Chapitre 1 — La cité en cercle
Dans la grande cité circulaire, tout semblait dessiné au compas. Au centre, un jardin immense tournait lentement sur lui-même, comme une horloge verte. Autour, les quartiers rayonnaient en parts régulières : Verger-Est, Ateliers-Nord, Canaux-Sud… et, pour Malo, le meilleur : Aurore-Ouest, où les toits étaient couverts de panneaux solaires aux reflets bleutés.
Malo avait douze ans et une manière calme d'avancer dans le monde, comme s'il posait ses pas sur des œufs. Ça agaçait parfois son amie Naïa.
— Mais dépêche, Malo ! On va rater l'ouverture du marché !
— Le marché n'ouvre pas vraiment, répondit-il en souriant. Il se réveille. Et il se réveille lentement, comme moi.
Ils glissaient sur la promenade souple, un ruban de matière élastique qui absorbait les chocs. Autour d'eux, les transports doux chantaient sans bruit : des vélos à assistance, des planches à coussin d'air à vingt centimètres du sol, des mini-navettes partagées qui roulaient à vitesse d'enfant prudent.
Au-dessus, de fines passerelles reliaient les immeubles-jardins. Les façades respiraient : des plantes grimpaient dans des rainures, et des filtres translucides récoltaient l'humidité de l'air du matin.
— Regarde, dit Naïa en montrant le ciel.
Une rangée de cerfs-volants captait le vent en altitude. Ils tiraient doucement sur des câbles, aidant à alimenter les batteries de quartier.
— Tu vois, conclut Malo. Même le vent a de la patience.
Naïa leva les yeux au ciel, mais elle rit. Malo aimait quand les choses avaient le temps de se faire. Il n'avait pas peur du silence, ni des attentes. À Aurore-Ouest, les gens disaient qu'il était « rassurant », comme une couverture chaude.
Quand ils arrivèrent près du marché, l'air sentait déjà la menthe, le pain aux algues et les agrumes. Les étals se mettaient en place sur des dalles qui chauffaient juste assez pour garder les produits frais. Des lampes à lumière douce s'allumaient à la demande, dès qu'un marchand approchait.
— On doit livrer ça, dit Naïa en désignant une petite caisse qu'ils portaient à deux : des graines anciennes pour le stand des jardiniers.
— Oui. Et après, je passe par la visio-porte, annonça Malo.
— Encore ? Tu vas finir par traverser la cité sans bouger.
Malo ne répondit pas tout de suite. Il regarda la grande place circulaire : au centre, une fontaine d'eau recyclée dessinait des spirales. Les gouttes retombaient sans gaspillage, captées par un anneau de mousse filtrante.
— J'ai rendez-vous, dit-il enfin. Avec quelqu'un d'un autre quartier.
Chapitre 2 — La visio-porte
La visio-porte se trouvait au bord du marché, dans une alcôve vitrée. On aurait dit une cabine, mais sans murs opaques : juste une arche en métal clair, des capteurs, et une fine brume lumineuse qui attendait qu'on l'appelle.
Malo posa sa paume sur le panneau.
— Identification : Malo Riva, annonça une voix douce.
La brume se rassembla, devint une surface vibrante, puis s'ouvrit comme une fenêtre.
Et l'autre côté apparut.
Ce n'était pas un simple écran. La visio-porte donnait l'impression que le monde d'en face avait été découpé proprement et posé là, à hauteur de visage. On voyait même les détails minuscules : des poussières qui flottaient dans un rayon de soleil, une rayure sur une rampe, une feuille coincée dans une grille.
Un garçon surgit dans le cadre. Il avait le visage fin, les cheveux noirs en bataille et un pull trop grand.
— Malo ! T'es là ! s'exclama-t-il.
— Salut, Ilyès.
Ilyès vivait dans un quartier plus loin sur la roue de la ville : Dunes-Est, réputé pour ses serres de sable végétal et ses maisons couleur miel.
— J'ai failli croire que tu m'avais oublié, dit Ilyès. Ici, la visio-porte a mis du temps à se synchroniser.
— Les réseaux sont patients aussi, répondit Malo, sérieux comme un savant. Ils attendent le bon moment.
Ilyès éclata de rire.
— Toi, tu pourrais dire ça même à un grille-pain.
Derrière Ilyès, on entendait un bruit de marché différent, plus sec : des cliquetis, des voix, un vent qui semblait courir entre des structures légères.
— Tu m'as parlé d'un souci, dit Malo. Qu'est-ce qui se passe ?
Ilyès baissa la voix, comme s'il partageait un secret.
— La ruche de livraison a des ratés. Les drones-vélos qui amènent les paniers au marché… ils s'arrêtent au milieu, comme s'ils hésitaient. Du coup, les marchands attendent, les clients râlent, et moi… moi je suis chargé de vérifier le système avec mon oncle. Sauf que… je m'y perds.
Malo observa la brume de la visio-porte. Elle tremblait à peine, comme une flaque qui retient son souffle.
— L'hésitation, c'est souvent un manque d'informations, dit-il. Ou trop d'informations. Dans les deux cas, il faut… respirer.
— Respirer ? répéta Ilyès. On parle d'un logiciel, là.
— Les logiciels aussi paniquent parfois. Même s'ils ne le montrent pas.
Naïa, qui attendait à côté, murmura :
— Je savais que tu allais finir par consoler une machine.
Malo fit semblant de ne pas l'entendre. Il demanda :
— Tu peux me montrer la ruche ?
— Pas tout de suite. Mon oncle est occupé et… on doit respecter les accès. Mais je peux t'envoyer le plan.
Une petite icône apparut dans l'air, au bord de la visio-porte. Malo la « saisit » d'un geste, comme on attrape un papillon sans le toucher. Le plan se téléchargea dans sa montre-bracelet.
— On se retrouve ce soir ? proposa Ilyès. Quand le marché commence à se calmer.
— D'accord, répondit Malo. Et si ça ne marche pas tout de suite, on attendra. Ensemble.
Ilyès sourit, visiblement soulagé.
— T'es bizarre, Malo. Mais ça fait du bien.
Chapitre 3 — Les drones qui hésitent
Après avoir livré les graines, Malo traversa Aurore-Ouest. Il prit la piste cyclable en spirale qui menait vers le centre. La cité était pensée pour éviter les lignes droites trop longues : on préférait les courbes, comme si la ville voulait empêcher les gens de foncer tête baissée.
Malo aimait ça.
Il s'arrêta près d'une station de réparation publique. Des outils sortaient de tiroirs automatiques, et un bras robotique polissait la roue d'un vélo avec une délicatesse de coiffeur.
Sur sa montre, il ouvrit le plan envoyé par Ilyès. La ruche de livraison, dans Dunes-Est, était reliée à plusieurs marchés par un réseau de pistes aériennes : des rails légers, suspendus entre des pylônes fins. Les drones-vélos — de petits engins à deux roues repliées et à hélices silencieuses — y circulaient en transportant des paniers.
Le plan montrait un point rouge : « Zone d'arrêt récurrent ».
Malo fronça les sourcils. L'arrêt se produisait juste avant un carrefour de rails, là où trois lignes se rejoignaient.
— Un endroit où il faut choisir, murmura-t-il. Ça explique l'hésitation.
Naïa, qui l'avait suivi à distance, s'appuya sur la rambarde.
— Tu joues au détective ?
— Non. J'essaie d'être… utile.
— Tu pourrais être utile en venant goûter les brochettes de champignons du marché.
— Après.
Ils se disputaient souvent sur ce « après ». Pour Malo, c'était un mot confortable, un coussin. Pour Naïa, c'était un piège.
Il consulta les infos publiques du réseau de transport. La cité affichait tout : consommation d'énergie, trafic, météo, qualité de l'air. Rien n'était caché, parce que les gens avaient décidé depuis longtemps que la confiance se construisait avec des données claires.
Le trafic des rails de drones indiquait une micro-panne la veille, réparée depuis. Pourtant, les arrêts continuaient.
Malo pensa à ce que disait son père : « Quand une machine hésite, c'est parfois qu'elle est trop polie. Elle veut éviter un accident, alors elle s'arrête. »
— Si le carrefour est mal calibré… les drones doivent croire qu'il y a quelqu'un.
— Un fantôme sur les rails ? ricana Naïa.
— Plutôt… une ombre.
Il regarda les grands arbres solaires qui bordaient la piste. Leurs feuilles métalliques s'orientaient vers la lumière. Sur le sol, leurs ombres formaient un damier mouvant.
— Les capteurs peuvent confondre une ombre avec un obstacle, expliqua-t-il. Surtout si elle bouge.
— Ça te vient d'où, ça ?
— De mes erreurs, admit Malo. L'an dernier, j'ai programmé un petit robot-jardinier. Il refusait d'arroser une zone entière parce qu'un papillon passait souvent au-dessus. Il avait peur de le mouiller.
Naïa éclata de rire, puis s'adoucit.
— Bon. Alors, monsieur le robot-consolateur, tu fais quoi ?
— Ce soir, je demande à Ilyès de filmer l'endroit précis. Et on testera une idée simple.
Chapitre 4 — Le carrefour des trois vents
Le soir venu, le marché de Dunes-Est apparaissait dans la visio-porte comme une scène éclairée par des lanternes couleur sable. Les étals étaient plus légers qu'à Aurore-Ouest : des toiles tendues, des paniers tressés, des bocaux de graines qui tintaient doucement.
Ilyès arriva en courant.
— Désolé ! On m'a retenu. Et devine quoi ? Les drones se sont encore arrêtés.
— Respire, dit Malo.
— Voilà, voilà, je respire… Mais eux, ils respirent pas !
Ilyès orienta sa tablette vers l'extérieur. Grâce à la visio-porte, Malo vit le carrefour aérien : trois rails suspendus se croisaient au-dessus d'une petite place. Des plantes grimpantes recouvraient un pylône, et, juste en dessous, un ventilateur urbain soufflait de l'air frais pour disperser la chaleur.
— Ici, on appelle ça le carrefour des trois vents, expliqua Ilyès. Parce que le ventilateur, le couloir entre deux immeubles et la serre là-bas… ça fait des courants d'air bizarres.
Sur le rail, un drone-vélo avançait, panier accroché sous son ventre. À deux mètres du carrefour, il ralentit… puis s'immobilisa. Ses hélices tournèrent au ralenti, comme s'il réfléchissait.
— Tu vois ! s'énerva Ilyès. Il fait ça tout le temps.
Malo observa. À côté du rail, une guirlande de rubans publicitaires flottait, attachée à une borne. Les rubans étaient faits d'un tissu réfléchissant, pour être visible la nuit sans consommer d'énergie.
Le vent les faisait claquer et onduler. Par moments, ils passaient devant le capteur du drone, créant des flashs lumineux et des formes rapides.
— Je crois que j'ai trouvé, dit Malo.
— Les rubans ?
— Oui. Les capteurs doivent interpréter ça comme un objet qui traverse la route. Le drone s'arrête par prudence.
Ilyès plissa les yeux.
— Mais c'est ridicule.
— La prudence n'est pas ridicule, répondit Malo doucement. Elle peut juste… se tromper de cible.
Ilyès souffla, moins tendu.
— OK. Solution ?
Malo réfléchit. Une solution compliquée serait de reprogrammer les drones, recalibrer les capteurs, demander une autorisation, attendre l'équipe technique… Ce serait long. Et les marchés n'aimaient pas attendre.
Malo chercha une solution simple. Accessible.
— Est-ce qu'on peut déplacer la guirlande ? demanda-t-il.
— Oui… mais elle sert à guider les gens vers le stand de jus.
— Alors on ne l'enlève pas. On la fixe autrement. Plus bas, ou plus loin, pour qu'elle ne passe pas devant les rails.
Ilyès se tourna vers une marchande, une femme aux cheveux gris attachés en chignon, qui empilait des oranges.
— Madame Leïla ! On peut bouger la guirlande ?
— Si ça empêche mes livraisons de se coincer, bougez-la où vous voulez ! répondit-elle. Mais pas dans les oranges, hein.
Ilyès attrapa une pince aimantée. Malo, de l'autre côté de la visio-porte, ne pouvait pas toucher, mais il pouvait guider.
— Attends, dit Malo. Ne tire pas d'un coup. Les rubans sont fragiles.
— Tu vas encore me dire d'être patient ?
— Oui. Mais cette fois, c'est utile.
Ilyès fit une grimace, puis ralentit. Il détacha doucement la guirlande, la fixa sur un support plus bas, de façon à ce que les rubans flottent au niveau des épaules des passants, pas au niveau du rail.
Le drone-vélo, toujours arrêté, émit un petit bip. Ses hélices accélérèrent. Il repartit d'un mouvement fluide, traversa le carrefour, et fila vers le marché.
— Ça marche ! s'écria Ilyès.
— Pas besoin de fantôme, souffla Naïa, qui observait derrière Malo. Juste un ruban trop enthousiaste.
Ilyès se mit à rire, un rire qui faisait oublier la fatigue.
— Malo, t'es un génie lent.
— Je préfère « patient », dit Malo. C'est moins lourd à porter.
Chapitre 5 — La petite panne et la grande attente
Ils pensaient que tout était réglé. Pendant une demi-heure, les drones passèrent sans s'arrêter. Les paniers arrivaient, les marchands retrouvaient le sourire, et Ilyès bombait un peu le torse, fier comme s'il avait réparé une fusée.
Puis un drone se figea de nouveau. Pas au carrefour, mais juste après. Il s'immobilisa au-dessus d'un banc public, panier suspendu, comme un fruit accroché à une branche.
— Oh non… gémit Ilyès. Pas encore.
— Montre-moi, dit Malo.
Ilyès zooma. Cette fois, il n'y avait pas de rubans. Seulement un capteur latéral qui clignotait.
— Erreur de calibration, annonça la voix du drone, très polie. Sécurité : arrêt.
Naïa croisa les bras.
— Tu vas lui faire un câlin, aussi ?
— Non, répondit Malo. Je vais lui laisser le temps.
— Comment ça ?
Malo réfléchit encore. Si c'était une erreur de calibration, l'engin attendait sûrement une autorisation ou un signal stable. Dans la cité, beaucoup de systèmes fonctionnaient en « accord collectif » : ils demandaient confirmation à des balises environnantes pour éviter les accidents.
— Le drone attend un message des balises du rail, dit Malo. Peut-être que la balise d'ici est occupée ou trop faible.
Ilyès se gratta la tête.
— Et on fait quoi ? On appelle les techniciens ?
— On peut. Mais on peut aussi vérifier la balise la plus proche. Souvent, c'est juste… une feuille, de la poussière, ou un petit panneau mal orienté.
Ilyès hésita. On sentait chez lui une envie de courir, de tout secouer.
Malo, lui, parla doucement, comme s'il parlait à la ville entière.
— Ilyès, si tu te précipites, tu risques de faire tomber le panier. Et là, les oranges de Madame Leïla vont te poursuivre jusqu'à la fin de tes jours.
— Elle a l'air capable, oui, avoua Ilyès.
Ils s'approchèrent de la balise : un petit boîtier blanc fixé au pylône, avec une diode verte. Elle clignotait faiblement, comme une luciole fatiguée. Un amas de pollen collait sur le capteur.
— Voilà, dit Malo. La ville est propre, mais le monde est vivant. Le pollen ne lit pas les panneaux « accès interdit ».
Ilyès sortit un chiffon microfibre de sa poche. Malo le stoppa.
— Doucement. Si tu frottes trop, tu rayeras la surface.
— Tu veux que je la caresse ?
— Tu veux que ça marche ou pas ?
Ilyès souffla, puis nettoya délicatement. La diode verte brilla plus fort. Le drone émit un bip satisfait et reprit sa route.
Sur l'écran, un message apparut : « Merci pour votre attention. »
— Il t'a remercié, constata Naïa. Tu vois ?
— C'est une machine bien élevée, dit Malo.
Ilyès regarda le rail, puis la place du marché. Les gens reprenaient leur va-et-vient tranquille. Les lumières s'adoucissaient à mesure que la soirée avançait.
— J'ai l'impression que tout va trop vite, parfois, avoua Ilyès. Ici, on dit que Dunes-Est est calme, mais moi j'ai toujours l'impression d'être en retard.
— Être en retard sur quoi ? demanda Malo.
Ilyès ouvrit la bouche, puis la referma. Comme si la réponse s'était cachée derrière sa langue.
— Je sais pas. Sur… tout.
Malo posa sa main contre la visio-porte. La brume vibra, tiède.
— Tu sais, dit-il, la cité est ronde. Si tu cours tout le temps, tu reviens au même point, mais essoufflé. Si tu avances, tu reviens aussi… mais tu as vu le paysage.
Ilyès resta silencieux un instant. Puis il hocha la tête, comme si cette image se rangeait enfin à la bonne place dans sa tête.
Chapitre 6 — Le marché qui s'endort
La nuit s'installait doucement sur les deux quartiers. À Aurore-Ouest, Malo entendait encore, au loin, le murmure de son propre marché. À Dunes-Est, dans la visio-porte, les lanternes prenaient une couleur plus chaude, presque dorée.
Les marchands commençaient à ranger. Les dalles chauffantes se refroidissaient. Les lampes baissaient d'intensité, comme des paupières. Une musique légère — un simple carillon alimenté par le vent — tintait près d'un stand de tissus.
Madame Leïla comptait ses cagettes d'oranges.
— Hé, les garçons ! lança-t-elle à Ilyès. Grâce à vous, j'ai reçu mes paniers à temps. Tenez.
Elle lui tendit une orange, puis une seconde.
— Une pour toi, et… une pour ton ami de la porte magique.
— Ce n'est pas magique, protesta Ilyès, mais il souriait. C'est… de la technologie.
— La technologie qui aide les gens, c'est un peu magique, répondit Madame Leïla. Et puis, ça rime avec « orange », si on le dit vite.
Ilyès approcha l'orange de la visio-porte. Malo fit le geste de la prendre. Les capteurs traduisirent le mouvement en une petite animation : l'orange « traversa » sous forme d'image, puis un bon d'achat apparut sur la montre de Malo, valable au stand d'agrumes d'Aurore-Ouest.
— C'est le maximum de transfert autorisé, commenta Naïa. Une orange en pixels.
— Une orange en promesse, rectifia Malo.
Ilyès s'appuya contre un poteau, soudain plus calme.
— Merci, Malo.
— Pour quoi ?
— Pour… m'avoir rappelé qu'on peut attendre sans perdre.
Malo regarda le marché de l'autre côté. Les allées se vidaient. Les derniers clients parlaient plus bas, comme si le lieu lui-même demandait du repos.
— La patience, dit Malo, ce n'est pas rester immobile. C'est choisir le bon moment pour bouger.
Naïa bâilla.
— Vous êtes mignons, tous les deux. Moi, je choisis le bon moment pour dormir.
Un drone de nettoyage passa au ras du sol, silencieux. Il aspirait les miettes, triait les déchets, et laissait derrière lui une odeur de savon léger. Les arbres solaires, plus loin, se repliaient un peu, comme des fleurs qui ferment leurs pétales.
Ilyès fit un signe de la main.
— À demain ?
— À demain, répondit Malo. Et si la visio-porte met du temps…
— …on attendra, termina Ilyès.
La brume lumineuse se dissipa. Malo resta un instant devant l'arche vide. Il entendait le dernier souffle du marché, ses chuchotements de fin de journée : les caisses qu'on empile, les rires qui s'éloignent, les lampes qui s'éteignent une à une.
Puis, comme un grand animal rassasié, le marché s'endormit.
Malo glissa l'orange-promise dans un coin de sa pensée, là où il gardait les choses simples et importantes. Et il rentra chez lui à pas tranquilles, dans la cité ronde qui brillait sans brûler, comme un futur qui avait appris à respirer.