Ce matin, la lumière est douce. Le vent sent la lessive fraîche. Lila, Zoé, Amaya et Nour ont trois ans. Elles entrent dans la petite classe, main dans la main. Tout est calme. Tout est nouveau et connu à la fois.
Sur un tapis, il y a des cubes. Sur une table, un pichet d'eau et des gobelets. Au sol, une ligne bleue pour marcher tout droit. Et des feuilles blanches qui brillent un peu.
Lila regarde les cubes. Elle murmure: « Je veux faire une grande tour. » Elle pose un cube. Puis un autre. Ça monte, ça tremble. La tour tombe doucement. Ploc, ploc. Lila fronce un peu le nez. Elle inspire. Elle souffle. Elle dit: « J'essaye encore. » Zoé applaudit en chuchotant: « Petit pas, Lila. Petit pas. » Lila recommence. Elle pose les cubes plus calmes, plus au centre. La tour monte. Pas parfaite. Mais debout. Lila sourit. Son sourire est grand comme une fenêtre.
Zoé prend un gros feutre. Elle veut faire un rond. Un grand rond bien rond. Elle trace. Le feutre chante sur le papier. Le rond ressemble à une pomme un peu bossue. Zoé penche la tête. « Ce n'est pas rond rond », dit-elle. Amaya lui touche l'épaule: « On apprend. Petit à petit. » Zoé ferme les yeux, respire. Elle trace encore. Son rond est mieux, pas parfait. Mais c'est un rond en marche. « Il avance », dit Zoé en riant.
Amaya prend le pichet d'eau. « Je verse toute seule », dit-elle. L'eau fait ploc ploc contre le verre. Un peu d'eau tombe à côté. Une petite flaque claire. Amaya s'arrête. Son cœur fait boum boum, mais tout doucement. Nour lui tend une éponge: « C'est rien. On essuie. Et on recommence. » Amaya essuie. Elle verse encore. Cette fois, l'eau danse dans le verre. « Bravo », chuchote la maîtresse Claire, avec une voix douce comme une couverture.
Nour regarde la ligne bleue au sol. Elle ouvre les bras comme des ailes. Elle pose un pied, puis l'autre. Son corps balance un peu. « Je tombe ? » dit-elle, les yeux ronds. « Tu apprends », dit Claire. « Un pas. Puis un autre. » Nour fixe la ligne. Elle avance, lentement. Elle rit, elle y arrive. À la fin, elle fait une petite révérence, et tout le monde rit aussi.
Le matin glisse. On entend des petits « oh », des petits « ah », des « encore, encore ». Les filles s'encouragent. « On essaye. On n'est pas parfaites. On progresse », chantonnent-elles. Les cubes font des clac clac. Le papier sent l'encre. L'eau murmure dans le pichet. C'est la musique des petits pas.
L'heure du goûter arrive. Ça sent la brioche. Les quatre amies s'assoient ensemble. Le jus est frais, le pain est doux. « Moi, j'ai fait une tour qui tient », dit Lila, fière. « Moi, un rond qui va mieux », dit Zoé. « Moi, j'ai versé sans trop de ploc », dit Amaya. « Et moi, j'ai marché sur le fil de la mer », dit Nour en montrant la ligne bleue.
Claire sourit: « Vous avez toutes appris. Pas à pas. Personne n'est parfaite. On grandit. On recommence. Et on sourit. » Les filles répètent, comme une chanson: « Pas à pas. On grandit. »
Après le goûter, c'est la sieste. Les lumières sont douces. Les doudous sont tièdes. Les respirations deviennent calmes. Lila chuchote: « Demain, ma tour sera peut-être plus haute. » Zoé répond: « Mon rond sera peut-être plus rond. » Amaya murmure: « Mon pichet sera peut-être plus sage. » Nour souffle: « Mes pas seront peut-être plus légers. »
Claire les couvre. « Peut-être, oui. Et si ce n'est pas demain, ce sera un autre jour. Vous essayez. C'est déjà très beau. » Les yeux se ferment, un à un. Tout est tranquille. Tout est joyeux.
Dans le silence, on entend presque la petite chanson des petits pas. Elle dit: « J'essaye. J'apprends. Je progresse. » Et les quatre amies sourient dans leur sommeil, prêtes à recommencer, doucement, avec confiance.