1) Les tambours qui appellent
Sur une île des Caraïbes, le soleil faisait briller la mer comme un grand miroir bleu. Ce jour-là, tout le village était en fête. C'était le carnaval.
Lila, une petite fille de six ans, sautillait sur le sable tiède. Elle portait un costume de colibri : des plumes vertes et violettes, une petite cape qui frémissait quand elle tournait. Sur ses joues, deux étoiles dorées.
Dans les rues, les tambours boum-boum-boum, les maracas cha-cha-cha, et les flûtes chantaient comme des oiseaux. Les gens riaient, dansaient, et les costumes faisaient une vraie rivière de couleurs : pirates en ruban rouge, sirènes en paillettes, lions en tissu jaune, et même une grand-mère déguisée en ananas, très fière.
Lila avait une mission. Une mission sérieuse, mais joyeuse.
Elle voulait vérifier la sécurité du trajet du grand défilé. Car le soir, quand la lune serait là, les enfants marcheraient avec des lanternes. Et Lila rêvait que tout soit facile, sans peur, sans chute.
« Je veux que chacun soit libre de danser et de courir, sans se cogner, » dit-elle en serrant son petit sifflet en bois.
Maman lui attacha un bracelet de perles.
« Tu es persévérante, Lila. Si tu regardes bien, tu aideras tout le monde. »
Lila hocha la tête. Et hop ! elle partit, le cœur tambourinant comme la musique.
2) Le chemin des surprises
Le trajet du défilé passait par la place du marché, longeait les palmiers, puis descendait jusqu'au port. Lila marcha lentement, comme une exploratrice, les yeux grands ouverts.
Premier petit souci : près de la fontaine, une corde décorative pendait trop bas, juste à hauteur de tête.
« Aïe, quelqu'un pourrait se prendre dedans ! » pensa Lila.
Elle chercha de l'aide. Un monsieur déguisé en poisson-perroquet passait en faisant des bulles avec sa bouche.
« Monsieur Poisson, pouvez-vous lever la corde ? » demanda Lila.
Le monsieur cligna des yeux, puis sourit. Avec deux autres danseurs, ils accrochèrent la corde plus haut, entre deux poteaux.
« Voilà ! Comme ça, tout le monde passe librement ! » dit-il.
Lila souffla dans son sifflet : piou-piou ! Mission un peu plus réussie.
Deuxième surprise : un panier de noix de coco roulait doucement sur le chemin, comme s'il jouait à se sauver.
Une noix fit boum et partit vers les pieds d'une petite fille déguisée en étoile de mer.
Lila courut. Sa cape de colibri battit l'air. Elle bloqua la noix avec son pied, tout doucement.
« Ouf ! »
Un vendeur, coiffé d'un chapeau énorme, arriva en courant.
« Merci, petite colibri ! Elles sont coquines aujourd'hui ! »
Ils posèrent le panier derrière une ligne de coquillages, loin du passage.
Lila sourit. « Les noix peuvent danser, mais pas sur le trajet ! »
Troisième mini-rebondissement : sur le petit pont en bois, une planche grinçait fort. Griiiik.
Lila s'arrêta net. Elle posa une main sur la rambarde, écouta, puis sauta une fois. Griiiik encore.
« Ce n'est pas dangereux, mais ça peut faire peur, » se dit-elle.
Alors elle eut une idée. Elle appela des enfants qui répétaient une chanson.
« On va faire de la musique avec le pont ! Quand ça grince, on chante plus fort ! »
Les enfants rirent, essayèrent : griiiik, la-la-la ! griiiik, la-la-la !
Même la planche sembla moins effrayante. Un papa ajouta un petit morceau de bois pour la renforcer.
« Voilà. Et la chanson, on la garde ! » dit-il.
Lila se sentit grande comme un palmier.
3) La grande marche et la lanterne au seuil
Quand le soir arriva, le ciel devint rose, puis violet, puis tout doux comme une mangue mûre. Les tambours reprirent, encore plus joyeux. Le défilé s'élança.
Lila se plaça devant, avec d'autres enfants. Chacun tenait une lanterne : certaines étaient en papier rouge, d'autres en verre peint, d'autres en coquillage poli. La lumière tremblait comme des lucioles sages.
Lila vérifia encore : la corde était bien haute, le panier de noix de coco bien rangé, le pont solide et chantant.
Elle souffla doucement. Piou-piou.
« Tout est prêt. On peut être libres de danser ! » pensa-t-elle.
Et le carnaval devint magique.
Les costumes tournaient. Les plumes frôlaient l'air. Les rires sautaient comme des poissons. Une dame déguisée en nuage lança des confettis qui ressemblaient à de petites étoiles. Un monsieur en pirate joua de la guitare, et même les vagues semblaient taper en rythme sur les rochers : choum, choum, choum.
À un moment, le vent souffla un peu plus fort. Une lanterne pencha.
Le cœur de Lila fit un petit boum.
Elle s'approcha, posa ses deux mains autour de la lanterne, et dit :
« Doucement… tu peux briller sans t'envoler. »
L'enfant qui la portait souffla, rassuré. Ensemble, ils passèrent à l'abri d'un palmier. La flamme resta vive, tranquille.
Le défilé arriva jusqu'au port. La mer brillait sous la lune, comme si elle portait elle aussi un costume argenté. Tout le monde applaudit.
Le chef de musique s'inclina devant Lila.
« Petite colibri, tu as pris soin du chemin. Grâce à toi, on a dansé librement, sans se soucier. »
Lila rougit, mais ses yeux pétillèrent. Elle avait persévéré, pas à pas, et son courage avait servi à tous.
Plus tard, quand la fête se calma, Lila rentra à la maison. Maman ouvrit la porte. L'air sentait la cannelle et la mer.
Lila posa une petite lanterne au seuil, juste là, devant l'entrée.
La lumière fit un rond chaud sur le sol.
« Pour que la nuit soit douce, et pour que chacun trouve son chemin, » murmura Lila.
Et, dehors, l'île chantait encore un peu. Boum-boum, cha-cha-cha.
Lila sourit. Le carnaval pouvait dormir, en sécurité, avec une lumière de liberté au pas de la porte.