La cour qui scintille
Dans la cour intérieure de l'école des animaux, tout brillait déjà de mille couleurs. Des guirlandes en papier dansaient au vent, des ballons rigolaient dans les airs, et la musique de carnaval tournoyait comme une bulle de savon géante.
Renardou le petit renard regardait partout avec ses grands yeux dorés. Son cœur faisait boum-boum, un peu comme un tambour.
— Aujourd'hui, c'est le grand carnaval ! murmura-t-il.
Autour de lui, ses amis couraient dans tous les sens. Lapinette essayait un masque de papillon, Léon le lionceau testait un chapeau de pirate, et Zozo le zèbre faisait des pas de danse, rayures au vent.
Mademoiselle Chouette, la maîtresse, frappa des ailes pour appeler tout le monde.
— Mes petits, annonça-t-elle, cette année, nous aurons une nouveauté. Dans cette cour, nous allons installer une boîte à accessoires de carnaval. Chacun pourra y prendre un objet pour se déguiser… et aussi en déposer un, pour les autres.
Renardou sentit une chaleur dans son ventre. Une boîte à accessoires ! C'était merveilleux. Mademoiselle Chouette posa une grande boîte en carton au milieu de la cour. Elle était vide.
— Qui veut s'occuper de la préparer ? demanda-t-elle.
Tous levèrent la patte, la patte ou l'aile. Renardou aussi, bien sûr. Mais la maîtresse tourna la tête vers lui.
— Renardou, tu observes toujours très bien tout ce qui se passe. Tu feras un gardien de boîte parfait. Veux-tu t'en charger ?
Les oreilles du petit renard se dressèrent de fierté.
— Oh oui, maîtresse ! Je veux bien !
— Tu devras chercher des accessoires, les ranger, et veiller à ce que chacun puisse les partager, expliqua Mademoiselle Chouette. Le carnaval, c'est la fête, mais c'est aussi le partage.
La musique démarra plus fort. Les tambours battaient, les flûtes chantaient. Le carnaval pouvait commencer… et l'aventure de Renardou aussi.
La boîte magique de Renardou
Renardou s'approcha de la grande boîte vide. Elle avait l'air un peu triste, toute nue comme ça. Il passa sa patte sur le carton.
— Ne t'inquiète pas, petite boîte, chuchota-t-il, on va te remplir de trésors de carnaval.
Il regarda autour de lui. Dans la cour, des stands s'ouvraient comme des fleurs colorées. Un stand de plumes, un stand de masques, un stand de rubans qui volaient au vent comme des dragons doux.
Renardou prit une grande respiration.
— D'abord, il faut des choses qui brillent, décida-t-il.
Il se rendit au stand de Madame Pie, la pie la plus bavarde du quartier.
— Bonjour, Madame Pie. Je prépare la boîte à accessoires. Auriez-vous quelque chose à partager ?
Madame Pie cliqueta du bec.
— Pour le carnaval ? Mais bien sûr ! Regarde ce vieux collier de paillettes. Il ne me va plus, je préfère mes vraies plumes. Tu peux le mettre dans ta boîte.
Renardou prit le collier qui scintillait comme un petit morceau de nuit étoilée.
— Merci, Madame Pie !
Il le déposa délicatement dans la boîte. Un premier trésor.
Un peu plus loin, Lapinette essayait un nez de clown rouge comme une fraise.
— Lapinette, appela Renardou, tu veux bien me prêter un accessoire pour la boîte ?
Lapinette toucha son nez rouge, hésita, puis sourit.
— D'accord. Je garde le nez, mais j'ai ce vieux tutu rose. Il est trop petit pour moi maintenant. Quelqu'un d'autre pourra l'aimer.
Renardou prit le tutu, tout doux, tout froufrouteux, et le posa dans la boîte. Déjà, elle paraissait moins vide.
Léon le lionceau arriva en rugissant, mais gentiment :
— Grrrrrand carnaval ! Regarde, Renardou, j'ai un cache-œil de pirate !
— Tu en aurais un autre pour la boîte ? demanda Renardou.
Léon fouilla dans son sac.
— J'ai un bandeau de capitaine. Je le mettais quand j'étais plus petit. Tiens, prends-le.
Un bandeau de capitaine, un tutu rose, un collier de paillettes… La boîte commençait à devenir magique.
Mais soudain, un petit souci arriva en trottinant. C'était Mira la souris, toute minuscule, qui regardait la boîte avec envie.
— Moi aussi je voudrais participer, dit-elle d'une voix toute douce, mais… je n'ai rien à donner. Je n'ai pas de vieux costumes.
Renardou sentit son cœur se serrer un peu.
— Tu n'as rien du tout ? demanda-t-il.
Mira secoua la tête.
— Juste ce ruban que j'ai autour de la queue… mais je l'aime beaucoup.
Le ruban était simple, mais joli, d'un bleu profond comme le ciel d'été.
Renardou réfléchit. Il voulait que tout le monde puisse participer, même Mira.
— Mira, dit-il, si tu veux garder ton ruban, tu peux. Mais on peut en fabriquer un autre, ensemble, pour la boîte.
Les yeux de Mira se mirent à briller.
— Tu crois ?
— Bien sûr ! répondit Renardou. On va créer nos propres accessoires.
La fabrique de surprises
Renardou installa la boîte au centre de la cour, comme un petit roi au milieu d'un château. Autour, il déploya une nappe à carreaux remplie de papiers colorés, de bouts de tissus, de plumes tombées des stands, de perles oubliées.
— Fabrique ouverte ! cria-t-il. Venez, on crée des accessoires pour tout le monde !
La musique de carnaval tournoyait dans l'air. Un tambour faisait « boum-boum », une trompette faisait « pa-pa-pa », et la cour entière vibrait comme un grand cœur joyeux.
Les animaux curieux s'approchèrent.
— On peut vraiment fabriquer des choses nous-mêmes ? demanda Zozo le zèbre.
— Oui ! dit Renardou. On découpe, on colle, on noue… et on partage dans la boîte.
Mira la souris prit un petit morceau de ruban jaune.
— Je pourrais faire un bracelet de carnaval, proposa-t-elle.
— Bonne idée, dit Renardou. Tu vois, tu participes déjà.
Ils se mirent tous à l'ouvrage. Les ciseaux faisaient « chlic-chlac ». La colle faisait « glou-glou ». Les rires faisaient « hi-hi-ha-ha ».
Lapinette fabriqua des antennes de papillon avec deux fils de fer et des pompons. Léon inventa une moustache de star avec de la laine noire. Zozo créa une ceinture de feuilles qui sentait la forêt.
— Et toi, Renardou, tu fais quoi ? demanda Mira.
Le petit renard réfléchit.
— Moi, je vais faire un masque spécial. Un masque qui peut aller à n'importe quel animal.
Il découpa une forme simple, deux trous pour les yeux, un sourire large, puis il colla des bouts de toutes les couleurs : un peu de bleu, un peu de rouge, un peu de vert, une plume dorée, un ruban argenté.
— C'est le masque de Tous-Les-Amis, annonça-t-il. Comme ça, chacun pourra le porter un moment, si la boîte dit d'accord.
Petit à petit, la boîte se remplit. Quand on l'ouvrait, on entendait presque un petit « ah ! » de surprise. Elle débordait de couleurs, de plumes, de perles, de rires.
Mais au loin, un nuage gris apparut. Le vent se leva dans la cour.
— Oh non, gémit Lapinette, le vent va tout faire envoler !
Une rafale s'engouffra. Les guirlandes claquèrent, les ballons se cognèrent. La nappe de Renardou se souleva un peu. Quelques plumes s'enfuirent dans l'air.
Renardou posa ses deux pattes sur la boîte pour la protéger.
— Pas question que tu t'envoles, toi, dit-il.
Les autres accoururent pour l'aider. Léon se planta à côté, solide comme une montagne. Zozo tendit sa longue écharpe pour retenir la nappe. Mira serra fort les rubans restants.
Ensemble, ils résistèrent au vent qui faisait « fffouuuuu ».
Puis, doucement, les nuages s'écartèrent. Le soleil revint, comme un gros ballon jaune qui sourit.
— On a réussi, souffla Mira.
Renardou regarda ses amis autour de lui. Il sentit que la boîte n'était plus seulement une boîte d'objets. C'était une boîte de courage ensemble, de partage et de rires mélangés.
Un carnaval à partager
L'après-midi, le carnaval battit son plein. Mademoiselle Chouette annonça :
— La boîte à accessoires est prête ! Grâce à Renardou et à vous tous, chacun pourra choisir quelque chose… à condition de venir aussi y déposer un petit trésor, même tout simple.
Les animaux firent la queue devant la boîte, en tapant du pied au rythme de la musique. Un tambourin faisait « tchi-tchi-tcha », un accordéon chantait comme une rivière joyeuse.
Un écureuil timide s'approcha.
— Je n'ai qu'un gland brillant, dit-il. Je peux le mettre ?
— Bien sûr, répondit Renardou. Il pourra devenir médaillon, bague, ou ce que l'on voudra. Et tu peux choisir quelque chose en échange.
L'écureuil déposa le gland dans la boîte, puis sortit le tutu rose. Il le mit et se mit à tournoyer, tout fier.
Une tortue apporta un petit foulard à pois.
— Je ne le mets jamais, expliqua-t-elle. J'ai déjà ma carapace.
Elle le laissa dans la boîte et choisit la moustache en laine. Tout le monde éclata de rire en la voyant, toute sérieuse avec sa moustache qui pendait.
Mira la souris arriva à son tour avec son bracelet jaune fabriqué.
— Je le donne à la boîte, dit-elle. Comme ça, quelqu'un d'autre aura mon soleil au poignet.
— Et toi, tu veux prendre quoi ? demanda Renardou.
Mira regarda longuement, puis désigna le Masque de Tous-Les-Amis.
— Je peux ?
— Bien sûr, répondit Renardou avec un grand sourire. Il est pour tout le monde.
Mira le mit sur son petit museau. D'un coup, elle se sentit grande et courageuse. Elle se mit à danser au milieu de la cour, entre les plumes et les confettis, sous les rires et les « bravo ! ».
Le soleil descendait un peu dans le ciel, mais la cour brillait comme un feu d'artifice tranquille. On chantait, on tournait, on sautait. Les couleurs volaient, la musique glissait sur les pavés.
Plus tard, quand la fête commença à se calmer, Mademoiselle Chouette appela les élèves.
— Mes petits, le carnaval se termine. Mais grâce à notre boîte à accessoires, nous garderons un petit morceau de fête dans la cour.
Renardou s'approcha de la boîte. Il la caressa doucement. Elle était bien remplie, mais calme maintenant, comme un cœur qui se repose.
— On pourrait la garder pour toutes les prochaines fêtes, proposa-t-il. Comme un trésor à partager.
— Bonne idée, approuva Mademoiselle Chouette. Mais il lui manque encore quelque chose.
Elle lui tendit une petite étiquette en carton et un feutre.
— C'est toi qui as préparé la boîte, Renardou. C'est à toi de lui donner son nom.
Le petit renard réfléchit. Il pensa aux rires, aux masques, au vent, aux mains qui s'aidaient, au courage de Mira, au gland brillant, au tutu rose, aux antennes, à la moustache en laine, au Masque de Tous-Les-Amis.
Puis, très lentement, en tirant la langue de concentration, il écrivit sur l'étiquette, en grandes lettres un peu de travers :
souvenir
Il accrocha l'étiquette sur le devant de la boîte. Tous les animaux s'approchèrent pour lire.
— La boîte « souvenir », murmura Mira. J'aime bien.
— Comme ça, expliqua Renardou, on se souviendra que le carnaval, ce n'est pas seulement se déguiser. C'est surtout partager.
La cour intérieure sembla sourire. Le vent, tout doux maintenant, fit danser un dernier confetti doré qui vint se poser sur la boîte. La musique se fit plus calme, comme une berceuse de fête.
Et, quand la nuit tomba doucement sur l'école des animaux, la boîte à accessoires « souvenir » resta là, bien rangée dans la cour, remplie de couleurs, de rires, et de tous les petits cœurs qui avaient appris à partager.