Dans la ville qui brille comme un paquet de bonbons, vivait un homme qui aimait poser. Il s'appelait Gustave. Gustave était un super-héros un peu spécial. Il portait une cape bleue qui faisait "whoosh" quand il courait. Il portait aussi des chaussettes jaunes à pois rouges. Très chic.
Gustave avait des pouvoirs bizarres. Quand il éternuait, les pigeons changeaient de couleur. Quand il chantait très fort, les panneaux de signalisation se mettaient à danser. Et quand il faisait la pose parfaite, tout devenait un peu flou. Flou rigolo. Flou magique. Flou comme une photo prise en courant. TA-DA!
Ce matin-là, la ville préparait la grande fête du sourire. Les rues étaient décorées de guirlandes. Les enfants attachaient des ballons. Les commerçants collaient des étoiles sur leurs vitrines. Gustave avait promis de faire une grande photo pour le dossard du maire. Une photo officielle. Une photo très normale. "Souriez!", disait le maire. "Regarde l'appareil!", disait la journaliste. "Ne bouge pas!", criait le photographe.
Gustave aimait prendre la pose. Il s'étira. Il fit un clin d'œil au ciel. Il colla une main sur la hanche et l'autre leva l'index. Il posa comme un roi de bande dessinée. Il fit "Hop!" et prit la pose la plus aboutie du monde. Mais au moment même où il posa... PLIC! Une mouche lui chatouilla le nez. "Atchoum!" fit-il. Et pouf, la photo devint toute floue. Flou, flou, flou.
La photo sortit de la machine plic-ploc. Elle était... rigolote. Gustave avait l'air d'un nuage souriant. Son nez était un ballon. Sa cape ressemblait à un arc-en-ciel trempé. Les enfants rirent. Les grands rirent. Même la mairie éclata de rire. Gustave se gratta la tête. "Oh!" dit-il. "Je suis un super-nuage?"
La journaliste leva les sourcils. "C'est parfait!" dit-elle. "On ne veut pas une photo trop sérieuse. On veut une photo qui fait rire." Le maire se frotta les mains. "Oui! Mettons ce nuage sur l'affiche!" La foule applaudit. Gustave se sentit tout chaud. Il sourit. Le sourire de Gustave faisait des petites étincelles. "Merci", murmura-t-il.
Mais l'imprévu aimait jouer ce jour-là. Avant que la photo ne parte à l'impression, un chat en roller traversa la place. Il portait un chapeau melon et chantait "tra-la-la". Le chat heurta le panier des confettis. PAF! Les confettis volèrent et recouvrirent la photo qui séchait. Les confettis collèrent. La photo devint multicolore. On voyait des paillettes, des étoiles et une soucoupe volante en sucre. "Oh la vache!" s'écria le photographe. Les enfants applaudirent encore plus fort.
Gustave trouva que tout cela était très bien. Il fit un saut périlleux. "Ta-da!" fit-il. Mais alors, ses pouvoirs firent "plouf". Son saut fit gigoter les lampadaires. Les lampadaires se mirent à faire la wave. La ville devint une grande fête. Les pigeons colorés, nés d'un éternuement, se mirent en chorale. Ils chantèrent une chanson de bonbons. "Cou-cou! Piou-piou!" firent-ils. Tout le monde dansa. Même le maire, qui n'avait pas dansé depuis l'école, fit un pas de côté très élégant.
La journaliste tenait toujours la photo. Elle regarda Gustave et dit: "C'est la plus drôle des photos qu'on a jamais eue." Le photographe secoua la tête en riant. "On dirait un rêve tremblotant!" dit-il. Gustave rougit, comme une tomate. Les enfants crièrent: "Encore une pose!" Gustave rit. Il prit une autre pose. Il fit le grand écart sur un banc. Il fit la pose du super-héros qui prend son déjeuner. Mais à chaque pose, la photo devenait plus farfelue. Les catalogues de la ville en furent remplis: Gustave en nuage, Gustave en sucette, Gustave en feu d'artifice.
Un petit garçon leva la main. "Mais, Gustave," dit-il, "tu n'as pas peur que les gens se moquent?" Gustave posa ses mains sur ses hanches. Il regarda le garçon. "Non," dit-il doucement. "Rire, c'est comme des bonbons. On en mange un peu. On partage. Ça fait du bien." Le garçon sourit. Les enfants hochaient la tête.
Soudain, un ballon rouge s'attacha à la cape de Gustave. "Boum-pouf!" fit le ballon. Il l'emporta un petit peu. Gustave fit le tour de la fontaine en volant trois centimètres. Les pigeons colorés se mirent à faire des rondes autour de lui. Tout était drôle et sûr. Personne n'était perdu. Personne n'était triste. Tout le monde participait au gag.
La photo finalement choisie pour l'affiche était la première: la photo floue où Gustave ressemblait à un nuage joyeux. La journaliste la tint bien droite. "Regarde", dit-elle. "C'est comme si le rire sortait de l'image." Le maire la posa sur le mur de la mairie. Les enfants sautillaient de joie en voyant l'affiche. Les grands souriaient. La ville sembla plus lumineuse ce jour-là.
Le soir venu, la fête se calma doucement. Les guirlandes clignotèrent comme des yeux qui bâillent. Les enfants rentrèrent, serrant leurs peluches. Gustave marcha lentement vers sa petite maison bleue. Il retira sa cape. Il mit ses chaussettes jaunes près de la porte. Il s'assit sur son canapé et regarda la lune. La lune faisait "Oooo" comme une plume.
Il pensa à la journée. Il pensa aux photos floues. Il pensa aux pigeons chantants. Il pensa aux confettis colés partout. Gustave sourit. "C'était parfait", dit-il tout bas. Une petite étoile tomba et se posa sur sa fenêtre. "Cling!" fit-elle. Gustave ferma les yeux. "Bonne nuit", murmura la ville.
Avant de s'endormir, Gustave enleva ses chaussettes jaunes et les mit sur son radiateur pour qu'elles sèchent. Il fit un dernier petit geste de pose, juste pour le plaisir. "Ta-da!" chuchota-t-il. Ses pouvoirs bizarres firent un dernier petit "pouf" de lumière. Rien de dangereux. Rien d'effrayant. Juste un clin d'œil. La photo floue de la ville resta sur le mur. Elle faisait rigoler tout le monde en rêvant.
Et la ville dormit avec un sourire. Le matin, elle se réveilla encore plus prête à danser. Gustave, lui, continua à poser mais prit soin de garder un mouchoir près du nez. On ne sait jamais quand une mouche viendra chatouiller la moustache d'un super-héros.