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Conte des Mille et Une Nuits 9 à 10 ans Lecture 16 min. (2)

La bibliothèque qui respirait la nuit et le voleur de lettres

Nadir, gardien d’une bibliothèque magique, découvre un petit voleur de lettres nommé Saff et, face au redoutable Grand Effaceur qui menace d’effacer l’espoir, ils unissent ruse et générosité pour protéger les livres.

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Nadir, homme d’environ 40 ans au visage olive, courte barbe noire, turban écru et robe bleu nuit, souriant légèrement et tenant un parchemin roulé et une petite lampe à huile, se tient près d’une grande table en bois; Saff, petite créature non humaine de la taille d’une théière faite de morceaux de pages et de lettres avec une cape de papier froissé et des yeux brillants comme de l’encre, est assise en lançant des lettres lumineuses; le Grand Effaceur, silhouette sombre et allongée sans traits, dort à une table en arrière-plan entouré d’une poussière bleue pâle; la bibliothèque, au bord d’un désert, a de hautes étagères en bois, livres à reliures cuir et papiers jaunis, volets ouverts sur un ciel étoilé avec une pluie de poussière d’étoiles et une porte dessinée en trait de lumière bleue; la scène montre Nadir racontant une histoire pour endormir le Grand Effaceur pendant que Saff offre des lettres brillantes, la lumière chaude de la lampe contrastant avec la lueur froide bleutée sous la porte et la poussière d’étoiles scintillante. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : La bibliothèque qui respirait la nuit

Dans la ville de Saphir, là où les toits avaient la couleur des dattes au soleil, vivait un homme nommé Nadir. Il était gardien d'une bibliothèque posée au bord du désert comme un bateau au bord d'une mer de sable. On disait que, la nuit, les livres y respiraient doucement, comme si chaque page était une voile.

Nadir apprenait vite, plus vite qu'un lézard qui file entre deux pierres. Il connaissait les histoires par leur parfum : l'encre au jasmin pour les contes d'amour, le papier au poivre pour les aventures, et, tout au fond, l'odeur rare de la pluie pour les livres de sagesse.

Mais la chose la plus étonnante n'était pas dans les étagères. Elle était au-dessus. Car dans ce pays, les astres n'étaient pas seulement des points. Ils étaient des voisins. L'Étoile du Nord clignait comme une lanterne de veilleuse. La Grande Ourse, ronde et imposante, ressemblait à une tante qui surveille tout. Et la constellation du Renard—trois étoiles en triangle—aimait tant la malice qu'elle semblait rire sans bruit.

Chaque soir, quand Nadir fermait les portes, il levait les yeux.

« Bonsoir, mes amis », murmurait-il.

Et les constellations, si l'on tendait l'oreille du cœur, répondaient : « Bonsoir, gardien. Tiens bon. »

Or, une nuit, un événement important arriva : en glissant la grande clé dans la serrure, Nadir entendit un soupir… non pas celui des livres, mais celui de la porte elle-même. Le bois frissonna, et un fil de lumière bleue passa sous le battant, comme une rivière qui chercherait à s'échapper.

Nadir posa l'oreille contre le panneau.

Derrière, une voix minuscule, plus fine qu'un cheveu, chuchota :

« On vient… on vient pour effacer l'espoir. »

Chapitre 2 : Le voleur de lettres et la ruse du cœur

Le lendemain, la bibliothèque sembla normale. Pourtant, Nadir remarqua quelque chose : sur une page d'un vieux livre, le mot « demain » était devenu « de ain ». Une lettre manquait, comme si quelqu'un l'avait grignotée.

Il vérifia un autre ouvrage. « courage » avait perdu son « u ». « lumière » avait perdu son « i ». Les phrases tenaient encore debout, mais en boitant.

« Un voleur de lettres », souffla Nadir. « Qui vole les lettres vole aussi les idées. »

Dans les Mille et Une Nuits, Nadir avait lu qu'il existait des djinns qui avalaient les mots pour faire taire les peuples. Mais ici, ce voleur agissait comme un rat de bibliothèque… sauf que les rats, au moins, laissent des miettes.

Le soir venu, Nadir ne se contenta pas de fermer. Il prépara un piège, mais pas un piège de fer—un piège de douceur. Il posa sur une table un bol de lait à la rose, une assiette de figues, et un petit morceau de papier blanc où il écrivit, avec une encre brillante :

« Pour celui qui a faim de lettres : viens manger, mais viens parler. Je ne te ferai pas de mal. »

Puis il éteignit les lampes, se cacha derrière un rideau, et attendit en silence, tandis que la bibliothèque devenait un grand coquillage noir.

Minuit coula. Les ombres s'étirèrent. Et enfin, un bruit : pas tout à fait des pas, plutôt des petits « tic-tic » comme des gouttes sur une table.

Une silhouette apparut : haute comme une théière, avec une cape faite de morceaux de phrases. Sous sa capuche, deux yeux d'encre.

Elle s'approcha des figues, renifla le lait, et son ventre fit « grrr », un grondement d'alphabet.

Elle vit le message et le lut. Ses yeux tremblèrent.

Nadir sortit doucement.

« Bonsoir. Je m'appelle Nadir. Je garde ces livres. Et toi ? »

La créature recula, prête à fuir.

Alors Nadir ne courut pas. Il s'assit. Il sourit comme on sourit à un chat peureux.

« Tu peux manger. Je ne te prends pas. Je t'écoute. »

La silhouette hésita… et, comme un nœud qui se défait, elle se posa sur la chaise.

« Je… je suis Saff », dit-elle d'une voix qui faisait des taches de plume dans l'air. « Je vole des lettres parce que… je n'en ai pas assez. Je suis né dans une page déchirée. On m'a oublié. Quand on m'oublie, je rapetisse. Alors je prends. »

Nadir sentit son cœur se serrer. Il comprit : ce voleur n'était pas une méchante bête, mais une tristesse avec des jambes.

« Saff », dit-il, « voler rend plus petit encore. Il existe une autre façon. »

« Laquelle ? » demanda Saff, les yeux brillants comme deux gouttes d'encre au clair de lune.

Nadir répondit avec ruse, mais une ruse du cœur :

« Aide-moi à protéger la bibliothèque. Je te donnerai des lettres… des lettres offertes, pas volées. »

Saff avala une figue, puis une deuxième.

« Offertes ? On offre vraiment des lettres ? »

« On offre surtout de l'espoir », dit Nadir. « Les lettres viennent avec. »

Chapitre 3 : La porte invisible et la pluie d'étoiles

Cette nuit-là, alors que Nadir croyait avoir gagné un allié, un autre événement important surgit : la lumière bleue sous la porte revint, plus vive, comme si un océan lumineux frappait contre le bois.

Saff se mit à trembler.

« C'est lui… le Grand Effaceur. Il vient quand on protège les livres. Il déteste les histoires qui consolent. »

« Le Grand Effaceur ? » répéta Nadir, un frisson dans la nuque.

La bibliothèque fit un bruit de souffle, comme si elle aussi avait peur.

Au-dessus, le ciel était clair. Nadir ouvrit un volet et leva les yeux vers ses amis d'astres.

« Grande Ourse, Étoile du Nord, Renard du Ciel… j'ai besoin de vous. »

Alors, chose étonnante : la constellation du Renard cligna trois fois, comme un clin d'œil. Une poussière d'étoiles tomba, légère comme de la farine. Elle se posa sur le seuil.

Saff chuchota :

« La poussière d'étoiles… ça fait apparaître les portes invisibles. Mais seulement si le cœur est généreux. »

« Alors il faut être généreux vite », dit Nadir.

Il prit le bol de lait à la rose et le versa doucement sur la poussière d'étoiles, comme une offrande. Le parfum monta, si doux qu'on aurait dit que la nuit elle-même souriait.

La lumière bleue trembla. Et soudain, là où il n'y avait qu'un mur, apparut un contour : une porte fine, dessinée en lumière, comme un secret qui accepte enfin d'être vu.

« Une porte invisible… » souffla Nadir.

Saff hocha la tête.

« Elle mène aux Couloirs des Astres. On peut y cacher quelque chose… ou quelqu'un. »

À cet instant, la grande porte de la bibliothèque vibra. Un grattement sinistre s'entendit, comme une gomme géante frottant un cahier.

« Il arrive », dit Saff, sa voix pleine de taches noires.

Nadir prit une décision rapide, comme un joueur d'échecs qui voit trois coups d'avance. Il n'allait pas seulement cacher les livres. Il allait tromper l'ennemi.

« Saff, écoute. Tu connais les lettres. Tu sais ce que le Grand Effaceur aime effacer. »

« L'espoir », répondit Saff.

« Alors on va lui servir un repas… qui le fera dormir. »

Saff cligna des yeux.

« Un repas ? »

Nadir prit une plume et un parchemin vierge.

« Nous allons écrire une histoire si douce, si généreuse, qu'elle l'endormira. Une histoire où l'espoir est un coussin. Pendant qu'il rêvera, nous déplacerons les livres dans les Couloirs des Astres. »

Saff avala une lettre qu'il avait dans la bouche—oui, une vraie lettre, comme un petit bonbon—et dit :

« D'accord. Mais je ne suis pas très bon pour donner. Je sais surtout prendre. »

Nadir posa sa main sur l'épaule de papier de Saff.

« Tu apprendras. Tu apprends vite aussi, je le sens. »

Chapitre 4 : Le Grand Effaceur et l'histoire-coussin

Les gonds crièrent. La porte s'ouvrit sans qu'on la touche. Et entra le Grand Effaceur.

Il était long et sombre, comme une ombre qui aurait mangé la lumière. Là où il passait, les couleurs pâlissaient. Il n'avait pas de visage net—juste un vide qui donnait froid.

« GARDIEN », souffla-t-il. Sa voix faisait frissonner les pages.

Nadir se força à ne pas reculer. Dans sa poitrine, son courage battait comme un tambour timide mais décidé.

Nadir s'inclina poliment, comme dans les contes.

« Seigneur voyageur, bienvenue. Permets-moi de t'offrir une histoire. »

Le Grand Effaceur sembla surpris, comme si on venait de lui offrir une couverture.

« Une histoire ? Je viens pour les effacer. »

Nadir sourit, et ce sourire était une lampe.

« Justement. Effacer fatigue. Une histoire peut reposer. »

Saff, caché derrière un pupitre, tremblait, mais il tenait déjà un petit paquet de lettres brillantes—des lettres que Nadir lui avait offertes tout à l'heure en les écrivant et en les découpant pour lui. Elles scintillaient comme des graines.

Nadir commença à raconter, d'une voix claire :

« Il était une fois un désert si vaste qu'il ne finissait jamais, et au milieu, un puits. Dans ce puits vivait une goutte d'eau qui rêvait de devenir une rivière. Les autres gouttes se moquaient : “Une goutte n'est qu'une goutte !” Mais la goutte répondait : “Je suis petite, oui, mais mon rêve est grand.” Alors, chaque nuit, elle appelait les étoiles… »

À mesure qu'il parlait, la bibliothèque changeait d'air. Les mots formaient comme un tapis moelleux. Même les étagères semblaient se redresser pour mieux écouter.

Le Grand Effaceur, lui, grinça.

« Des rêves… ça se gomme. »

Mais sa voix était moins dure.

Nadir continua, et Saff glissa discrètement quelques lettres brillantes sur le sol, en cercle. Ces lettres formaient un mot simple : « repos ».

Le Grand Effaceur s'avança, attiré malgré lui par l'histoire, comme un chat par une flamme.

Nadir parla d'une caravane perdue qui retrouve son chemin grâce à une étoile amie; d'un enfant qui partage son dernier morceau de pain et reçoit en échange une chanson; d'une porte invisible qui s'ouvre seulement à ceux qui offrent.

À chaque image généreuse, le Grand Effaceur clignait—oui, il clignait, comme si un vrai visage essayait d'apparaître sous le vide.

Ses épaules s'affaissèrent.

« Continue… » souffla-t-il, presque malgré lui.

Nadir sentit le moment venir. Il donna un petit signe à Saff.

Alors Saff fit quelque chose d'immense : au lieu de voler, il offrit. Il lança en l'air ses lettres brillantes, comme on jette des graines dans un jardin. Les lettres se mirent à tournoyer et à tomber sur le Grand Effaceur comme une pluie chaude.

Le mot « repos » se posa sur lui.

Et le Grand Effaceur, comme un géant à qui on a enfin dit une parole douce, chancela… puis s'assit… puis s'endormit, lourdement, le front contre une table, sans bruit.

Nadir souffla :

« Maintenant ! »

Chapitre 5 : La bibliothèque sauvée et la lampe d'espoir

Nadir et Saff travaillèrent vite. Mais pas en courant partout : en étant malins. Nadir ouvrit la porte invisible. Derrière, un couloir de nuit s'étendait, tapissé de poussière d'étoiles, avec des constellations accrochées comme des lanternes.

Les livres, au lieu d'être lourds, devenaient légers quand on les portait avec soin. C'était comme si les histoires aidaient ceux qui les protègent.

Saff, de ses petits bras, transporta les ouvrages les plus fragiles.

« Celui-là parle d'une reine qui pardonne », dit-il.

« Alors il est précieux », répondit Nadir.

« Celui-là parle d'un homme qui n'abandonne jamais. »

« Encore plus précieux. »

Ils déposèrent les livres dans les Couloirs des Astres, où chaque rayon semblait fait de clair de lune solide.

Quand tout fut à l'abri, Nadir revint vers le Grand Effaceur endormi. Il ne voulait pas le frapper ni l'enfermer. Il se souvenait de Saff : parfois, ce qui fait du mal est surtout très seul.

Il posa près de la créature une petite lampe à huile, la même qu'il allumait pour les enfants venus lire le soir. Sur la lampe, il colla un morceau de papier avec un seul mot écrit d'une main calme : « Encore ».

Puis il murmura :

« Tu peux effacer des lettres, mais tu ne peux pas effacer le désir de raconter. On recommence toujours. Encore. »

Au matin, le Grand Effaceur s'était dissipé, comme une ombre quand on ouvre les rideaux. Il ne restait qu'une trace sur la table : un petit cercle de poussière noire… et, au milieu, une minuscule lettre brillante, offerte par le ciel. Un « e », tout simple.

Saff la ramassa comme on ramasse un trésor.

« Un “e”… pour “espoir” », souffla-t-il.

La porte invisible se referma doucement, mais Nadir savait qu'elle réapparaîtrait quand il faudrait. Les astres, au-dessus, clignaient avec fierté. La Grande Ourse semblait dire : « Bien. » Le Renard du Ciel, lui, avait l'air de rire, content de la ruse.

Les jours suivants, Nadir apprit à Saff un jeu : au lieu de voler des lettres, il en offrait. Chaque fois qu'un enfant venait lire, Saff déposait en secret une petite lettre en papier dans sa poche, avec un mot gentil : « Bravo », « Courage », « Demain ».

Un soir, Saff demanda :

« Nadir, si le Grand Effaceur revient ? »

Nadir répondit en regardant le ciel, tranquille :

« Alors nous lui raconterons encore. Et encore. Parce que l'espoir n'est pas une porte qu'on ferme. C'est une clé qu'on partage. »

Et dans la bibliothèque qui respirait la nuit, les pages tournèrent toutes seules, comme des ailes. Les constellations veillèrent. Et l'histoire, comme une rivière née d'une goutte, continua de couler, lumineuse, dans le cœur de ceux qui l'écoutaient.

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Bibliothèque
Endroit où l'on garde et lit beaucoup de livres.
Désert
Grande étendue de terre sèche, souvent sans plantes ni eau.
Constellations
Groupes d'étoiles que l'on reconnaît dans le ciel la nuit.
Djinns
Êtres légendaires des contes, parfois invisibles et puissants.
Capuche
Partie d'un vêtement qui couvre la tête.
Parchemin
Feuille ancienne, souvent longue, utilisée pour écrire.
Gonds
Pièces de métal qui permettent à une porte de s'ouvrir.
Offrande
Quelque chose que l'on donne pour honorer ou aider.
Caravane
Groupe de personnes ou de véhicules voyageant ensemble.
Dissipé
Qui s'est éparpillé ou disparu comme un nuage.
Poussière d’étoiles
Poudre brillante décrite comme tombant des étoiles.
Moelleux
Qui est doux et agréable quand on le touche ou le sent.

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