Chapitre 1 — Le ballon qui rit
C'était en décembre, la neige posait des flocons doux comme de la farine sur les toits. Dans une petite maison au bout de la rue, vivait Tom, un garçon de six ans aux yeux brillants comme deux billes de verre. Ce soir-là, c'était la veille de Noël. La maison sentait le chocolat chaud et les biscuits. Les guirlandes clignotaient en faisant des petits clins d'œil.
Tom était encore éveillé, perché sur la marche de l'escalier, quand il entendit un petit rire qui ressemblait à un grelot. Le rire venait du sapin. Curieux, il glissa ses chaussettes sur le plancher froid et s'approcha. Là, tout en haut entre les boules dorées, un petit lutin vert et rouge se cachait. Il avait des oreilles pointues et des yeux malicieux. Il tenait un sac brillant rempli de choses brillantes.
« Bonjour, Tom, » chuchota le lutin. « Je suis le Lutin Farceur. J'aime les surprises. »
Avant que Tom ne puisse répondre, le Lutin sortit un ballon tout petit, rouge comme une pomme. Il souffla dedans avec un bruit de trompette rigolote. Le ballon gonfla, gonfla, et soudain il se mit à rouler comme un petit nuage vivant. Il rebondit sur la branche du sapin, fit tinter une cloche, puis fila par la fenêtre entrouverte.
Tom et le Lutin Farceur bondirent dehors. Le ballon roula dans la neige, puis devint si grand qu'il fit « pop ! » et se transforma en une grosse idée lumineuse. Des flocons tourbillonnaient autour du ballon comme des confettis. Le Lutin rit, Tom rit, et le monde sembla sourire plus fort.
« Attention, » dit le Lutin en sautillant. « Les farces commencent ! Mais elles sont gentilles. »
Chapitre 2 — La boîte à tirer
Le ballon guida Tom et le Lutin jusque sur la place du village. Là, les lampadaires avaient des bonnets rouges, et une musique de clochettes sonnait doucement. Le ballon rebondit contre un banc et révéla une petite boîte en bois cachée dessous. Sur la boîte, quelqu'un avait peint : STOP FARCE / GO AIDE.
Tom la prit. Elle était tiède comme un chat. Le Lutin Farceur expliqua : « C'est une boîte magique. À chaque fois qu'une farce tombe un peu trop loin, on tire un papier. Il dira STOP FARCE — on arrête la farce — ou GO AIDE — on aide celui qui a reçu la farce. »
Tom ouvrit doucement la boîte. Dedans, il y avait des papiers pliés comme des feuilles d'automne. Ils chatoyaient. Le premier papier tiré disait GO AIDE. Tom sourit. Le Lutin sortit une petite trompette et la planta dans la neige. Quand ils soufflèrent dedans, une avalanche de petits rubans rouges et verts se déposa sur la place.
La farce suivante fit rire tout le monde : le Lutin fit danser un sapin miniature, comme s'il avait des chaussettes qui cliquetaient. Mais un des rubans s'enroula autour des bottes de Madame Colette, qui glissa en faisant « Oh lala ! » La foule eut un petit sursaut. Tom pensa au papier dans la boîte. Il tira un autre papier. STOP FARCE. Le Lutin arrêta le sapin en riant et aida Madame Colette à se relever. Il fit un nœud de ruban sur ses cheveux, comme une couronne. Madame Colette éclata de rire et dit que c'était la couronne la plus drôle qu'elle ait jamais portée.
La nuit se remplissait de mini-rebondissements. Un bonhomme de neige fit un clin d'œil grâce à une branche magique que le Lutin avait prêtée. Un chat gris se retrouva avec une guirlande enroulée comme une écharpe. À chaque fois, Tom tirait un papier : parfois GO AIDE, parfois STOP FARCE. Toujours, la boîte guidait leurs actions. Quand la farce devenait un peu trop espiègle, la boîte disait STOP FARCE, et alors Tom éteignait la blague et souriait. Quand quelqu'un avait besoin d'un sourire, la boîte disait GO AIDE, et alors ils aidaient, partageaient un biscuit, ou racontaient une chanson.
Peu à peu, Tom comprit quelque chose de doux. Le Lutin Farceur n'aimait pas déranger pour embêter. Ses farces étaient comme des pétales de joie : elles voulaient rappeler aux gens que la fête continue, même après les cadeaux, même le lendemain. Le Lutin soufflait des bulles de rire pour que personne n'oublie de sourire demain.
Chapitre 3 — Le grand tirage
Au centre de la place, une horloge ancienne sonnait dix fois. Tom sentit son cœur battre comme un tambour de petit lutin. Le Lutin Farceur fit une dernière farce : il gonfla à nouveau un ballon, mais cette fois il le remplit des lumières des étoiles. Le ballon monta, descendit, et alla se poser doucement sur le marché. Les marchands levèrent les yeux, surpris. Les enfants applaudirent.
Soudain, le ballon heurta une table, et des papillotes de bonbons partirent en pluie douce. Les bonbons roulèrent jusque dans les bottes des passants, dans les poches des manteaux et même dans la poche du petit Tom. C'est alors qu'un petit garçon pleura parce qu'un bonbon avait disparu sous la neige. Sa maman cherchait partout. Tom pensa à la boîte. Il prit une décision.
« On va tirer pour toute la place, » dit-il. « Que tout le monde participe ! »
Le Lutin fit des yeux ronds, joyeux. Ils ouvrirent la boîte et annoncèrent que chaque habitant viendrait tirer un papier. Les enfants se pressèrent. Un par un, chacun tira. GO AIDE, STOP FARCE, GO AIDE, GO AIDE... La plupart du temps, la boîte disait GO AIDE. Alors on partagea les bonbons, on raconta des histoires, on offrit des mitaines chaudes. Quand la boîte dit STOP FARCE pour certains, ceux qui fumaient d'un rire trop fort arrêtèrent, et ils aidèrent plutôt à remettre une guirlande ou à balayer une petite tempête de neige de la porte d'entrée.
Tom sentit quelque chose de chaud monter dans sa poitrine. Il aimait cette boîte. Elle ne punissait pas. Elle aidait à choisir quand rire et quand tendre la main. Le Lutin lui donna un petit clin d'œil complice. Ensemble, ils firent la ronde, main dans la main avec le village, comme une grande guirlande humaine.
Le petit garçon qui avait perdu son bonbon fut trouvé. C'était un chaton minuscule qui avait pris la friandise comme une proie brillante. Le chaton ronronna, remit le bonbon dans la main du petit et sauta dans la poche de sa maman. Tout le monde rigola. Le Lutin donna au chaton une petite clochette, pour qu'il puisse annoncer ses futures farces.
Chapitre 4 — La veillée qui continue
La nuit avançait et les étoiles tissaient des petits trous dorés dans le ciel. Les parents appelaient doucement leurs enfants, mais personne ne voulait que la fête s'arrête. Tom pensa au Lutin Farceur et à sa mission secrète. Peut-être que le lutin soufflait des farces pour rappeler quelque chose de précieux : que la fête ne se termine pas au dernier cadeau, qu'elle peut continuer demain avec des sourires et des retrouvailles.
« Viens, » dit Tom au Lutin. « On installe la boîte en haut de la colline. Comme ça, demain on pourra y revenir. »
Ils prirent la boîte et la posèrent sur un banc couvert de neige. Tom planta un petit panneau à côté : ICI ON TIRE POUR RIRE OU AIDER. Il fit un dessin de sapin heureux et de lune qui sourit. Les villageois applaudirent. Le Lutin Farceur plaça son bonnet comme une étoile sur le panneau et chuchota une promesse : « Cette boîte ne décidera pas pour nous. Elle nous rappellera seulement de choisir. De rire quand il faut, d'aider quand c'est nécessaire. »
Avant de partir, Tom regarda le Lutin. Il se demandait si le lutin resterait pour toujours. Le Lutin Farceur rit de ce rire-frelon et dit : « Je reviendrai quand il faudra des sourires. Je reviendrai quand les fêtes seront timides. Mais toi, Tom, tu peux aussi faire des farces gentilles. »
Tom sentit son cœur gros comme un soleil. Il serra la main du Lutin. « Promis, » dit-il, « je tirerai quand il faudra, et j'aiderai quand il faudra. »
Le Lutin sauta sur son ballon étoilé. Il remonta dans le ciel comme une luciole portée par le vent. Avant de disparaître, il lança une pluie de paillettes qui retomba comme de la neige parfumée à la vanille. Les enfants coururent pour attraper les paillettes et se firent des centaines de petites étoiles sur les joues.
La nuit finit par se poser doucement sur la maison de Tom. Sa maman le prit dans ses bras, chauffa ses mains et lui mit un doudou sous le nez. Tom se glissa sous les couvertures, le cœur encore plein de rires. Il pensa à la boîte, au Lutin, et à la promesse qu'il venait de faire.
Le lendemain, quand le soleil se leva, la colline scintilla de petits pas et de visages heureux. Les familles montèrent pour tirer un papier. Certains tirèrent GO AIDE et allèrent préparer du chocolat chaud pour les voisins. D'autres tirèrent STOP FARCE et décidèrent de finir les décorations au lieu de lancer une nouvelle plaisanterie. Mais partout, il y avait des sourires. La fête continuait. Les farces du Lutin Farceur avaient semé autre chose que de la pagaille : elles avaient semé la joie qui dure.
Et quand, au fil des jours, quelqu'un se sentit triste ou fatigué, il allait s'asseoir sur le banc blanc et tirait un papier. La boîte, posée sur la colline, n'avait pas de baguette magique. Elle avait quelque chose de meilleur : elle avait appris au village à choisir ensemble entre rire et tendre la main. Et parfois, tôt le matin, on jurait entendre un petit rire de grelot au loin, comme si le Lutin Farceur passait dire bonjour.