Chapitre 1 : Un ballon, beaucoup de pensées
C'était un mercredi après-midi. Théo, un petit garçon de sept ans aux cheveux bruns en bataille, serrait son ballon de basket contre lui. Sur le terrain du parc, il y avait déjà plein d'enfants qui s'échauffaient. Certains dribblaient fort, d'autres riaient, et un groupe tentait des paniers en s'encourageant. Théo s'avança doucement, ses baskets crissant dans la poussière.
Il adorait venir ici. Mais aujourd'hui, il traînait un peu les pieds. Il pensait à Léo, son copain de classe, qui marquait toujours plein de paniers d'affilée. Et aussi à Lina, qui courait plus vite que tout le monde. Théo regarda son propre ballon, un peu rayé, et soupira.
Soudain, il sentit une petite tape sur son épaule. C'était Zoé, sa copine de sport. Elle portait son short préféré avec des bananes dessus et souriait de toutes ses dents.
« T'es prêt pour l'entraînement, Théo ? » demanda-t-elle avec enthousiasme.
Théo haussa les épaules. « Je sais pas… Moi, j'arrive jamais à marquer autant que les autres. »
Zoé fit un petit bruit de bouche, comme quand elle réfléchit fort. « On s'en fiche, tu joues super bien ! Viens, on va s'échauffer ensemble. »
Théo esquissa un sourire. Zoé lançait toujours des idées rigolotes. Mais dans sa tête, une petite voix chuchotait : « Pourquoi tu n'es pas aussi fort que Léo ? » Cette voix, c'était la jalousie. Il n'aimait pas penser ça, mais elle était là, tapie quelque part dans son ventre.
Chapitre 2 : Des passes, des paniers, et un cœur serré
Les enfants se mirent en cercle pour faire des passes. Théo attrapa la balle que Zoé lui envoya et tenta un dribble. Ça rebondit un peu de travers, mais il la rattrapa. Juste à côté, Léo fit un double dribble, tourna sur lui-même et lança la balle. Le panier rentra, facile, comme si c'était la chose la plus simple du monde.
Tout le monde applaudit. Théo sentit son cœur se serrer. Il essaya à son tour, visa bien… mais la balle tapa l'arceau et roula par terre.
« Pas grave, Théo ! T'as bien visé, » l'encouragea Zoé en ramassant la balle.
Théo fit un petit sourire. Mais dans sa poitrine, il sentait l'émotion de la jalousie monter. Il voulait être aussi fort que Léo. Il voulait que les autres l'applaudissent aussi.
L'entraîneur, monsieur Simon, arriva en sifflant. « On fait des petits matchs ! Allez, deux équipes ! »
Théo rejoignit Zoé et deux autres copains. Avant de commencer, il se pencha vers Zoé.
« Dis… Tu crois que j'y arriverai, moi aussi, un jour ? » chuchota-t-il, les joues un peu rouges.
Zoé hocha la tête. « Bien sûr ! On s'entraîne, c'est pour progresser. Moi, avant, je ratais tous mes paniers. Regarde, maintenant, je les réussis parfois ! »
Théo sentit une goutte de jalousie se transformer en minuscule sourire. Peut-être qu'il pouvait progresser, lui aussi.
Chapitre 3 : Une petite tristesse
Le match commença. Théo se donna à fond. Il courait, transpirait, envoyait la balle à ses copains. Mais chaque fois qu'il essayait de marquer, il visait, lançait… et la balle rebondissait côté du panier. Une fois, la balle fila même derrière le terrain. Tout le monde la poursuivit en riant, mais Théo resta un instant tout seul, les bras ballants.
Ses yeux piquaient un peu. Il sentit une tristesse discrète. Pourquoi les autres y arrivaient-ils et pas lui ? Est-ce que ça voulait dire qu'il était moins bon ? Il pensa à rentrer chez lui, à laisser les autres jouer sans lui.
Zoé s'approcha doucement. Elle reconnut ce petit air triste sur le visage de Théo.
« Hé, viens, on fait pause. Assieds-toi avec moi, » proposa-t-elle.
Ils s'assirent sur le banc, sous le grand marronnier. Les cris des autres continuaient un peu plus loin, mais ici, il n'y avait qu'eux et les oiseaux.
Théo serra son ballon contre lui. Il inspira fort. « Parfois, je crois que j'ai la jalousie dans le ventre. Je regarde Léo, et je me dis que je voudrais être comme lui. »
Zoé balança doucement ses jambes. « Ça m'arrive aussi… quand ma grande sœur court plus vite que moi, j'ai un peu mal au cœur. Mais tu sais quoi ? Tout le monde progresse à son rythme. Avant, j'avais du mal à dribbler, mais à force d'essayer… »
Théo releva la tête. « Oui, mais c'est dur de ne pas être jaloux. »
Zoé lui tapota la main. « C'est normal. Mais tu peux aussi regarder tout ce que tu fais déjà mieux qu'avant. »
Chapitre 4 : La surprise des progrès
L'entraîneur siffla la fin de la pause. « On fait l'exercice du parcours ! » annonça-t-il.
Le parcours, c'était le préféré de Théo : il fallait sauter des cerceaux, dribbler entre des plots, et finir en lançant la balle. Tout le monde se plaça. Cette fois, Théo décida d'essayer de faire du mieux qu'il pouvait, sans penser aux autres.
Il s'élança. Il sauta dans les cerceaux sans trébucher. Il fit tourner la balle autour des plots, concentré. Zoé courait derrière lui, lui lançant des encouragements : « Vas-y, Théo ! »
Arrivé devant le panier, il s'arrêta une seconde. Il respira, visa, pensa à tous les entraînements où il avait raté… et lança la balle d'un geste décidé. La balle tourna un instant sur le cercle, puis… hop ! Dedans !
Un grand sourire illumina le visage de Théo. L'entraîneur applaudit : « Bravo, Théo ! Beau geste ! »
Léo fit un clin d'œil à Théo. « Super tir, Théo ! »
Théo sentit alors un drôle de frisson de fierté. Il regarda Zoé, tout étonné. Elle leva les pouces en l'air.
« Tu vois ? » dit-elle en riant. « Tes progrès sont là, il fallait juste les regarder ! »
Théo sentit la jalousie s'en aller, un peu, remplacée par une fierté tranquille. Il avait réussi un de ses objectifs, et surtout, il avait tenu bon.
Chapitre 5 : Un accord tout doux
En fin de séance, tout le groupe s'assit en cercle pour boire un verre d'eau. Le soleil commençait à descendre, les ombres s'allongeaient sur l'herbe. L'entraîneur proposa de raconter le meilleur moment de la journée.
Quand son tour arriva, Théo prit la parole, timidement : « Mon meilleur moment, c'est quand j'ai réussi mon panier dans le parcours. J'étais très jaloux tout à l'heure, mais maintenant, je suis content d'avoir progressé. »
Léo tapota l'épaule de Théo. « Moi aussi, ça m'arrive d'être jaloux. Mais ce qui compte, c'est de ne pas abandonner. »
Zoé ajouta en souriant : « Et de célébrer chaque petit progrès, même s'il ne se voit pas tout de suite. »
Tout le monde acquiesça, un peu plus sage.
Sur le chemin du retour, Théo marcha à côté de Zoé. Il se sentait apaisé, comme si un vent doux soufflait sur ses pensées.
« Merci, Zoé, » dit-il doucement. « D'avoir écouté et encouragé. »
Zoé lui fit un clin d'œil : « On est une équipe, non ? On progresse ensemble, chacun à sa façon. »
Théo sourit, le cœur léger. Il se promit de ne pas oublier cette sensation : la jalousie, on peut l'écouter, mais on peut aussi la laisser s'envoler, quand on regarde ses propres petits pas en avant. Et chaque pas, même minuscule, était une victoire rien qu'à lui.