Chapitre 1 : Le banc bleu et la nouvelle
Ce lundi-là, Lila marchait vers l'école en comptant les carreaux du trottoir. Elle aimait les chiffres, mais elle aimait encore plus inventer des histoires pour eux.
« Celui-là, c'est un carreau-voilier ! Et celui-là, un carreau-gâteau… attention, il colle ! » murmurait-elle en riant toute seule.
Dans la cour, son amie Inès courait déjà.
« Lila ! Tu viens jouer à l'élastique ? »
Lila allait répondre, quand elle vit sa maman près du portail. Sa maman ne souriait pas comme d'habitude. Ses yeux avaient l'air un peu lourds, comme quand on a mal dormi.
« Ma chérie, viens deux minutes, s'il te plaît », dit sa maman doucement.
Lila sentit son ventre faire un petit nœud. Elle prit la main de sa maman. La main était chaude, mais elle tremblait un peu.
« Tu sais, Mamie Jeanne… » commença sa maman.
Lila leva la tête. Mamie Jeanne, c'était celle qui sentait la lavande et qui disait toujours : « On ne se presse pas, on respire. »
Sa maman prit une grande inspiration.
« Mamie Jeanne est morte cette nuit. Son corps s'est arrêté. Elle ne souffre plus. »
Le mot « morte » fit un bruit bizarre dans la tête de Lila, comme une porte qui claque sans qu'on l'ait poussée.
« Ça veut dire… qu'elle ne va plus jamais venir me chercher avec son parapluie à pois ? » demanda Lila, la voix plus petite.
Sa maman la serra contre elle.
« Non, ma chérie. Elle ne reviendra pas comme avant. Mais on peut encore penser à elle, parler d'elle, garder ce qu'elle nous a donné. Et on va être ensemble. »
Lila resta collée à sa maman. Elle entendait la cour : les cris, les rires, un ballon qui rebondit. Tout semblait pareil, et pourtant, quelque chose était différent, comme si le monde avait mis une chaussette dépareillée.
« Je ne sais pas comment on fait, moi », souffla Lila.
« On fait doucement », répondit sa maman. « Et si tu veux, tu peux en parler à ta maîtresse. Madame Rivière est très gentille. »
Lila hocha la tête sans être sûre de comprendre. Sa maman lui essuya les joues.
« Tu as des larmes, mon cœur. C'est normal. Les larmes, c'est comme la pluie pour les plantes : ça arrose ce qu'on a dans le cœur. »
Lila renifla. L'image la fit presque sourire.
« D'accord… Mais je ne veux pas pleurer toute la journée. »
« Tu n'es pas obligée. Tu peux pleurer un peu, puis jouer un peu, puis re-penser un peu. On peut mélanger. »
Dans la classe, Madame Rivière écrivit la date au tableau. Lila s'assit, son cartable posé comme d'habitude, mais elle avait l'impression qu'il pesait deux fois plus.
Madame Rivière passa près de son bureau et murmura :
« Bonjour Lila. Tu veux me parler à la récréation ? »
Lila répondit à peine :
« Oui… s'il vous plaît. »
La matinée commença. Les mots, les exercices, les feutres… tout avançait. Lila, elle, avait l'impression d'être sur un bateau qui bouge. À un moment, elle regarda la chaise vide au fond de la classe, celle des absents. Elle imagina Mamie Jeanne assise dessus, avec son gilet de laine.
« Si Mamie était ici, elle dirait : “Je suis juste un peu fatiguée.” » pensa Lila.
À la récréation, elle alla vers le banc bleu, celui qui grince et où on peut s'asseoir à deux sans se pousser. Madame Rivière la rejoignit avec un petit sourire doux, comme une couverture.
« Tu voulais me dire quelque chose ? » demanda l'enseignante.
Lila fixa ses baskets.
« Mamie Jeanne est morte. Et… j'ai comme un gros caillou dans la poitrine. Et aussi… j'ai peur d'oublier sa voix. »
Madame Rivière s'assit à côté d'elle.
« Merci de me l'avoir dit. Ce caillou, il a le droit d'être là. Tu sais, quand quelqu'un meurt, notre cœur doit apprendre une nouvelle forme. C'est comme quand on change de chaussures : au début, ça serre, et puis on s'habitue. »
Lila réfléchit.
« Mais… elle est où, maintenant ? »
Madame Rivière parla très simplement, sans se presser.
« Personne ne peut la voir comme on voit un oiseau. Son corps ne fonctionne plus. Mais ce qu'elle t'a appris, les souvenirs, l'amour… ça, c'est vivant dans toi et dans ta famille. Certains pensent à un ciel, d'autres à un grand repos. L'important, c'est que tu aies le droit de te poser des questions. »
Lila serra ses mains.
« Et si je ris aujourd'hui… c'est mal ? »
Madame Rivière secoua la tête.
« Non. Rire, c'est aussi aimer. Ta mamie a sûrement aimé t'entendre rire. La tristesse et la joie peuvent être dans la même journée, comme deux couleurs sur le même dessin. »
Lila imagina un dessin : un soleil dans un coin, un nuage dans l'autre.
« Moi, j'aime dessiner des nuages avec des joues roses », dit-elle.
Madame Rivière eut un petit rire.
« Voilà un nuage très poli. Tu veux qu'on trouve une idée pour t'aider quand le caillou devient trop lourd ? »
Lila hocha la tête.
« On pourrait faire un “petit coin souvenirs” dans ton cahier », proposa Madame Rivière. « Chaque fois que tu penses à Mamie Jeanne, tu écris une phrase ou tu dessines quelque chose. Comme ça, tu ne perds pas sa voix : tu la gardes dans tes pages. »
Lila sentit son ventre se détendre un tout petit peu.
« D'accord. Je vais écrire… “Mamie disait : On ne se presse pas, on respire.” »
« Très bonne première phrase », répondit Madame Rivière. « Et si tu as envie de reparler, tu viens me voir. Même cinq minutes. »
La cloche sonna. Lila se leva.
« Merci, Madame Rivière. »
« Merci à toi de me faire confiance », répondit l'enseignante.
Lila rejoignit Inès, qui la regardait avec des yeux curieux.
« Ça va ? » demanda Inès.
Lila hésita, puis dit :
« Ma mamie est morte. Je suis triste… mais j'ai le droit de jouer un peu aussi. »
Inès lui prit la main.
« On joue à l'élastique doucement, alors. Et si tu veux, on fait une règle : quand tu penses à ta mamie, tu peux dire “pause nuage”. »
Lila sourit malgré elle.
« Pause nuage », répéta-t-elle. « Ça me plaît. »
Chapitre 2 : La boîte à souvenirs
Après l'école, Lila rentra à la maison. Le salon sentait le thé. Son papa était là, assis près de la table, avec une boîte en carton.
« Coucou ma grande », dit-il en ouvrant les bras.
Lila se précipita contre lui. Elle aimait quand son papa la serrait fort, mais pas trop, comme un câlin “juste comme il faut”.
« On a parlé avec Mamie Jeanne au téléphone hier », dit son papa, la voix un peu cassée. « Elle avait l'air fatiguée, mais elle a dit qu'elle t'aimait. »
Lila se mordit la lèvre.
« J'ai peur de ne plus jamais la revoir. »
« C'est vrai, on ne la reverra pas comme avant », répondit son papa. « Et c'est normal d'être triste. Mais on peut se souvenir, et on peut aussi dire au revoir à notre manière. »
Sa maman posa trois bols sur la table.
« Je vous ai fait du chocolat chaud », annonça-t-elle. « Mamie Jeanne disait toujours que le chocolat chaud aide à réparer les journées trop lourdes. »
Lila prit son bol. La chaleur lui réchauffa les doigts.
« On va aller à la cérémonie demain », continua sa maman. « Ce sera un moment pour se dire au revoir, pour penser à elle, pour écouter des mots gentils. Tu peux poser toutes tes questions. »
Lila regarda la boîte en carton.
« C'est quoi ? »
Son papa la poussa vers elle.
« C'est une boîte à souvenirs. On va mettre dedans des choses qui nous font penser à Mamie Jeanne. Pas pour l'oublier, au contraire : pour garder une place claire dans la maison. »
Lila ouvrit la boîte. Elle était vide, et ça la fit un peu peur, comme une page blanche.
« On commence ? » demanda son papa.
Sa maman apporta un petit foulard violet.
« Elle le mettait quand il faisait frais. Tu te souviens ? »
Lila toucha le tissu.
« Oui… il gratte un peu, mais elle disait que ça chatouille le cou pour le réveiller. »
Ils rirent tous les trois, un rire léger, qui faisait du bien.
Lila monta dans sa chambre et revint avec un dessin : Mamie Jeanne sur un banc, avec un chat sur les genoux.
« Je mets ça », dit-elle. « Comme ça, je peux revoir son sourire. »
Son papa ajouta une carte postale avec une mer bleue.
« Elle me l'avait envoyée. Elle avait écrit : “Respire, regarde l'horizon.” »
Lila pensa aux mots de Madame Rivière : garder dans les pages. Elle prit son cahier et écrivit une nouvelle phrase :
« Mamie Jeanne disait que la patience, c'est un super pouvoir. »
Elle s'arrêta, puis demanda :
« Est-ce que Mamie entend quand je lui parle ? »
Sa maman s'assit près d'elle.
« On ne sait pas exactement, ma chérie. Mais parler peut faire du bien à toi. C'est comme envoyer une lettre sans timbre : elle ne voyage peut-être pas, mais elle dit ce qu'on a besoin de dire. »
Lila fronça les sourcils.
« Alors je peux lui parler dans ma tête ? »
« Oui », répondit son papa. « Ou à voix haute. Tu peux même lui raconter ta journée. »
Lila regarda la fenêtre. Le ciel était clair. Un oiseau passa.
« Mamie aimait les oiseaux. Elle disait qu'ils font des points de couture dans le ciel. »
« C'est joli », dit sa maman.
Lila sourit un peu.
Le soir, dans son lit, Lila ferma les yeux et imagina un grand jardin calme. Dans ce jardin, il y avait un banc bleu comme à l'école. Mamie Jeanne était assise là, pas pour de vrai, mais dans l'imagination de Lila. Mamie tricotait une écharpe avec des fils de lumière.
« Je ne sais pas si tu m'entends », murmura Lila, « mais je t'aime. Et aujourd'hui, j'ai eu une pause nuage. »
Elle sentit une larme glisser. Puis elle se tourna et serra son doudou. La larme sécha. Son cœur battait, un peu plus doucement.
Le lendemain, la cérémonie se passa sans bruit effrayant. Il y eut des gens, des fleurs, des paroles. Lila resta près de ses parents. On lui dit qu'elle pouvait sortir prendre l'air si elle en avait besoin.
Un moment, sa tante s'agenouilla devant elle.
« Tu veux mettre cette petite rose près de la photo de Mamie ? » demanda-t-elle.
Lila prit la rose. Elle hésita, puis avança, très lentement. Elle posa la fleur.
« Au revoir, Mamie Jeanne », chuchota-t-elle.
Et, dans sa tête, elle ajouta : « Je ne me presse pas, je respire. »
Sur le chemin du retour, Lila demanda :
« Est-ce que je vais être triste tout le temps ? »
Son papa répondit :
« Non. La tristesse va venir et repartir. Comme des vagues. Certaines seront petites, d'autres plus grandes. Et toi, tu vas apprendre à flotter. Nous, on sera ton gilet. »
Lila imagina un gilet de sauvetage géant, avec écrit dessus : “Famille”.
« Et à l'école, si je pleure ? »
« Tu pourras le dire à Madame Rivière », répondit sa maman. « Et tu peux dire “pause nuage” à Inès. On t'aidera. »
Lila hocha la tête. Les mots “pause nuage” étaient comme un petit bouton secret qui disait : je suis triste, mais je ne suis pas seule.
Chapitre 3 : La journée des questions
Le surlendemain, Lila retourna à l'école. Elle avait l'impression que son cartable n'était plus aussi lourd, mais son cœur, lui, bougeait encore.
En classe, Madame Rivière fit un clin d'œil discret à Lila.
Après une dictée, Lila leva la main.
« Madame… j'ai une question. »
« Oui, Lila ? »
Lila prit une inspiration.
« Quand quelqu'un meurt, on ne peut plus le voir… mais on peut encore l'aimer, c'est ça ? »
La classe se tut. Certains élèves regardèrent Lila avec de grands yeux, d'autres avec un petit air sérieux.
Madame Rivière répondit calmement :
« Oui. L'amour ne s'arrête pas. Il change de place. Il va dans les souvenirs, dans les gestes qu'on garde, dans les histoires qu'on raconte. »
Tom, un garçon au fond, murmura :
« Moi aussi, mon arrière-grand-père est mort. J'avais gardé sa casquette. »
Inès ajouta :
« Lila, tu peux nous dire un truc drôle que ta mamie faisait ? »
Lila hésita, puis son visage se ralluma un peu.
« Elle mettait ses lunettes sur sa tête et après elle cherchait partout en disant : “Mais où sont mes lunettes ?” Et moi je disais : “Elles sont parties en vacances !” »
La classe rit, gentiment, sans se moquer.
Madame Rivière sourit.
« Raconter un souvenir, c'est comme allumer une petite lampe. Ça n'efface pas la tristesse, mais ça éclaire. »
Plus tard, pendant un travail en groupe, Lila sentit le caillou revenir. Il s'installa dans sa poitrine, lourd et silencieux.
Elle chuchota à Inès :
« Pause nuage. »
Inès hocha la tête tout de suite.
« Viens, on va boire de l'eau », dit-elle.
Elles allèrent au coin calme près de la bibliothèque. Lila but une gorgée et regarda les livres.
« J'ai peur que les autres trouvent ça bizarre que je sois triste », avoua Lila.
Inès haussa les épaules.
« Moi, je trouve pas bizarre. C'est comme quand on se cogne : on a mal, alors on le dit. Là, tu t'es cognée dans le cœur. »
Lila souffla, surprise.
« Tu dis des choses de grande, toi. »
Inès sourit.
« C'est parce que j'ai une grande sœur. Elle m'apprend des phrases. Mais je sais aussi faire l'élastique, donc ça équilibre. »
Lila rit un peu.
Quand elles revinrent, Madame Rivière leur demanda de dessiner “un endroit qui apaise”. Lila prit ses crayons et dessina un jardin avec un banc bleu. Elle ajouta un arbre, et sous l'arbre, une boîte avec un couvercle.
À côté, elle écrivit : “Boîte à souvenirs”.
Madame Rivière passa derrière elle.
« Ton dessin est très doux », dit-elle. « Tu veux m'expliquer ? »
Lila répondit à voix basse :
« Le banc, c'est pour s'asseoir quand c'est trop lourd. L'arbre, c'est parce que Mamie aimait les oiseaux. Et la boîte… c'est pour que les souvenirs ne se perdent pas. »
Madame Rivière posa une main légère sur l'épaule de Lila.
« C'est une très bonne idée. Et tu sais, tu peux aussi faire une “boîte de mots”. Quand tu te souviens d'une phrase de Mamie Jeanne, tu l'écris sur un papier et tu la mets dedans. »
Lila ouvrit de grands yeux.
« Comme des petits trésors ? »
« Exactement », répondit Madame Rivière. « Et quand tu en as besoin, tu en tires un au hasard. »
Lila imagina : “On ne se presse pas, on respire.” “La patience est un super pouvoir.” “Le chocolat chaud répare.”
Le soir, à la maison, Lila fabriqua la boîte de mots avec une vieille boîte à biscuits. Elle colla une étiquette : “Mots de Mamie”.
Son papa la regarda faire.
« Tu veux que j'écrive aussi ? » demanda-t-il.
« Oui ! » répondit Lila. « Écris un mot que Mamie te disait. »
Son papa réfléchit, puis écrivit :
“Je suis fière de toi.”
Il le plia et le mit dans la boîte. Lila sentit ses yeux piquer.
« Ça fait du bien et ça fait mal en même temps », dit-elle.
« C'est souvent comme ça », répondit son papa. « On peut laisser les deux. »
Avant de dormir, Lila tira un papier au hasard. Elle ouvrit.
“Respire, regarde l'horizon.”
Elle le relut deux fois, puis posa le papier sous son oreiller, comme un petit coussin de mots.
Chapitre 4 : Le chant du soir
Une semaine passa. Lila ne pleurait pas tout le temps. Parfois elle riait très fort, puis, sans prévenir, une pensée arrivait et ses yeux devenaient brillants. Elle apprenait que le chagrin pouvait marcher à côté d'elle sans l'empêcher d'avancer.
Un vendredi, Madame Rivière annonça :
« Cet après-midi, on va apprendre un chant doux. Un chant qu'on peut garder pour les jours où on a besoin de réconfort. »
Lila releva la tête.
« Un chant pour les jours de nuage ? » chuchota Inès.
« Oui », répondit Lila. « Un chant-parapluie. »
L'après-midi, les élèves s'assirent en cercle. Madame Rivière prit une petite clochette et la fit tinter une seule fois.
« On écoute le silence une seconde », dit-elle. « Puis on chante. »
Le silence ne faisait pas peur. Il ressemblait à une pause après une course.
Madame Rivière apprit les paroles, très simples, et la mélodie ressemblait à une berceuse. Les enfants répétèrent, d'abord timidement, puis avec confiance.
Lila chantait doucement. Les mots entraient en elle comme une soupe chaude.
Après l'école, elle rentra chez elle avec l'air dans la tête. Au dîner, elle demanda :
« Est-ce qu'on peut chanter le chant-parapluie ce soir ? »
Sa maman sourit.
« Bien sûr. On le chante ensemble, tous les trois ? »
Dans la chambre de Lila, la lumière de la lampe faisait un rond doré sur le mur. La boîte à souvenirs était sur l'étagère, la boîte de mots sur la table de nuit.
Lila se glissa sous la couette.
« Avant de chanter, je peux dire quelque chose ? » demanda-t-elle.
« Oui », répondit son papa.
Lila regarda ses parents.
« Je suis triste que Mamie Jeanne soit morte. Mais je suis contente qu'elle ait existé. Et je crois que… je la garde dans mes histoires et dans mes mots. »
Sa maman lui caressa les cheveux.
« Tu la gardes très bien, mon cœur. »
Son papa ajouta :
« Et nous aussi. On va continuer à parler d'elle. »
Lila prit une grande inspiration.
« Alors on chante ? »
Ils se rapprochèrent, comme un petit cercle de famille, et ils chantèrent doucement :
« Quand mon cœur fait un nuage,
Je respire, je prends mon courage.
Je pense aux mots, je pense aux rires,
Et mon chagrin peut se tenir.
Je ne suis pas seule sur mon chemin,
Une main cherche une autre main.
Bonne nuit, souvenir léger,
Dans mon cœur tu peux rester. »
La dernière note s'éteignit tranquillement.
Lila ferma les yeux. Le caillou était encore là, mais il semblait plus lisse, comme s'il avait été poli par les mots et les câlins.
« Bonne nuit, Mamie Jeanne », murmura-t-elle.
Puis elle ajouta, avec un tout petit sourire :
« Je ne me presse pas… je respire. »
Et, dans le calme de la chambre, la nuit put arriver doucement.