ou le stress.
Radiateur
Appareil qui chauffe une pièce en diffusant de la chaleur.
CDI
Centre de Documentation et d'Information du collège, pour lire et étudier.
Bibliothécaire
Personne qui s'occupe des livres et aide à les trouver.
Inclusion
Action de faire participer tout le monde, sans exclure personne.
Entraide
Fait de s'aider les uns les autres, partager pour mieux réussir.
COMPOST
Matière organique transformée pour enrichir la terre du jardin.
Acquiesça
A fait un signe ou dit oui silencieusement pour montrer l'accord.

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