Chapitre 1 — L'étoile au porte-manteau
C'était la semaine où tout sentait la cannelle et les sapins. Deux petits garçons, Léo et Noé, avaient cinq ans et demi. Ils habitaient une maison jaune au bout d'une allée qui brillait de lumières. Leur maman préparait des biscuits, leur papa accrochait des boules, et les voisins chantaient parfois en rentrant du marché.
Un matin, en se réveillant, Léo découvrit quelque chose d'étonnant. Sur le petit porte-manteau dans l'entrée, une étoile toute dorée pendait au bout d'un fil rouge. Elle n'était pas là la veille. Noé arriva en courant, ses chaussettes dépareillées, et il poussa un cri de surprise.
— Qui a mis l'étoile là ? demanda Noé, les yeux ronds.
— Peut-être que le Père Noël est passé, chuchota Léo.
Ils tirèrent doucement sur l'étoile. Elle tint bon. Elle brillait comme si elle gardait un secret.
Alors, une petite voix sonnette retentit comme un rire. Une ombre rapide sauta sur le comptoir. C'était le Lutin Farceur. Il était grand comme une chaussette et portait une couronne de houx minuscule. Son visage était malicieux. Il avait collé un autocollant en forme de cloche sur son nez.
— Hoho, petits camarades ! dit le lutin en tournant sur lui-même. Vous avez trouvé mon cadeau de départ.
Léo et Noé se regardèrent. Ils connaissaient des histoires de lutins. Ils savaient qu'un lutin pouvait faire des tours. Mais ce lutin-là avait un air joueur qui ne faisait pas peur.
— Pourquoi tu as accroché l'étoile ici ? demanda Léo.
Le Lutin Farceur fit la révérence.
— J'aime les surprises, répondit-il. J'aime quand on rit. Mais j'aime aussi voir des cœurs s'éclairer. Alors je propose un marché. Pour chaque farce que je fais, vous virerez une guirlande qui s'effondre… et vous en remettez une autre à sa place. Une farce = une guirlande fixée.
Les garçons se regardèrent, confus.
— Une farce = une guirlande fixée ? répéta Noé.
— Oui ! cria le lutin. Une blague par-ci, une lampe qui clignote pas comme il faut par-là. À la fin, la maison sera encore plus belle. Et si vous acceptez, je vous montrerai tous les secrets de Noël.
Maman passa la tête dans l'entrée.
— Tout va bien ? demanda-t-elle, souriante.
Le lutin fit un clin d'œil.
— Tout va très bien, dit-il. Nous faisons un jeu.
Maman sourit, un peu intriguée, puis repartit. Léo et Noé se prirent la main. Leur cœur battait fort. Ils acceptèrent le marché.
Chapitre 2 — Les petites pagaille et les grands gestes
La première farce arriva vite. Le Lutin Farceur toucha la tablette des biscuits avec sa minuscule baguette en sucre d'orge. Les biscuits se mirent à danser sur la planche. Ils roulèrent, se cachèrent sous la cuillère et chantèrent une chanson bête.
— Oh, non ! s'exclama Noé en riant. Les biscuits nous fuient !
Léo fit ce qu'il avait promis. Il chercha une guirlande boîte de couleurs, la prit, et la fixa doucement autour de la lampe. La lumière devint plus chaude. Les biscuits finirent par s'aligner et se laisser manger. Maman trouva ça charmant. Le lutin applaudit.
La seconde farce fut plus drôle. En pleine après-midi, alors que Léo et Noé faisaient un bonhomme de papier, les chaussettes dans le salon commencèrent à s'échanger de place comme si elles jouaient à cache-cache. La chaussette rouge était sous le coussin du canapé. La bleue était dans le panier à jouets. Les garçons rirent tellement qu'ils faillirent s'étrangler de bonheur.
— On doit toujours fixer une guirlande, rappela Léo en prenant une guirlande étoilée. On ne doit pas oublier le marché.
Ils la mirent autour du miroir du couloir. Le miroir étincela. La maison prit une ambiance douce. Le lutin, qui observait depuis la table, posa sa main sur son cœur.
— Vous voyez, dit-il doucement. Quand on aide après une farce, le monde devient un peu plus joli.
Les farces s'enchaînaient, jamais méchantes. Le lutin collait des flocons de neige sur les fenêtres qui, au lieu de fondre, chantaient une petite comptine. Il remplaçait les manches des tasses, de sorte que la tasse de chocolat de maman devint un chapeau pour une petite figurine. Une fois, il fit en sorte que les décorations du sapin se racontent des secrets et se rient les unes des autres.
Mais à chaque malice, la maison se réparait à sa façon. Les garçons, d'abord gênés, commencèrent à comprendre la règle et trouvèrent cela amusant. Ils collaient guirlandes et rubans, accrochaient lumières et étoiles. Ils inventaient des nœuds comme des artistes. Ils prenaient soin. Et plus ils aidaient, plus la maison rayonnait.
Un soir, le lutin posa une question qui fit réfléchir Léo.
— Pourquoi tu fais tout ça ? demanda le garçon en regardant le lutin. Pourquoi tu fais des farces ?
Le lutin s'assit sur la plus petite chaise, croisa les jambes et soupira.
— Parce que, dit-il, parfois les gens oublient de s'émerveiller. Ils oublient de donner un peu. Moi, j'aime provoquer des petites tempêtes de surprise. Elles poussent les gens à se rapprocher. Quand vous ramenez une guirlande, vous n'apportez pas seulement une lumière. Vous donnez du temps, un sourire, un geste. Et ça, c'est Noël.
Noé qui tenait une guirlande en forme de petits pingouins hocha la tête.
— Alors tu veux que nous soyons gentils ?
— Oui, sourit le lutin. Et malicieux. La gentillesse peut être une grande farce douce qui réchauffe.
Chapitre 3 — Les marchés du cœur
La semaine passa. Les farces du lutin devinrent plus créatives. Il transforma la boîte aux lettres en boîte à musique. Il fit chanter les bottes du papa quand il rentrait. Une nuit, il suspendit l'étoile — la même que celle du porte-manteau — au pompon du bonnet de Noé, qui s'éclaira comme une petite comète quand le garçon courut.
Un matin, les garçons découvrirent que la crèche miniature avait disparu. Les figurines semblaient parties en balade. Elles laissaient des petites empreintes de farine sur le tapis. Les enfants furent inquiets. La maman chercha, le papa ouvrit la boîte de bricolage. Rien.
Le lutin apparut, l'air un peu penaud.
— J'ai fait une farce qui a trop marché, dit-il. Les figurines sont parties voir la neige dehors. Elles voulaient sentir le froid.
Léo serra les poings. Il aimait la crèche. Mais il se rappela de la promesse. Il prit la main de Noé.
— Si on les retrouve, on accroche deux guirlandes, proposa-t-il.
Ensemble, ils suivirent les petites traces de farine. Elles menaient au jardin, puis au banc, puis à la petite butte où le vent faisait des boucles. Enfin, sous un sapin, ils trouvèrent la crèche. Les figurines avaient mis de petites écharpes en papier. Elles riaient doucement.
Le lutin les remercia d'un clin d'œil. Les garçons rentrèrent et accrochèrent deux guirlandes : une au rebord de la fenêtre et une autre au-dessus de la porte de la cuisine. Là, la lumière se posa comme un câlin.
Ce soir-là, la maman invita la voisine âgée, Madame Rosa, à venir boire un thé. Elle était un peu seule l'hiver. Quand elle entra, ses yeux s'illuminèrent devant les guirlandes. Elle prit la main de Noé comme pour lui dire merci sans mot. Le lutin la regarda. Il sourit d'un sourire qui ressemblait à une promesse.
— Tu vois ? dit-il aux garçons. Chaque farce vous donne l'occasion d'offrir quelque chose. Une guirlande pour une farce. Un sourire pour un cœur. Noël n'est pas seulement des objets. C'est des gestes.
Léo comprit que la malice du lutin n'était pas une vilaine ruse. C'était une invitation à donner. Il pensa à ses amis de l'école, à la dame du marché, à son papa un peu fatigué qui travaillait tard. Il pensa aussi à ce que lui et Noé pourraient offrir.
Chapitre 4 — La grande surprise et la veille de Noël
La veille de Noël, la maison brillait. Il y avait guirlandes et étoiles, bougies en papier et une grande odeur de biscuits. Le Lutin Farceur avait préparé sa plus grande farce. De bonne heure, il prit tous les monuments de briques du petit village où jouaient Léo et Noé. Il les transforma en petites maisons pour oiseaux et les disposa sur le rebord extérieur de la fenêtre. Puis il fit claquer les rideaux comme s'ils applaudirent.
— C'est la plus belle farce, dit-il, émerveillé.
Les garçons sortirent dans le jardin, en pyjama et bottes, pour voir le résultat. Ils découvrirent une bande d'oiseaux qui venaient d'installer leurs nouveaux abris. Autour, des miettes de pain formaient un chemin. Les oiseaux chantaient en duo, comme pour remercier.
Noé eut une idée.
— Et si on invitait les enfants du quartier pour donner des biscuits et accrocher des guirlandes au vieux sapin du parc ? proposa-t-il.
Léo sourit. C'était exactement ce que le lutin aimait : un geste qui multiplie la joie.
Ils allèrent vite frapper aux portes. Ils partagèrent les biscuits faits la veille. Ils expliquèrent le marché : pour chaque petit fou rire, on fixera une guirlande. Les enfants acceptèrent. Ensemble, ils accrochèrent guirlandes et petites lumières sur le sapin du parc. Chaque fois qu'une farce du lutin faisait éclater un rire — une mitaine qui devint marionnette, un bonnet qui sauta comme un bonhomme — quelqu'un montait une guirlande.
Quand la nuit tomba, le parc se transforma en ciel terrestre. Les lumières tombaient comme des étoiles. Les parents vinrent aussi et apportèrent des tartines et du chocolat. La voisine, Madame Rosa, passa son bras autour de la maman comme un manteau doux. Le papa ne fut plus fatigué pour un instant. Le lutin, perché sur une branche comme un petit ange malicieux, pleurait des gouttes de joie qui devinrent paillettes.
Avant de partir, le Lutin Farceur prit la main de Léo.
— Merci, dit-il simplement. Grâce à vous, mes farces ont une autre saveur. Elles font naître des cadeaux de cœur.
Léo serra sa main. Noé posa son front contre la joue du lutin.
— Promets-nous une dernière farce demain ? demanda Noé.
Le lutin rit.
— Promis, mais seulement si vous continuez à offrir.
La nuit de Noël arriva. Les garçons se couchèrent le sourire plein de rêve. L'étoile du porte-manteau scintillait doucement, comme si elle veillait. Dans les rêves, Léo et Noé dansaient avec des biscuits et des guirlandes. Le lutin, lui, préparait une dernière surprise, très douce, très simple : un petit paquet pour chaque maison du quartier, rempli d'un biscuit, d'un mot et d'un dessin.
Le matin, après les chants et les cadeaux, les garçons trouvèrent des petites notes qui disaient : "Merci pour la lumière." Elles venaient de ceux qui avaient reçu un geste. Les yeux de Léo brillèrent. Noé sourit jusqu'aux oreilles.
Le Lutin Farceur mit son sac sur l'épaule.
— Je dois partir, dit-il. Mais je reviendrai quand il faudra semer un peu de malice pour réveiller de la générosité.
Il fit un dernier saut, accrocha doucement l'étoile sur le porte-manteau, et disparut dans une poudre de sucre d'orge. Les garçons regardèrent l'étoile. Elle n'était plus seulement un ornement. C'était un souvenir.
— C'était une belle aventure, murmura Léo.
— Oui, ajouta Noé. Et on a appris qu'une farce peut être un cadeau.
La maman les serra fort. Le papa alluma la plus grande lampe. La maison éclata de chaleur. Dehors, le vent chantait des couplets de neige. Dedans, les cœurs étaient pleins. Et dans un coin, une guirlande clignotait encore, fragile et fière, comme une promesse que l'on tiendra toujours : rire, donner, et recommencer.